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Full text of "Jacques d'Albon de Saint-André, maréchal de France, 1512-1562"

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LA CARRIÈRE D'UN FAVORI 



JACQUES D'ALBON 

DE SAINT-ANDRÉ 







JACQUES D ALBON DE SAINT ANDRE 
Musée de \ 



LA CARRIÈRE D'UN FAVORI 



JACQUES D'ALBON 

DE SAINT-ANDRÉ 

MARÉCHAL DE FRANCE 

(1512-1562) 

PAR 

LUCIEN ROMIER 



PARIS 

LIBRAIRIE ACADÉMIQUE 

PERRIN ET G ie . LIBRAIRES-ÉDITEURS 

35, QUAI DES GRANDSAUGUSTINS, 35 

1909 

Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays. 



A MES PARENTS 




0162 



PC 



AVERTISSEMENT 



Le sujet que nous abordons n'a donné lieu jusqu'au- 
jourd'hui à aucun travail que nous sachions. Les brefs 
renseignements sur Jacques d'Albon de Saint-André, 
qui se trouvent dans les encyclopédies et les diction- 
naires biographiques, proviennent soit des quelques 
pages que lui a consacrées Brantôme {Œuvres, éd. 
Lalanne, t. V, pp. 30-47), soit de la courte notice 
généalogique insérée par Claude Le Laboureur dans 
ses Mazures de Vile-Barbe (éd. Guigue, t. II, pp. 1 63- 
178). Moreri a combiné ces deux sources. Le sujet étant 
entièrement neuf, il fallait à la fois trouver les maté- 
riaux et les critiquer. 

L'exécution de toute monographie soulève des diffi- 
cultés de forme et de fond. Faisant effort pour ne pas 
tomber dans un récit trop détaillé et partant fastidieux, 
nous avons voulu que les documents mis en œuvre, en 
même temps qu'ils donneraient du relief à la figure 
singulière de notre personnage, eussent de l'intérêt au 
point de vue de l'histoire générale; et, à vrai dire, le 
sujet ne nous intéressait que parce que son étude per- 
mettait de jeter un jour peut-être nouveau sur des faits 
historiques de premier ordre. L'opposition sous Fran- 
çois I er , la politique et les guerres de Henri II, les négo- 
ciations du traité de Càteau-Cambrésis, les origines, la 
formation et les conséquences du fameux Triumvirat 



II AVERTISSEMENT 

catholique, enfin le rôle des gouverneurs au xvi e siècle, 
telles sont les matières où se sont portées nos recherches, 
pour y suivre les traces et l'activité du personnage 
curieux que nous étudions. 

Peut-être semblera-t-il que nous avons été un peu 
sévère à l'égard de celui-ci. Nous nous sommes efforcé 
de l'étudier avec impartialité, mais non sans essayer de 
le comprendre et de l'expliquer. Si le résultat de ce 
travail a été fâcheux pour lui, nous n'y avons mis que 
bonne foi. 



Les documents manuscrits nous ont fourni les matériaux 
de beaucoup les plus nombreux et les plus importants de 
cette étude. 

Ces documents sont extrêmement dispersés. 

En effet, la famille de Saint-André s'éteignit quelques 
années après la mort du Maréchal, et de ce ! ail Befl p*| 
ont disparu en totalité. Les seuls renseignements que nous 
ayons pu nous procurer sur ces archives personnelles, pro- 
viennent de l'inventaire des titres de propriété dressé en 
1565 à la demande de Marguerite de Lustra du 

Maréchal. Cet inventaire conservé à la Bibliothèque natio- 
nale, dans la collection Clairambault, dont il forme le 
volume 231, est assez sommaire. Malgré cette brièveté, il 
nous a été fort utile, surtout en ce qui touche la vie pr 
de notre personnage. Il semble bien du reste que celui-d 
n'ait pas eu d'archives uniques, et que. dans chacune de 
résidences, il ait déposé une partie de ses dossi< 

Les sources manuscrites les plus nombreuses sont des 
lettres du Maréchal lui-même. La Bibliothèque hatiohali 
possède une quantité considérable de ces lettres, dispers 
dans plus de cinquante volumes du fonds frai 
pondance militaire, diplomatique et politique. Parmi ces 
lettres, presque toutes datées, le plus grand nombr- 
adressé au roi Henri 11, à la reine Catherine de Médicis, au 



SOURCES MANUSCRITES 111 

roi de Navarre, Antoine de Bourbon, au duc et à la duchesse 
de Guise, au connétable de Montmorency, à MM. de Brissac, 
d'Bumières, de Saulx-Ta vannes. Elles intéressent les phases 
les plus diverses de la carrière de Saint-André. Les autres 
collections de ce dépôt, en particulier la collection Clairam- 
bault, pour la vie privée et le rôle administratif, et la collec- 
tion Dupuy, pour les faits politiques, nous ont donné une 
matière assez considérable. Dans le volume 23 des Pièces ori- 
ginales, complété par les Dossiers bleus et les Carrés d'Hozier, 
nous avons trouvé non seulement des renseignements généa- 
logiques, mais encore des quittances, précieuses pour la 
chronologie des titres et des emplois. Le fohds italien ren- 
ferme la copie des dépêches des ambassadeurs vénitiens, 
entreprise jadis par Armand Baschet. On y trouve 548 dé- 
pêches pour le règne de Henri II, 83 pour le règne de Fran- 
çois II, et 773 pour le règne de Charles IX. Le cours et la 
variété des affaires de France y sont exposés complètement 
depuis la septième année du règne de Henri 11. 11 faut men- 
tionner aussi, dans divers recueils de la Bibliothèque natio- 
nale, des poésies, épigrammes ou éloges, dignes d'être 
notés pour la biographie du personnage. 

Les Archives Nationales ont fourni à notre travail des 
documents variés et précieux. Dans les séries J et JJ nous 
avons recueilli des mentions principalement en ce qui con- 
cerne les dons royaux (registres de Henri II, JJ, 254-261). La 
série K renferme le fonds dit de Simancas. où nous avons 
puisé largement. Nous citerons en particulier les correspon- 
dances des ambassadeurs espagnols en France, et d'abord 
les lettres de l'ambassadeur Perrenot de Chantonay, source 
principale de nos deux derniers chapitres. Ces lettres, tra- 
duites presque toutes en espagnol et souvent chiffrées, sont 
d'un abord assez ardu. La collection, qui se trouve aux 
Archives Nationales, n'a d'ailleurs pas la même valeur que 
le recueil parallèle, conservé aux archives de Bruxelles, 
dont nous parlerons plus loin. Aux séries P et PP nous 
avons emprunté quelques renseignements d'ordre financier. 
Le chapitre consacré, dans cette étude, au rôle administra- 
tif de Saint-André est basé en partie sur des documents de 



IV AVERTISSEMENT 

la série X*a, qui contient les insinuations de lettrée de pro- 
vision, qu'il est assez difficile de trouver ailleurs. Enfin la 
série Y, immense répertoire de renseignements sur la rie 
privée, nous a été précieuse pour identifier certain- péri 
nages. Des faits importants y sont du reste enr- . 
c'est là, par exemple, que nous avons trouvé I 
donation faite par Saint-André au poète Nellîn de s aint- 
Gelais. 

Les Archives du ministère dks Affaires ètrab 
tiennent quelques rares documents sur les 
(lateau-Cambrésis (Espagne, vol. 3<V7), et la Bibliothèque m 
l'Institut possède une ou deux lettres ini - de 

Saint-André l . 

Hors de Paris, ce sont surtout les archives municipales 
qui nous ont donné les sources les plus considérables Au 
premier rang, il faut citer les riches Archives de la ville de 
Lyon. C'est là que nous avons pris la matière la plus solide 
«le notre travail sur le gouvernement du maréchal de Saint- 
André. La correspondance que celui-ci, étant gouveru 
entretint avec ses administrés lyonnais, est coi 
que intégralement dans la série .1 t L - asu- 

laires, que possède au complet la sérù BB, aous ont permis 
de contrôler et d'éclairer cette correspondance par 
comparaison fructueuse avec I»-- délibérations contempo- 
raines. La série CC. qui renferme la comptabilité municipale, 
complète le- deux autre- séries ''ii fournissant souvent 
données nouvelle- ou plus précisa 

Parmi les autres archives municipales dont nous 
mis à contribution surtout les registres consulaù 
nommerons les archives de Glermont-Ferrahd, Moto ks, 
Périgueux, Riom et Saint-Flour. Nous n \ avons du : 
trouvé que peu de chose. 

Aux Archives départementales do Rhône, les Uumuationt 
de la Sénéchaussée [série B nous ont été une source utile 

La Bibliothèque municipale de Lyoh possède quelques 

' Les recherches que nous avons faites 
château de Chantilly ne nous ont rien fourni. 



SOURCES MANUSCRITES V 

documents originaux, lettres et quittances, concernant notre 
personnage. 

A l'étranger, les Archives du Royaume de Belgique à 
Bruxelles sont extrêmement riches en documents du 
xvi e siècle, placés dans la section des Papiers d'État et de 
l'Audience. Nous y avons puisé beaucoup. Le recueil de la 
Correspondance de l'Ambassadeur en France, Chantonay 
{Cartulaires et manuscrits, vol. 189), a été principalement uti- 
lisé par nous. Cette correspondance qui fut adressée à Mar- 
guerite de Parme, régente des Pays-Bas, et à Granvelle, est 
conservée en original à Vienne (Autriche) et en copie à 
Bruxelles ; elle a été rédigée en français par l'ambassadeur 
lui-même. Remplie de détails précis et confidentiels sur la 
cour de France et l'état du royaume, au début des guerres 
de religion, elle témoigne de la pénétration d'esprit de son 
auteur. 



Nous devons des remerciements à ceux qui nous ont 
fait part de leur science ou aidé de leurs conseils : 
M. Abel Lefranc fut le maître, qui orienta nos recher- 
ches vers l'histoire du xvi e siècle ; M, Élie Berger nous 
a manifesté, en des circonstances pénibles, une bien- 
veillance, dont nous lui serons toujours reconnaissant; 
M. Jules Roy a fait preuve envers nous de sa bonté cou- 
tumière; enfin MM. René Pichard du Page et Eugène 
Saulnier nous ont aidé de leurs avis amicaux. 

L. R. 



PREMIERE PARTIE 
LES ORIGINES DE LA FORTUNE 



CHAPITRE PREMIER 

ORIGINES ET JEUNESSE. SAINT-ANDRÉ A LA COUR 
DES ENFANTS DE FRANGE. 1512-1547 



Origines. — Famille. — Le grand-père. Guichard de Saint- 
André. — Le père, Jean de Saint-André. — Sa carrière : au ser- 
vice des ducs de Bourbon ; au service du Roi de France. — 
Son rôle militaire. — Ses qualités d'administrateur. 

Jean de Saint-André est nommé gouverneur de Henri, second 
fils de François I er . — Entrée de Jacques de Saint-André à la 
cour. — Il est nommé écuyer-tranchant des fils du Roi. — La 
cour des Enfants de France. — Caractères des fils du Roi : 
François, premier Dauphin ; Henri, duc d'Orléans. — Leur 
éducation. — Influence de Montmorency. — Naissance de 
l'amitié entre le futur Henri II et Jacques de Saint-André. — Le 
caractère de Saint-André explique cette liaison. — Faveurs 
octroyées aux Saint-André. 

Premières divisions à la cour de France. — Henri, duc d'Orléans 
devient Dauphin. — Rivalité entre les fils du Roi. — La 
maison du nouveau Dauphin. — Conférence de Bomy. — Crédit 
des Saint-André. — Dons et faveurs. — Exploits militaires du 
jeune Saint-André, — Son rôle brillant à la bataille de Céri- 
soles. — Son mariage avec Marguerite de Lustrac. — Exploit 
au siège de Boulogne. 

Jacques d'Albon de Saint-André fut le principal 
auteur de sa fortune et de la célébrité du nom qu'il 
portait. Un historien de son siècle a remarqué 
qu'il « n'avoit point de quoy fournir, pour estre 
de fort petite maison quant aux biens 1 ». Ce fait 

4 Th. de Bèze, Histoire ecclésiastique des églises réformées (éd. 
Baum et Cunitz, Paris, 1883-1889), t. I, p. 87. 



4 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

explique, dans une certaine mesure, les actes du 
personnage et éclaire le caractère de sa vie, où se 
rencontrent à tout instant l'habileté la plus inté- 
ressée et le plus parfait manque de scrupules. On 
ne peut rendre compte de tels défauts, si l'on ne 
songe qu'il eut à maintenir une situation et des 
biens, sans fondements dans le passé, acquis d'un 
coup par la faveur et par la ruse, et que leur ori- 
gine rendait ainsi extrêmement caduques. 

Branche cadette d'une ancienne famille du 
Lyonnais, la maison d'Albon de Saint-André s'était 
fondée en Roannais par un mariage, dans le cours 
du xiv e siècle. Possédant quelques biens, — les 
terres de Saint-André et d'Ouches, — elle semble 
n'avoir joué qu'un rôle tout à lait local, jusque 
vers la fin du xv c siècle \ 

Ce fut au service des ducs de Bourbon, dont ils 
étaient les vassaux, que les Saint-André firent 
d'abord valoir leurs mérites, à la guerre et dana 
l'administration. 

A Guichard d'Albon. seigneur de Saint-André el 
d'Ouches, grand-père du maréchal, revient l'hon- 
neur d'avoir été le fondateur de la fortune politique 
de sa maison. Il se distingua au service de Pierre 
de Beaujeu, en Guyenne et en Bretagne, durant 

1 Bibl. Nat.. pièces originales, vol. 23 . dossiers bleus, vol. 9: 
Cf Le Laboureur. Les Masures de V Ile-Barbe, éd. Guil-uo. Lyon. 
1887-1895. t. IL pp. 154 et sq., t [II, pp. 307-317: P. Anselme. 
Histoire généalogique, Paris. 1726. t. Vil, p. 194; Cf. le tableau 
généalogique que nous donnons dans 1 Appendice n° 1. 



ORIGINES 5 

la Guerre folle, et accomplit plus tard, contre Fer- 
dinand d'Aragon, des exploits qui lui valurent la 
gloire avec les faveurs de son maître et du roi de 
France. A sa mort, en 1502, il était chambellan et 
conseiller de Louis XII, vicomte de Pont-Authon 
et de Pont-Audemer, bailli de Montferrand en 
Auvergne, pensionné sur le trésor royal, et jouis- 
sait d'un crédit fort honorable aux cours de France 
et de Bourbon 1 . Guerrier de valeur, doué d'une 
certaine rapidité de conception et d'exécution, 
qualité que nous retrouverons en son petit-fils, il 
ne semble pas avoir eu d'autre originalité que ses 
services : ils fondèrent la grandeur de sa famille. 

Son fils, Jean d'Albon de Saint-André, père du 
maréchal, reprit l'œuvre d'agrandissement de sa 
maison et, par un lent et sûr progrès, la conduisit à 
bien. Il fut avant tout un homme prudent, mesuré 
et sage, bon administrateur, un peu avare, au reste 
soldat de mérite. Il peut fournir un exemple assez 
typique de la catégorie historique des nobles de 
province qui se transforment en courtisans. Nous 
devons suivre rapidement sa carrière, pour mon- 
trer l'acheminement de sa fortune, initiatrice de 
celle de son fils. 

Second né 2 de Guichard d'Albon et d'Anne de 



1 Loc. sup. cit., et Ph. de Gommynes, Mémoires, éd. B. de Man- 
drot, Paris, 1901-1903, t. II, pp. 363-304; Lettres de Charles VIII, 
publ. p. P. Pélicier, Paris. 1898-1905, 3 vol.. passim. 

' Il était né en 1472. 



b LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

Saint-Nectaire, Jean fut d'abord chanoine et comte 
de Lyon. 11 quitta l'aumusse. après la mort de son 
frère aîné Louis, et succéda à son père dans tous 
ses biens et au service des Bourbons et du roi de 
France 1 . Au cours des expéditions d'Italie de la lin 
du xv e siècle, il fit l'apprentissage de la guerre et, 
pensionné par le Roi 2 , dès 1502, il était nom nié 
gouverneur de Roannais et capitaine de Bourbon- 
Lancy 3 . Chambellan d'Anne de Beaujeu, il put 
épouser, le 22 janvier 1510, Charlotte de La Roche, 
fille unique de Jean de La Roc ht* el de Fi 
du Bois, riche mariage qui le rendait possesseur 
du beau domaine et du château de Tournoél en 
Auvergne 4 . 

Nous ne savons à peu près rien sur la mère du 
maréchal, qui mourut de bonne heure, et L'on 
trouve aucune trace d'elle dans la vie postérieure 
de Saint-André. Le caractère de celui-ci ne lut pas 
d'un homme formé sous une profonde influence 
maternelle. 

Jean d'Albon lit, avec La Trémoille, la inalheu- 



1 Cl. Le Laboureur, Les Masures de l'Ile-Barbt, t. 11. i»i». U>i> 
et sq. 

2 Quittances. Bibl. Nat., pièces origina 

et sq. 

3 Lettres de provision (lu juin 1502, La Chaussière . Arch. 
Nat., P loTS'. cote L312: A. Coste, Histoire de Roaime. Roanne. 
1871, p. 159, n. 1. 

* Chabrol. Coulâmes de la Haute et Basse 
t. IV. p. 611 ; H. Go mot, Histoire du château féodal de Tournoél, 
Clrnuont-Ferrand, 1881, p. 83. 



ORIGINES 7 

reuse expédition de 1512 en Italie l . Quelques 
années après, le 13 août 1517, pour récompenser 
les services rendus au duc Pierre et, depuis son 
trépas, à ses enfants, Madame Anne de France, 
duchesse de Bourbon, pourvut le sieur de Saint- 
André de l'office de bailli de Beaujolais et de 
Dombes et de sénéchal de Mâcon, comprenant des 
« pays du Royaume et de l'Empire 2 ». 

Bientôt Jean d'Albon allait entrer au service 
continu et direct du roi de France, et, devenu 
chambellan de Louis XII, dès 1512, il commandait 
cinquante lances fournies des ordonnances 3 . 

Cependant François I er était monté sur le 
trône. Une guerre ininterrompue d'un demi-siècle 
allait commencer. 

On sait qu'en 1521, Lesparre conduisit aux 
Pyrénées une expédition, pour soutenir le roi de 
Navarre dépouillé. Au cours de cette campagne 
malheureuse, le sieur de Saint-André, qui avait 
accompagné Lesparre, montra son habileté mili- 
taire par la prise de deux places espagnoles, Maya 
et le Pignon en Biscaye \ Nommé lieutenant du 

1 Martin du Bellay, Mémoires, Coll. Miehaud et Poujoulat, 
p. 116. 

2 L. Aubret, Mémoires pour servir à V histoire de Dombes, Tré- 
voux, 1868, t. III, p. 203; L. Louvet, Histoire du Beaujolais, éd. 
Galle et Guigue, Lyon, 1903, t. I, p. 95. 

3 Mentions, Bibl. Nat., pièces originales, vol. 23, pièces 83 et 
sq ; Aubret, Loc. sup. cit. 

1 Ce fait d'armes eut lieu le 2 octobre 1521. V. Martin du Bellay, 
Mémoires, p. 143. 



8 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

Roi en Guyenne, durant les années i'62\ et \Y>22. 
alors que le nœud des opérations de la guerre était 
à la frontière d'Espagne, chargé en particulier du 
commandement militaire de Bayonne, il exerça un 
rôle de surveillance et d'organisation, sur lequel 
sa correspondance et les registres municipaux nou> 
fournissent des. renseignements élogieux ' . 

L'année suivante, Jean de Saint-André dut exer- 
cer son activité guerrière à l'autre extrémité du 
royaume, et défendre la Picardie contre une tenta- 
tive des Anglais -. Là encore, il remplit sa tàcl>e a 
son grand honneur, et François I er , après l'avoir 
fait gouverneur de Saint-Quentin, Le créa gentil- 
homme de sa chambre 3 . 

Sur ces entrefaites des événements gravi ifl - 
passaient, qui intéressaient au premier chef la 
situation féodale du sieur de Saint-Andn 
suzerain et patron direct, le connétable de Bourbon 
s'était enfui, au milieu de circonstances honteue 
et, nonobstant les stipulations du traité de Madrid, 
un arrêt du Parlement, Je 20 juillet 1527, déclara 

1 Lettres de Jean d'Albon, Bibl. Nat., I. fr. ms e97i. fol. 48: 
m s 2933, fol. 227 : ms 3054. fol. 59 et 78; ma 3217, fol. 69. Cf. 
Archives municipales de Bayonne. Registres gascons, Bayonne, 
1896-1898. t. II, p. 327. sur son administration dans cette ville, 
où il demeura jusqu'à la lin de L'année 1522 

* Quittances. Bibl. Nat., pièces originales, vol. 2:i. pi< 
Journal d'un bourgeois de Paris sous le règne de F . éd. 

Lalanne, Paris. 1854, p. 142 : Cl. de Rubys, Histoire de Lyon. 
Lyon, 1604. p. 287: Cl. Le Laboureur, Les Masures de l Ile-Barbe. 
t. Il, p. 160. 

3 Quittances, Bibl. Nat,. pièces originales, vol. 23, p. 99 el - | 



ORIGINES 9 

la confiscation de ses biens, dont le roi de France 
donna l'administration à sa mère, Louise de Savoie, 
qui devint ainsi suzeraine immédiate de Jean d'Al- 
bon l . Assez habile et assez [ souple pour ne pas 
faire montre d'une fidélité dangereuse aux premiers 
protecteurs de sa famille, assez pratique et avisé 
pour apprécier les avantages d'un rattachement 
plus étroit au trône de France, le sieur de Saint- 
André ne vit pas son loyalisme suspecté, et Louise 
de Savoie, à peine mise en possession des biens 
de Bourbon, se hâta de le confirmer dans sa charge 
de bailli de Beaujolais et de Dombes 2 . 

Bientôt l'occasion allait surgir de montrer son 
zèle pour la cause royale. Déjà, Jean d'Albon avait 
fait partie de l'ambassade envoyée en Espagne 
pour négocier la liberté de François I er3 . En 1529, 
Louise de Savoie lui donna commission de deman- 
der aux nobles tenant fiefs des pays de Lyonnais, 
Beaujolais et Forez, la dixième partie de leur 
revenu pour la rançon des enfants de France, 
détenus en Espagne *. Les lettres que Jean d'Albon 

1 Huillard-Bréholles, Inventaire des titres de la maison ducale 
de Bourbon, t. I, p. x. 

t Mention non datée, Arch. Nat., PP 111, fol. 104 {Cal. Actes de 
François i er , t. VII, n° 26472) : P. Louvet, Histoire du Beaujolais, 
t. I, pp. 95 et 187; L. Aubret, Mémoires pour servir à V histoire 
de Dombes, t. III, p. 203. 

3 Champollion-Figeac, Captivité de François 7 e >-, Paris, 1847, 
p. 348. 

4 La contribution aux douze cent mille écus d'or de la rançon 
avait été accordée par l'assemblée des Notables du 16 décembre 
1527. 



10 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

adressa à la cour sont pleines de renseignements* 

intéressants sur l'enthousiasme avec lequel la 
noblesse de province s'acquitta de ce devoir d'aide 
féodale envers la royauté 1 . Au sujet du Lyonnais, 
il écrivait malignement : « 11 est doumaiL r e que il 
n'y a plus de gentilshommes, car ils ont bon volloir, 
mais y sont en petit nombre. L'Esglise tient toul 
en ce pays de Lyonnoys 2 . » 

Homme prudent et bon, le sieur de Saint-André 
administrait avec conscience son bailliage. Nous 
nous bornerons, comme preuve, à citer la le 
qu'il adressait, vers cette époque, au grand maître, 
pour lui peindre la détresse de ses administ: 
pillés et rançonnés à plaisir par les troupes de 
passage. « Les habitans du pays de Beaujolois et 
de Dombes, écrivait-il, ont aujourd'hui env< 
devers moy, et m'ont escrit des Lettres, lesquelles 
je vous envoie, vous supliant, Monsieur, 1rs vouloir 
veoir, et verrez ce qu'ils disent de la compagnie 
de M. de Saint-Pol, que Ton a ordonné Loger audicl 
pays, lesquels s'en sont allé^ faire Leur monstn 
Lyon, et ont laissé tous leurs grans chevauli et 
vallets audict pays, voilant qu'on leur baille toute 
la fourniture aussi bien pour la despence de bouche 
que pour les chevaulx, sans rien pain-, et. si un ne 



1 Lettres de Jean d'Albon au grand maître [15, 17. _ 
cembre 1529). Bibl. Nat, f. IV.. ms 3054, i 

2 Lettre de Jean d*Albon au grand malt] inbre 1529 . 
Bibl. Nal.. f. fr., ms 3054, fol. 80. 



SAINT-ANDRE A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 11 

leur veult bailler, ils disent qu'ils tiendront les 
champs... Tout le povre peuple trouve bien estrange 
qu'il leur faille nourrir les personnes et les che- 
vaulx sans aucun paiement. Toutefoys, si le Roy 
l'entend, ils sont en bonne volonté luy estre obéis- 
sans, mais ce leur seroit chose insuportable et 
impossible, attendu que le pays a esté tant foullé 
de la compagnie du sieur Rance *, qui a demeuré 
plus de deux ans, et du passaige de ceste armée 
qui a passé la plus grant part par ledict pays, de 
sorte qu'ils en sont tous destruicts... Tout y est 
mengé et y a grant pitié 2 ... ». 



Les mérites de Jean d'Albon furent appréciés du 
Roi. Honoré du titre de chevalier de Tordre de 
Saint-Michel, en 1530 3 , les qualités, dont il avait 
fait preuve au service de la couronne, le desti- 
naient, lui simple gentilhomme, à une charge de 
cour, qui devait avoir des conséquences décisives 
pour la fortune de son fils. 

En mars 1530, Anne de Montmorency, grand 
maître, reçut la mission de présider, à la frontière 
d'Espagne, à l'échange des enfants de France, 



* Renzo da Ceri. 

2 Lettre de Jean d'Albon au grand maître (s. d.), Bibl. Nat., 
f. ir., ms 5054, loi. 55. 

3 Mentions, Bibl. Nat., pièces originales, vol. 23, pièces 101-115. 



12 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

otages, contre la rançon. Dans cette expédition, 
toute honorifique, accompagnée d'une escorte qui ne 
comptait pas moins de deux mille chevaux. Montmo- 
rency avait emmené, outre son beau-frèi •«• le comte 
de Tende, et M. de Clermont, son lieutenant. Jean 
de Saint-André, son ami'. Pour ce dernier el plus 
tard pour son fils, la sympathie du premier baron 
de France devait être un appui précieux, au milieu 
des dangers de leur ascension politique trop rapide. 

Le 24 mars seulement, les jeunes princes, iils 
du Roi, quittèrent le sombre château de Pedra: 
de la Sierra, où ils étaient enfermés depuis deux 
ans. Presque immédiatement après leur retour, 
Jean d'Albon fut nommé gouverneur de Henri. 
second lils de France, destiné à devenir Dauphin 
puis Roi, sous le nom de Henri II*. 

En même temps que Jean d'Albon. son Bis, le 
futur maréchal, entrait à la cour. 

Jacques d'Albon de Saint-André, né vers 1542 . 

1 « Monsieur de Saint-André est ce matin retou i 

où il a trouvé Mons. le connétable de Castille, qui lui a tenu 

bons et honnêtes propos, el qu'il est prêt à advis mie 

le lieu et la forint' de La délivrance... » (Instruction deJi i P 
dépêché vers le Roi, 2 avril 1530, dans Biver, Papieri des Pot de 

Rhodes, Bourses. 1864. p. 91) : Cf. F. Donne Anne de Montmo- 
rency à la cour de François 1 er . Paris. 1885, p. 1 I 

2 Les deux autres gouverneur- des fils du Roi. nommes en 
même temps que Jean d'Albon. furent MM. d'Humières et de 
Brissac. 

3 On lit dans 1*« Enqueste faicte h la requeste du due d! - 
pour prouver que la Duchesse sa femme, abusant de la î, 
de François I 8r , avoit contraint le Due son mari ù 

choses contre se» interest » : ... Du 3« jour de juillet 1556, à P : - 






SAINT- ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 13 

avait, tout enfant, suivi son père dans ses pérégri- 
nations militaires et fait ses premières armes, en 
1527, sous Lautrec 1 . Introduit à la cour de France 
par la fortune paternelle, il succédait, encore très 
jeune, le 10 septembre 1532, à Charles de Kerne- 
venoy comme écuyer tranchant du Dauphin et des 
ducs d'Orléans et d'Angoulême, aux gages de quatre 
cents livres tournois par an 2 . 

C'est dans cette situation que s'élabora lente- 
ment, sous l'influence perspicace du « vieux » 
Saint-André, entre Jacques d'Albon et Henri de 
Valois, l'amitié durable, qui ne devait prendre fin 
qu'à l'accident mortel de 1559, amitié dont le futur 
maréchal devait savoir habilement tirer profit, 
pour s'élever et jouer ainsi, dans l'histoire du 
xvi e siècle, un rôle important, sinon toujours 
recommandable. 

Il est utile, afin de mieux comprendre la suite 
des faits, d'étudier brièvement les idées, les 

tainebleau,... Messire Jacques d'Albon, chevalier de l'ordre et. 
mareschal de France, âgé de quarante-quatre ans, tesmoin pro- 
duit... » (Dom Morice, Mémoires pour servir de preuves à V histoire 
ecclésiastique et civile de Bretagne, t. III, col. 1171). 

1 FI. Vindry, Dictionnaire de V état-major français au xvi e siècle, 
t. I, Gendarmerie, Bergerac, 1906, p. 513. 

* Mandement pour le payement à Jacques d'Albon, fils du sieur 
de Saint-André, de 122 livres tournois pour ses gages et droits 
d'écuyer-tranchant du dauphin et des ducs d'Orléans et d'Angou- 
lême, depuis le 10 septembre dernier qu'il fut retenu audit état, 
au lieu de feu Charles de Kernevenoy, jusqu'au 31 décembre pro- 
chain, à raison de 400 livres tournois par an. Paris, 28 dé- 
cembre 1532 (Arch. Nat., Acquits sur l'épargne, J 962, n° 37), Cf. 
Cat. des Actes de François I er , t. II, n° 5187. 



14 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

mœurs et les goûts, qui eurent cours dans I»- cercle 
déjeunes gens, destiné à devenir d'abord le centre 
de l'opposition à la politique de Franroi- I . M 
dont quelques-uns des membres devaient plu- 
tard régir le royaume d'une façon que L'histoire a 
jugée avec sévérité. Les lettres de Jean d'Âlbon, 
gouverneur des Enfants de Fiance, nous aideront 
à préciser quelques traits intéressants et peu con- 
nus. 

A l'heure, où l'entourage du Roi, sous L'influence 
de la Renaissance, se transformait en une cour 
brillante, polie et lettrée, au moment où le prince, 
qui devait mériter le nom de Péri det lettres, 
fondait le Collège de France, et introduisait dani 
la haute société française, Le goûl el Les raffinements 
de Fart rapporté d'Italie, on aurai! pu croire que 
François I er destinait ses enfants 1 à une édu 
tion supérieure, digne de Leur rang el de Leur 
époque. 

Mais par une étrange négligence, après Le retour 
de ses fils, le Roi ne voulut pas que rien des pré- 
occupations sérieuses leur pût rappeler la trist. 
des années passées en Espagne. Un témoin de leur 
vie, Jean de Ravenel -. écrivait alors à M. de L 
Trémoille : « Et de quelque chose qu'il [le Dau- 



1 François I or avait eu de sa première femme, Claude de France, 
trois fils et quatre filles. 

Jean de Ravenel. gouverneur du prince de Talmond. fils de 
M. de La Trémoille. 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANGE 15 

plan] vueille faire, bien ou mal, on luy contredit 
peu. Monsieur de Humyères luy en dit son advis, 
mais il n'en faict rien, si ne luy plaist. Et dict Ton 
que le Roy veult qu'ilz [ses enfants] soyent nourrys 
en celle liberté, pour leur houster la craincte de 
subgection qu'ilz ont heue en Espaigrie. Je foys 
grand doubte qu'ilz en vaudront de rien mieux 1 . » 

Quels étaient les caractères de ces fils de France, 
dans la société et au service de qui Jacques de 
Saint-André devait passer sa jeunesse ? Nous ne 
parlerons maintenant que des deux aînés, le plus 
jeune, Charles, n'étant arrivé à l'âge de jouer un 
rôle qu'assez tard dans la suite. 

On sait que François, — le premier Dauphin, — 
esprit sérieux, peu disposé au bruit et aux fatigues 
du corps, fut un moment l'espoir des lettrés de la 
Renaissance, et que sa mort, en 1536, fut chantée 
douloureusement par les poètes. Il porta en lui le 
caractère sombre et bizarre, qui semble avoir été 
l'apanage commun des deux fils aînés du joyeux 
roi François. « Monsieur le Daulphin prend ses 
passe-temps solitayres, et ne veult qu'il y ait avec- 
ques luy que ceulx qu'il entend ; et la plupart du 
temps, il ne veult que piocher en terre 2 . » 

Son frère Henri, sur qui le jeune Saint-André 



i Lettre publiée par A. de Ruble, dans Notices et documents 
publiés pour la Société de l'Histoire de France à l'occasion du 
cinquantième anniversaire de sa fondation, p. 323. 

* Lettre de J. de Ravenel citée plus haut. 



16 LES ORIGINES DE LA FORTIM 

allait bientôt prendre une influence singulière, 

était plus sombre encore que son aîné. Dans sa jeu- 
nesse, dit le vénitien Dandolo, il riait ou faisait 
semblant de rire si rarement que nombre de ceux 
qui fréquentaient la cour assuraient ne lavoir 
jamais vu rire une seule fois i . Mais, né triste, rien 
ne l'attirait, comme son frère, vers les choses de 
l'esprit. Il se montrait au contraire tout muscles, 
infatigable à la chasse et aux exercices des arme 
Un instinct curieux le poussait, encore enfant, a 
faire lutter ses jeunes camarades 6 . D'ailleurs être 
sans volonté, pâte molle qu'on pouvait pétrir à son 
gré et qui gardait à jamais l'empreinte, < naturel 
de soy mesme fort débonnaire, et tant plus aifl 
tromper, de sorte qu'il ne voioit ny jugeoit que par 
les yeux, aureilles et advis de ceux qui le poe 
doient 4 ». On sait qu'il fut marié, encore enfant, à 
Catherine de Médicis 

L'éducation donnée aux lils de France n'était 
pas pour développer en eux la culture de l'es- 
prit. Ils avaient vécu leur première enfance dans 



1 a Ride o l'a segno di ridere rarissim ilche molti si tro- 

vano in quella corte che atrermano non l'aver mai veduto una 
volta ridere. » {Relazioni degli ambasciatori Yeneti, série I. t. IV. 
p. 46). 

! « Ne grasso ne magro ma bon membruto che pare tutto nervo. 
indefesso nelle fatiche et ineomodi délia < iccia e dell'armi. -> 
[Ibidem). 

3 Lettre de J. de Ravenel, citée plus haut. 

4 Th. de Bèze. Histoire ecclésiastique des églises réforinées. t. I. 
p. 85. 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 17 

la jolie ville de Blois, le plus délicat et le plus 
joyeux symbole de la Renaissance 1 . Ensuite, on 
les fit voyager. Mais le jeu des barres et le jeu de 
la paume, puis, lorsqu'ils devinrent plus forts, les 
exercices d'adresse et de vigueur restèrent leurs 
passe-temps quotidiens. « Hier au soir, écrivaient 
au Grand Maître leurs gouverneurs, MM. de Saint- 
André et d'Humières, Monseigneur commença de 
aprandre à dançer, ce que jamais il n'avoit fait. 
Espérons que, quant les verrez, y trouverez de 
l'amandement... Monseigneur le Daulphin dansa 
tout le long du chemyn, et Monseigneur d'Or- 
léans 2 . » Les exercices violents avaient surtout la 
prédilection des fils du Roi. « Tous les jours ils 
voyent courre hommes d'armes, écrivait encore 
Jean de Saint-André à Montmorency, et eulx- 
mesmes courent en une carrière que Monseigneur 
le cardinal de Bourbon a fait faire en la grant court 
de céans, laquelle il fait bon veoir. Monseigneur 
monta hier sur le ronssin qu'avez donné au Roy, 
et vous promectons qu'il le faisoit merveilleusement 
bon veoir dessus, car le cheval est fort adroict, et 
il le sçayt assez bien manyer 3 . » 

Avec la danse, l'équitation et les jeux, l'éduca- 

4 Journal d un bourgeois de Paris sous François h T , p. 207. 

* Lettre de MM. de Saint-André et d'Humières au grand maître 
(s. d.), Binl. Nat., f. fr., ras 3054, fol. 41. 

3 Lettre de M. de Saint-André au grand maître (Saint-Denis, 
8 février), ibidem, fol. 51. 



18 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

tion physique ne laissait rien à désirer. Pour ce 
qui est de la formation de l'esprit, elle fut a peu 
près toute dans la religion. Montmorency, à qui 
appartenait la haute surveillance de la vie des en- 
fants royaux, n'entendait pas le moindre relâche- 
ment à cet endroit, et l'on voyait les fils de France 
aller maintes fois à confesse et s'astreindre à des 
neuvaines l . Il est à remarquer que ces jeunes 
princes, et tout leur entourage, tenaient le Grand 
Maître en admiration et en respect profonds : rien 
ne peut mieux expliquer le prestige dont jouit 
Montmorency auprès de la génération de Henri II. 
A l'occasion de la mort de son père, en 1531, il 
recevait, avec une lettre de condoléance du Dau- 
phin 2 , dictée sans doute, une missive des gouver- 
neurs, MM. de Saint-André et de Brissac : « Mon- 
sieur, il nous desplaist de l'ennuy que avés à l'oc- 
casion de la mort de feu mondict seigneur de 
Montmorency, mais vous doibt estre grande conso- 
lation et réconfort, ensemble à tous vos serviteurs, 
dont il a pieu à Dieu le prendre en cest estât, fai- 
sant les actes de bon chrétien et d'avoir eu si bon 
sens et si bonne congnoissance 

1 « ... Hier mosdicts seigneurs, par le commandement de Ma- 
dame, allèrent à confesse à Monseigneur de Mascon... Leur neu- 
vaine sera achevée lundv après disner o, Bibl. Nat., J. fr.. ms 
3054, fol. 41 et 51. 

2 Bibl. Nat., f. fr., ms 3032. fol. 101. 

3 Lettre au grand maître (Suzaine. ~2~ mai 1Ù31). Bibl. Nat.. f. 
fr., ms 3054. fol. 57. Cf. sur la vie ordinaire des princes, les 
mentions fournies parle Cat. des Actes de François l*-. passiru. 






SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 19 

C'est dans ce milieu, à cette même école, si Ton 
peut dire, que vécut le jeune d'Albon de Saint- 
André, et de bonne heure se nouèrent les liens, qui 
devaient l'attacher si étroitement plus tard à la 
personne de Henri II. Comment se forma l'amitié 
entre ces deux adolescents ? On peut tirer des faits 
et des renseignements donnés par les contempo- 
rains, au moins une présomption sur la naissance 
de cette sympathie. 

Nous savons que le second fils du Roi, Henri, 
possédait un esprit sombre uni à un tempérament 
vigoureux, enclin aux plus durs exercices phy- 
siques. Jacques d'Albon, un peu plus âgé que son 
jeune maître, « avoit, dit Claude de l'Aubépine, 
l'entendement vif, son entregeant fort agréable, 
beaucoup de valeur, adroict aux armes, fin et rusé 
en affaires i ». Le témoignage de Brantôme 2 n'est 
pas moins favorable : Saint-André, dit-il, « estant 
jeune, fut estimé des gallans de la court en tout. » 
Fastueux, ami des « superbetez et belles parures », 
se plaisant dans la « vie délicieuse », et d'autre 
part, doué, nous le verrons, d'une bravoure fort 
brillante, on comprend aisément qu'il ait pu être 
élu par le jeune duc d'Orléans « pour un de ses 
plus grands favory s 3 ». Le prince, adolescent triste, 

1 Histoire particulière de la court de Henri II par Cl. de Lau- 
bespine, dans Archives curieuses de Cimber et Danjou, l re sér., 
t. III, p. 281. 

2 Brantôme, Œuvres, éd. Lalanne, Paris, 1864-1882, t. V. p. 30. 

3 Brantôme, loc. sup. cit. 



20 LKS ORIGINES DE LA FORTINK 

s'attacha facilement à ce compagnon si adroit dans 
les exercices du corps, où lui-même se complai- 
sait. Il ne faut pas oublier non plus l'influence 
pressante, que dut avoir, en cette occasion, Le 
« vieux » Saint-André, le plus avisé des hommes, 
quand il s'agissait de la fortune de sa maison. M 
là, comme nous le remarquerons maintes fois au 
cours de cette histoire, le facteur principal fut 
sûrement l'art extraordinaire de séduction, que 
possédait Saint-André. Cet art de le rendre mettre 
de la confiance d'autrui. dan- lequel il deviendra 
par la suite un véritable virtuose, explique l'avan- 
tage qu'il eut, si rare dans l'histoire des favori-. 
de ne perdre jamais la faveur de son maître. Il 
semble que le Roi débonnaire el sérieui que fut 
Henri II, était né pour la constance dans L'amitié 
comme dans l'amour : les figures de Diane de Poi- 
tiers et de Jacques d'Albon devaient L'accompagner 
jusqu'à sa mort. 

11 n'est pas douteux que cette entrée a la 
cour et cette proximité des personnel royales 
n'aient tout d'abord été 1res profitables aux Saint* 
André. 

Sans parler des exemptions et privilèges innom- 
brables dont jouissaient les officiers de La maison 
des Enfants de France l , on voit que Jean d'Albon 



1 Par exemple, ils étaient dispense? de? taille?, gabelles, a 
emprunts, subsides, péages, réparations dot villes el faubourcs. 
gardes des ports et autres taxes. 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 21 

et son fils furent bientôt comblés de faveurs et 
d'emplois. 

Louise de Savoie étant morte le 14 septembre 
1531, le bailliage de Beaujolais et de Dombes fut 
érigé en bailliage royal, et Jean de Saint- André 
nommé bailli royal 1 . Obligé sans doute, par sa 
charge de gouverneur des Enfants de France, de 
résider loin de Paris, des lettres royaux lui donnè- 
rent sursis pour prêter serment de son office au 
Parlement -. Nommé sur ces entrefaites sénéchal 
de Lyon, emploi dont les gages furent élevés en 
sa faveur de deux cents à trois cent soixante-cinq 
livres tournois, il put cumuler ses divers emplois, 
et reçut encore des lettres de dispense à cet effet 3 . 

Outre ces charges et son état de capitaine de 
cinquante lances, il fut doté, dès sa nomination 
comme gouverneur des Enfants de France, d'une 
pension annuelle de deux mille livres 4 , portée 
ensuite à quatre mille livres 5 , sur les finances 

1 Mentions. Arch. Nat., J 960^, fol. 43 : Xi*4897, fol. 304. Cat. 
des Actes de François i er , t. II, n° 5839 ; L. Aubret, Mémoires de 
Dombes, t. III, p. 203 ; P. Louvet, Histoire du Beaujolais, t. I, 
p. 95. 

8 Mention de lettres de sursis (14 juillet 1533), Arch. Nat., X* a 
1537, fol. 242. Cat. des A. de Fr. I", t. II, n° 6078. 

3 Mention de mandement (29 mars 1533), Arch. Nat., J 960^, fol. 
43; mention de lettres de dispense (18 janvier 1534), Arch. Nat., 
Xia 4897, fol. 304. Cat. d. A. d. Fr. i«, t. II, n° 5606 et t. III, 
n<> 7476. 

* Mention (12 sept. 1532), Arch. Nat., J 962. n° 10. Cat. d. A. d. 
Fr. 1", t. II. n° 4873. 

5 Mention (3 février 1534), Bibl. Nat,, f. fr., ms 15632, n° 373, 
Cat. d. A. d. Fr. f»r. t. III, n° 7510. 



22 LES ORIGINES DE LA FORT! M 

royales ; son fils, le jeune Saint-André, reçut 
quatre cents livres l . Le 11 décembre 1533, le Roi 
lui fit don, en commun avec le sieur de Warty, 
de quatre mille écus sur l'office de vicomte de 
Rouen -. Chargé de missions de confiance \ Jean 
d'Albon jouissait à la cour de prérogatives fort 
honorables, et. le 5 mars 1530, au couronnement 
de la reine Éléonore à Saint-Denis, il précédait 
les représentants de maisons beaucoup plus rie: 
et plus illustres que la sienne '. 



Vers l'année 1535, des divisions semblèrei 

dessiner à la Cour de France. 

A peine sortis de l'enfance, les deux fil> aines 
du Roi, François et Henri avaient réuni des groupes 
d'amis distincts, qui allaient bientôt devenir rivaux 
Le Grand Maître. Anne de Montmorency, dont 1»-^ 
rapports avec le Roi et !•• Dauphin s'étaient refroi- 
dis, se rapprocha du duc d'Orléans, !«• futur 
Henri II. Appuyé sur les sympathies de Diane de 
Poitiers, maîtresse du jeune prince. Montmorency 

4 État des officiers des fils du Roi, Bibl. Nat.. f. fr. ( mi 
fol. 69. 

3 Mention, Arch. Nat., J 962, d« 3;;. Cat. d. A. d.Fr. I», t. II, 
no 6611. 

3 En 1534. il fut chargé de recevoir, au nom du Roi. la soumis- 
sion du sieur de Buzancy. rebelle Martin du Bellay. Mémoires, 
p. 285). 

4 Cl. Le Laboureur. Les masures de Vile-Barbe, t. II. p. 161. 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 23 

constitua peu à peu, autour du second fils du Roi, 
un milieu où commencèrent à poindre les pre- 
miers germes d'opposition l . 

Au mois d'août 1536, François, Dauphin de 
Viennois et duc de Bretagne, fut emporté par 
une crise subite 2 ; Henri, duc d'Orléans, devint 
l'héritier de la couronne. 

Les circonstances de la guerre allaient fortifier 
l'amitié entre Montmorency et le nouveau Dau- 
phin, et favoriser la naissance du groupe de cour, 
dont le jeune et bruyant Saint- André devint la plus 
expressive des figures. 

Le 25 juillet 1536, jour de la fête de saint Jacques, 
patron de l'Espagne, Charles-Quint, à la tête de 
son armée, franchissait la frontière de Provence ; 
Montmorency regagna aussitôt un peu de la 
faveur royale. Chargé de la direction des opéra- 
tions militaires, le Grand Maître, sacrifiant la Pro- 
vence, établit près d'Avignon un camp retranché 
formidable. François I er s'y rendit le 20 septembre 



1 Fr. Décrue. A. de Montmorency à la cour de François l av , 
p. 247. 

2 On sait que cette mort fut attribuée au poison, et suivie du 
supplice du malheureux Montecocolli. Une lettre de Jean d'Albon 
et de ses collaborateurs au grand maître nous montre que le pre- 
mier Dauphin n'était pas exempt de malaises : « Monsieur, vous 
aurez entendu par monsieur le seneschal d'Agenoys comme 
Monseigneur vaumyt hier. De quoy, Monsieur., il ne se sent à 
ceste heure aucunement, mais fait aussi bonne chère qu'il est 
possible, et a très bien dormy toute nuyt. Ce que n'avons voulu 
faillir de vous escripre incontinant qu'il a esté esveillé. » (Bibl. 
Nat., f. fr., ms3054, fol. 82). 



24 LES ORIGINES PE LA FOBTUHE 

et le nouveau Dauphin, quelques jours après, 
celui-ci entouré d'une troupe de jeunes gentil*- 
hommes, parmi lesquels se trouvait Jacques de 
Saint-André: « tous d'une même volée el courans 
une même fortune sous ce généreux prince '' ». 

C'est au camp d'Avignon que se précisèrent les 
éléments de l'opposition, qui, pendant les dix der- 
nières années du règne de François I r , mit. entre 
le Roi et son héritier, une cause de malaise Latent 
et d'hostilité sourde. Là, le Dauphin el Le Grand 
Maître se lièrent étroitement 2 , et la cour du jeune 
prince dorénavant se laissera inspirer par les 
idées et les préférences politiques de Montmo- 
rency. 

Cependant la guerre continuait. Dan^ un lit «le 
justice, tenu le 15 janvier 1537, l«*s comtés de 
Flandre, d'Artois et de Charolais Furent d 
confisqués sur Charles-Quint, (/armée, d'abord 
dirigée en Piémont, se retourna vers le nord de la 
France, où les Impériaux menaçaient Thérouanne. 

A ce moment se produisit, à la cour, un fait 
minime en lui-même, mais qui est un indice pré- 
cis de la rivalité jalouse des lils de Fiance. Le Roi. 
quittant le sud-est du royaume, traversa Paris. Là 
il pria ses (ils de dresser définitivement l'état de 
leurs maisons. Henri, le Dauphin, choisit, nous dit 

1 V. Carloix, Mémoires du maréchal de Vieilleville, coll. Michaud 
et Poujoulat, 1. I, ch. xix. 

*Fr. Décrue. Montmorency à la cour de François I tT . p - 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 25 

Tavannes, les plus braves jeunes gentilshommes 
de la cour, et, en première ligne, Saint-André, 
Dampierre, D'Escars, D'Andouins et La Noue. Son 
frère Charles, dédaignant le reste, refusa de dres- 
ser l'état de sa maison, et il fallut l'intervention 
personnelle du Roi pour faire cesser le conflit 1 . 
Charles, duc d'Orléans, troisième fils du Roi, avait 
recueilli, en 1536, les amitiés et les passions du 
premier Dauphin. Vif, avenant et courtois, Fran- 
çois I er le préférait à Henri. La jalousie allait 
croître entre les deux frères et leurs entourages. 
Ces dissentiments, dont la violence éclatera dans 
les dernières années du règne, restent voilés 
d'abord par les incidents de la vie guerrière. 

Il y eut de nombreuses escarmouches devant 
Thérouanne, et toute la jeunesse, « qui y veint pour 
veoir la guerre », ne fut pas sans avoir chaque 
jour « du passe-temps » 2 . 

Le Dauphin, à la tête de son armée, s'étant avancé 
sur la frontière des Pays-Bas, Marie de Hongrie, 
effrayée, fît proposer, par l'intermédiaire du duc 
d'Arschot, une entrevue pour la conclusion d'une 
trêve. Après en avoir référé au Roi son père, le 

1 G. de Saulx-Ta vannes, Mémoires, coll. Michaud et Poujoulat, 
p. 88. 

s « Et y veint, pour veoir la guerre, lapluspart de la jeunesse qui 
estoit près la personne de Monseigneur le Dauphin, comme le 
seigneur de Saint-André, le seigneur de Dampierre, le seigneur 
Dandoyn, le seigneur de Decars, et le seigneur de La Noue, les- 
quels n'y furent sans avoir chascun jour du passe-temps. » (Mar- 
tin du Bellay, Mémoires, p. 439.) 



26 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

Dauphin délégua à la confèrent* rl<- Boni) .)» 
d'Albon de Saint-André, père de Jacques, ai 
Poyet, tiers président au Parlement de Paris, et 
Nicolas Berthereau. Une suspension d'armes de 
trois mois fut décidée, le 31 juillet 1537, pour Le 
royaume de France et les Pays-Bas de l'Empereur. 
en attendant une paix définitive 1 . 

Cette même année, le Dauphin Henri, suivi de 
toute sa troupe de jeunes amis, tit le voyage de 
Piémont, et défit César Maggi, qui avait entrepris 
de lui disputer le passage des Alpes. François I 
rejoignit bientôt son fils, et enfin la trêve de 
Nice intervint pour suspendre un moment les hos- 
tilités. 

Les rapports semblaient devoir s'améliorer entre 
l'Empereur et la cour de France. Le 1 : janvier 
1540, Charles-Quint, que les fils du Roi étaient allés 
recevoir à Bayonne pour l'accompagner durant son 
passage à travers le royaume, entrait a Paris, uù 
des fêtes éclatantes furent donné»- en >on honneur. 
Les compagnons du Dauphin offrirent à 1 i 
impérial un tournoi somptueux. Jacques de Saint- 
André eut l'honneur d'être choisi comme tenant de 
Henri, le futur Roi, et il fit grande preuve de son 



1 Lettres de commission il er juillet 1537), Bibl. Nftt, cuil. Clai- 
rambault, vol. 336. fol. 5959 : cf. Martin du Bellay, Mémoires, 
p. 45- ; G. Ribier, Lettres et Mémoires tï Estât, Paris. 1666. t. I. 
p. 56. Les ennemis furent représentés à cette conférence par 
M. de Molambais (Ph. de La Noy), le vicomte de Lombcke et le 
secrétaire Strick. 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANGE 27 

adresse et de son courage au fait des armes 1 . A 
cette époque, les Saint-André sont en plein crédit 
à la cour de François I er . Le 11 octobre 1539, 
Jean d'Albon avait été pourvu de la charge de 
gouverneur et lieutenant-général pour le Roi dans 
la ville de Lyon et le pays de Lyonnais 2 . En même 
temps, Jacques devenait gentilhomme de la cham- 
bre du Dauphin 3 . Les marques de la faveur de 
celui-ci apparaissent dans le fait qu'il participe 
même aux libéralités consenties par François I er à 
ses créatures. En mars 1541, les biens confisqués 
d'Etienne Duval, grenetier de Caen, furent partagés 
entre la duchesse d'Étampes, maîtresse du Roi, 
Jacques d'Albon et Claude de Clermont, gentil- 
hommes du Dauphin, pour donner moyen à ces 
derniers, disaient les lettres royaux « de plus 
honorablement s'entretenir à l'entour de nostre 
dict fils, et suporter les frais et despenses que pour 
ce leur a convenu et convient faire »/'. A cette 
donation était jointe celle des biens, également 
confisqués, de Nicolas Moges, procureur du Roi à 
Caen. Les trois bénéficiaires devaient en outre se 
partager une somme de sept mille quatre cents 



4 Cl. Le Laboureur, Les masures de Vile-Barbe, t. II, p. 164. 

- Lettres de provision, Bibl. Nat., coll. Clairambault, roi. 958, 
fol. 151 (pièce justificative, n° 1). — Nous étudions plus loin le 
rôle administratif des Saint-André. 

3 Mention, Arch. Nat., JJ 254, fol. 52. 

* Lettres données à Etaples (mars 1541), Arch. Nat., JJ 254, 
fol. 52. cf. Cat. des Actes de François!™, t. IV, n° 11440. 



28 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

livres tournois, provenue des amendes 1 . Il 
assez curieux de voir uni, dans le premier don 
royal fait à Jacques de Saint-André, le nom de la 
favorite de François I er à celui du futur favori de 
Henri IT. 

Le Dauphin n'était pas moins généreux que le 
Roi : en sa qualité de dur de Bretagne, il don- 
nait, vers la môme époque, à Jacques d'Albon, 
vie durant, les terres el seigneuries de Saint-Aubin 
du Cormier, Liffré et Ploërmel, avec Le greffe de 
la juridiction de Rennes 2 . C'était un présent d'uix- 
valeur considérable, car « ladicte seigneurie de 
Ploërmel se comportoit en l'une des plus belles et 
grandes juridictions dudict duché, el de la mou- 
voient plusieurs barons et aultre grand nombre de 
vassaulx et subgects, doni les avantures et rachapts 
pourroient quelquefois monter vingt mil lr 
tournois et plus »•. Étonnés de l'importance d< 
don, les gens des comptes de Bretagne firent des 
remontrances. Le Dauphin passa outre '. 

Comblé de dons, le jeune Saint -André" ne 
laissa pas de mériter, par des marques de valeur 
guerrière, la faveur de ses maîtres. Appartenant 
à la seconde génération militaire du règne de 



1 Ibidem. 

- Mention sans date ni lieu. Bibl. Nat., t. tï.. ins :.»3u3. fol. 192- 
193. 

3 Ibidem. 

* Ibidem. 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 29 

François I er , tout de suite il y lit belle figure. 

Il accompagna en Roussillon le Dauphin, qui, 
en 1542, avec d'Annebaut, alla mettre le siège 
devant Perpignan, siège du reste bientôt aban- 
donné. D'un bout du royaume à l'autre, la jeune 
troupe, que commandait Henri de Valois, courait 
faire face à l'ennemi. En 1543, M. d'Aumale 
emmena du côté de Thérouane cent gentilshommes 
« de la nourriture de Monseigneur le Dauphin ». 
C'était une chevauchée de bonne volonté, où Ton 
voyait Jacques de Saint-André, en compagnie de 
Dampierre, Laval et La Châtaigneraie « avec les- 
quels, allant tous les jours à la guerre, tant devant 
Aire que Saint-Omer, il se faisoit d'ordinaire de 
belles entreprises » *. 

Dans l'éclat de sa gloire naissante, entouré du 
prestige de la faveur du Dauphin, il fut facile à 
Jacques d'Albon d'obtenir la main de la belle et 
riche Marguerite de Lustrac. Il illustra ses fian- 
çailles par un fait d'armes, qui lui acquit une 
renommée brillante, et lui valut, de la part de son 
maître, un redoublement de faveur. 

Biaise de Monluc, dépêché d'Italie par le comte 
d'Enghien, était venu demander au Roi, de la part 
de ce général de vingt-quatre ans, la permission 
de livrer bataille aux Impériaux. 

L'hésitation était grande au conseil royal. On 

1 Martin du Bellay, Mémoires, p. 0O0. 



30 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

connaît l'émouvante scène, où François I , après 
s'être agenouillé en prière, se releva comme illu- 
miné et s'écria : « Qu'ils combattent ! qu'ils com- 
battent! )) Monluc, en sortant, rencontra sur la 
porte le jeune Saint-André, avec quelques-un^ de 
ses compagnons, qui lui demandèrent s'il portait 
à M. d'Enghien le congé pour la bataille, a El 
entres promtement, si vous en voulès manger! 
s'écria Monluc en gascon 1 . 

Dès qu'on sut l'événement, la jeunesse de la 
cour « conneut bien que malaisément se passerait 
la partie sans qu'il y eust du passe-temps ». Tous 
voulurent être à la bataille : « les uns pari unit 
sans congé, et b's autres avecques congé du Roy s . 
Une foule de jeunes gens se bâtèrent vers L'Italie, 
Saint-André, Dampierre, Jarnac, Goligny, Fran 
çois de Vendôme et d'autres, « Lesquelz, «lit .Monluc. 
n'empirarent la leste ». A leur arrivée, le jeune 
général leur départit les charges : Saint-André el 
Tavannes accompagnèrent le comte d'Enghien, et 
les gentilsbommes venus « pour Leur plaisir 
rangèrent dans l'année. On connaît les pbases de 
la bataille de Cérisoles. Très confuse, l'action fut 
assez désordonnée, mais héroïque*. Jacques de 



1 Bl. de Moulue. Commentaires et Lettres, éd. A. de Ruble. 
Paris, 1864-tS7i\ t. I. p. 255. 

2 Martin du Bellay. Mémoires, p. 529 : G. de Saal\-TaN amiu:-. 
Mémoires, p. 110. 

3 B. de Moulue, Commentaires, t. 1. p. . 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 31 

Saint-André y fit des prodiges de bravoure et de 
témérité « si bien, dit Brantôme, qu'allant des 
plus avants à la charge, où il faisoit bien chaud, 
M. d'Anguien, jaloux, voulut se desbander à Fenvy 
aussi bien que luy ; mais luy ayant esté remonstré 
le grand tort qu'il faisoit au grand debvoir de sa 
charge et à toute l'armée, et qu'il se souvinst de 
M. de Nemours à la bataille de Ravenne, qui, par 
trop de hardiesse, se perdit et fit perdre les autres, 
il ne répondit seulement : « Qu'on face donc retirer 
Saine t-A?idré L ! ». 

Les ennemis eurent des pertes considérables ; du 
côté des Français, elles furent presque insigni- 
fiantes. Mézeray nomme parmi les blessés Antoine 
de Lustrac, d'abord compté pour mort. C'était le 
futur beau-père de Saint-André : il resta privé des 
deux yeux. 

La bataille avait eu lieu le lundi de Pâques, 
14 avril 1544. Le 21 mai suivant, Jacques d'Albon 
épousait Marguerite de Lustrac, âgée seulement 
de dix-sept ans, fille unique de Antoine de Lustrac 
et de Françoise de Pompadour 2 . Antoine de Lus- 
trac possédait les terres de Lustrac, Gavaudun, 



1 Brantôme, Œuvres, t. V, p. 32. 

2 Articles de mariage entre Jacques d'Albon et Marguerite de 
Lustrac (27 mai 1544), Bibl. Nat.. f. fr., ms 2748, fol. 107 {Pièce 
justificative, n° II). — Antoine de Lustrac avait épousé en 1524 
Françoise de Pompadour, fille d'Antoine et de Catherine de La 
Tour d'Oliergues. Françoise appartenait à l'une des plus riches 
familles du Limousin. 



32 LES ORIGINES DK LA FORTUNE 

Gondeville, La Cour, Terrasson et La Bastide. Par 
contrat de mariage, Jean d'Albon cédait à son fils 
Jacques les châteaux, terres et seigneuries de 
Saint-Germain-des-Fossés, Mably et Crespin 
Casseaux, réservé l'usufruit des deux dern 
biens. Un douaire de mille livres de renies était 
assuré à Marguerite, sa vie durant, avec hypo- 
thèque sur les terres de Fié te t et de Sérézac. Elle- 
même recevait de son père la moitié de ses biens, 
cinq cents livres de rentes et une maison meublé 

Avide de plaisirs et d'ostentation. Marguerite de 
Lustrac devait rivaliser avec son mari d'ambition 
et de manque de scrupules 

Trois mois après son mariage, Jacques de Saint- 
André repartait à la guerre. Il accompagna, en 
septembre 1944, les troupes du Dauphin, qui 
occupèrent Meaux el La Ferté, pour barrer la route 
de Paris à l'Empereur. Des propositions de paix 
furent du reste bientôt agiti 

Mais les Anglais s'étaient attachés aux sièges de 
Boulogne et de Montreuil. C'esl devant Boulog 
que Saint-André « jeune homme de grande 
volonté », dit Martin du Bellay, s'acquit un nou- 
veau titre de gloire militaire. Ayant entrepris d'en- 
trer dans la place, pour tacher de la sauver, et 
voyant qu'il était impossible d'y pénétrer par terre, 
il résolut de s'v introduire par mer. Mais Les venta 

1 Contrat de mariage, saura cite. 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 33 

furent contraires à son expédition et « ayant donné 
deux ou trois fois à l'embouchement du havre, 
autant de fois il fut rejette en la mer 1 ». Bientôt 
après la ville fut rendue aux Anglais par Jacques 
de Coucv-Vervins 2 . 



Les faits d'armes de la guerre n'étaient que les 
manifestations extérieures et brillantes dune riva- 
lité de gloire à la cour du jeune Dauphin. Ils nous 
ont fait oublier un peu les intrigues ambitieuses, 
qui, dans ce milieu nouveau, travaillaient contre la 
politique du roi François. 

Les dissentiments entre la vieille et la jeune 
cour s'étaient avivés par l'intervention des jalou- 
sies féminines. François I er avait vu, non sans un 
vif déplaisir, naître la liaison de son fils avec Diane 
de Poitiers, maîtresse avide, autoritaire et poli- 

1 « Durant le siège, le seigneur de Sainct- André, jeune homme de 
[grande volonté, des plus proches de la personne de Monseigneur 
le Dauphin, entreprint d'entrer dedans Boulongne, ayant choisi 
des gens de bien et d'expérience, pour mener quant et luy. espé- 
rant faire grand service à son prince, et luy sauver sa ville, que 
Ton cognaissait en hazard de perdition ; et, parce que par terre 
n'y avoit moyen d'y entrer, pour les trenchées qu'y avoyent fait 
ies Angloys, et forte garde d'icelles, délibéra d'y entrer par mer ; 
mais le vent et la tourmente luy furent si contraires, que deux 
du trois fois ayant donné à l'embouchement du havre, autant de 
Cois il fut rejette en la mer ; par quoy, après avoir tenté toutes 
fortunes, fut contraint de retourner dont il estoit party. » (Mar- 
in du Bellay, Mémoires, p. 550.) 

2 Gendre du maréchal de Biez. Il fut mis à mort en 1549 et eut 
a tête tranchée. 



34 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

tique. Plus tard Henri II, monté sur le trône, put 
écrire à son amie : « Je n'è point creynt, le tans 
pasé, de perdre la bonne grâce du feu roy pour 
demeurer auperès de vous *. » Cette cour du Dau- 
phin, où dominait la Grande Sénéchale, formait 
contraste avec la société aux mœurs italiennes el 
brillantes, qu'assemblaient autour d'eux le Roi et 
la jeune duchesse d'Étampes. D'autre part, l'amitié 
du Dauphin pour Montmorency s'était vivement 
accrue, depuis les campagnes de 1536 et 1537 -. 11 
ne fut pas difficile à M" c d'Étampes, jalouse de 
Diane, d'éveiller les soupçons de François I er sur 
l'intimité de son fils avec le Connétable. Le: 
dames entraînèrent ainsi, dans la querelle, leurs 
royaux amis, et l'idée vint d'opposer au Roi le D 
phin avec ses conseillers préférés, l'austère Mont- 
morency et le jeune Saint-André. 

Rien ne peut mieux faire sentir l'hostilité latent»'. 
qui régnait entre les deux partis, el la peine qu'en 
avait François I er , déjà vieux, que le récil «le l'enj 
trevue, qui précéda la disgrâce définitive de Mont- 
morency. A la fin de décembre 1540, le Roi mandi 
le Connétable et lui dit : « Monsieur le Connétable 
pourquoi demandez-vous congé pour aller chez 
vous dans votre maison? Croyez-vous que je m 
suis pas votre bon seigneur, comme je l'ai autrefois 

4 Bibl. Nat.. 1*. IV.. ms 3143, fol. 2. 

s Fr. Décrue. Anne de Montmorency à la cour de François 
p. 398. 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 35 

été? » Les yeux du Roi se mouillèrent de larmes 
et il reprit : « Je ne peux trouver qu'une faute en 
vous, c'est que vous n'aimez pas ceux que j'aime i . » 

Montmorency quitta la cour en juin 1541. Poyet 
devint alors en quelque sorte premier ministre. Il 
ne se maintint pas longtemps et fut arrêté, le 
2 août 1542. Chabot reparut un moment au pou- 
voir. A sa mort, le 1 er juin 1543, d'Annebaut prit 
les fonctions d'amiral et partagea le gouvernement 
avec les cardinaux de Tournon et de Lorraine. 
Dans cet imbroglio inextricable d'intrigues, la sou- 
veraine fut en réalité M me d'Étampes. On écarta 
plus que jamais le Dauphin. 

Celui-ci avait de sérieuses raisons de se plaindre. 
Le 18 septembre 1544, fut signé le traité de Crépy. 
On sait que la clause essentielle était le mariage 
du duc d'Orléans, troisième fils du Roi, soit avec 
l'infante Marie, fille de l'Empereur, apportant en 
dot les Pays-Bas et la Franche-Comté, soit avec une 
fille de Ferdinand, que l'on eût pourvue du Mila- 
nais. A ce prix, le roi de France donnait à son fils 
les duchés d'Orléans, de Bourbon, de Chatelle- 
rault et d'Angoulême. C'était un véritable projet de 
démembrement du royaume. Le Dauphin Henri, qui 
détestait son frère 2 , protesta énergiquement, ap- 



1 Fr. Décrue, Anne de Montmorency à la cour de François I° T , 
p. 401. 

2 Alberi, Relazioni degli ambasciatori veneti, l re série, t. IV, 
pp. 46 et 59. 



3t) LES ORIGINES DE LA FOR IL M 

puyé par le Parlement de Toulouse. Charles-Quint, 

pénétrant la rivalité des deux frères, rnénag» 
tout le monde à la fois. Dans une curieuse Lettre, 
datée du 27 janvier lo4o, il écrivait à son ambas- 
sadeur Saint-Mauris : « ... Et n'est ni notre naturel 
ni coutume de mal dire de personne, el moins Le 
voudrions nous faire dudit Dauphin, lequel n 
avons toujours confié être enclin k avoir et tenir 
bonne amitié avec nous... et quant au traité de 
paix, y sommes condescendus mesrnement pour son 
respect et considération. Ne voulions rien traitter 
qu'il ne fût agréable audit Dauphin, et signamment 
quant à ce qui concernoit son frère. M. d'Orléans '. » 

Sur ces entrefaites. Chai 1rs. duc i"Ori< 
mourut de la peste, le 8 septembre L545. 

Dès lors, le Dauphin Le prit <le haut. et. en cette 
même année, on Le vit refuser de présider Le con- 
seil privé, « considérant en cecy que, comme tout 
vad mal, l'on gecteroyt après cj toute la faulte sur 
luy. » On ne le convoqua même plus 



1 Bibl. Nat., f. fr., ras 7122, p. 68. — Dans cette lettre foi 
intéressante. Charles-Quint oppose de la façon la plus i 
deux groupes de la cour. 

2 « Ledict roy de France a voit n \ iti que ledit 
daulfiu fust appelé au conseil privé pour y 

qu'il entendist les aflaires de ce roy, laquelle chose toutes fois 
ledict daulfin a refusé, estant très content que cenlx qui admi- 
nistrent en ceste saison ayent le bon et Le mau s Jérant 
encecyque, comme tout vad mal aujourd'huy, qne r 
après cy toute la faulte sur luy » (Lettre de ^aint-Mauiis a l'Em- 
pereur, sans date. Arch. Nat.. K i486, n° 75.) — Cf. A >ie Ruble. 
Le mariage de Jeanne d'Albret, Paris. 1ST7. p 



SAINT-ANDRE A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 37 

L'hostilité des deux groupes de la cour n'allait 
pas sans les pires soupçons réciproques. Pendant 
l'hiver de 1546, le Roi et son entourage se trouvant 
à La Roche-Guyon, les jeunes seigneurs jouèrent à 
simuler des combats. Un jour, que le comte d'En- 
ghien, le jeune vainqueur de Cérisoles, fatigué de 
la lutte, se reposait assis dans la cour du château, on 
jeta d'une fenêtre sur la tête du prince un coffre qui 
le tua. Des accusations de crime prémédité lurent 
portées contre quelques-uns des favoris du Dauphin. 
Y eut-il maladresse, comme le dit Du Bellay ', 
fut-ce envie, comme le prétendent Brantôme 2 et 
De Thou 3 ? Le Roi se montra vivement affecté de 
cette mort, et les amis du Dauphin lui devinrent 
odieux. Mais le mystère de l'accident était trop 
grave pour qu'on voulût l'approfondir. 

En cette même année 1546, un fait d'un carac- 
tère très significatif se produisit à la cour. Se 
divertissant en compagnie de ses favoris, le Dau- 
phin leur déclara un jour que, lorsqu'il serait Roi, 
il ferait tels et tels maréchaux de France, un tel 
grand maître, un autre maître de l'artillerie, un 
troisième premier chambellan, enfin qu'il rappelle- 
rait le connétable : il départit ainsi tous les plus 
hauts états de France. Cette boutade ne fut pas 

1 Le coffre avait été jeté par Corneiio Bentivoglio, favori du 
Dauphin. — G. du Bellay, Mémoires, p. 566. 

* Brantôme, Œuvres, t. III, p. 220. 

3 De Thou, Histoire, Londres, 1734, tr. fr., t. I, p. 153. 



38 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

sans émouvoir les personnages qui possédaient 
alors les dignités promises. Même l'affaire prit une 
tournure fâcheuse. En effet, la scène s'était déroulée 
en présence du fou Briandas, qui s'en vint aussitôt 
trouver le Roi à table, et lui dit: « Dieu te garde, 
François de Valois ! — Hoy, Briandas, qui t'a 
appris cette leçon ? — Par le sang Dieu ! reprit 
le fou, tu n'es plus Roi, et toi, Monsieur de Taix. 
tu n'es plus grand maître de l'artillerie, c'est 
Brissac. » Et s'adressant à un autre : « Tu n'es 
plus premier Chambellan, c'est Saint-André. » 
Et il continua. Enfin s'adressant au Roi : « Par la 
mordieu, tu verras bientost icy M. le Connestable, 
qui te commandera à la baguette, et t'apprendra 
bien à faire le sot. Fuis-t-en, je renie Dieu, tu es 
mort. » Le Roi reçut très mal la chose, et, devant 
le cardinal de Lorraine, le comte <!»• Saint-Pol et 
M mc d'Étampes, commanda au fou sur sa \ ie 
de lui dire ceux qui étaient avec le Dauphin. 11 Les 
nomma tous. Le Roi. entrant alors dans une véri- 
table fureur, prend le capitaine de Bes gardée écos- 
saises, et s'en va droit à la chambre du Dauphin 
où, la troupe ayant été avertie il ne trouve per- 
sonne. Il use sa colère sur les valets de ehambre 
et, dans un accès de violence, met en miettes tout 
l'ameublement. Le Dauphin dut s'absenter durant 
près d'un mois. Cependant une réconciliation fut 
ménagée, avec défenses expresses toutefois à Henri 
de n'amener à la cour ni Saint-André, ni Dam- 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 39 

pierre, ni aucun de ceux qui avaient participé à 
cette folie. François I er ne les put jamais voir de 
bon œil, et il s'en garda soigneusement. Eux- 
mêmes d'ailleurs ne vinrent plus à la cour du Roi, 
« craignant que les huyssiers ne leur fissent quelque 
rudesse ou affront, de quoy ils estoient bien aver- 
tis, et qu'ils en avoient commandement ». Jacques 
de Saint-André se vit ainsi mis à l'écart presque 
jusqu'à la mort de François I er *. 

Cette anecdote témoigne de l'impatience brutale 
avec laquelle les jeunes amis de Henri de Valois 
attendaient les bénéfices d'un nouveau règne. Les 
mœurs violentes et sans tact avaient d'ailleurs la 
prédilection de l'entourage du Dauphin. En effet, si 
les habitudes grossières avaient pu être quelque 
temps voilées, à la cour de François I er , par la 
présence des artistes et des érudits, elles s'étaient 
comme réfugiées et concentrées à la cour du Dau- 



1 Mémoires de Vieilleville, 1. I, chap. xxv. — Ce récit n'aurait 
aucun caractère de véracité, s'il n'était rapporté que par les 
mémoires apocryphes de Vieilleville. Il nous a semblé pourtant 
devoir être retenu, à cause de deux textes qui le confirment : 
c'est d'abord une lettre de l'ambassadeur Saint-Mauris, écrite à 
la mort de François I er , et qui, parlant des changements de la 
cour, dit : & Sainct Andrey le (d'Annebaut) favorise, pour ce 
qu'il-le fit rappeler » (Rev. histor., t. V, 114) ; en outre, Jean du 
Bellay, dans une lettre écrite à Saint-André même, le 10 juin 1549, 
lui rappelle son exil passé (Bibl. Nat., f. fr.. ms 5150, fol. 31). — 
Dans le récit, rapporté par les mémoires supra cités, les faits se 
seraient passés en l'année 1538. C'est une erreur manifeste, et il 
faut reporter la date à 1546 : en effet, d'après le récit, le conné- 
table était déjà en disgrâce et M. de Taix grand maître de l'ar- 
tillerie : de ces deux choses, l'une arriva en 1541 et l'autre en 
1546. 



40 LES ORIGINES DE LA FORT! M 

phin, dont le modèle et le maître, Anne de Mont- 
morency, offrait le type Le plus achevé de la ru- 
desse guerrière. 

Entre les jeunes gentilshommes, Saint- André, 
Dampierre, Brissac, La Châtaigneraie et les autres, 
ce n'était que tournois et duels : leur estime allait 
seulement à l'adresse et à la force. Il faut lire !<•- 
récits de Tavannes, où il nou^ conte comment 
son père et les joyeux compagnons du Dauphin 
marchaient sur les toits, sautaient d'une maison 
à l'autre , comment ils faisaient franchir à leurs 
chevaux des ravins de vingt-huit pieds, « - * » r 1 1 1 1 1 « • 
ils se battaient sans cesse entre eux H même avec 
les laquais et les passants l . 

C'est cette jeunesse fanatique et brutale, Insen- 
sible à la civilisation de la Renaissance, qui arri- 
vera bientôt au pouvoir sous un nouveau roi. Elle 
v apportera ses appétits physiques <■( son étroit 
d'esprit. N'est-ce pas en jouant, dans un tournoi, 
que fut tué Henri II ? 



1 G. de Saulx-Tavannes. Mémoires, p. 1 — Ces i an vio- 
lentes ne cessèrent pas, lorsque Henri II l'ut devenu Roi I. 
bassadeur espagnol Saint-Mauris écrivait en juin 1*7 : Ledict 
seig r Roy a encoures en Boy grand jeusnesse, laquelle 

raayne à faire inointes actes Légièn > : entre antres, il lait . 
avec luy à la paulme lacquays et antres mea 

naguères, à Anet. il mist en termes de ponlsi ul\ 

qui se trouvoyent près le rivaige, en façon que il )<■ ; - 
noyer un paige. lequel il avait jette* en la rivi tarai* 

historique, t. V. p. 113.) 



SAINT-ANDRÉ A LA COUR DES ENFANTS DE FRANCE 41 



Au moment où devait prendre fin le règne de 
François I er , les Saint-André, — le vieux Jean 
d'Albon et son fils Jacques, — étaient en excellente 
posture pour recueillir des mains du Roi, qui allait 
monter sur le trône, les fruits de leur zèle à la 
cause du Dauphin. 

Jean d'Albon, père du futur maréchal, portait 
dignement le renom de ses services et de sa 
sagesse pratique. Ancien gouverneur de celui qui 
allait devenir son Roi, l'âge ajoutait encore aux 
motifs qui le rendaient vénérable à la nouvelle 
génération. Sympathique et modéré, il jouissait, à 
la cour, de l'amitié de tous les vieux serviteurs de 
la royauté l . 

Jacques de Saint-André avait pleinement con- 
quis la confiance de son jeune maître Henri, et 
celui-ci semblait lui devoir des compensations 
pour la disgrâce encourue en sa compagnie. Encore 
assez pauvre, il ne pouvait se parer, outre ses 

1 Les lettres de Jean d'Albon nous font connaître son caractère 
sous un aspect familier et charmant. Un jour, il écrit à M. de La 
Gatelinière, commissaire ordinaire de la gendarmerie, à qui son 
médecin avait prescrit un régime : « ... Celluy-là qui vous a 
deffendu le vin n'y entend riens, ou peult estre qu'il vous a dict 
quïl ne failloit que vostre jambe en beust, mais vous en povez 
bien boyre » (Bibl. Nat., f. fr., ms 2916, fol. 41; cf. d'autres 
lettres dans le ms 3145). Il entretenait une correspondance ami- 
cale avec M. d'Humières, gouverneur de Péronne (Bibl. Nat., f. 
fr., mss 3035 et 3062 passim). 



42 LES ORIGINES DE LA FORUM. 

exploits militaires, que du titre de gentilhomme 'if- 
la chambre du Dauphin. Le nouveau souverain 
d'un coup va hausser sa fortune et le combler des 
honneurs, des charges et des biens les plus enviés. 

Dès le début de l'année 1547, on sentit que la 
fin de François I er était proche. Après avoir un peu 
voyagé, durant le mois de février, il revint mourir 
à Rambouillet, le 31 mars 1547. 

Le récit de la dernière entrevue du Roi avec le 
Dauphin, tel que nous l'a laissé L'ambassadeur ee 
gnol Saint-Mauris, est fort émouvant, et laisserai! 
croire qu'entre le père et le (ils il n'y eut jamais 
pour les diviser que les ambitions et les intrigues 
de leurs favoris l . Un mot cynique de Charles- 
Quint résume les sentiments qui accueillirent la lin 
du vieux Roi dans certains milieux <le la cour de 
France. L'Empereur écrivit à sun ambassadeur, au 
sujet des consolations à donner à la reine Eléonore . 
« Elle n'a grande occasion de si fort Bentir Le tn 
dudit feu Roy, selon le peu qu'il lui portoit el mau- 
vais traittement qu'elle en recevoit *. » 

Eléonore ne fut pas la seule à Laisser partir -an- 
regrets l'illustre François I er . 

' Dépêches de Jean de Saint-Mauris (Hevue historique, t. V. 
p. 102). 
2 Bibl. Nat.. f. fr.. ms 7122, p. 427. 



CHAPITRE II 

SAINT-ANDRÉ FAVORI ROYAL. LES PREMIÈRES 
ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI IL 1547-1551 



Révolution de cour. — Le Conseil des Affaires. Sa composition : 
les deux Saint-André y entrent. — Faveur des Saint-André. — 
Souplesse de Jacques d'Albon au milieu des rivalités politiques. 

— Obsèques de François I er . — Jacques d'Albon créé chevalier 
de l'ordre de Saint-Michel et maréchal de France. — Henri II 
accroît le gouvernement de Lyonnais en faveur de Jean d'Albon. 

— Duel de Jarnac et La Châtaigneraie. — Sacre de Henri IL 

Voyage de la cour en Piémont. — Révolte de la gabelle. — 
Entrée solennelle de Henri II à Lyon. — La cour est reçue au 
château de Saint-André. — Fêtes de juin 1549. — Expédition 
en Boulonnais. — Mort de Jean d'Albon, père du maréchal. — 
Son caractère. — Saint- André hérite des charges paternelles. 

Saint-André et les affaires diplomatiques. — Les négociations 
avec la principauté de Monaco. — Traité de paix entre la 
France et l'Angleterre. — Saint-André, choisi comme ambas- 
sadeur extraordinaire, chargé de remettre le collier de Saint- 
Michel à Edouard VI. — Il s'embarque à Dieppe. — Affaire 
des navires flamands. — Saint-André à Londres. — Cérémonies 
de Hampton-Court. — Séjour du maréchal auprès d'Edouard VI. 

— Retour de l'ambassade. 



La mort de François I er avait été espérée, et, 
depuis longtemps, les changements, qui devaient 
en résulter à la cour, étaient attendus. Ces 
changements ont paru considérables, et certains 
historiens sont allés jusqu'à dire qu'il n'y avait 



44 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

jamais eu révolution de cour plus complet 

On vit le personnel du gouvernement et des ser- 
vices royaux entièrement renouvelé. Malgré le 
efforts pour se maintenir, les derniers conseillers 
du vieux Roi, le cardinal de TournoD et L'amiral 
d'Annebaut, furent exclus des affaires. D'Annebaut 
cependant parvint à garder une demi-faveur et il le 
dut, semble-t-il, à l'entremise du jeune Saint-André. 
Fier de la disgrâce, qu'il avail encourue pour plaire 
au Dauphin Henri, Jacques d'Albon, dès que son 
maître était devenu Roi, s'étail i la plus 

proche place à ses cotés, comme l'ami de la veille 
et le favori du jour. Il mit sa puissance nouvelle au 
service de l'Amiral. Nous savons, en effet, par l'am- 
bassadeur Saint-Mauris, que d'Annebauf étant venu 
faire sa cour au nouveau Roi à Saint-Germain, le 
jeune Saint-André le présenta a son maître. Jacques 
d'Albon acquittait ainsi une dette de reconnais 
l'Amiral ayant intercédé naguère, auprès de Fran- 
çois I er , pour le faire rappeler à La cour 

La politique, elle aussi, semblait promettre des 
changements. Trois jours après la mort de son 
père, Henri II réforma le Conseil des Allai' - I 

1 V. Fr. Décrue, Anne de Montmorency,. 
1889, en. i. 

* a L'amiral lui saluer led. daulphin aud. Saint-Germain, auquel 
le jeusne Saint- André 1*' présenta, et le recueilloit i'avu: 

led. daulphin. qui le oyl bien Longuement Sainct-Andrey te 

favorise pour ce qu*il le lit rappeler... » [Dépéchei de J. de Saimt- 
Mauris, publ. p. Gh. Paillard, dans Revue historique, t. V. pp. 101 
et 114.) 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 45 

Conseil du Roi, en quelque sorte spécialisé, s'était 
organisé sous François I er . Pendant le nouveau 
règne, il allait se tenir chaque matin, à l'heure du 
lever du prince, avant qu'il se rendît à la messe: 
c'était une réunion intime, un petit comité, qu'on 
appela communément « les Affaires ». Les contem- 
porains nous ont laissé la description du cérémo- 
nial familier de ces assises secrètes. Le Roi se levait 
au point du jour en été, à la lumière en hiver, 
s'agenouillait aussitôt habillé devant un autel por- 
tatif, puis, ses dévotions faites, les gens se retiraient 
et il ne demeurait que ceux des Affaires \ On doit 
entendre par là le Connétable de Montmorency, les 
Guise, les deux Saint-André, père et fils, tout de 
suite distingués par le Roi, et quelques autres, 
princes du sang et grands officiers 2 . Plus tard, quand 
il s'agit de questions particulièrement secrètes, 
seuls le Connétable, le cardinal de Lorraine, le duc 
de Guise et Saint-André formèrent le Conseil des 
Affaires 3 . 



1 Noël Valois. Introduction à l'inventaire des arrêts du Conseil 
d'Etat, Paris, 1886, p, xl. 

2 G. Ribier, Lettres et Mémoires d' Estât, t. II, p. 1. 

3 « Continuo sua Maestà christianissima sta sola con il contes- 
tabile allarganclo si da questo negotio quanto più e loro possi- 
bile il cardinal di Lorena, il duca di Guisa et il marescial di 
Sant-Andrea, liqual, oltra il contestabile, sono soli del consiglio 
di affari... » (Dép. de lamb. venit., 28 fév. 1555, Bibl. Nat., f. 
ital., ms 1718, fol. 73). — Une lettre de S. Mauris à l'Empereur 
(avril 1547) nous dit que, dès cette époque, parmi les membres 
nombreux du Conseil privé, seuls, Jean de Lorraine, Hippolyte 
d'Esté, Jean du Bellay, Jacques de Saint-André et Charles de 



46 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

Au premier rang 1 , après le Roi, dans le gouverne- 
ment, venait le Connétable de Montmorency : ses 
services passés étaient les plus honorable Fran- 
çois de Lorraine et son frvre Charles, archevêque 
de Reims, partagèrent la seconde place avecJacqaee 
d'Albon, les Lorrains manifestant une activité toute 
politique tandis que Saint-André jouait, aux cl 
du Roi, un rôle plus intime, plus familier et peut- 
être, dans certaines circonstances, plus influent. 

En effet, les Saint-André ne quittèrent pas l'en- 
tourage immédiat et quotidien des personnes 
royales 1 . Jacques conservales fonctions qu'il avait 
occupées à la cour du Dauphin, et devint par ce 
fait premier gentilhomme de la Chambre du Roi*. 
D'autre part, Adhémar de Monteil,conitf de Grignan, 
dut abandonner son état de chevalier d'honneur de 
la reine Catherine, état dont fut pourvu Jean d'Al- 
bon, « le vieux Saint-André » '. Tout de suite 



Lorraine, se réunissaient quotidiennement sons la pi 

Connétable (Arch. du Roy. de Belgique, Coll. des documents his- 
tor., t. VII, p. 183). Cette lettre a été citée par A. de Huble. Le 
mariage de Jeanne d'Albrei . p. -2'M . 

* « Le Roi n'admet personne en sa chambre du matin et jnaquefl 
à ce qu'il soit habillé, sinon le jensne Sainct-Andrey, non 

connestable ny aussi ses médecins, desquelz il dit n'avoir dr 
présent besoing. Toute sa délectation est à jouer a la paulme 
après le disner et quelquefoiz à la chasse ne parlant d'aultr»- 
chose durant son disner... » (Dépêches de Saint-Mauris, Revue 
histor., t. V, p. 112.) 

* Relevé des nouvelles envoyées par II. de Saint-Mauris. am- 
bassadeur de l'Empereur en France (juin 1547), Arch. Nal . 
K 1486, n° 59. 

:i « ... Le seigneur de Grignan.... <Jesmis de Testât de chevalier 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 47 

Henri II avait manifesté nettement sa faveur pour 
Jacques de Saint-André, et les contemporains 
furent frappés de la révolution qui d'un côté faisait 
chasser honteusement de la cour le cardinal de 
Tournon 1 , tandis que d'autre part s'implantait la 
fortune de l'ancien chambellan du Dauphin, petit 
gentilhomme de naissance obscure. A ce sujet, 
l'ambassadeur espagnol écrivait : « Le jeune Saint- 
Andrey accroist en grand crédit, se fyant beaucoup 
de luy le dict seigneur Roy 2 ». Bientôt du reste 
charges et honneurs allaient combler les désirs du 
nouveau favori. 

Mais la conduite de cette nouvelle fortune n'allait 
pas sans quelques risques, et, dès les premiers 
jours du règne, Saint-André dut jouer de sa puis- 
sance récente avec un certain tact. D'ailleurs on 
peut dire que, dans ces difficultés de début, sa sou- 
plesse politique parut aussitôt merveilleuse. A 
peine en effet le nouveau règne était-il commencé, 
que Ton avait vu Montmorency et les Guise se poser 
en rivaux. Le résultat de cette lutte d'influences 
étant mal sûr, Jacques d'Albon eut l'adresse extrême 
de ne pas prendre parti dans la dispute, et, pareille- 
ment aimable envers tous, il fut presque seul, au 



d'honneur de la daulphine, duquel estât a été pourveu le vieux 
Saint-André, dois qu'elle est royne... » (Dépêches de Saint-Mauris, 
loc. cit., p. 105.) 

1 Arch. Nat., K 1486, n° 59. 

i Dépêches de Saint-Mauris {Revue historique, t. V, p. 114). 



48 LES ORIGINES DE LA FuHII.M 

Conseil royal, à ne pas mécontenter le Connétable. 
On doit citer le tableau piquant fies séances de ce 
conseil, tel que nous Ta peint Saint-Mauri- 
ce Comme le seigneur Connestahle et le Chancelier 
s'entendent très bien et qu'ils font debvoir <le bien 
endresser toutes besognes, le surplus du Conseil, 
excepté Saint-Andrev, leur veult mal et trouve sou- 
vent peu à propos ce que procède d'eulx, siirnam- 
mentMonsieur de Raina 1 , lequel ledict Connestable 
appelle et dénomme à présent : grant veau, et tel 
le nomma-il naguères à certain propos à la Etoj ne 
douagière, qu'est souffisante comprobationparc( 
extérieure démonstration qu'il y a peu de certaine 
amytié entre eulx, seullement pour la jalouzie que 
ceulx de Guyse ont de ce que ledicl seigneur a les 
principaux affaires en main ". » 

Cependant, au milieu de ces rivalités naissantes, 
on dut pourvoi r à la célébration des obsèques solen- 
nelles du feu Koi. Le corps de François I avait ('-té 
déposé, avec ceux de ses deux fils décédés antérieu- 
rement, à l'église Notre-Dame-des-Champs, au tau- 
bourg Saint- Jacques. On les enleva seulement le 
22 mai 1547 pour les porter à la cathédrale, où ils 
demeurèrent exposés un jour. Le 23, ils furent 
transportés à Saint-Denis 3 . La légende rapporte 



4 L'archevêque de Reims, Charles de Guise. 

-Dépêches de Saint-Mauris [Revue liislor.. t. V. p. 117 . 
:: Une relation nouvelle des obsèques de François b* ù l' 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DÉ HENRI II 49 

que Henri II s'était fait retenir une chambre rue 
Saint-Jacques, pour delà suivre des yeux le cortège, 
en compagnie de Saint-André et de Vieilleville. 
Afin de calmer la douleur du nouveau Roi, ses 
deux amis se seraient efforcés de le consoler en 
lui remémorant le peu d'affection que lui avaient 
portée ses frères et son père l . Il est possible que 
l'anecdote soit vraie en ce qui concerne Saint-An- 
dré. Pour ce qui est de Vieilleville, on sait que, 
pendant les funérailles de François I er , il se trou- 
vait en Angleterre chargé d'une mission diploma- 
tique \ 

Henri II quitta le deuil quelques jours après les 
obsèques de son père, et, à cette occasion, le 
29 mai 1547, fête de la Pentecôte, une somptueuse 
cérémonie eut lieu à la cour. Saint-André en parut 
véritablement le héros : dans la même journée, il 
? ut créé chevalier de Tordre de Saint-Michel et 
naréchal de France, succédant en cet office à 
'amiral d'Annebaut résignataire 3 . 

i Saint-Denys, publ. p. H. Oniont. Bullet. Soc. Hist. de Paris, 
XXXIII, p. 144). 

1 V. Carloix, Mémoires du maréchal de Vieilleville, t. II, ch. n. 

2 Ch. Marchand, Le maréchal de Vieilleville, Paris, 1893, p. 75. 

3 « Dominica prossima passata, che fu il giorno délie Pente- 
;oste, il Rechnistianissimo dépose il duolo, et, per celebrar quel 
jiorno con qualche allegrezza, fece 6 cavallieri dell'Ordine et dui 
narescialli di Franzia ; li cavallieri son stati Monsieur di An- 
çuien, Monsieur di Santo-Andrea, M r di Roan, M r di San Vaiier, 
l marchese du Mena et M r délia Gichia, et li dui marescialli son 
tati, M r di Sedan., et M r di Santo-Andrea, il quale e entrato in 
uoco del l'Amiraglio. » (Dépèche de l'ambassadeur vénitien. 

1 mai 1547, Bibl. Nat., f. ital., ms 1716. p. 160.) Cf. Lettre de 



50 U-;s ORIGINES DE LA FORTUNE 

Avec lui furent créés cinq autres chevaliers dfl 
l'ordre : M. d'Enghien, frère du duc de Vendôme, Le 
marquis du Maine de la maison de Lorraine, MM de 
Saint-Valier, frère de Diane de Poitiers, de Rohan, 
cousin du roi de Navarre, etenfinM.de La Guiche 1 . 
Quelques jours après, les provinces frontières du 
royaume ayant été divisées par Henri II en I nu- 
départements militaires, dont chacun fut attribué 
à l'un des maréchaux de France, Saint-André reçut, 
dans sondépartemenl , les pays de L\ onnais, Forez, 
Beaujolais, Dombes, Haute et Bi sse Marche, Com- 
braille, Haute et Basse Auvergne, Bourbonnais, 
Berry, et le bailliage de Saint-Pierre-le-Moûtier s 
Capitaine de cent lances des ordonnances du Roi, 
Saint-André choisit, comme lieutenant de sa com- 
pagnie, François de Scepeaux de Vieiileville, qui 
devait lui succédée un jour dans son office de m 
chai de France 

Le nouveau Roi ne se lassai! pas d'hûnorelr e( <!•' 
pourvoir les Saint-André L<- 2\ juin, Henri II. 
par lettres patentes, augmentai! le gouvernemenl 
de Lyonnais en y réunissant presque toutes les 

Saint-Mauris à Charles-Quint (juin lôiT). Arch. Nat.. K ' 
n° 59. 

1 Ibidem : cl Lettre de Ricasoli à Coe ! _ v - 

A. Desjardins. Négociations diplomatiques île la France avec la 
Toscane, t. III. p. 193. 

2 Edit du 26 juin 1347. dans [sambert, Anciennes lois fra 
Paris. 1822-1827, l. XIII. p. 19. Cf. A. Sleyert, Souvel ■ 
de Lyon. Lyon. 189D : t. III. p m 

:î Ch. Marchand. Le maréchal de Vieiileville. p. 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 51 

provinces centrales de la France, immense gouver- 
nement créé spécialement pour Jean d'Albon, père 
de son favori l . De plus, dérogeant aux ordonnances 
de François I er , il lui conférait le titre de lieute- 
nant-général en des pays qui n'étaient pas fron- 
tières-. Après quoi ce fut toute une série de dons, 
faveurs, gratifications pécuniaires ou autres, dont 
le détail doit être rapproché de la vie privée du 
maréchal 3 . 

Les débuts du nouveau règne furent marqués 
d'un incident fâcheux, qui est demeuré célèbre. 
Nous avons vu de quel amour des duels et des tour- 
nois était possédée la génération de Henri II. Le 
cours de ces parties d'armes, qui se multiplièrent 
pendant le règne, résultat d'idées plus ou moins 
chevaleresques, allait s'inaugurer par un épisode 
sanglant. On connaît la dispute d'honneur qui 
s'était élevée, du temps même du roi François, 
entre La Châtaigneraie, compagnon du Dauphin et 
ami de Saint-André, et le jeune seigneur de Jar- 
nac, favori de M me d'Etampes. Par souci des con- 
venances, le vieux Roi avait étouffé la querelle. 
Reprise à dessein, sous son successeur, elle eut un 
dénouement aussi inattendu que célèbre dans le 
coup de Jarnac. Jacques d'Albon, maréchal depuis 
quelques jours seulement, fut l'un des tenants de 

* Arda, Nat, X** 8616, fol. 37. V. plus bas. 

2 Arch. Nat,, X^ 8616. fol. 39. 

3 V. plus bas. 



52 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

La Châtaigneraie, qui représentait le parti de l'an- 
cienne petite cour du Dauphin l . 

Aussitôt après ce malheureux événement, la cour 
se dirigea vers Reims, pour assister au sacre du Roi. 
Le 25 juillet au matin, Henri II, avec la poin [in- 
accoutumée, fit son entrée dans la cathédrale, où 
Charles de Lorraine, archevêque de Reims, officia. 
Saint-André, remplissant les fonctions de Grand 
Maître, au lieu de Montmorency empêché, mai «hait 
derrière le chancelier, « vestu et hahitué comme un 
Pair conte lav " ». 



Le Roi vint passer à Fontainebleau, dans le 
calme et le repos, les derniers mois de l'an 
1547. Au début de l'année suivante, des prépara- 
tifs de voyage occupèrent la cour. En effet, Henri 11 
avaitdécidé d'entreprendre la visite de sonroj aume 

A travers la Champagne et la Bourgogne, ce fui une 
suite ininterrompue d'entrées triomphales dans les 
bonnes villes. Avant de passer en Savoie el en P 
mont, le souverain laissa en France une soit»' de 
conseil de régence pour entendre à ses alla 
Dans une lettre à M. dHumières. datée <!«• Bou 



1 Brantôme, Œuvres, t. VI. Discours sur les duels, passim. 

- A. Desjardins, Négociations de la France avec la Toscane. 
t. III. p. 201 : P. E. Piguerre, Histoire de France, p. 1^ : F I 
Montmorency... sous fleuri II. p. il». 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 53 

en-Bresse, le 27 juillet 1548, Henri II faisait con- 
naître [la composition de ce conseil : on y voyait, 
outre le chancelier, le cardinal de Lorraine et le 
duc de Guise, le seigneur de Saint-André père l . 

Jacques de Saint-André suivit le Roi en Piémont 
et prit part aux fêtes brillantes de Turin. Henri II 
montrait alors sa puissance en Italie pour laisser 
une haute idée de son règne et donner de la crainte 
aux étrangers dès les commencements. Le jeune 
maréchal faisait partie du cortège somptueux qui 
entourait le Roi, lorsqu'il reçut la visite du duc de 
Ferrare 2 . 

Au milieu des splendeurs de ce voyage, une 
mauvaise nouvelle vint surprendre la cour. On 
apprit qu'une véritable révolte s'était déclarée en 
Guyenne. Au mois de juillet 1548, les officiers du 
Roi avaient été poursuivis par les rebelles, les col- 
lecteurs de la gabelle massacrés, et le gouverneur 
de Bordeaux mis à mort 3 . Le Roi, retenu en Italie, 
se hâta de dépêcher en France les hommes de 
guerre qui suivaient sa troupe. Le Connétable ras- 
sembla les forces de son gouvernement de Langue- 
doc et descendit la vallée de la Garonne. Saint- 
André reçut l'ordre de diriger sa compagnie en 

1 Bibl. Nat., f. fr., ms 5120, fol. 63. 

2 Ribier, Mémoires d'Estai, t, II, p. 155 ; A. Tallone, Il viaggio 
diEnrico II in Piemontenel 1548 [Bolletino storico-bibliografico 
subalpino, t. IV). 

3 S. Ch. Gigon. La révolte de la gabelle en Guyenne (1548-1549), 
passim. 



Ii4 LES ORIGINES DE LA lolillM 

toute hâte vers le Poitou l . Uni au duc d'Anna 
le maréchal s'avança par la Loin*, Tour-. Poitiers 
et Angoulême. Après l'écrasement des rebelles, on 
retira la plupart des troupes, sauf quelques compa- 
gnies laissées dans les villes pour les tenir en res- 
pect. A la compagnie de Saint- André fut assignée La 
ville de Saintes. Les habitants ne tardèrent p 
s'en plaindre, et leur évêque, le cardinal Charles 
de Bourbon, écrivit, le 22 janvier 1549, au duc 
d'Aumale pour faire retirer ces troupes. La 
demande fut exaucée en partie J . 

Saint-André ne prolongea pas son séjour en 
Poitou. En effet, le Roi avait quitté le Piémont et 
s'était rendu, avec la reine Catherine, à l'abb 
d'Ainay, sise au confluent du Rhône et de la Saône. 
Rassuré sur les événements du sud-ouest et 
informé que le calme était rétabli parmi les pro- 
vinces troublées, Henri 11 se disposait à faire une 
entrée solennelle dans sa bonne ville de Lyon 

Lyon était capitale à la fois du gouvernement de 
Jean d'Albon, le « vieux » Saint-André, et du 
département militaire de son fils, le maréchal. 
Celui-ci, qui passait pour « l'homme le plus galant 
de son temps et qui avoit le plu> de goûl et d'intel- 



1 Instruction pour le sieur de San sue (31 août L5! 
respondance de Jean et Guy de Daillon. comtes de i cives 

historiques du Poitou, t. XII. p 

8 Mémoires-journaux du duc de duise. coll. Miehuud <-t ; 
joulat). p. 5. 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 55 

ligence pour les fêtes 1 », mit toute son activité à 
préparer au souverain une réception merveilleuse 
et digne des bienfaits qu'il en avait reçus. 

Le 23 septembre 1548, Henri II faisait son entrée 
dans l'antique et puissante cité lyonnaise. Le 
décor et les fêtes furent magnifiques. Les mar- 
chands étrangers, Allemands, Milanais, Florentins, 
Génois, Lucquois, qui peuplaient en grand nombre 
cette ville « fameuse par son commerce avec toutes 
les nations du monde », allèrent au-devant du Roi, 
ainsi que les magistrats et officiers consulaires. Le 
long et fastueux cortège défila sous des arcs de 
triomphe multipliés, dont la décoration, prévue par 
les soins habiles du jeune Saint-André, était pleine 
d'allusions flatteuses pour la maîtresse du Roi, 
l'impérieuse et susceptible Diane. Une relation 
contemporaine nous a transmis l'impression vive 
et joyeuse de ces fêtes somptueuses. On y voit très 
joliment peinte « la braveté et allègre suite des 
gentilshommes de la Chambre du Roy, sur leurs 
grands chevaux, deux à deux, tant braves et 
richement équipés que rien plus, aucuns voltigeans 
à la fois devant les dames, puis se remettant en 
leurs rangs, les autres devisans modestement 
ensemble, qui estoit un paradis de plaisir à regarder, 
sur la fin desquels monseigneur le maréchal de 
Saint-André venoit bravement et mignonnement 

1 De Thou, Histoire universelle, t. I, p. 349. 



56 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

monté'... » Après Je festin, Jean d'Âlbon, - 
neur et sénéchal de Lyonnais, présenta au Koi Les 
gentilshommes du pays. Puis ce furent des réjouis- 
sances de toutes sortes : on put voir, à la m 
antique, des spectacles de gladiateurs, et les Flo- 
rentins eurent même L'idée ingénieuse de monter 
une comédie grecque. Bien averti des goûts de son 
maître, Saint-André s'était hâté de faire édifier, 
aux frais de la ville, un jeu de paume, < pour 
l'esbat et passe-temps du Roy Hem 
et nouvelle venue audict Lyon l ». Le favori Bavait 
cultiver l'amitié royale avec une délicate babileté.' 
Catherine de Médicis, reine <l< i France, lit a 
entrée le lendemain 24 septembre. Des joutes et 
des combats sur la Saône turent donnés en s 
honneur. 

Henri II séjourna quelques jours à Lyon, où il 
tint un chapitre de l'ordre de Saint-Michel, donl 
les membres n'avaient pas été réunis depuis loi .- 
temps. On assista ensuite à une fête donnée au Roi 
parle cardinal de Ferrare, dans l'une de ses mai- 
sons de campagne : puis la cour repartit. 

En quittant Lyon, la troupe royale se dirigea 

1 La magnificence de la superbe et triomphante entrée de la 
noble et antique cite de Lyon, faicte an très chrétien Roy de 
France Henry deuxième de ce nom et à la Heine Catherin-. 
épouse, le 93 de septembre 1548, relation contemporaine rein 
niée dans Relations des entrées solennelles dans la ville de Lyon, 
Lyon, 1752, p. 9. 

i Arch. municip. do Lyon, CC 983. — V. aussi, sur cette en, 
Brantôme. Œuvres, t. III. p. 250 et suiy. 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 57 

vers le Bourbonnais. Le maréchal de Saint-André 
et son père avaient invité les souverains à venir 
honorer de leur présence le château de Saint- 
André en Roannais, berceau de la famille du favori 
et sa résidence habituelle. Toute la cour s'y rendit, 
et, pendant quatre jours, une hospitalité luxueuse 
fut offerte au Roi par l'habile courtisan. Des chasses 
occupèrent la cour durant son séjour chez le 
maréchal \ 

A la fin de ce long voyage, Henri II termina la 
série des entrées solennelles par son entrée dans 
la ville de Paris, en juin 1549. L'éclat des fêtes, 
données à cette occasion, dépassa tout ce qui 
avait été vu auparavant. Parmi d'autres réjouis- 
sances, un grand tournoi fut annoncé et publié jus- 
qu'en Allemagne, en Italie et en Espagne. Il com- 
mença le 23 juin et se tint rue d'Amboise. Saint- 
André fut l'un des tenants les plus remarqués avec 
le duc d'Aumale, le prince de Sedan, Boisy, 
Tavannes et Cipierre. Le Roi lui-même prit plaisir 
à combattre le premier à pied et à cheval. Pendant 



4 « ... Et tutta la corte si é partita per andarsene a Santo-Andrea, 
loco di questo governatore di Lione et delF illustrissime» signor 
marescial suo figluolo, uno delli principal favoriti di sua Maesta 
Christianissima, dove ha da stare quattro giorni in circa per le 
belle cazze che sono in quel contorno... » (Dépêche de l'ambas- 
sadeur vénitien, 2 octobre 1548, Bibl. Nat., f. ital., ms 1716, 
p. 592). — Ce séjour dura du 3 au 8 octobre 1548. V. des lettres 
datées du Château de Saint-André par Catherine de Médicis 
(Lettres, t. I, p. 28), par le cardinal de Guise (Bibl. Nat., f. fr., 
ms 6609, fol. 2), et par le Roi lui-même (Bibl. Nat., f. fr., ms 
3120, fol. 70). 



58 LUS ORIGINES DE LA FORTUNE 

quinze jours se déroulèrent les péripéties de cette 
fête chevaleresque' 1 . Le jeune neveu du maréchal, 
Gabriel d'Apcbon, y fit les premières preuves de 
valeur 2 . 

Mais bientôt à ces jeux frivoles allaient succéder 
les préoccupations plus graves de la politique exté- 
rieure. Malgré les difficultés financières, auxquelles 
ne contribuait pas peu l'avidité des favoris, Henri 11 
se préparait à une guerre contre les Anglais L 
cour devint moins exubérante »'t moins ouverte, 
et des mesures de rigoureuse prudence vinrent 
comme pour compenser le laisser-aller antérieur 
On prit sur ceux qui n'étaient que de j des 

informations minutieuses, et le Roi lit même savoir 
qu'il voulait n'être entouré à table que de ses offi- 
ciers, pour que l'on n'entendit point ses paroles 
touchant les affaires de l'Etat 

S'il faut croire 1rs rapports de l'ambassadeur de 
Charles-Quint, Saint-André se serait montré boe- 
tile aux préparatifs de la guerre projetée contre 
l'Angleterre. « On murmure, ajoutait Saint-Maurîs, 
contre cette guerre, dont le but n'est, dit-on. que 
de nuire aux progrès de l'Empereur 4 . » 

En effet, au mois d'août 1549, Henri II dû 

1 Bibl. Nat., coll. Dupuy, vol. 662, fol. 107 : Mémoire» de G. de 
Saulx-Tavannes, p. 15?. 
- Bibl. Nat., n. acq. fr„ nis 3107, fol. 40. 

3 Lettre de l'ambassadeur espagnol à Charles-Quint (15 février 
1549), Arch. Nat.. K 44S8.no 21. 
* Lettre supra citée. 




Sieren photo- 



JEAN DALBON, SEIGNEUR DE SAINT-ANDRE 
Pure du maréchal de SAINT-ANDRÉ. 

(Vitrail de l'église de Saint-André d'Apchon, Loire. Fenêtre centrale). 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 59 

une assez courte expédition en Boulonnais, qui 
n'eut pas grand résultat l . 

A la fin de cette même année, Saint-André vit 
son père tomber gravement malade. La dernière 
cérémonie, où nous constations la présence du 
vieux Jean d'Albon, est le lit de justice tenu par le 
Roi au Parlement, le 2 juillet 2 . Malgré son grand 
âge, il demeura à la cour jusqu'à ses derniers ins- 
tants, et c'est à Fontainebleau qu'il mourut, le 
28 décembre 1549. 

Gabriel de Russy, envoyé de la ville de Lyon à 
la cour, témoin de l'agonie de Jean d'Albon, écri- 
vait aux échevins des impressions naïves, qu'il est 
intéressant de relever. « Dès le premier jour de 
mon aryvé, disait-il, Monseigneur de Saint-André 
fut mallade d'une colique et fièvre quy ne le laisse 
jusques à présent, et est tellement mallade que 
l'on ne luy espère poin de vie. Hyer il dit à Mon- 
seigneur le maréchal, présent moy, qu'il luy prioit 
avoir les afiaires de la ville de Lyon, et suyvant 
le mémoire que je luy montreray, se que mondict 
seigneur le maréchal promit d'en faire son devoir. 
A ce matin le suis allé trouver en la chambre de 
sondict père : il est fort mary, et ne l'eusse impor- 
tuné le voiant ainsy fâché de la malladye de mon- 
dict seigneur le gouverneur 3 , vous assurant Mes- 

1 F. Décrue, Anne de Montmorency... sous Henri H, p. 85 et suiv. 

2 Isarabert, Anciennes lois françaises, t. XIII, p. 95. 

3 On se souvient que Jean d'Albon était gouverneur de Lyon. 



00 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

seigneurs, que je fus tellement fâché d'estre tant 
icy que j'en suis mallade, estiman que, Ive- 

nant que Dieu print mondict seigneur de Saint- 
André, quinze jours aprest ne pourray joyr dudict 
seigneur maréchal, auquel le Roy a donné tous les 
estas de son père l . » 

Le geste du vieux gentilhomme, qui, presque 
moribond, recommandait a son iil> les inté 
des sujets dont il fut le gouverneur, ne manque 
pas d'une certaine noblesse. Cett*' attitude est d'au- 
tant plus remarquable, que le zèle des grands de 
cette époque n'allait guère au bien de leurs admi- 
nistrés. Homme de conscience, qui avait _ 
tous les honneurs par ses seuls services, carac 
droit et simple, le père se distingue singulièrement 
du fils. Le même Gabriel de Russv. dont nous 
avons cité les remarques curieuses, écrivait, quel- 
ques jours après, jugeant en -mi esprit pratique la 
cour de Henri II : « On ne tait riens dans cette 
court sans argent 2 . » Jean d'Âlbon Bemble avoir 
échappé au délire d'acquérir par ton- Les moyens, 
dont nous verrons que son tils lut possédé de la 
façon la plus virulente. 

Les funérailles du vieux Saint-André se célé- 
brèrent en Roannais, au milieu d'une pompe 



1 Lettre de Gabriel de Russy aux échevina de Lyon i 
nebleau, 27 déc. 1549), Arcli. municip. de Lyon. AA 40. fol. 130. 

2 Lettre du ra^me (21 janvier 1550), Arch. municip. de Ly n, 
AA 46. fol. 131. 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 61 

immense, où figuraient des représentants du Roi, 
son maître, ainsi que de toutes les villes et pro- 
vinces qu'il avait eues dans son gouvernement 1 . 

Le maréchal hérita de toutes les charges pater- 
nelles. Le 14 janvier 1550, par lettres de provision 
données à Fontainebleau, il fut institué sénéchal de 
Lyon 2 , et, deux jours plus tard, des lettres patentes 
le créaient gouverneur et lieutenant-général pour 
le Roi dans les pays de Lyonnais, Dombes, Forez, 
Beaujolais, Haute et Basse Auvergne, Bourbon- 
nais, Haute et Basse Marche, Combraille et bail- 
liage de Saint-Pierre-le-Moûtier ;i . « C'étoit, dit 
Garloix, un gouvernement de plus grande étendue 
que tout autre, pour prince qu'il ait été, ait pu 
obtenir jamais *-. » En effet, Saint-André, par cette 
provision, recevait la plus grande lieutenance de 
France et en plein cœur du royaume. 

Durant l'année 1550, le maréchal s'occupa de 
recueillir les biens et les offices que lui avait laissés 
son père : ses châteaux et domaines patrimoniaux, 
ainsi que les villes de son gouvernement, retinrent 
toute l'activité du favori royal. Cette même année, 
la cour subit un autre deuil en la personne de 
Claude de Lorraine, chef de la grande famille de 

1 Arch. raunicip. de Lyon, BB 71, fol. 136. 

2 Arch. dép. du Rhône, B, insinuations de la sénéchaussée, 
fol. 262. 

5 Arch. Nat, X 1 * 8616, fol. 391 (Pièce justificative, n° VI). 

A V. Garloix, Mémoires de Vieilleville, 1. II, ch. xvi. 



62 LES ORIGINES DE LA FOR I (M 

Guise, et, dans cette circonstance, Saint-André 

adressa à François, le nouveau duc. une longue 
lettre de condoléances, où il lui exprimai 
dévouement le plus entier 1 . 



Dès le début du règne, il semble que Benri II 
ait voulu accordera Saint-André un rôle diploma- 
tique important, qui fut plus tard un peu effacé par 
l'influence autoritaire et exclusive des Guise el do 
Connétable. 

Nous trouvons le maréchal mêlé à des an _ 
lions assez curieuses, qui furent menées, dans les 
premiers temps du nouveau règne, entre le gouver» 
nemeni du Roi el la petite principauté de M 
A la (iii de l'année 15 17. la mort <\r Jeanne <Ie Pon- 
levès. mère <l< i Honoré I . prince de Monaco, ayant 
soulevé un procès, qui devait être aussi li 
qu'embrouillé, le petit souverain délégua a la cour 
de France un émissaire, Antonio Raymondo de 
Vence. L'entourage du Roi regarda non sans curio- 
sité le représentant d'une principauté, donl seuls 
les diplomates connaissaient le nom, parc.- que 
Honoré I er était alors un allié de Charles-Quint. 



1 Lettre datée du 22 juin 1550, Bibl. Nat, f. fr., vu 
loi. 5. — Saint-André empêché se lit représenter au\ 
du duc Claude (M is de Pimodan, Lu mère d< tette 

de Bourbon, p. 138). 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 63 

Mais Raymondo trouva aussitôt des relations 
influentes : un personnage, qu'il nomme « con- 
seiller », avait signalé sa présence à Jean d'Albon 
de Saint-André, père du maréchal, « favoritissimo 
di Re et Regina ». Celui-ci entreprit, sous l'inspira- 
tion du Roi, une négociation qui avait pour but 
d'amener à une alliance avec la France le petit 
État de Monaco, placé alors sous l'influence de 
l'Empereur. Attiré chez Saint-André et interrogé 
par lui sur la possibilité d'engager des négociations 
à ce sujet, Raymondo déclara que tous les pour- 
parlers antérieurs avaient dû être abandonnés. 

Saint-André lui demanda de rédiger un court 
mémoire sur les démarches en ce sens qui avaient 
pu être faites précédemment. Provençal, tout 
dévoué aux intérêts français, Raymondo se laissa 
aller facilement dans la voie qu'on lui ouvrait, 
agissant d'ailleurs sans avoir reçu aucun mandat 
sur ce point de ses commettants. Quelques jours se 
passèrent, et Saint-André, au cours d'une nouvelle 
entrevue, fit à Raymondo, de la part du Roi, les 
offres les plus avantageuses pour ses maîtres, s'ils 
voulaient abandonner l'alliance de l'Empereur. Il 
insinua même, en faveur d'Etienne Grimaldi, 
tuteur d'Honoré I er \ la promesse du chapeau de 
cardinal. Tout semblait marcher à bonne fin. Mais 



1 Etienne Grimaldi avait supplanté Blanche Grimaldi, tante 
d'Honoré I er , et tutrice légitime du jeune prince. Cf. G. Saige, 
Monaco, ses origines et son histoire, p. 151. 



64 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

le roi Henri ayant insisté auprès de L'envoyé moné- 
gasque, par L'intermédiaire de Saint-André, pour 
avoir une réponse précise de son gouvernement, 
Honoré I er fit connaître, le i ( .) mars 1548, par une 
longue lettre, qu'il désavouait entièrement les 
négociations engagées sans son avis, à l'encon In- 
de la foi promise à l'Empereur 1 . 

Dans cette affaire, le maréchal n'avait guère joué 
qu'un rôle discret d'intermédiaire diplomatique. 
Bientôt il allait paraître sur une scène autrement 
brillante. 

En effet, à la suite de la campagne de 1549 en 
Boulonnais, on avait vu s'améliorer les rapports 
entre les deux royaumes de France et d'Angleterre. 
Le 24 mars 1550, une paix fut signée, ef }><-u à 
peu les relations des deux puissances devinrent 
plus cordiales. 

Au printemps de Tannée 1551, les rois, désireux 
de consacrer solennellement leur alliance, résolu- 
rent d'échanger des ambassades, pour se remettre 
leurs ordres de chevalerie. Taudis qu'Edouard VI 
désignait le marquis de Northampton comme s 
ambassadeur, Henri II ne crut pouvoir mieux faire 
que d'envoyer en Angleterre son favori, Saint- 
André, « l'ayant choisi, écrivait-il. comme un 
plus prochains de ma personne, pour être d'autant 



1 Sur cette affaire curieuse et assez peu connue, v. G - 
Documenta relatifs à la Principauté de Monaco. Monaco. I8t 
t. 111. pp. LX, 54, 65 et 70. 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 65 

plus agréable à mon bon frère l ». Toute lanoblesse 
de la cour brigua, l'honneur d'accompagner le 
maréchal dans cette mission solennelle, chargée de 
remettre à Edouard VI le collier de Saint-Michel. 
Pour ménager les susceptibilités des deux gouver- 
nements, il fut en premier lieu décidé que, de part 
et d'autre, les deux ambassades se mettraient en 
route simultanément. Mais le départ de Saint- 
André allait ainsi dépourvoir la cour d'une foule 
de gentilshommes, et nuire à la splendeur des fêtes 
qu'Anne de Montmorency se proposait d'offrir 
au Roi, dans son domaine de Chateaubriand. Le 
connétable demanda que le maréchal pût retarder 
un peu son voyage, à quoi la cour anglaise con- 
sentit de bonne grâce 2 . Saint-André se rendit 
donc à Chateaubriand avec la cour, dont il ne se 
sépara que le 11 juin. Montmorency, annonçant le 
départ du maréchal à M. de Chemault, ambassa- 
deur ordinaire du Roi en Angleterre, le priait de 
lui faire bonne chère, afin qu'il « connaisse, écri- 
vait-il, l'affection que vous lui portez pour l'amour 
de moi 3 . » Le 13, Saint-André rencontra à Sau- 
mur le marquis de Northampton qui, en avance, 

1 Lettre de Henri II à M. de Chemault (15 mai 1551), dans 
Papiers des Pot de Rhodes [Mémoires de la Commission histo- 
rique du Cher, t. Kl, p. 142). 

2 Calendars of State Papers, Foreign Séries, Edward VI (1547- 
1553) passim. Nous empruntons à ce recueil les renseignements 
essentiels sur l'ambassade do Saint-André. 

3 Lettre du Connétable à M. de Chemault (13 juin 1551), dans 
Papiers des Pot de Rhodes, p. 143. 



66 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

descendait la Loire, après avoir visité Orléans. 
L'ambassadeur anglais, de la part <\*- son maître, 
pria aimablement le maréchal d'aller s'embarquer 
à Calais. « Je lui répondis, écrivail Saint-André, 
que m'étantjà accommodé de toutes choses à Boul- 
logne, j'irais là monter en mer et desembarquer à 
Londres... La compagnie que j'ai avec naoi est si 
grande que j'aurois peur que malaisément elle se 
pût accommoder de tant de chevaux qui seraient 
nécessaires l . » 

Au moment d'entreprendre son voyage, le favori 
de Henri II manifestait sa joie de l'honneur dunt 
il était chargé. Jl écrivait, le 21 juin, à M. de Che*j 
mault : « J'ai reçu votre lettre..., ayant été bied 
fort aise d'entendre que le Koi d'Angleterre et ceiu 
de son conseil aient < i n si forl agréable que m'écril 
vez l'élection que le Roi a faite en ma personne] 
qui n'eût su être de gentilhomme plus affectionnl 
à la conservation, perpétuation et augmentai ion dl 
leur commune et parfaite amitié, ni qui y désirs 
faire meilleur office que j'y ferai tout»' ma vie*. I 
Pour gagner du temps, il voulut même embarqusl 
sa troupe à Dieppe, les vaisseaux qui devaien 
l'emmener n'ayant pas encore quitté <•<• port. El 
attendant, le maréchal faisait retenir des pilotes] 
pour conduire sa Hotte dans la Tamise, el s'oeed 

1 Lettre de Saint-André a M. de Chcmault (Roum. 27 juin 
1551), dans Papiers des Pot de Rhodes, p 

• I h idem. 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 67 

pait déjà du logis que lui offrirait à Londres le gou- 
vernement anglais 1 . 

Mais les événements allaient bientôt surprendre 
l'expédition. En effet, des vaisseaux armés en 
guerre ayant quitté les ports de Hollande et croi- 
sant dans le Pas-de-Calais, on ressentit des craintes 
qu'une attaque ne fût dirigée contre l'escadrille 
chargée de porter l'ambassadeur à Londres 2 . 
C'était une belle proie, et Charles-Quint semblait 
voir non sans plaisir les capitaines de corsaires se 
poster entre Calais et Douvres pour assaillir Saint- 
André et l'empêcher de passer en Angleterre. Par 
prévenance, le gouvernement anglais fît annoncer 
l'envoi d'une escorte 3 . De son côté, assez mal ins- 
piré, le gouvernement français, pour empêcher 
que l'escadre flamande aux aguets fût avisée du 
départ des navires français, mit l'embargo sur 
trois navires des Pays-Bas, qui se trouvaient à 
Dieppe. Aussitôt, à l'instigation de la régente 
Marie de Hongrie, tous les bâtiments de commerce 
français furent saisis, dans les mers du Nord \ 

1 Ibidem. 

2 It. Paradin, Continuation de l'histoire de nostre te?nps, Lyon, 
1556, p. 9. 

3 Journal of Edward the VI* 11 , dans Literary Remains, t. II. p. 323. 

4 On fît même courir le bruit un moment, peut-être pour justi- 
fier l'embargo, que les navires flamands avaient tiré sur l'esca- 
drille de Saint-André, C'est ce qui ressort d'une lettre, envoyée 
de Bruxelles, le 7 août 1551 à l'ambassadeur de l'Empereur en 
France : « Le Roy avoit esté adverti que noz navires de guerre 
avoient tyré sur le S r de Saint-André, à son passaige, chose tout- 



68 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

« Et disoit-on qu'alors, si elle oust peu attraper 
monsieur le mareschal et son armement, qu'elle 
Feust fort bien retenu et rançonné, pour un mignon 
et fàvory du roy, et butiné... 1 » 

Cependant Saint-André se décida, le 2 juillet, 
à mettre à la voile, comptant, pour sa protection, 
sur l'escadre de secours que devail envoyer Le 
gouvernement anglais. Mais cette escadre ne paru! 
pas, et le maréchal, craignant <]<■ tomber dai 
mains des corsaires, vint débarquer hâtivement, le 
4 juillet, au petit port de Rye, où personne ne Le 
reçut. Il fallut attendre quele Lendemain sii I 
Mewtas arrivât d souhaitât la bienvenue à lain- 
bassadeau nom d'Edouard VI. On s'occupa ensuite 
de trouver des moyens de transports II i 
guère facile de se procurer assez de chevaui : Sainte 
André amenait en sa compagnie au moins quatn 
cents personnes, munies d'innombrables 
On imagine rembarras de cette expédition Luxueu 
qui comprenait L'appareil le plus pompeux, où L'o 
s'étonne de trouver une troupe de musiciens 
chanteurs 2 . Ayant enfin quitté Rye, Le 7 juillet, 1 



tofoiz non l'aide ny pensée. El que, pour obvier 

avoit prins les voyles a aulcuns de doz navires \: h. du 

de Belgique à Bruxelles, Papiers d'Etal et de l'audi 

— G. P&radin, loç. cit., p. 9; Brantôme, <4 es, \ V, p. 

Cli. de La Ronch'TC. Histoire de la marine française, t. 1 
p. 481. 

1 Brantôme, Œuvres, t. V. p. 34; Bihl. Nat.. coll. Clain 
bault, vol. 310, loi. 68. 

- Dépêche de sir John Ifasone (11 juin 1 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 09 

maréchal fut reçu et festoyé magnifiquement par 
sir John Baker, chancelier de l'Echiquier. Le len- 
demain, on conduisit l'amhassadeur à Maidstone, 
au milieu d'une escorte d'environ mille cavaliers, 
formée des gentilshommes du comté de Kent, ame- 
nés à sa rencontre par M. Culpeper ; puis à Gra- 
vesend, il reçut l'hospitalité de lord Clinton, 
amiral d'Angleterre. La troupe française, s'étant 
de nouveau embarquée, fit son entrée dans la 
ville de Londres, au milieu de la flotte anglaise, 
saluée par l'artillerie delà Tour et des navires 1 . 
On reçut Saint-André et sa suite au palais de 
Durham, disposé pour le logement des ambassa- 
deurs. Bâtie au xiv e siècle, sur les bords de la Tamise 
par Thomas Hatfield, évêque de Durham, cette 
demeure somptueuse était la propriété d'Elisabeth 
à qui l'avait donnée son frère, Edouard VI. Heu- 
reusement située près de Whitehall, entre la cité 
et Westminster, c'était un des plus agréables 
séjours de Londres 2 . Saint- André n'y resta pas long- 
temps. Deux jours après son entrée, il quittait le 



State Papers, Foreign séries Edward VI (1547-1553), p. 123. — Il 
nous est resté de l'ambassade de Saint-André un récit très détaillé 
et d'une grande précision dans le journal que rédigeait quoti- 
diennement le roi Edouard VI, Journal of Edward the F/th dans 
Lilerary Remains, t. Il, p. 323. C'est à ce document que nous 
avons emprunté la plus grande partie des renseignements que 
nous donnons ici. 

1 Loc. supra cit. 

2 Stow, Surwey of London (Londres, 1720, 2 vol. in-fol.), 
t. II, p. 2. 



70 LES ORIGINES DK LA FORTUNE 

palais, fuyant devant la maladie: en effet. La mette 
régnait à Londres, et le, 11 juillet, jour même de 
l'arrivée des Français, cent vingt personnes en 
étaient mortes, dont un certain nombre de l'en- 
tourage du roi d'Angleterre. Celui-ci B'était réfugié 
en toute hâte à Hampton-Court, et, le 13, Saint- 
André s'installait à Richmond \ 

Les fêtes ne furent pas retardées et, le 16 juillet 
de bon matin, le maréchal quitta Richmond, 
accompagné de M. (iié, chevalier de l'ordre, de 
prévôts et héraut, et d'une quarantaine des princi- 
paux gentilshommes de sa troupe 2 . Jl se présenta 
au château royal vers neuf heures du malin, et 
fut aussitôt introduit, avec M. deGié, dans l'appar- 
tement qui leur avait été réservé : là ils se vêtirent 
du manteau et du collier de l'ordre, selon l'ua - 
du cérémonial. Lorsqu'on eut fait savoir que le 
Roi était prêt, Saint-André, précédé des gentils- 
hommes ei du héraut de l'ordre de Saint-Michel 
portant les insignes, se rendit dans la salle où on 
l'attendait. Arrivé en présence d'Edouard VI, le 
maréchal lui présenta les lettres de son maître et 
Tassura que celui-ci non seulement était résolu à 
garder inviolablement la paix, mais qu'il lui por- 



1 Journal of Edward the H 11 ', lue. cil. 

- Nous empruntons tous les détails qui suivent à une relation 
contemporaine manuscrite intitulée : - L'ordre qui a élé garde à la 
cérémonie de la présentation que M le maréchal de Saint-André 
a faite au Roy d'Angleterre du collier de l'ordre de Mor Saint- 
Michel. » (Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 11113. lui. ! 



LES PREMIERES ANNEES DU REGNE DE H EN M II M 

tait « l'affection d'un père ou d'un frère aîné ». 
Puis, après une belle harangue de M. de Morv.il- 
liers et une réponse du Roi, Saint-André revêtit 
Edouard VI du manteau et du collier de l'ordre, 
selon le rite accoutumé \ On se rendit ensuite à la 
chapelle où fut célébré l'office anglican au lieu delà 
messe, et un festin d'apparat termina les cérémo- 
nies. Saint-André reçut l'ordre de la Jarretière 2 . 

Au point de vue politique, rien d'important ne 
semble avoir été traité par l'ambassade solennelle 
envoyée à Londres. C'est à peine si le maréchal 
avait reçu mission d'aborder discrètement la ques- 
tion d'Ecosse 3 . Les négociations sérieuses se trai- 
taient alors en France et, le 21 juillet 1551, à 
Angers, le marquis de Northampton signait le 
contrat de mariage entre Edouard VI et Elisabeth 
de France, fille aînée de Henri II \ 



1 On lit dans la Dépense faite par le trésorier de l'ordre de S. 
Michel (Bibl. Nat., coll. Clair., vol. 1242, fol. 1798 v°) : « A Jac- 
ques d'Albon, S 1 de Saint-André, chevalier de l'ordre et mares- 
clial de France, un grand collier dudict ordre, contenant vingt- 
quatre doubles cocquilles et autant de nœuds, avec l'image de 
S. Michel pendue au bout, lequel collier ledict trésorier a baillé 
et délivré au dict seigneur de Saint-André, pour porter au Roy 
d'Angleterre, auquel le Roy nostre seigneur en a faict don et 
présent, en le faisant et créant chevalier. » 

2 Brantôme (Œuvres, t. V, p. 34) rapporte ce dernier fait, 
qu'on ne trouve pas dans le Journal d'Edouard VI cité plus 
haut. Pinard, Chronologie militaire dit : « Pendant son ambas- 
sade, Edouard lui donna Tordre de la Jarretière, que le roi lui 
permit d'accepter. » Les assertions de cet auteur se fondent d'or- 
dinaire sur des documents originaux. 

? ' Hiver, Papiers des Pot de Rhodes, p. 143. 

* Rymer, Fœdera, 3 e édit., t. VI, 2* partie, p. 207. 



72 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

Saint-André n'en prolongea pus moins son séjour 
en Angleterre, C'était le pays des grandes chasi 
et, avant même de quitter la Franc*-, le maréchal 
s'était permis d'exprimer à sir John Masone, am- 
bassadeur ordinaire près de Henri II. son désir de 
participer à des frics cynégétiques 1 . Prévenu, le 
roi Edouard mil beaucoup de bonne - i satis- 

faire l'ambassadeur extraordinaire «lu roi de 
France, cl <lc grandes chasses lui furent offer 

Les politesses allèrenl plus loin. En effet, Saint- 
André sut gagner personnellement La sympathie du 
souverain anglais, qui se plul à Lui faire visiter 
tous ses appartements, se livra en sa compagnie à 
des exercices de tir, et mit à sa disposition la meute 
royale. Peu à peu le maréchal devint comme fami- 
lière Hampton-Court : Edouard VI prit plaisir à le 
faire juge de ses talents de musicien, et poussa 
même L'amabilité jusqu'à travailler avec Lui aux 
affaires de son royaume ~. 

L'audience de congé eut lieu le 26 juillet. 

Edouard, tirant de SOIl doigt un diamant ('•valu»'- à 

150 livres sterling, le donna au maréchal, <jui reçut 
en outre, le jour suivant, un présent de vaisselle 
d'or cl d'argent valant 3.000 livres sterling. La suite 
de Saint-André fut gratifiée avec une égale munifi- 
cence : MM. de Chemault et de Gié reçurent chacun 

1 Dépêche de Sir J. Masone (10 mai 1351 . Cûlendûri t< v 
Papers, Foreign Séries Edward VI. p. lOt-lOS. 
- Journal of Edward the P/**», p. 835. 



LES PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI II 73 

1.000 livres, M. de Morvilliers, le secrétaire Bour- 
din et Jean de Lustrac, évêque de Périgueux, cha- 
cun 500 4 . 

L'ambassade française quitta l'Angleterre, et, le 
31 juillet, elle débarquait à Boulogne, où Ton offrit 
au maréchal « six queuves d'ypocras et huit queuves 
de vin » 2 . 

A son arrivée en France, Saint-André apprit que 
la guerre avec FEmpereur était imminente : les 
hostilités avaient même déjà commencé d'une façon 
indirecte. Il est certain que la mission de Saint- 
André auprès d'Edouard YI contribua à empirer 
les relations entre Charles-Quint et Henri II. Outre 
que l'alliance du roi de France et du roi d'Angle- 
terre déplaisait à l'Empereur, l'incident des navires 
flamands saisis dans le port de Dieppe fournissait 
un motif de rupture d'autant plus vif que Marie de 
Hongrie continuait ses représailles insolontes 3 . 

Mais on peut croire que les causes véritables de 



1 hoc. supra cit., et Acts of the Privy Council of England, 
t. III, p. 322 et passim : Le marquis de Northampton ne reçut du 
roi de France qu'un maigre présent de 500 1. st. « Mylord Marcus 
reward was dcliwered at Paris, worth 500 pounds, mylord of 
Ely's 200, M r Hobbie's 150, the rest at about one scantling » 
{Journal of Edward the VI^\ p. 337). Henri II usa même d'un 
stratagème assez piquant : la disproportion des présents étant 
trop grande, il s'en excusa à l'ambassadeur d'Angleterre et rejeta 
la maladresse sur l'un de ses officiers. 

- Arch. de Boulogne-sur-Mer, 1013, fol. 133a. 

3 Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 340, fol. 68; F. de Rabu- 
tin. Commentaires des guerres en la Gaule-Belgique, coll. Michaud 
et Poujoulat, p. 395 ; De Thou, Histoire universelle, t. II, p. 113. 



74 LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

la reprise des hostilités étaient plus générales. 
« Sa Majesté, dit Tavannes, désire guerre avec 
l'Empereur pour ses prétentions et offenses reçues, 
aussi pour l'heureux succès de Boulogne; désire 
de paroistre plus que son prédécesseur : s'eslève 
par présomption^ poussé par 1rs désireux <!<• nou- 
vellelez, cl, par le connestable pour agrandir ^i 
maison, secondé de M. de Guise... Le mareschal 
de Sainct-André les tierce l . » 



G. de Saulx-Tuvanncs, Mémoires, p. 153. 



DEUXIÈME PARTIE 
LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 



CHAPITRE PREMIER 

L'HOMME DE GUERRE. LES CAMPAGNES A L'EST 
ET AU NORD DU ROYAUME. 1551-1557. 



Préparatifs de guerre. — Ardeur guerrière du maréchal. — Cam 
pagne des Trois-Évèchés. — Metz menacé : le duc de Guise s'y 
enferme. — Saint-André chargé de la défense de Verdun. — 
Activité du maréchal : il fait fortifier Verdun. — Montmorency 
le félicite au nom du Roi. — Regrets du maréchal de ne pou- 
voir se jeter dans Metz. — Saint-André chargé de maintenir les 
communications entre Metz assiégé et la cour. — Il brigue la 
charge d'amiral. — Correspondance entre Guise et Saint-André. 

— Retraite de l'Empereur. — Jugement du rôle de Saint- André 
à Verdun. 

Saint-André chargé d'approvisionner et de mettre en état de 
défense les places de la Picardie. — Son activité et son énergie. 

— Les Impériaux devant Thérouanne. — Campagne de 1553 en 
Picardie. — Combat de Doullens. — Beauquesne. — Inutilité 
de cette campagne. — Saint-André lieutenant-général au fait 
de guerre en Picardie, Boulonnais et Artois. — Il ravage et 
incendie les provinces du Nord. — Inutilité de ces représailles 
féroces. 

Campagnes de 1554. — Préparatifs en Picardie. — Surprise de 
Mariembourg par Saint-André. — Exploit du maréchal à la 
retraite de Solesmes. — Combat de Renty. 

Campagne de 1455. — Nouveaux ravages dans le Nord. — Des- 
truction de Cateau-Cambrésis. — Saint-André en Champagne. 

— Combat de Givet. — Suspension des hostilités. — Trêve de 
Vaucelles. — Éloges décernés au maréchal à la suite de ces 
campagnes. 

Rupture de la trêve de Vaucelles. — Invasion de la Picardie. — 
Siège de Saint- Quentin. — Saint-André à Ham. Tentative 
pour délivrer Saint-Quentin. —Montmorency décide la bataille. 

— Opposition, dans le Conseil des chefs, de l'avis de Saint- 
André à celui du Connétable. — Entêtement de Montmorency. 



78 la carrière militaire et diplomatique 

— Rôle glorieux de Saint-André à la bataille de Saint-Oi. 

— Saint-André prisonnier. 

Conclusion : grande valeur de Saint-André comme homme it 

guerre. 



Saint-André avait donné ses preuves de bravoure 
sous François I er . Gréé maréchal par Henri II. 
honoré des faveurs les plus enviées, en pleine fièvre 
d'ambition, il devait montrer, sous le nouv< 
règne, ses qualités de chef militaire Elles furent 
glorieuses. 

Dès la fin de juillet 1551, on lui avait mandé de 
se hâter, pour qu'il pût arriver à Paris en temps 
voulu 1 . En effet, la guerre semblait imminente 
entre Charles-Quint et 1*' roi de France Mais la 
saison étant, pour cette année, trop avancée, oi 
contenta de passer l'hiver < i n courses, surprit 
rencontres et vexations réciproques; on s'empl 
surtout à dresser des préparatifs pour recommencer 
une guerre interminable. 

Une l'ois les provisions et 1rs munitions dispo- 
sées, il restait à recruter l'armée Le grand embar- 
ras, toujours croissant, c'était la pénurie d'argent : 
sans prudence, Henri II avait follement distribué 
entre ses favoris une partie de s. m trésor, <'t Saint- 
André en avait profité plus que personne 11 est 
iuste de reconnaître que, les impôts ne suffisant 



1 Lettre du cardinal de Lorrain.' nu duc de Guise I 
« on a mandé le mareschal Saint-André de se haster, qui 
en ce temps. » [Mémoires-journaux du duc de Guise, p. 



l'homme de guerre 79 

pas, le Connétable, Diane, les Guise et le maréchal 
consentirent à prêter au Roi un peu de l'argent 
qu'il leur avait donné \ 

Cependant l'approche de la guerre enflammait 
les esprits. Saint- André rencontrant, en octobre 
1551, le cardinal de Lorraine, lui exprimait le vif 
désir qu'il avait de se mettre en campagne 2 . 

Au printemps de 1552, il fut convenu que, tandis 
que Montmorency irait attaquer Metz, le Roi, 
accompagné de Guise et de Saint-André, pénétre- 
rait en Lorraine, sous le faux prétexte de régler les 
affaires du duché, en réalité afin d'enlever le pou- 
voir à la régente Marie-Christine, nièce de l'Empe- 
reur 3 . 

Le Connétable entra dans Metz sans difficultés 
sérieuses, et le Roi se disposa bientôt à l'aller rejoin- 
dre pour recevoir de lui la soumission de la ville. 

Le mardi, 12 avril 1552, Henri II quittait Join- 
ville % après y avoir fait ses Pâques, entouré de son 
état-major et escorté de quatre compagnies, dont 
celle de Saint-André s . « Et les faisoit bon voir, pour 



1 F. Décrue, Anne de Montmorency... sous Henri II, p. 114. 

- Mémoires de Guise, pp. 69-70. 

3 Christine de Danemarck, mère du petit duc souverain, 
duchesse douairière de Lorraine. 

* A sou passage à Joinville, le Roi ayant érigé cette baronnie 
en principauté en faveur du duc de Guise, Saint-André signa 
cet acte comme témoin (Bouille, Histoire des ducs de Guise, 
Paris, 1849-1850, t. I, p. 258). 

5 Voir à l'Appendice n° II l'histoire de la compagnie de Saint- 
André. 



80 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

bien avoir contenance de gens de guerre 1 - n On 
sait que la campagne fut une véritable promenade : 
Metz, Lunéville, Strasbourg. Saverne, à travers la 
Lorraine, « belle et fort grande plaine peuplée de 
grands et gros villages », virent successivement 
passer la troupe royale. A Wissembourg, Saint- 
André fut chargé d'aller au-devanl du duc 
Deux-Ponts, qui venait visiter le Roi, de L'escorter 
et, quand l'entrevue fui terminée, de le mener Lui 
et sa compagnie « faire collation »*. 

On voit à diverses reprises paraître Le maréchal, 
durant cette campagne, pour ne jouer du reste 
qu'un rôle secondaire, Il eul à conduire une petite 
négociation avec un seigneur de La région, Fran- 
çois de Bechstein. Celui-ci, a L'approche de L'armée 
française, s'était retiré dans les Vosges, emmenanl 
quelques troupes. 11 pul obtenir de parlementer, el 
Saint-André fut chargé de traiter avec lui. à Ro- 
sières. On arrêta qu'il remettrait entre Les mains 
du Roi tout ce qu'il possédait dans Les Vo8| 
moyennant quoi il pourrait se retirer avec 
troupes en liberté ; . 

Au commencement de juillet . la compagnie 
du maréchal surprit le château de Lûmes, qui 

1 Guillaume Paradin, Continuation deVhistoin 

p. 3rî : F. de liabutin, Commentaire*. p. , 

2 Guillaume Paradin, Continuation de l'histoire de nostre 
p. 74. 

a Mémoires du maréchal de Bassonqderre, éd. Chanterai, Pans. 
1870-1877, t. I.p. 13. 



L HOMME DE GUERRE 81 

de tout temps avait été un repaire dé bandits 1 . 

Le 26 du môme mois, le Roi, arrivé à Etreau- 
pont, licencia ses troupes tant a cause des maladies 
que des pluies 2 . Les résultats de cette campagne, 
qui acquit à la France les Trois-Évêchés, avaient 
été aussi faciles que profitables. 

Mais tout n'était pas gagné. On apprit bientôt 
que les princes allemands, naguère alliés du Roi, 
se réconciliaient avec l'Empereur, et que la régente 
des Pays-Bas, Marie de Hongrie, avait envahi la 
Champagne. Il devint d'ailleurs évident, dès le 
mois d'août 1552, que l'Empereur, avec qui Mau- 
rice de Saxe venait de traiter, se disposait à 
reprendre les Trois-Évêchés. 

En toute hâte, le Roi envoya le duc de Guise à 
Metz, afin de pourvoir en diligence aux fortifica- 
tions de la place. Le duc se mit en mesure de pré- 
parer la grande cité lorraine à toute éventualité. 
Malheureusement il ne trouvait pas à la cour un 
zèle correspondant, et, dans ses lettres, il s'en plai- 
gnait amèrement à Saint-André. Celui-ci, avec 
Diane de Poitiers, s'employait de son mieux auprès 
du Roi pour qu'il fût donné satisfaction aux besoins 
du duc de Guise 3 , à qui il adressait, en attendant, 



Guill. Paradin, loc. cit. ; F. de Rabutin, Commentaires, 
p. 407. 

Ibidem. 

' Lettre de Saint-André au duc de Guise (27 août 1552, Villers- 
Cotterets) : « Je n'ay failly de monstrer vostre lettre à madame 



82 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

des paroles de résignation. « Nous semble, lui 
disait-il, puisque vous estes remya au bon plaisir 
du Roy que debvez en actandre son intencion, et Le 
mieux que je voye en cela pour vous, c'est que si 
inconvéniant en advenoit, l'on ne s'en pourrait 
prandre à vous, el me desplaist bien. Monsieur, 
(jue les choses ne vont comme elles doibvenl el 
que le désirez 1 . » 

Le maréchal lui-môme ne devait pas rester long- 
temps sans commandement militaire; mais lé Roi 
semblait hésitanl sur le poste à lui donner i J'ay 
supplié le Roy. écrivait Saint-André, qu'il luy 
pleusl adviser sy en quelque endroicl je luy pou- 
vois faire service, pour ne m'y espargner; àquoy 
il respond tousjours que je 1<- laisse faire <"i qu'il 
me fera bien entendre quand il sera temps, et qu'il 
ne laull poinl que je craigne qu'il m*' laisse trop 
longuement en repos -. » 

En effet, Henri II faisait assembler son camp à 
Saint-Mihiel, où il arriva bientôt lui-même, acconv 



il» 1 Valentinois, qui l'ail ordinairement ce qu'elle peut pour vmii> 

faire fournir ce qui voua esl nécessaire, et monstre : 

mieux en mieux vous porter affection et bonne voient.-, jnsquei 

à me prier de l'advertir tousjours <lu langage qu'elle 

au Roy pour vous, à quoy vous croyei bien que je ne 

faulte. » (G. Gruiflrey, Lettres 'médites de Dianne de Poytien t 

p. 105.) Cf., ibidem, une lettre de Diane de Poitiers au duc <!<' 

Guise, datée 'lu :'>0 août l 

1 Lettre datée «le Folembray le 6 août, Bibl. Nat . f. fr.. m| 
eoiiiS. fol. 68. 

2 Lettre datée *1^ Villers-Gotterets, Le27 août 'lans lei Mémoires- 
journaux du duc de (luise, p. 79, 



L HOMMK DE GUERRE 83 

pagné du Connétable et de Saint-André, après avoir 
traversé La Fère et Reims *. 

Le maréchal allait se voir donner un des plus 
rudes postes de la campagne. Dans la crainte que 
l'armée impériale, qui semblait se diriger sur Metz, 
ne délaissât cette ville bien munie pour se jeter à 
l' improviste sur Verdun encore sans défenses, on 
fit hâte d'y pourvoir, et Saint-André reçut, à la fin 
de septembre, la tâche de fortifier et de défendre 
cette ville, en qualité de gouverneur 2 . Ce fut une 
véritable joie pour lui. « J'ay laissé monsieur le 
mareschal de Saint-André dedans Verdun, écri- 
vait le Connétable, avec bonnes troupes de gens de 
bien, lequel y est demeuré le plus volontiers qu'il 
est possible, en délibération de faire telle dilligence, 
de sy bien accoustrer ladite ville, que sy l'Empe- 
reur entreprend d'y venir, il y sera aussy bien 
reçeu qu'en lieu où il sçauroit aller 3 . » Saint- 
André avait pris avec lui dans la place, outre 
sa compagnie de cent hommes d'armes, celle de 
Tavannes qui en comptait cinquante , avec un 
renfort de huit enseignes d'infanterie française 
de la légion de Champagne, deux compagnies de 



1 Lettre de Saint-André datée de Reims, le 28 septembre 1552, 
dans les Registres du bureau delà ville de Paris, t. IV, p. 16. Cf. 
Rabutin. Commentaires, et Mémoires de Guise. 

- Rabutin, Commentaires, p. 434. 

3 Lettre datée du 2 octobre, adressée au duc de Guise, Mémoires 
de Guise, p. 96. 



84 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

chevau-légers et autant d'arquebusier- à cheval 1 . 

C'est à ce moment que commence, au point de 
vue militaire, la période originale du rôle de Saint- 
André. 

A peine entré dans Verdun, il entreprit, avec 
une remarquable activité, de restaurer les défense 
une citadelle fut édifiée dans les jardins de l'Evô- 
cbé, nuit et jour on travailla aux fortifications, 
tandis que le maréchal faisait amener tous !<•- blés, 
vins et vivres, qu'on put trouver dans les alentour- \ 
Des troupes de la garnison furent envoyées à cette 
fin à travers les campagnes environnantes, et purent 
achever l'approvisionnement axant l'arrivée de 
l'armée impériale, non sans avoir couru des dan- 
gers assez graves ; . 

Le 18 octobre. Montmorency passai! à Verdun 
et, constatant le travail accompli, il félicita vive- 
ment le maréchal au nom du Roi. Dans une lettre 
qu'il adressait au duc de Guise, il pouvait lui dire 
que Saint-André avait transformé cette ville en 
« l'une des plus belles places de France '. «Quinze 

1 Habulin. op. cit., p. 435. 

1 Rabutin, op. cit.. p. 135; Jean Bouchot, Le» annale» d Aqui- 
taine, Poitiers, 1644, p. 638. 

3 Lettre de Saint-André. Bit.l. Nat., f. IV. . ma 20310, fol. 56. 

A Lettre de Montmorency au «lue de Go - 
« Je suis venu en ce lieu, pour y voir monsieur le mareschal de 
Saint-André, et adviser aux choses nécessaires en caste place, que 
j'ay trouvée sy fort advancée depuis que j'y ay pa-sé der 
ment, et la fortification sy bien ordonnée, que je v..u> pui> 
assurer qu'elle s'en va l'une des plus belles jdaees de Pran 
(Mémoires-journaux du duc de Guise, p. 111 . 



l'homme de guerre 85 

jours après, le zèle intelligent du gouverneur 
avait pourvu à tout, portant surtout sa « conti- 
nuelle dilligence en les fortifications ». Mais il se 
plaignait d'être trop mal renseigné sur la marche 
de l'Empereur, et, dans toutes ses lettres, il priait 
instamment Guise de lui faire part des avertisse- 
ments qu'il pourrait recevoir. De son côté, le duc 
lui demandait des nouvelles de la cour 1 . 

Sur ces entrefaites l'armée de Charles-Quint 
s'avançait formidahle, avec le dessein, devenu évi- 
dent, d'assiéger Metz. Une magnifique partie 
d'armes semblait devoir s'engager : princes, capi- 
taines, nobles, ce fut à qui courrait s'enfermer dans 
la place menacée. Obligé de rester à Verdun, sans 
qu'il lui fût permis d'aller s'illustrer à Metz, Saint- 
André en ressentit une véritable douleur. Homme 
d'action et de bravoure, seules qualités morales 
qu'il ait jamais eues, Fattitude de temporisation et 
de garde ne lui plaisait en rien. Dans cette circons- 
tance, il adressa au duc de Guise une lettre qui 



1 Lettre de Saint-André au duc, datée de Verdun, le 21 octobre 
1552 : « Monsieur, encor que je vous aye escrit pendant que 
Monsieur le Connestable estoit dans ceste ville, et que par ma 
lettre je vous aye supplié me faire part des advertissements que 
vous aurez, sy vous feray-je encor ceste très humble requeste 
quil vous plaise vous en souvenir. Je ne vous puis rien dire d'icy, 
sinon de la continuelle dilligence que je faits faire en les fortif- 
fications, ausquelles il ne se pert aucune heure de temps, atten- 
dant quelle sera la délibération de l'Empereur, dont je ne puis 
avoir plus seur advertissement que par vous... Je m'attens de 
recevoir de vous tout ce que vous sçaurez et pourrez entendre... » 
[Mémoires-journaux du duc de Guise, p. 111). 



86 LA CARItIÈRE MILITAIRE Kl DIPLOMATIQUE 

fait grand honneur à son caractère militaire el jus- 
tifie pleinement la renommée dont il a joui comme 
soldat. « Monsieur, écrivait-il, je ne vous puis dire 
le déplaisir que ce m'est de ce qu'il n'a pieu au 
Roy me permettre de vous aller trouver I Metz, 
m'ayant expressémenl défendu de ne bouger d'icj , 
comme vous pourra tesmoigner monsieur Le cardi- 
nal vostre frère, qui a l'aict ce qu'il a peu pour me 
faire avoir mon contré et n'y a peu rien faire ..Je prit- 
Dieu vous donner autant d'heur el de victoire que 
j'en désireroys pour moy s'j j'estoii a \ ostre plao 
Et il ajoutait avec une certaine tristesse : le crois 
que jamais prince ne fui mieux accompagné que 
vous serez, el sy j'en pouvois autant faire qu'eux, 
j'ose bien dire <]u il n'y en va poinct qui en ayl si 
grande envye que moy '. » 

Saint-André dul se résigner: il avait reçu une 
tâche, plus difficile que la bravoure, tâche qui était 
de maintenir les communications entre la ville de 
Metz et le Roi, d'y faire passer d.-s secours et de 
harceler sans cesse l'ennemi, engênanl Bes apj 
visionnements. De Verdun, le maréchal devait diri- 
ger toutes ces opérations, qui formaient la partie 
extérieure de la défense. 

Dans les derniers jours d'octobre, Saint-André 
quitta momentanément Verdun, pour venir à Châ- 
lons, où s'était rendu le Roi. Celui-ci. très irrité 

'Lettre datée «le Verdun, le -5 octobre, Méinoires-jounuw.r du 
ih/c de (luise, p. 1 15. 



l'homme de guerre 87 

de la prise de Hesdin, place rendue récemment 
aux Impériaux, avait convoqué une sorte de con- 
seil de guerre. On y délibéra des moyens de 
reprendre Hesdin, et on décida des mesures géné- 
rales pour la défense du royaume. 

Sur ces entrefaites on apprit la mort de l'ami- 
ral d'Annebault, décédé à La Fère. « Je vous ay 
dict la mort de Monsieur F Admirai, écrivait Saint- 
André à Guise, vous y avez perdu un bon et seur ser- 
viteur, etmoy un parfaict amy 1 . » Nous avons vu plus 
haut les services réciproques qui avaient lié d'An- 
nebault au maréchal. Celui-ci se mit sur les rangs 
pour sa succession, et Ton put croire un moment 
que la faveur royale allait une fois de plus lui don- 
ner la préférence 2 . Mais les titres de Goligny et l'in- 
fluence de son oncle, le Connétable, remportèrent. 

Saint-André étant retourné à Verdun, le Roi le 
renforça en cavalerie et ordonna à Guise de lui 
envoyer la plus grande partie de celle qu'il avait à 
Metz. Ainsi le maréchal se trouvait en possession 
d'assez de gens de pied et de cheval pour « travailler 
fennemy » du côté de la ville assiégée 3 . 

1 Mémoires-journaux du duc de Guise, p. 136; Rabutin, op. cit., 
p. 440 ; [La Popelinière] Histoire de France, Paris, 1581, fol. 40 v°. 

" 2 II fut question de créer Saint-André amiral et Coligny maré- 
chal de France : « on a voullu dire que monsieur le mareschai 
de Saint-André seroit admirai et monsieur de Chastillon mares- 
chai de France... » (Lettre du 4 novembre 1552, Bibl. Nat., f. fr., 
ms4052, fol. 119). 

3 Lettre de Montmorency datée du 8 novembre, dans les 
Mémoires- journaux du duc de Guise, p. 124. 



88 LA CARRIERE MILITAIRE r: T DIPLOMATIQUE 

Entre les deux places, Metz et Verdun, s'échan- 
gea, depuis ce moment, une correspondance inin- 
terrompue, dans laquelle les deux chefs, Gruise «'t 
Saint-André, se communiquaient mutuellement 
leurs avis et se faisaient part des moindres nou- 
velles. 

La tâche du maréchal n'était pas sans peines, b( 
le Roi pouvait écrire : « Mes gens, qui sont a Ver- 
dun, tous les jours sont au carnage 1 . » En effet, Le 
marquis Alberl - avait rejoint le duc d'Albe devant 
Metz, qu'il assiégeait du col»'' de la France, sur la 
rive gauche de la Moselle. Ce fui sur lui que por- 
tèrent tous les efforts des troupes de Verdun . 

Il s'agissait surtout de maintenir les communi- 
cations entre Metz el la cour : Saint-André s'ing - 
niait, au milieu des combats, à faire passer des 
courriers dans la pince assiégée, et il avait, à cette 
(in, toute une troupe de mess igers, donl beaucoup 
malheureusement s'égaraient dans L'armée enne- 
mie. Le duc de Guise réclamait des chirurgiens : 
il en manquait, et craignait que les drogues, qu'on 
donnait aux blessés, ne fussent empoisonnées Le 
Roi envoya son propre chirurgien, Ambroise Paré, 
avec toute une charge de médicaments. Le maréchal 
recul mission de l'introduire dan- Metz. Il parvint 
à séduire, moyennant quinze cents écus, un capi- 

1 Ibidem, p. 132. 

- Albert, Margrave de Brandebourg-Culmbach. 

3 Rabulin, Commentaires! p. i c>. 



L HOMME DE GUERRE 89 

taine italien qui, d'accord avec quelques officiers de 
la compagnie du duc de Guise, fit passer dans la 
ville à minuit, à travers mille difficultés, l'apothi- 
caire Daigue, Ambroise Paré et leur bagage médi- 
cal 1 . 

Intermédiaire entre la cour et le duc de Guise, 
Saint-André devait renseigner la duchesse sur les 
actions et la santé de son mari 2 . 

La correspondance du maréchal est pleine de 
détails curieux sur ce siège mémorable. Vers la fin 
de décembre, on commença de s'apercevoir que 
Charles-Quint était à bout de forces, et Saint- André 
s'empressa de faire connaître cette bonne nouvelle 
à Madame de Guise. « Par tous les advertisse- 
mentz que j'ai du camp des ennemys, écrivait-il, 
ils ne sçavent plus où ils en sont de leur entre- 
prise et n'ont aucune espérance de pouvoir rien 
fère à Metz, ayant failly toutes leurs mynes, et 
depuys quelques jours, ils ne tirent plus guières. 



1 Ambroise Paré, Œuvres, t. III, p. 696. 

2 A. Joinville, Antoinette de Bourbon et sa belle-fille, la jeune 
duchesse de Guise, étaient dans de continuelles inquiétudes. Le 
24 décembre 1552, Antoinette écrivait à son fils, le duc Fran- 
çois : « Mon fîlz, mon amy, pences cruel joye se nous est, quant 
pouons ouyr de vos nouvelles... j'ay resu ungne lestre que 
m'avés escrit par un homme d'arme de mons r le maréchal de 
Sainct-André... » (M is de Pimodan, La mère des Guise, Antoinette 
de Bourbon, pp. 302-303.) On raconte que la vieille duchesse se 
préparait à célébrer le jour de Noël avec une ferveur particulière. 
Alors, et comme par une première grâce du ciel, on vit paraître 
dans le chemin qui montait au château un homme d'armes bientôt 
reconnu pour être au maréchal de Saint-André. Il apportait des 
nouvelles heureuses du défenseur de Metz {Ibidem, pp. 161-162). 



90 LA CARRIÈRE MÎLITAÎRE ET DIPLOMATIQUE 

Leur armée est tellement ruynéetanl de la morta- 
lité, qui y a esté et est enquorez plus forte qtte 
jamaiz, que pour ceulx qui s'en vont ordinèremenl 
de leur camp, tant lansquenets que italiens, des- 
quels il en vient icy chacun jour pour se rendre, et 
en vint enquorez liyer dix ou douze qui - 
tous conformes à ce que je vous escrips de la mor- 
talité et nécessité qui est en leur armée. » Et il ter- 
minait par cette phrase pittoresque : «Je m* wulx 
faillir vous remercyer très humbletnetll defl bons 
fromages qu'il vous a pieu m'envoyer 1 . i Puis, 
lors(jue la retraite de L'Empereur devint évidente, 
en janvier 1858, le maréchal s'empressa d'annon- 
cer à la duchesse, avec une joie exubérante, la 
nouvelle du a deslogemenl a de Charles-Quint*. 

Saint-André ne resta pas inactif, devant la 
déroute de l'Empereur : il se jeta avec toute - 
cavalerie sur L'armée en retraite, pour en achever 
le désastre. Puis il accourut à Metz, i pour veoir, 
écrivait-il à la duchesse, mou seigneur vostre mary 
et me resjouyr avec Luy de Bes bonnes et heureuse - 
fortunes et de la Louable s ictoire qu'il a pieu à Dieu 
luy donner, dont de ma part je Le remen 

En somme, à son poste de Verdun, où il ne lui 

1 Lettre datée de Verdun, le :2 e .» décembre. Bil.l. Nat., f. Dr., m> 
3200, fol. 117 (iPièce justificative n° X). 

2 Lettres datées de Verdun, les 16 décembre, 

vier, Bibl. Nat.. f. IV.. ma 8100, fol. Il», 121 et r. nsti- 

licatives n os IX, XL XII). 

3 Ibidem. 



L HOMME DE GUERRE 91 

était guère loisible d'acquérir une illustration reten- 
tissante, Saint- André avait fait d'utile et méritoire 
besogne, au milieu de difficultés souvent fort épi- 
neuses. Ses lettres ne sont pas seules à nous ren- 
seigner sur les qualités qu'il mit à l'accomplisse- 
ment de sa tâche, et les témoignages des comtem- 
porains ne contiennent, à son égard, que des 
éloges. « Durant le siège, dit Salignac, Monsieur 
de Sainct-André avoit tousjours défendu aux enne- 
mis les terres de Verdun et des environs, mesmes 
faict plusieurs belles desfaictes sur eulx, et sou- 
vent avoit envoyé donner des alarmes jusques au 
camp qui estoit devant Metz 1 . » De môme le Con- 
nétable, ordonnant au duc de Nevers de faire for- 
tifier Toul, pouvait lui citer en exemple à la fois 
l'œuvre de Guise et celle du maréchal 2 . 

Saint-André pouvait s'honorer d'avoir, par ses 
efforts, contribué à mettre en retraite Charles- 
Quint. 

En effet, l'Empereur s'était retiré le 1 er jan- 
vier 1553, abandonnant le commandement de son 
armée battue au duc d'Albe. Son départ acheva de 
démoraliser ses troupes, et il n'y eut plus dès lors 
ni ordre ni discipline : les routes se couvrirent de 
soldats, souffrant du froid et de la faim, de malheu- 
reux à peine capables de se traîner, que l'on voyait 

1 B. de Salignac, Le siège de Metz (coll. Mich. et Pouj, t. VIII, 
p. 5o8). 

2 Mémoires- journaux du duc de Guise, p. 149. 



92 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

tomber d'épuisement le lonp: des haies pour ne 
plus se relever 1 . 

Cependant les fatigues avaient atteint la santé 'lu 
maréchal. Il revint habiter son château de Vaiiery 
en Senonais, où il demeura très malade, durant 
quelques jours, d'une fièvre continue. C'est à peine 
s'il pouvait se faire transporter de temps en temps 
en litière à Fontainebleau, auprès du Roi-. 

Mais les devoirs de sa charge le rappelèrent 
bientôt à Verdun, où il retourna dès le \X janvier. 
Il y arriva juste pour recevoir un ordre de Henri II. 
qui lui mandait de laisser ses troupes sous 1»' com- 
mandement de Vieilleville et de reprendre le chemin 
de la cour. Il en coûta à Saint-André de revenir 
si tôt: en effet, le duc de Guise allail bientôt quitter 
Metz et son voyage de retour s'annonçait comme 
une suite de triomphes, où le maréchal eûl vive- 
ment désiréde raccompagner, o Vous puis assurer, 
écrivait Saint-André au duc. qu'il medesplaist plus 
que je ne vous sçaurois dire de ne vous pouvoir 
attendre et vous faire compagnie jusques à la 
cour. Mais encore que je pense bien que Sa Ma- 
jesté ne sçauroil pour cest'heure avoir grand 

1 Guill. Paradin, Continuation (te V histoire de nostre temps. 
p. 167 et suiv. 

* Lettre du cardinal de Lorraine au dur de Guise, datée de 
Fontainebleau, janvier 15.^3 : « ... Je vous diray Beullement que 
le maresckal de Saint-André a esté forl malade à Vallon? d'une 
Kcbvre continue.... et espère que ik.us l'aurons icy dans quatre 
ou cinq jours, où il se t'ait amener en litière... » [Mémoire» de 
Gi/ise, p. 15.*>). 



L HOMME DE GUERRE 93 

besoing de moy, sy est-ce que je craindrois faillir 
sy je n'obéissois à son commandement. ! » Il 
n'abandonna pas Verdun sans avoir pourvu à tout 
ce qui pouvait réclamer ses soins. 



Pendant le reste de l'hiver, le royaume et la 
cour se reposèrent. Au lieu de la guerre, les fes- 
tins, les divertissements et les jeux occupèrent 
l'entourage du Roi. Mais au milieu de ces plaisirs, 
des rumeurs et des conjectures faisaient prévoir 
une prochaine reprise des hostilités. 

Saint-André, malgré sa maladie récente, ne resta 
pas longtemps inactif et, dès le mois de mars 1553, 
il reçut mission d'approvisionner et de mettre en 
état de défense les places de la Picardie 2 . La 
correspondance qu'il échangea au jour le jour avec 
son auxiliaire, M. d'Humières, alors gouverneur de 
Péronne, nous montre l'activité remarquable avec 
laquelle le maréchal s'acquitta de sa nouvelle tâche. 
Homme de guerre, il a toujours brillé par la rapi- 

1 Lettre datée de Verdun, le 19 janvier, Mémoires de Guise, 
p. 159. 

2 Le 8 mars 1553, Charles d'Humières, évèque de Bayeux, écrit 
à son frère, gouverneur de Péronne, pour lui annoncer que Saint- 
André est à Ardres, avec 1.200 chevaux et 4.000 hommes de pied 
pour le ravitailler : dans peu de jours, ces troupes seront portées 
à 4.000 chevaux et 10.000 hommes de pied {Correspondance des 
d'Humières provenant du château de Mouchy, publ. par J. Pi- 
chon, dans Bulletin de la Société historique de Compiègne, t. VI, 
p. 101). 



94 LA CARRIKRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

dite à la fois de ses conceptions et de Leur mise en 
œuvre. 

Venu d'abord à Saint-Quentin, il en partit I* 
10 mars au matin, pour se rendre, accompli 
d'une bonne escorte de gens d'armes, d'abord au 
Câtelet, puis à Péronne. 11 annonçait son arrivée à 
d'Humières par ces quelques mots écrits dans La 
hâte du départ: «J'espère que nous Durons aujour- 
d'hui ensemble '. » Le 22. se trouvant à Corbie, il 
ordonnait aux réparations du château ~. Puis il 
écrivait à M. d'Humières des prescriptions pour 
faire fortifier Péronne : « Je vous envoyé l'estal el 
mémoyre des endroicts où il faut fère premièremenl 
et promptemenl besoingner pour la fortiffîcation de 
Péronne, vous priant m'en voyer Testât au vrai des 
grains, vins el aultres Borteg de vivres qui son! en 
ladicte ville <l« i Péronne, b| au demeuranl faire 
dilligenter toutes choses ; » 

Un fait nous montre que son action ne man- 
quait pas d'énergie. Durant son séjour à Corbie, 
on l'informa que les habitants d'Ancre, châtellenie 
du ressort de Péronne el I* 1 bourg le plus opulent 
du pays, n'avaient encore apport»' au chef-lieu ni 
vivres, ni grains, taudis que les habitants de 

1 Lettre datée de Saint-Quentin, le 19 mars. Bibl. Nat.. 1. ftp., 
ms 3128. fol. 29 

- Lettre datée de Corbie, le 29 mars, Bibl. Nat . f. iï\. m 
fol. 32. 

3 Lettre datée de Corbie, le 22 mars. Bibl. Nat.. f. !r., ms 
loi. 33. 






L HOMME DE GUERRE 95 

toutes les autres localités s'étaient empressés de 
faire leur devoir : irrité , Saint-André leur fit 
signifier qu'ils eussent à s'exécuter promptement, 
faute de quoi il les livrerait au pillage effréné de 
ses soldats \ 

Les détails minimes en apparence de l'adminis- 
tration militaire retenaient son zèle intelligent. Il 
s'inquiétait de faire acheter des bois pour les forti- 
fications de Péronne, et de les faire payer raison- 
nablement; il se renseignait sur les personnes et 
les lieux intéressés dans tous ces travaux 2 . Mais la 
question principale était, dans cette région, celle 
des approvisionnements, et il ne cessait, sur ce 
point, de presser l'activité de M. d'Humières, qui 
semble avoir parfois été un peu lent : « Quant aux 
grains, lui écrivait-il, encores que je m'assure bien 
que vous faictes fère toute la dilligence possible de 
fère amener à Péronne ce qui est encores au plat 
pays, suyvant ce que je vous en ay escrit, si n'ay- 
je voullu faillyr de vous en ramenteveoyr encores 
par ceste lectre, vous assurant que ne scauriez 
pour ceste heure fère au Roy plus agréable ser- 
vice que cestuy-là 3 . » 

Après ces jours de travail, Saint-André revint 



1 Lettre supra citée. 

2 Lettre datée de La Fère, le 23 mars, Bibl. Nat., f. fr., ms 3128, 
fol. U. 

3 Lettre datée de La Fère, le 26 mars. Bibl. Nat., f. fr., ms 3123. 
fol. 41. 



96 LA CARRIERE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

passer quelque temps à la cour, pour repartir 
bientôt visiter les châteaux et places fortes du duc 
de Guise *. Le 12 avril, il envoyait à M. de L Au 
bespine, secrétaire de Henri TI, des nouvel: 
Hesdin, dont il inspectait les défenses : les i'iuh- 
niis, en garnison aux villes delà frontière, deve- 
naient de plus en plus menaçants, <■! s;m> Les 
troupes qui se trouvaient alors à Hesdin. « il- ne 
fauldroient, écrit le maréchal, à brusler toute 
frontière jusques aux portes de ceste ville, car de 
ce faire vous asseure qu'il/; en ont une belle 
envie 2 ». 

Toute celte activité n'était pas inutile . En effet, 
Charles-Quint ouvrit la campagne de 1553 par un 
coup d'audace: à la lin d'avril, il envoya son 
armée, commandée par Ponthua » l * - Lalaing, bous 

1 A. de Rublc. Antoine de Bourbon el Jeanne d'Albret. t. I, 
p. 340. 

2 Lettre de Saint-André à M. il.' L'Aubespine l_ avri 
[Autographes du musée Dobrée à Nantes, inventaire, n° " ■ 

3 Sur le contentement que le Roi manifesta «le l'activité de 
Saint-André, nous avons un témoignage précis. M. de Chemanll 
écrivait, le 28 juillet laoS, au maréchal : ... J< continuai a lui 
dire [au Roij que vous m'aviez commandé lui dire que la cho^e 
du monde que vous désiriez le plus étoit que Dieu vous lit cette 
grâce de lui faire quelque bon service : sur .]uoi il me tu réponse 
qu'il en étoit bien assuré. Mai> soyez certain, Monseigneur, que 
j'ai connu à son bon et joyeux visage, incontinant que je lui ai 
parle de vous, et tant que je lui en ai parle. qu'il est auta: 

tent que vous le pouvez désirer, et voudrois que VOUS 
voir ce que j'ai vu pour vou> de ce Im.h visage, pour le très 
grand plaisir que je suis certain que vous en auriez, et vous pro- 
mets par ma i'oi que vous ne le sauriez soubaiter meilleur, nv 
plus franc et joyeux que je le vis parlant de vous... » [Papiers des 
Pot de Rhodes, p. 174). 



L HOMME DE GUERRE 97 

les murs de Thérouanne. Avant-poste éloigné du 
centre des forces royales, Thérouanne fut pris à 
rimproviste et se rendit. Après quoi l'ennemi se 
porta sur Hesdin qu'il investit rapidement. 

Henri II se hâta de faire assembler et équiper 
son armée. La gendarmerie et l'infanterie, au fur 
et à mesure de la levée, se dirigèrent sur Amiens 
où devait se faire la concentration des troupes. Le 
Roi précipita les préparatifs et l'armement, « pour 
mettre aux champs sa puissance et faire belle son 
armée ». Tout le monde se disposait aux batailles 
glorieuses, et Tavannes, de Verdun, suppliait son 
ami le maréchal d'intervenir auprès du Roi pour 
qu'on lui permît de quitter son poste d'attente et de 
se joindre au « voyage » de Picardie *. 

Mais cette hâte venait trop tard et, le 17 juillet, 
Hesdin succombait. L'Empereur en fit immédiate- 
ment raser les fortifications. 

La Canche franchie à Hesdin, les Impériaux 
s'avancèrent sur l'Authie, « le second fossé de 
France ». Il était grand temps de les arrêter. On 
fit diligence du côté des Français, et, ne pouvant 
disposer de toute son armée avant la fin de juillet, 
le Roi envoya le Connétable et Saint-André « pour 
se mettre devant » 2 . 

Encouragés par leurs succès, les Impériaux 

1 Lettre de Saint-André à Tavannes (15 juillet 1553), Bibl. Nat., 
f. fr., ms 4641, fol. 4. 
- Mémoires-journaux du duc de Guise, p, 204. 



98 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

continuaient de piller et de brûler les villages le 
long de la rivière d'Authie. Le bruit courut, au 
commencement du moisd'août, qu'ils se dirigeaient 
vers Doullens. Assisté de Saint-André, le conné- 
table de Montmorency se porta à leur rencontre, 
et chercha à les faire tomber dans un piège de 
guerre. 

Le stratagème employé fut heureux. Quatre com- 
pagnies d'infanterie française traversèrent L'Authie, 
et Paul-Baptiste Frégose se porta en avant puur 
entrer en contact avec l'ennemi et l'attirer au com- 
bat. Cependant des troupes en corps détachés se 
faisant suite avaient été postées à Ion- s inter- 
valles. On commençait alors à employer utilement 
la cavalerie légère, et l'événement montra quel 
bon parti on pouvait en tirer. Le «lue de Nemours 
commandait le premier corps : forcé, il devait 
replier sur S an sac, qui était une lieue en arrière 
avec cinq compagnies Légères. En flanc, à un 
quart de lieue, le prince «le Condé dirigeait lui 
aussi des chevau-légers. Enfin le maréchal de 
Saint-André était embusqué à deux milles plus 
arrière, à latêted'un solide escadron de cinq cents 
gendarmes. 

Il s'agissait d'attirer peu à peu L'ennemi, en simu- 
lant des retraites successives, pour Le surprendre 
et l'écraser dans une dernière bataille. La plus 
rude tâche revenait à Saint-André, qui devait don- 
ner le coup décisif. 



L HOMME DE GUERRE 99 

Comme on l'avait prévu, les Impériaux se jetè- 
rent sur les quatre compagnies d'infanterie, qui se 
trouvaient au delà de FAuthie. Celles-ci se hâtè- 
rent de repasser la rivière, suivies des ennemis. 
Nemours et Sansac, chargés l'un après l'autre, 
feignirent à leur tour de prendre la fuite et se 
replièrent précipitamment vers l'endroit où le maré- 
chal était en embuscade. Alors parut Saint-André 
à la tète de ses gendarmes, qui « commença à 
marcher au grand trot droit aux ennemis, ce qui 
les arrêta sur cul ». Condé vint se joindre à lui, 
et tous deux jetèrent les Impériaux dans un tel 
désarroi qu'ils s'enfuirent « à vau la route ». Refou- 
lés et battus, ils se retirèrent laissant des pertes 
considérables tant en morts qu'en prisonniers : 
plus de huit cents tués de leur côté restèrent sur 
le champ de bataille. Au milieu des prisonniers faits 
par le maréchal, se trouvait un ennemi de marque, 
le duc d'ArschoL Du côté des Français, les quel- 
ques dommages atteignirent surtout la cavalerie 
légère; mais la gendarmerie de Saint- André sortit 
indemne de l'engagement i . 

Ce combat dit de FAuthie ou de Doullens-Beau- 
quesne 2 , illustré par le sang-froid et l'habileté du 
maréchal, lui valut les plus grands éloges de ses 

1 Rabutin, Commentaires, p. 456; Pinard, Chronologie historique 
militaire, t. II. p. 249. V. surtout le duc d'Aumale, dans son His- 
toire des princes de Condé, t. I, p. 35, qui fait ressortir la valeur 
militaire de cette journée. 

2 13 août 1553. 



100 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

contemporains, et le poêle Mellin de Saint-Gelaie 
composa un dizain pour chanter l'exploit '. 

Mais ce n'était qu'une avant-garde, qui b 1 
distinguée à Doullens-Beauquesne. A la un du mois 
d'août, toute l'année se trouva réunie prèsd'Âmi< 
et, le 1 er septembre, furent déployée- lea enseignes 
de France, « en si grand et admirable nombre 
d'hommes, que plus espessement l'on ne voit au 
renouveau les mousches à miel voler aux champs 
sur les fleurs espanouies m -. Saint-André, 
gendarmerie, vinl se ranger dans le corps de l'ar- 
mée, auprès du Roi. Alors se déroula la camp;:. 
de Picardie qui, après le brillant début que nous 
avons vu, finit piteusement sans résultats. Les 
troupes royales se bornèrent à engager avec l'en- 
nemi quelques vives escarmouches de cavalerie, où 
se distingua le maréchal . Soua l'inspiration du 
connétable irrésolu. Henri II renonça biento 
forcer les retranchements des Impériaux, et, le 
20 septembre, on licencia celte belle armée, 
avoir rien fait que munir de gendarmes les garni- 
sons de la frontière. 

Sur cette frontière du Nord, continuellement 
menacée, exposée aux envahissements imprévus 
de l'ennemi, poste de vigilance, d'én< - de 

1 Dizain : De la deffaicte des Bourguignons devant B 

où fut pris le duc d'Alscot par le bon ordre de mons 1 1<' m 
clial de Saint- André, dans d de Mellin de S'- . éd. 

Blanchemain, Pari-. 1873, t. [II, p. 117. 

- Rabulin, op. cit., p. 457. 



L HOMME DE GUERRE 101 

bravoure il fallait laisser des troupes solides com- 
mandées par un chef diligent. 

Les qualités militaires dont avait fait preuve 
Saint-André le désignaient au choix de son maître : 
le 25 septembre 1553, par pouvoir donné à Saint- 
Quentin, il fut nommé lieutenant-général au fait 
de guerre en Picardie, Boulonnais et Artois *. 

Tout ce qui formait la partie résistante de l'ar- 
mée royale, gendarmerie, cavalerie légère, vieilles 
enseignes et allemands, fut mis sous ses ordres 
directs et massé à Auxy-le-Château près de Hes- 
din. 

Livré à lui-même, le maréchal allait accomplir 
dans ces régions une œuvre terrible de destruction 
et de mort. Pendant près de deux mois, il rivalisa 
de férocité avec les Impériaux. 

Dès que ses troupes eurent été réunies à Auxy- 
le-Château, Saint-André les dirigea vers le comté 
de Saint-Pol, pour le détruire « de fond enracine », 
et en achever la dévastation commencée par les 
Espagnols. Le même sort attendait le comté de 
Ponthieu, le bailliage de Hesdin et tout le pays 
d'Artois. Ainsi devait être créé une sorte de désert 
entre les deux armées de l'Empereur et du Roi. 

Saint-André procéda à cette exécution de toute 
une région à la barbe des ennemis, sans trouver 



1 Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 23, n° Gl (mention); Rabutin, 
op. cit., p. 465; Pinard, Chronologie historique-militaire, t. II, 
p. 249, d'après les comptes de l'extraordinaire des guerres. 



102 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

résistance qu'il ne brisât, « avec une tant admirable 
furie et désolation qu'il ne fut pardonné seulement 
aux toicts et loges des bergers, que tout ne fusl 
mis en feux et cendres »*. Les alentours de Saint- 
Omer, Lillers et Aire, furent transformés en vae 
champs de ruines. Le château de Pernes, enlevé 
d'assaut, vit toute sa garnison d'Espagnols con- 
damnée et passée au lil deFépée J . 

Dans cette guerre impitoyable, I»' maréchal met- 
tait singulièrement en haleine ses Lieutenants. Les 
lettres qu'il adressait sans cesse à M. d'Humières, 
gouverneur de Péronne, pour le presser, noua >ont 
un témoignage particulièrement vil" de son activité 
autoritaire. 

Au début de sa mission militaire, alors qu'il 
s'agissait de concentrer à Au\\ le-Château Les 
bandes de chevau-légers, les gendarmesel les sou- 
doyers allemands, nous le voyons diriger 1<-^ capi- 
taines, ordonner les mises en roule, uiull ijilianl Les 
dépêches expresses et prenant à peine le temps de 
coucher dans une ville pour aussitôt se hâter vers 
un autre poste ; . Tout en surveillant ses trou; 
tout en payant de sa personne aux combats, il ne 
cessait, avec une énergie étonnante, de pourvoir 

1 Rabutin, Commentaires, p. 465. Rabutin, qui a plutôt des 
sympathies pour le maréchal, n'< si pas suspect d i i - >n. 

- Ibidem. 

8 Lettres de Saint-André à d'Humières, Bibl. Mat, f. IV.. ma 
3128, fol. 55. 59 et suiv. 



l'homme de guerre 103 

aux fournitures et aux vivres, de faire réquisition- 
ner, escorter et payer les marchands. Occupé d'une 
part, il avisait à ne pas se laisser surprendre de 
l'autre. « Puys que ainsi est, écrivait-il à M. d'Hu- 
mières, que les ennemys commancentà courir en la 
frontière de delà, je vous prye vous en retourner à 
Péronne, là y revenir et vous y tenir pour empes- 
cher le plus que vous pourrez les dicts ennemys 
de rien gaster » 4 . 

Au commencement de novembre 1553, les Impé- 
riaux semblèrent vouloir tenter, avec une nouvelle 
audace, d'envabir et de ravagerla frontière: ils brû- 
lèrent Beaurevoir, Bobain et d'autres villages jus- 
qu'à Ham. Saint-André leur répondit par un sur- 
croît d'activité guerrière. Successivement il emporta 
à l'assaut les postes d'Avesnes-le-Gomte et de Beau- 
fort. Puis il expédia des compagnies de renfort dans 
toutes les directions, à Guise, àPéronne, à Corbie 2 . 
En même temps il envoyait dans cette région le 
sieur de Biron qui devait, après avoir réuni toutes 
les garnisons, se jeter sur les Impériaux 3 . 

Exigeant de ses auxiliaires un service extrême- 
ment dur, le marécbal montrait lui-même l'exem- 
ple de l'ardeur belliqueuse. « Ce me sera, écrivait- 
il à d'Humières, ung grand plaisir d'estre souvant 

1 Lettres du même au même (24 et 34 octobre), Bibl. Nat., f. 
fr., ms 3128, fol. 57 et 60. 

2 Lettre à d'Humières, Bibl. Nat., f. fr., ms 3128, fol. 51. 

3 Ibidem, fol. 62. 



104 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

adveriy par vous de ce que deslibèreront fère les 
ennemys et s'ilz vouldront entrer plus avant en 
pays, de quoy je ne seray guyères marry moyen- 
nant que je fusse asseuré qu'ils me voulstssenl 
atendre pour leur fère ung peu de bonne chère » f . 

Durant tout le mois de novembre Saint-André 
dirigea des courses en pays ennemi. Puis, lorsque 
la mauvaise saison fut trop avancée pour continuer 
la campagne, il rentra à la roui-, vers le commen- 
cement de décembre 2 . Quelques compagnies d'in- 
fanterie française et de chevau-légers furen! iïcen- 
ciées, le reste se répartit entre les diverses garni- 
sons pour y passer l'hiver. 

Le maréchal avait accompli rigoureusement sa 
tâche, sans doute avec un zèle trop cruel. Une paraît 
pas que l'incendie et les ravages portés, durant 
deux mois, à travers le comté de Saint-Pol, le bail- 
liage de Hesdin, l'Artois et le Ponthieu, dussent 
produire des résultats militaires importants < - - 
procédés de guerre, assez inutiles et en tout 
déplorables, n'avaient que la valent- de représailles 
féroces. « En ce vovaere. dit Rabutin, ne lut fait 
autre chose de grand effet, mais plustosl mouvante 
à pitié que méritant d'estre mise par escrit 



1 Lettre au même (8 novembre), Bibl. Nat., f. Br., m 
fol. 63. 

5 Lettre au même [29 novembre), ibidem, fol 

3 Rabutin. op. cil., p. 465. 



(À 

(-- fin " - 













l'homme de guerre 105 



La saison avait seule séparé les adversaires. Les 
bruits de guerre s'élevèrent de nouveau au prin- 
temps de Tannée 1554, et « furent despendues les 
armes pour commencer à les fourbir et aprester »\ 
Après avoir établi ses magasins et étapes dans les 
villes de Mariembourg et Avesnes, l'Empereur se 
disposait à envahir la Cbampagne avec des troupes 
imposantes et à venir mettre le siège devant Mé- 
zières. 

Au début du mois de mars, Saint-André se ren- 
dit en Picardie pour reprendre son commandement 
effectif de lieutenant-général. Il dirigea aussitôt 
une expédition sur Ardres, après quoi il s'occupa 
surtout de mettre la région du nord en état de sou- 
tenir de nouveaux assauts. En sa qualité de lieute- 
nant du Roi, il commandait les réquisitions de 
troupes et de vivres, publiait des mandements pour 
enjoindre aux habitants de se rendre sur les points 
menacés afin d'y faire le guet, dressait les rôles 
d'hommes à fournir par chaque localité, animait le 
zèle des maires et des magistrats de villages 2 . On 
peut constater avec intérêt la persistance, en plein 

1 Rabutin, p. 467. 

■ Mandement du 12 avril 1554, Bibl. Nat,, f. fr., ms 3128, fol. 
65 (Pièce justificative n° XIII). — Avances de 25 ânées de blé 
faites par l'Hôtel-Dieu de Laon à la garnison de La Fère par 
ordre du maréchal de Saint-André (Invent. Arch commun, de 
Laon, GG 96). 



106 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

xvj e siècle, de l'obligation où étaienl les roturiers 
de faire le guet même dans des localités éloignées 
de leur propre pays. 

Cependant Henri TT avait faitlever en Allem 
et en Suisse de nombreux gens de guerre. Vers le 
milieu de juin 1554, il se disposa à réunir 
armée en trois quartiers différents, à Mézières, à 
Saint-Quentin et à Crécy-en-Laonnais. Le 18 juin, 
le connétable de Montmorency et le maréchal de 
Saint-André, « deux astres de bonheur en 
conquête», se rejoignaient à Crécy 1 . Ils firent avan- 
cer un peu rinfanterie e1 la cavalerie <lu côté de 
Marie, où ils se rendirent eux-mêmes l<" lendemain. 
M. de Vendôme arriva sur ces entrefaites, et les 
trois chefs se disposèrent à commencer de suite 
les hostilités. 

11 fut décidé qu'une fausse attaque serait dirigée 
sur Avesnes, pendanl que l'autre partielle l'armée 
se jetterait à l'improviste sur Mariembourg. Saint- 
André fut chargé de celle dernière phase de l'action, 
particulièrement difficile à mènera bien. 

En conséquence, pour tromper l'ennemi et 1»' 
persuader qu'il fallait porter ses forces au secours 
d'Avesnes. le connétable et Vendôme emmenèrent 
le gros de l'armée royale du côté d'Etréaupont. 
Pendant ce temps Saint-André se dirigeait sur la 
route deMaubert-Fontaine, accompagné de quatre 



G. Paradin, Continuation de V histoire de noslrt temps, p. 313. 




l'homme de guerre 107 

cents hommes d'armes et sept cents chevau-légers, 
des rudes compagnies de Suisses et d'un régiment 
de pied français, et soutenu par le plus gros de l'ar- 
tillerie de l'armée. Le 22 juin, le maréchal arrivait 
à Maubert-Fontaine, forteresse bâtie naguère sur la 
frontière par François I er . Tout le succès de cette 
entreprise secrète dépendait de la célérité qui 
serait mise à la conduire. Saint-André pressait ses 
troupes, afin d'être assez avancé en pays ennemi, 
lorsque les Impériaux viendraient à s'apercevoir 
de son dessein. Il réussit au-dessus de toute espé- 
rance. 

Le 22 au soir, la petite armée atteignait Rocroy, 
dernier village français, et s'engageait aussitôt dans 
les bois. Mais il fallut surmonter des difficultés de 
toutes sortes, qui retardèrent la marche des troupes. 
Les ennemis en effet, craignant une attaque de ce 
côté, avaient, durant les jours précédents, encom- 
bré les chemins d'une énorme quantité de troncs 
d'arbres, qui, jetés en travers les uns sur les autres, 
formaient d'épaisses barricades qu'on ne pouvait 
franchir ni à pied ni à cheval. Saint-André, dans 
cette situation difficile, fit preuve de la plus remar- 
quable activité et réussit à faire passer sans encom- 
bres non seulement ses gens de pied et sa cavalerie, 
mais encore toute son artillerie. Le jeu était extrê- 
mement dangereux : toutes ces opérations sefaisaient 
dans la nuit, à travers plus de huit lieues de bois, 
alors que le moindre éveil pouvait faire surgir les 



108 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

Espagnols, qui, bien renseignés sur les chemins, 
auraient écrasé en un clin d'œil les troupes du 
maréchal, embarrassées et perdues. Saint- André fit 
travailler des pionniers toute la nuit el réussit à 
éviter le danger. Le 23 juin, au malin. <iup 

férir et sans avoir perdu un seul de ses homm 
la petite armée arrivait en vue de Mariemboi 
place très forte et bien munie, une des plus impor- 
tantes de la frontière. Surpris à l'improviste, les 
habitants restèrent comme ébahis. « qui cuydoyenl 
à la vérité que l'année de Monseigneur !»• Mares- 
chai fust tombée du ciel, ou qu'elle eust volée par 
dessus les boys » '. Lestroupesde Saint-André blo- 
quèrent immédiatement Marie m bourg, sans ren- 
contrer grande résistance : l'ennemi, pris au 
dépouvu. n'avait paseu le temps «le renforcer la gar- 
nison ordinaire. Outre la garde habituelle, la ville 
n'était défendue que par quelques f'u\ Lrds, accourus 
de Chimay, qui se trouvèrent très fâchés de tom- 
ber d'un péril eu un plus grand. Après avoir - 
gneusement reconnu 1rs lieux, le maréchal lit eom- 
mencer les tranchées, à l'endroit le plus propice 
pour y placer ses batteries. 

Tout ne se passa pus cependant s;ms difficultés. 
En effet, dès le début des hostilités, l'Empereur se 
voyant menacé par trois armées françaises à la 
fois, avait jeté en campagne Julian Romero, capi- 

1 (i. Paradin, Continuation de l'histoire de nostre tempe, p. 313 
et suiv. : Rabutin, Commentaires, p. fc70. 



L HOMME DE GUERRE 109 

taine espagnol, avec dos bandes éprouvées, pour 
s'introduire dans la première place qu'assailliraient 
les troupes de Henri II. Si Romero parvenait à en- 
trer dans Mariembour^, tout le fruit de l'habile 
manœuvre du maréchal serait perdu ou du moins 
très compromis. Il s'agissait de prévenir autant que 
possible les opérations des bandes espagnoles. C'est 
pourquoi Saint-André lança sa cavalerie légère en 
rase campagne afin de dévoiler les desseins de l'en- 
nemi, faisant appuyer, en cas de risque, les esca- 
drons légers d'une forte arrière-garde de gendar- 
merie. En même temps il reserrait le blocus, et pos- 
tait ses gens de pied dans tous les taillis qui auraient 
pu dissimuler les Espagnols. Durant toute la nuit 
du 23 au 24 juin, le maréchal resta au guet, « du- 
quel la présence. faisoit veiller les endormis, pour 
le devoir en quoy se mettoit le chef » *. Deux fois 
Romero attaqua et fut repoussé, malgré l'aide que 
lui portèrent les assiégés. Alors les approches se 
poursuivirent et les tranchées furent avancées de 
plus en plus, tandis que la ville était maintenue en 
continuelle alarme. Jusqu'au 26 juin, cent vingt 
coups de canon environ furent tirés sur Mariem- 
bourg. Au bout de ces trois jours de siège, sans 
qu'il y eût encore aucune brèche d'ouverte, les 
assiégés perdant courage devant l'habileté et la sou- 
daineté de l'attaque, vinrent offrir de se rendre à 

1 Guill. Paradin, op. cit., loc. supr. cit. 



MO LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

discrétion 1 . Le gouverneur et les autres offici< 
demeurèrent prisonniers. Mariembourg <jui tirait. 
son nom de Marie, régente des Pays-B B, porta 
celui de Henriembourg aussi longtemps que cette 
ville resta à la France. Le succès de L'entreprise 
dirigée par Saint-André eut un retentissement con- 
sidérable, et le Roi manifesta son contentemenl au 
maréchal - . 

Une fois Mariembourg pris, le dessein «b- flenri II 
était d'amener l'Empereur à une bataille rangée. 
Mais ce fut en vain, et, après s'être emparé de 
quelques petites villes du llaiuaut. le Roi du! 
contenter défaire incendier les châteaux deBinche 
et de Marimont, somptueuses résidences de Marie 
de Hongrie, en représailles de la destruction pâl- 
ies Impériaux du château de Folembraj . 

Cependant l'armée royale ne dépassa pas le 
cours de la Sambre, et. le 16 juillet, l'ordre fut 
donné de battre en retraite. Le 23 juillet, les trou- 
pes françaises campaient près du Quesnoj dans 
un gros village appelé Solesmes, qu'elles incen- 
dièrenl en le quittant. Le> Espagnols, • comme 



1 Dépêche de l'ambassadeur vénitien, Bibl. Nat.. f. îtal., ma 
1717. fol. 31 : G. Paradin et Fr. Rabutin, loc. supr. cit. 

"- Ibidem, et Papiers de Cran relie., t. IV. p. 262 et suiv.; J Buu- 
chet, Annales d'Aquitaine, p. 658. 

3 « ... Les sieurs de Nevers et mareschal de Sainct-Andi 
couruz jusques pit's do Namur, et gaingné grand butin de bestial 
sans avoir eu rencontre» 4 juillet 1554, /' GranvelU, 

t. IV. p. 272). — Folembray près Goucy, résidence bâtie 
François I er . 



l'homme DE GUERRE 111 

désespérez pour veoir à leur présence destruire et 
fouldroyer leur pays », firent bientôt mine d'atta- 
quer. Sachant que l'armée du Roi devait traverser 
deux ruisseaux, subitement crûs dans la nuit, le 
duc de Savoie, à la faveur du brouillard et de la 
pluie, se décida à diriger une charge, qui, prenant 
ses adversaires dans l'embarras du passage, devait 
lui procurer une facile victoire. Il réunit donc les 
compagnies et garnisons des grosses villes en deux 
troupes d'environ quatre mille chevaux, et les 
embusqua dans un bois longeant le chemin de 
l'armée royale et dans les villages voisins, tandis 
que lui-même demeurait en arrière, avec le reste 
de la cavalerie et les gens de pied. 

L'armée royale se mit à traverser les deux ruis- 
seaux sans méfiance, et déjà le plus gros était 
passé. 11 ne restait en deçà que l'arrière-garde, 
forte de quinze cents chevaux, commandés par le 
maréchal de Saint-André. Celui-ci avait sous ses 
ordres le prince de Condé, les ducs d'Enghien et 
d'Aumale, le marquis d'Elbeuf, le vicomte de 
Turenne, Henri de Montmorency-Damville, Tavan- 
nes, Suze et Crussol. Le brouillard, qui avait 
obscurci leciel toute la matinée, s'étant dissipé, on 
aperçut un corps de cinq cents cavaliers espagnols 
lancés en avant par le duc de Savoie. Saint-André 
envoya en reconnaissance les capitaines Fregose 
et Lanques, qui vinrent dire que toute la cavalerie 
de l'Empereur arrivait. La situation était extrême- 



112 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DEPLOMATK 

ment critique : il suffisait d'un rnanqu*- de 
froid pour que F arrière-garde française lui coupée 
et écrasée. Déjà les ennemis pressaient L'attaque 
Alors le maréchal prit une mesure de courage Au 
lieu de précipiter le passage de ses quinze cents 
hommes, ce qui n'eût pas manqué de produire um- 
panique désordonnée, favorable au jeu des Impé- 
riaux, il se mit en personne a La tête d'un détache- 
ment, alla se poster sur la colline au pied de 
laquelle coulait le ruisseau à traverser, et soutint 
le choc de l'ennemi jusqu'à ce que toutes les divi- 
sions françaises eussent passé une à une en bonne 
contenance. Quand Les Espagnols purent s'appro- 
cher, leur coup étail manqué. Saint-André avait 
sauvé l'arrière-garde el empêché un désastre cer 
tain. Cette prouesse lui valut une gloire considé- 
rable 1 . 

Au commencement du mois d'août, Le Roi vint 
mettre le siège devant Renty. L<' 12, Les troupes 



• Dép. vémt, Bibl. Nat., f. ital., ms 1717, fol. 28 ; Rabutin. 
Commentaires., p. 478 ; 6. Paradin, Continuation..., p. 

tome, Œuvres, V. 41 ; Pinard. Chronolot II 249; Aum al. . Il - 
ioire des princes de Condé, l. 38-39. Le connétable de Montmo- 
rency qui donna avis de CCI exploit au mai.'. -!i, il d 
comme d'une dos belle- choses qui soit arrivée de - 
[Mém. Boyvin du Villars) «lit que le- ennemis étaient au non 
de sept a huit mille hommes. Brantôme écrit qu'ils n'étaient que 
quatre mille et que le- français étaient deux mille. Paradin, qui 
a vu la relation contemporaine, prend des chiffres inti i 
et dit .[ne les ennemis comptaient dix mille hommes et que 
l'arrière-garde commandée par Saint-André en comptait q ■ 
cents. Nous nous sommes tenus a ces derniers chiffres, qui - 
confirmés par Rabutin. — J. Bouchet. AnnaUsd*Aquitai 



L HOMME DE GUERRE 113 

de l'Empereur s'approchèrent pour essayer de déli- 
vrer la ville. Guise, assisté de Saint-André, Nevers 
et Coligny, dirigeait les opérations : on veilla toute 
la nuit pour attendre l'ennemi. Le lendemain se 
livra la bataille, « en laquelle la gendarmerie et 
cavallerie de France augmenta son loz et estima- 
tion ». L'armée du Roi coucha sur le champ du 
combat, puis se retira du côté de Montreuil, le 
maréchal demeurant sur la queue pour tenir les 
ennemis en respect 1 . 

Quelques temps après, la compagnie de Saint- 
André fut chargée de garder la ville de Montreuil, 
que les Impériaux semblaient vouloir attaquer 2 . 
Enfin l'hiver approchant, on se sépara après avoir 
muni les places fortes. 

Saint- André avait été vraiment le héros de cette 
campagne. 



Au mois de février 1555, le gouvernement royal 
fut informé que les Impériaux se disposaient à 
recommencer la guerre et à ravager les territoires 
français. De grandes forces avaient été réunies 
dans le Gambrésis et le Namurois, pour tenter de 
recouvrer Mariembourg. Le Roi se trouvait alors 



1 Rabutin, Commentaires, p. 481 et suiv. ; G. Paradin, Conti 
nuation..., p. 361. 

2 Rabutin, op. cit., p. 485. 

8 



114 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIi 

à Fontainebleau, pour la célébration des rm 
solennelles du comte de Vaudemont 
M" 3 de Nemours. Devant la persistance di 
velles de guerre et les allures menaçantes des 
Espagnols, Henri II se décida à prendre des 
mesures. 

L'empereur faisait travailler avec empressement 
à la construction du nouveau Hesdin. Saint-André 
fut envoyé avec une armée en Ai-lois pour l'empê- 
cher. Il étaitpatenl que tous les vivres de l'ennemi 
provenaient du comté de Saint-Pol H du bailli 
de Hesdin : on résolu! de les brûler. Le maréchal 
fut chargé de cette lâche, que déjà une fois il avait 
accomplie avec une férocité remarquable. Il quitta 
donc la cour et se dirigea versla Picardie, dont il 
était lieutenant-général au fait «le gue lue 

de Nemours, le vidame de Chartres, le Rhingrave 
et d'autres capitaines L'accompagnaient '. A son 
arrivée, le maréchal lil assembler toutes les garni- 
sons de la frontière, puis entra dans les pays con- 
damnés de Saint-roi et «le Hesdin pour l< _er. 
Après avoir tenté de s'emparer de Saint-Omer 2 . il 
côtoya l'Artois, en y taisant tous les d< _ - — i- 
blés, et feignit de vouloir revenir sur ses p s, 
comme pour battre en retraite Soudain, à la lin de 

1 Vin offert par la ville de Laon au maréchal de Saint-An 
pour être exempté du logement des Allemands et lai • 
qui se trouvaient à Grépy Invent. Arc h. commun. ■ 
GC 55). 

-' Dép. vénit., Bibl. Nat, f. ital., ms 1718, fol. S77« 



L HOMME DE GUERRE 115 

mars, ayant appris qu'à Cateau-Cambrésis était 
en garnison une troupe de cinq cents Espagnols 
avec des compagnies de gens du pays, Saint-André 
y dirigea précipitamment son armée en secret pen- 
dant une nuit et au point du jour il assaillait la 
place avec une telle furie que les ennemis « n'eu- 
rent meilleur advis ne moyen que de se sauver et 
sortir où ils trouvoient les passages délivrés et 
ouverts » \ Tous les gens du pays, qui avaient eu 
le malheur de résister ou de soutenir un peu le 
choc, furent exécutés et passés au fil de l'épée, 
sous les yeux du maréchal. Celui-ci fit détruire de 
fond en comble cette « villette », pour prévenir tout 
établissement futur des ennemis en ce lieu. Dans 
cette furieuse destruction disparut la belle résidence 
qu'y possédait Févêque de Cambrai -\ 

Chef d'armée, Saint-André réussissait toujours 
par la même tactique et les mêmes procédés de 
guerre : coups de main, habiles, rapides et vio- 
lents, à Cateau-Cambrésis comme à Mariembourg. 

Cette expédition terminée, le maréchal revint 
en Picardie pour s'y tenir au guet. Il employa les 
loisirs que lui laissait en ce moment la guerre, 
par le fait des négociations de paix, à visiter les 
places fortes et particulièrement celles du duc de 



1 Rabutin, op. cit., p. 489-490. 

- Dép. vénit., Bibl. Nat.. f. ital., vol. 1717, foi. 58. Lettre de 
Saint-André, datée de Saint-Quentin, le 30 mai 15o5, Bibl. Nat., f. 
fr., ms 20470, fol. 173. 



416 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

Guise. Chevauchant entre Guise, la Capelle, 
Montcornet et Saint-Quentin, le maréchal pour- 
voyait à tout. 

Ces services étaient hautement appréciés à la 
cour. « Bien vous diray-je, écrivait le duc de 
Guise à Saint-André, que le R03 se contente tant 
du hon et du grand debvoir que vous faictes et du 
prudent advis que vous prenez en toutes chos 
qui concernent et peuvent toucher son service aux 
lieux où vous passe/, qu'il nfst possible de l'en 
voir plus satisfaict qu'ilesl » l . Le duc le remerciait 
personnellement drs soins pris pour mettre en 
état ses propres places fortes, et comme le m 
chai lui demandait de l'argent, Guise lui offrait 
« jusques à sa chemise »-. 

Après avoir fait établir à Montcornel un houle- 
vard qui devait porter son nom. Saint-André 
vint se reposer quelque temps à la cour, et h 
remplacé en Picardie par L'Amiral, à la fin d» 
juin 3 . 

Cependant les propositions de paix négociée! 
par l'entremise du cardinal Pôle avaient échoué. 
Henri 11 n'attendit pas la rupture du congrès de 
Marcq, pour préparer la continuation des hostile s. 
Les places les plus exposées lurent pourvues abon- 
damment de vivres et de munitions. 

' Mémoires- journaux du duc de Guise, p. S 

8 Ibidem. 

:i Dép. vénit., Bibl. Nat, f. ital.. ms 1717. fol. 



l'homme DE GUERRE 117 

Bientôt Saint-André, quittant la cour, réunit des 
forces assez importantes de gendarmerie et de 
cavalerie, vingt-deux enseignes d'Allemands sous 
le commandement du Rhingrave avec quelques 
gens de pied français, et s'en vint à Monternier en 
Thiérache, sur les limites de la Champagne. En 
même temps le duc de Nevers, gouverneur de 
Champagne, arrivait à Mézières. On observa quel- 
que temps les mouvements de l'ennemi, puis les 
deux chefs français se rejoignirent à Château-Por- 
cien. Là ils délibérèrent ce qu'il convenait d'entre- 
prendre. Après avoir amassé à Maubert-Fontaine 
toutes les munitions nécessaires, il fut résolu qu'on 
irait chercher l'ennemi jusqu'à Givet, et qu'on lui 
présenterait la bataille. Saint-André reçut le com- 
mandement de l'avant-garde, forte de deux mille 
chevaux et trente-deux enseignes de gens de pied 
français 1 . 

Le 14 juillet, à Germiny, petit village distant 
d'une grande lieue de Givet, l'avant-garde fran- 
çaise eut maille à partir avec quelques troupes 
ennemies, qui, après un combat très disputé, 
furent mises en déroute. A propos de cette escar- 
mouche, Rabutin nous montre le maréchal sous 
un jour curieux. « Monsieur le mareschal de 
Sainct-André, dit-il, faisoit comme il est chevalier 
duquel la sage hardiesse est ornée de sçavoir et 

1 G. Paradin, Continuation..., p. 428. 



118 



LA CARRIÈRE MILITAIRE KT DIPLOMATIQUE 



éloquence, exhortant et admonestant avec un doux 
langage ses compagnies d'avoir en recommanda- 
tion cest honneur et estimation que de tout temps 
la noblesse et gendarmerie françoise s'estoil acquise 
et surtout qu'ils ne se desbandassent, mais qu'ils 
se tinssent serrez et près de leurs enseignes i . 
trait de chef haranguant et entraînant ses homn 
par l'éloquence est assez remarquable. II peul 
expliquer en partie les tours de force que Saint- 
André réussit îi obtenir parfois de ses troupes, et 
le sang-froid qu'il sut maintenir chez elles, comme 
à Mariembourg et à Solesmes. 

Cette première rencontre avec Les Espagnols 
faisait prévoir une grande bataille prochaine. e( 
les chefs français la désiraient vivement. 

Le Lundi L6 juillet, alors qu'on était sur le point 






d'engager un combat décisif, 



arriva 



Le sieur <!<• 



Boccal, envoyé expiés de la pari «lu Roi, Henri II 
mandail à ses deux lieutenants, Saint-André «-t 
Nevers, de ne pas Livrer bataille. L'ordre était caté- 
gorique et menaçaitd'un châtiment Les deux cl 
s'ils désobéissaient. Sous L'inspiration de Mont- 
morency, une stérile politique de prudence domi- 
nait alors dans les conseils du lU»i. En conséquence 
le maréchal et Nevers. après quelques escarmou- 
ches, si> retirèrent sans combattre, pour ne 
hasarder les choses ni contrevenir au commande- 



Rabutin, Commentaires, p. 501. 



l'homme de guerre 119 

ment formel de leur maître 1 . Cependant l'armée 
royale continua de tenir l'ennemi en alerte, durant 
tout le mois d'août; mais aucun exploit saillant 
ne vint rehausser cette campagne d'attente. A la 
fin de Tannée 1555, Saint-André rentra à la cour. 

Dès le mois de mai précédent , il avait été ques- 
tion de suspendre les hostilités. Dans l'entourage 
du Roi, Montmorency voulait la paix, les Guise 
voulaient la guerre. Le Connétable s'était adressé 
à Marie Tudor, et des conférences avaient été 
établies, le 25 mai 1555, à Marcq. On n'y avait 
guère fait autre chose qu'échanger des propos 
aigres : les Français, reprenant toutes les « vieilles 
querelles » , s'étaient montré particulièrement 
intraitables, et les négociations avaient bientôt été 
rompues. Mais d'une part la situation financière 
de la France était difficile, et d'autre part l'Empe- 
reur voulait abdiquer. Les conférences furent 
reprises à Vaucelles, en janvier 1556, et une trêve 
fut signée le 15 février. 

Saint-André, qui menait campagne depuis quatre 
ans put prendre un peu de repos. On ne lui mé- 
nagea ni la gloire ni les éloges 2 . Ce fut sans doute 
à ce moment que l'on grava, en son honneur, la 
médaille célèbre qui représentait un nœud gordien 
tranché par une épée, avec cette légende : Nodos 

1 G. Paradin, Continuation..., p. 430; Rabutin, Commentaires, 
p. 503. 

- Mémoires de Guise, p. 235. 



120 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

virtute resolvo 1 . En lo.'iG, Henri II créa le maré- 
chal marquis de Fronsac*. Nous ne parlons j 
des innombrables dons et faveurs que lui valurent 
ses exploits. 



Le 31 janvier 1557, la trêve de Vaucelles fui 
rompue et la guerre déclarée au roi d'Espagne, 
Philippe II. Cependant tout le printemps et une 
partie de l'été se passèrenl sans qu'il y eût «!»■ 
prise d'armes considérable. Mais bientôt on devina 
que le sort de la guerre allait se décider enc 
une fois au nord du royaume. Vers If L5 juillet, la 
cour de France apprit que le duc Emmanuel-Phi- 
libert de Savoie, accompagné du duc d'Ârschot, 
avait dressé son camp à Givet. Le 2'\ juillet, l'armée 
espagnole se présenta devant Rocroy, «»ù eut lieu 
une sérieuse escarmouche, soutenue vaillamment 
par les défenseurs de la place Peu de temps ap 
le duc de Savoie avant renforcé son armée, la 



1 Voici la description que donne de cette médaille Jacques <1<- 
Bie dans sa France métallique (1636, in-lui.. p. 68 

J. DE S. ÀNDRE-MA.RESC. FRANCLE-NODOG - i.\". 

La ûgure de ceste médaille consiste en une corde, laquelle 
descend d'un nuage H vers If boni est meslée <'t entn lacée de plu- 
sieurs nœuds. A costé gauche paroisl un bras sortant aussi 

d'un nuage, et tenant un coutelas dans la main, qu'il hausse en 
action de vouloir achever de Irencher ces nœuds, sans i 

s Lettres d'érection (décembre 1556), Bibl. Etat, coll. Dupuy. 
vol. 500. fol. 44 (Pièce justificative. q« XVII). 



L HOMME DE GUERRE 121 

dirigea sur la ville de Guise, qu'il fit mine de vou- 
loir assiéger. Quelques troupes françaises, sous les 
ordres de Nevers, se trouvaient alors réunies à 
Attigny. Lorsqu'on sut que l'ennemi s'avançait et 
devenait tout à fait menaçant, Montmorency et 
Saint-André, le 28 juillet, quittèrent la cour pour 
rejoindre l'armée française à Pierrepont, où elle 
s'était rendue. Il était grand temps en effet d'ar- 
rêter l'ennemi, dont les forces considérables sem- 
blaient marcher à une facile victoire \ 

Pendant que l'état-major français, réuni à Pier- 
repont, délibérait sur les moyens de prévenir toute 
surprise, Emmanuel-Philibert de Savoie, trompant 
ses adversaires par des feintes successives, parut à 
Fimproviste devant Saint-Quentin, dont il com- 
mença l'attaque le 2 août. La population de la 
ville était courageuse, mais, prise au dépourvu, 
elle ne semblait pas devoir résister longtemps aux 
moyens puissants de l'ennemi. Goligny, dans la 
nuit du 2 au 3 août, réussit à se jeter dans la place 
avec trois cents fantassins et six cents cavaliers. 
C'était peu pour soutenir un siège, et seule, l'ar- 
mée royale pouvait délivrer la ville 2 . 

Le Connétable et Saint-André étaient arrivés à 
La Fère avec toutes les forces disponibles. Une 
première tentative, sous le commandement du 

1 Dép. vén., Bibl. Nat., f. ifcal., ms 1719, fol. 74; Rabutin, 
Commentaires, p. 537. 

2 La guerre de 1557 en Picardie, Saint-Quentin, 1896. passim. 



122 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPL0MAT1 

maréchal, fut dirigée pour faire pénétrer des trou] 
dans Saint-Quentin. Accompagné de Gondé el de 
d'Andelot, Saint-André quitta La Fère avec quatre 
cents hommes, quelques chevau el dix 

enseignes d'infanterie française. Le maréchal, par- 
venu à Ham, chercha à distraire L'ennemi en le 
harcelant et en l'empêchant de reconnaître le p; 
et s'occupa de saisir l'occasion favorable d'intro- 
duire ses gens dans la place 1 . En attendant, il fai- 
sait couper les vivres des Espagnols et envoyait à 
celle (in. le (J août, quatre cornettes de chevau- 
légers à .M. d'Humières 2 . Celui-ci lui envoya des 
guides, pour lui indiquer « tous les chemyna par 
où l'on peull aller à Saint-Quentin tanl de ça que 
delà o : . 

Durant les quelques jours qu'il resta à Ham, 
Saint-André se hâta de faire fortifier ci munir cette 
place, qui allait bientôt recevoir elle ;m>>i le choc 
de l'ennemi. .Mais Saint-Quentin réclamai! de 
prompts secours. La conservation de cette ville «'tait 
d'autant plus à cœur au maréchal qu'il \ axait 
longtemps commandé en qualité de Lieutenant- 
général du Roi en Picardie, et (pie naguère il Y 
avait l'ail exécuter des réparations importantes 



1 Rabutin, Commentaires, p. 545. 

' : Lettre il' 1 Saint André datée de Ham le 6 août, Bil.l. H 
fr., tus 3128, loi. 108. 
3 Lettre du même datée au 7 août, ibi 
i La guerre de /•">■">; en Picardie, p Gl \\\lll. 



L HOMME DE GUERRE 123 

Goligny signalait les endroits accessibles. Enfin on 
se décida, et Saint-André envoya d'Andelot de 
Ham avec deux mille hommes : mais, par trahison 
ou maladresse, tout fut découvert des ennemis, et 
d'Andelot revint précipitamment auprès de son 
chef non sans avoir perdu une bonne partie de sa 
troupe 1 . 

Quand il apprit cet échec, le Connétable de 
Montmorency résolut de tenter un coup décisif et 
d'engager toutes ses forces pour délivrer Saint- 
Quentin. 11 était arrivé à Essigny-le-Grand, village 
situé au sud de la ville, où Saint-André vint bien- 
tôt rejoindre le gros de l'armée. La situation était 
grave, et, sous les ordres de Montmorency, la der- 
nière partie allait se jouer. Avant toute action, on 
tint un conseil de guerre. Immédiatement l'avis de 
Saint-André s'opposa à celui du Connétable. Les 
deux chefs représentaient deux tactiques très diffé- 
rentes. Le plan très simple, sur lequel tout le 
monde était d'accord, consistait t à faire pénétrer 
dans la place des troupes de renfort, en franchis- 
sant la Somme et les marais en aval, au sud-ouest. 
L'armée espagnole étant massée assez loin en 
amont, tout le succès de l'entreprise résidait dans 
la diligence et la rapidité de l'exécution. Mais 
Montmorency, irrésolu et prudent à l'excès, ne 
voulait s'engager qu'avec toute son armée, trai- 

1 Rabutin, Commentaires, p. 545. 



124 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

nant un attirail d'armes et d'outils encombrante 
Saint-André s'éleva avec force contre cette méthode : 
il fit valoir qu'il n'était pas nécessaire d'embarrasser 
la troupe destinée à entrer dans la place, d'autres 
hommes ni d'autres armes que ce que l'on préten- 
dait jeter dans la ville ; que la meilleure lactique 
était d'envoyer en avant des éclaireurs de cavalerie 
qui conduiraient rapidement la troupe sur le bord 
du marais, par où elle devait passer pour entrer, 
ce qu'étant fait, ces cavaliers se retireraient sans 
danger; que d'un autre côté, il fallait hardiment 
assaillir l'ennemi, sans lui laisser l'initiative de 
l'attaque. 11 ajouta qu'en engageant toute L'armée 
en un seul endroit, on risquait follement lea pires 
aventures. Le conseil de guerre parut tout entier 
approuver la tactique claire el rapide du maréchal. 
Seul, le Connétable ne voulut rien entendre. Il 
répondit avec hauteur « qu'on pouvoit s'en reposer 
sur lui de ce qu'il conviendrait «le taire pour le 
bien de l'Etat » '. 



1 Lettre de François Novelli au dur de Ferrare sur la I 
de Saint-Quentin : << On dit que le maréchal de Saint-André avait 
toujours été d'avis de se Lancer hardiment sur cette cavalerie i 
mie el de n'attendre en aucune manière qu'elle noua attaquât, 
mais le connétable ne l'avait jamais voulu. » /.'/ guerre dU 
vu Picardie, p. -(>-' : F. Belcarius Peguillionis, Renan gaUica 
commentarii, p. 898 : - Tum Mommorencius insigni .• 
bene consulentem rejecil : scire se quando confligendum. qu 
item a conflictu abstinendum : hoc ilii pro longa - ntia 

tribueret, et se suo uti munere pateretur. Cf. Rabutin, Co nmen- 
taires,^. 54S : Pinard. Chronologie militaire, t. 11 
Bouille, Histoire des dues de Guise, t. I. p. ;»'*S. — M. Décrue 
(A de Montmorency sous Henri II, p. 203] n'a pas parlé d 



L HOMME DE GUERRE 1*25 

Montmorency avait pris la responsabilité des évé- 
nements à venir : il ne restait à ses lieutenants 
qu'à combattre en désespérés. Le 10 août 1557 
devait être la date d'un désastre immense pour la 
France. 

Le maréchal de Saint-André ouvrit la canon- 
nade contre le quartier du duc de Savoie, qui fut 
contraint de se réfugier auprès du comte d'Egniont. 
C'était bien commencer, et il semblait qu'on allait 
jouer à l'ennemi un tour de vieille guerre. Mais 
Montmorency, dans son entêtement, se montra 
d'une incapacité pitoyable. Au lieu d'agir brusque- 
ment et avec rapidité, il retarda considérablement 
son armée en lui faisant charrier les barques desti- 
nées au passage de la Somme et des marais. Au 
lieu de faire attaquer vigoureusement les troupes 
du duc de Savoie, massées en amont, il se borna à 
les faire surveiller par un petit détachement. C'était 
exactement le contraire de ce qu'avait préconisé 
le maréchal. On sait ce qui arriva. Bien vite averti 
des opérations qui s'accomplissaient au sud-ouest 
avec tant de lenteur, le duc de Savoie, après avoir 
fait franchir la rivière à son armée, par un habile 
mouvement tournant, la jeta en masse sur les 
troupes du Connétable, dispersées et embarrassées. 
Ce ne fut qu'un massacre. Il dura quatre à cinq 



conseil qui précéda la bataille, et dont les délibérations montrent 
sous un jour fâcheux l'intelligence et le talent militaires de Mont- 
morency. 



126 



LA CARRIKRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 



heures. L'armée royale paya chèrement la fai 
impardonnable de son chef : trois mille morts, 
quatre à cinq mille blessés, six mille prisonniers, 
tel fut son triste lot. Quelques jours après, âmbroise 
Paré se sentait pris de terreur devant ce! i ui 111*1 » -«* 
champ de bataille peuplé de « corps morts fous 
enfondrez par pourriture et desvisagez ■> l . 

Le soir on ne retrouva ni Montmorency ni Saint- 
André 2 . Celui-ci n'avait rien épargné d >rce 
et vertu ». Rabutin loue sa conduite, comme celle 
d'un héros. 11 demeura prisonnier m chef, 
qui n'avait pas voulu écouter ses conseils *. 

Quand la nouvelle du désastre se répandit à tra- 
vers le royaume, ce lui une véritable fureur 
contre Montmorency. « Le peuple accuse le Con- 
nétable de lous 1rs fâcheux événements, écrivait 
François Novelli, réclame pour lui le supplice <1«' 
la croix et voudrait ne plus jamais le voir 
Saint-André avait le grand honneur d'avoir prévu 
et voulu empêcher la défaite. Le rôle de coui 
qu'il avait joué dans une bataille engagée contre 
son gré et son avis de chef, lui valut un Burcroît 
de gloire. 

1 Cf. Les remarques de B. de Monlnc sur la journée d.- Saint- 
Laurent (Commentaires, t. I. p 

- « Sua Eccelenza ne il mareschiaJ dit Santo Andréa ui 
retrovavano. se ben si spera che si siano salvati in alcuna délie 
fortezze vicina. » (Dép. venit.. 11 août 1557, BiLd. Nat.. f. ital.. 
ms 1719, fol. 79, v°.) 

8 Ibidem et Rabutin. Commentaires, p. 5j1. 

1 La guerre de 1557 en Picardie, p. _ 



l'homme de GUERRE 127 



C'est à la lugubre journée de Saint- Laurent que 
s'arrête la carrière proprement, militaire du maré- 
chal de Saint-André. Quand il reprendra les armes, 
ce sera pour mener plus tard la guerre civile. 

Son rôle politique dans le Triumvirat catholique, 
le luxe et les débauches de sa vie privée ont bien 
effacé, dans la légende, les exploits de sa carrrière 
aux armées de Henri IL C'est pourtant la partie la 
plus noble de sa vie. Il est dommage que sa répu- 
tation d'homme de cour ait fait tort à sa renommée 
d'homme de guerre. Brantôme a écrit très juste- 
ment : « Ceux qui n'ont bien cogneu M. le mares- 
chal de Sainct-André par ses faicts de guerre et qui 
n'ont ouy que parler de sa vie délicieuse, n'ont 
peu jamais bien juger ny croyre qu'il fust esté si 
grand capitaine qu'il a esté. » Et ailleurs il ajoute : 
« M. le mareschal fut fort loué et estimé... en 
toutes les armées où, après M. le Connestable, il 
avoit tousjours la principauté et charge de com- 
mander ou en Fadvangarde, ou en la battaille ou 
arrière-garde sur les retraictes ; car il estoit tout 
plain de valeur et de sage conduicte » *. 

Guerrier, doué surtout de la rapidité de vue et 
d'exécution, — de l'école de Guise beaucoup plus 

1 Brantôme, Œuvres, t. V, p. 30. 



128 LA CARRIÈRE MILITAIRE Kl DIPLOMAT] 

que de celle du Connétable — , il eut l'honneur le 
ne pas compter une seule défaite à sa chai 
Habile à sauver une armée dans Les passes diffi- 
ciles, adroit à mener un coup de main, il lui d<* plus, 
comme le montre son rôle <'n Lorraine et en Picar- 
die, un excellent administrateur militaire. Le 
reprocbe de férocité dans certaines circonstances 
est le seul qu'on puisse lui faire : les ravages e( 
l'incendie qu'il porta, à deux reprises, dans la 
région du nord, pèsent un peu sur sa mémoire. 
Mais, avant tout, il fui un brave. Ronsard a chanté 
sa vaillance dans l'Hymne à Henry II : 

VA n'as-iu pas encore un autre Mars en Fran< 

Un maréchal d'Albon, donf L'heureuse vaillance 

A nul (le tous I' 1 - dieux céder ne voudroii pas, 

S ils se joignoient ensemble an milieu de- combats l . 

1 Ronsard. Œuvres, éd. Marty-Laveaux, t. IV. p. 



CHAPITRE II 

LES NÉGOCIATIONS 
DU TRAITÉ DE CATEAU-GAMBRÉSIS. 1557-1559. 



État du royaume au lendemain du désastre de Saint-Quentin. — 
Saint-André, prisonnier du duc de Brunswick, est emmené 
à Bréda. — Intrigues et négociations privées du maréchal. — 
Sa rançon accordée : soixante mille écus d'or. — Saint-André 
obtient un congé pour venir en France connaître les desseins 
de Henri II au sujet de la paix. — Le maréchal revient en 
Flandre avec des instructions du Roi favorables à la paix. — 
Premières négociations officieuses. — Entrevue deMarchiennes. 

— Entrevue de Lille. — Arrogance des Espagnols en présence 
de Montmorency et Saint-André, prisonniers de guerre et négo- 
ciateurs. — Démarches privées de Saint-André. — Le cardinal 
de Lorraine blâme les avances faites par les deux prisonniers. 

— Le parti des Guise résiste à la paix. 

Désignation des plénipotentiaires officiels. — Montmorency et 
Saint-André, bien que prisonniers de guerre, sont nommés plé- 
nipotentiaires. — Jugement de Simon Renard sur Saint-André. 

— Négociations. Première session à Cercamp. — Le Roi presse 
ses favoris de conclure la paix. — Seconde session à Cercamp. 

— Suspension des conférences. — Saint-André obtient la per- 
mission de se rendre en France. — Il fait des difficultés pour 
se reconstituer prisonnier. — Reprise des négociations offi- 
cielles. Session à Cateau-Cambrésis. — Mauvaise posture de 
Saint-André. — Le traité de Cateau-Cambrésis. — Mauvais 
accueil fait au traité en France. 

Libération de Saint- André. — Mariages princiers. — Mort de 
Henri IL 



Le traité de Cateau-Cambrésis a été la charte 
fondamentale de PEurope jusqu'au traité de West- 
phalie. A l'élaboration de cet acte considérable 

9 



130 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

Saint-André prit une part dont la connaissance 
est de première valeur pour mettre au clair les 
origines et les résultats de cette convention diplo- 
matique. 

Au lendemain de l'immense désastre de Saint- 
Quentin, le Roi Henri II, privé de ses meilleurs 
soldats restés aux mains de l'ennemi, ne voulut pas 
se laisser abattre, et, quelque temps après, il écri- 
vait à M. de Seure, son ambassadeur en Portugal : 
« Vous verrez l'ordre que j'ay donné pour essayer 
de regaigner sur mes ennemys L'advantaige qu'il/, 
ont eu sur moy, qui n'est pas si grand que je n'aye 
bonne espérance, avecques l'ayde de Dieu, en avoir 
de brief ma revanche » â . 

La prise de Calais, le 8 janvier 1558, et, le 
22 juin, la prise de Tbionville montrèrent que la 
France pouvait encore vaincre. Rien n'était donc 
qui pressât le royaume de demander la pais à des 
adversaires rendus trop arrogants par une victoire 
retentissante. 

Mais les deux grands prisonniers de la journée 
du 10 août, Montmorency et Saint-André, éloignés 
de la cour, où il leur tarde de venir raviver le 
prestige, la faveur et comme la vie politique qui 
leur échappent, impatients de reprendre aup - 
d'un maître débonnaire le rôle profitable de cour- 
tisans écoutés, vont s'efforcer d'engager à tout prc 

1 Henri II à M. de Seure (4 octobre 1557 . Aivh. Nat.. K I4M 
n° 86. 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRKS1S 131 

des négociations plus désastreuses que Ja défaite. 
Par le hasard du combat, Saint-André s'était 
trouvé prisonnier du duc Eric de Brunswick, ainsi 
que le comte Rhingrave. Les Espagnols réclamè- 
rent avec beaucoup d'insistance ces deux prisonniers 
de marque, mais on refusa énergiquement de les 
leur livrer 1 . Le duc conduisit d'abord Saint-André 
et le Rhingrave àLingen 2 , d'où ils furent ensuite 
dirigés par le sieur de Bocholt sur la ville de Bréda, 
qui devait être le lieu définitif de leur prison. Le 
convoi, qui emmenait les deux seigneurs français 
à travers les Pays-Bas du nord, comprenait cin- 
quante-six chevaux et huit charriots de bagages, 
avec une escorte de halebardiers et d'arquebusiers. 
On les enferma, sans argent, à Bréda, dans une 
maison, qui « n'est telle, écrivait leur geôlier, que 
semblables seigneurs, qui sont de telle importance, 
y pourroient seuzement estre gardez sans grande 
et estroicte charge » 3 . 

1 Lettre de François Novelli au duc de Ferrare (18 août 1557) : 
« ...Le maréchal de Saint-André et le comte Ringrave, qui sont 
prisonniers du duc Eric de Brunswick ; on n'a pas voulu les 
donner aux Espagnols qui les réclamaient avec beaucoup d'in- 
sistance... » (La guerre de 1557 en Picardie, p. 262) ; cf. ibidem, 
relation anonyme néerlandaise. 

2 « Il duca Henrico di Brunswick e partito con 400 cavalli, e ha 
condotto seco in Germania il mareschial di Santo-Andrea et il 
conte Ringravo. » (Uép. vénit., 21 sept. 1557.) Bibl. Nat, f. ital., 
ms 1719. fol. 128 v°. 

3 Mémoire sans date présenté à Philippe II par le sieur de 
Bocholt, Arch. Nat., K 1491, n° 59. — Le sieur de Bocholt demande 
à être remboursé des frais que lui occasionne la garde des pri- 
sonniers. 



132 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

De Bréda, Saint-André put correspondre avec 
Montmorency, son confrère en captivité, détenu 
d'abord à Gand puis à Enghien. Le maréchal eu! 
assez d'habile souplesse pour ne pas laisser voir à 
son chef la moindre rancune de la défaite arrivée 
par sa faute. Au contraire, il lui écrivait avec une 
amicale sollicitude, le 17 avril 1558: « Mon* 
gneur, la peyne en quoy je suys d'estre si longue- 
ment sans sçavoir de voz nouvelles ei de rostre 
bonne santé, me l'a i c t vous escripre ceste lectre 
pour très humblemenl vous suplier m'en vouloir 
mander et me fere entandre si vous estes bien 
guéry de vostre blessure, vous povanl assurer que 
je m 1 searoys recepvoir plus grand plaisir que de 
sçavoir que soyez eu bonne disposition, pour la 
conservation de laquelle je vous suplirex oe VOUS 
donner aulcune mélencolie ny travail d'esperit »'. 

Mais Saint-André ne se résignail pas à son 
el il cherchait à briser un étal de choses, dont la 
prolongation eût compromis sa fortune à la cour '!«• 
France. En effet, s'il faut croire Brantôme, Benri II. 
qui jadis avait aimé le connétable et le maréchal 
au point de ne pouvoir s'en passer, ne les regretta 
guère, après le désastre de Saint-Quentin : le Roi 
détournait de son souvenir l'image de cette journée 
malheureuse et de ceux qui y avaient pris part-. 

1 Lettre de Saint-André à Montmorency datée de L>; 

17 avril 1558, Bibl. Nat, f. fr., ma 3130. fol. 57 (P. j., n XY111 
*« ... Il [Henri IIJ aynia M. Le connest&ble el maresehal de 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRÉSIS 133 

Ce fut seulement après quelques mois, lorsque les 
Guise, grandis par leurs succès et restés seuls 
maîtres de la politique,, lassèrent le souverain, que 
celui-ci se souvint de ses favoris retenus en capti- 
vité. Dès lors on commença à parler de la paix. 

Le maréchal n'avait pas attendu ce revirement 
de son maître pour multiplier ses efforts. Tout de 
suite il tenta de séduire le duc de Brunswick avec 
l'habileté consommée où il était expert. Quinze 
jours à peine après la défaite de Saint-Quentin, le 
bruit courait déjà, à la cour de France, de sa pro- 
chaine libération. On savait que Saint-André en 
conférait avec Brunswick, et le Roi, ajoutant foi 
aux nouvelles venues du nord, crut bon de surseoir 
à la provision de la charge de gouverneur du Lyon- 
nais, devenue comme vacante par la captivité du 
maréchal 1 . Saint-André semblait même préparer 
un coup de maître, et, à la fin de novembre 1557, 
on espéra un moment qu'il entraînerait le duc de 
Brunswick à une alliance avec Henri II 2 . Mais plus 

Sainct-André ; mais après qu'ils furent pris à Sainct-Quentin, il 
ne les regretta guières, et, tant qu'ils furent en prison, il ne se 
soucioit guières d'eux, sinon messieurs de Guise se montrans un 
peu insolens de la faveur qu'il leur faisoit, et s'en voulant def- 
faire, il rappella le dict M. le connestable et Sainct-Andre ; c'est- 
à-dire qu'il leur manda moyenner une paix, ce qu'ils firent à 
nostre desadvantage... » (Brantôme, OEuvres,t. III, p. 282). 

1 « Et quello de M r di Santo Andréa, che era del Lionese et Bor- 
bonese, non e stato conferuto ad alcuno, dicono per che la libe 
racione del detto mareschiale si spera molto presta, essendosi 
gia cominciati a maneggiar col duca de Brunswick... » (Dép. 
vénit., 25 août 1557, Bibl. Nat., f. ital., ras 1719. fol. 100). 

- Dép. vénit., 21 novembre 1557, ibidem, fol 150. 



134 LA CARRIKRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQJ I 

que des affaires de l'État, c'était surtout de lui-même 
et de sa liberté que traitait le maréchal. Enfin, le 
17 février 1558, il fit savoir à la cour que sa rançon 
était accordée au prix de soixante mille écus d'or, 
au lieu de quatre-vingt mille exigés d'abord l . 11 ne 
restait qu'à trouver l'argent nécessaire. 

Ces négociations toutes personnelles allaient 
prendre bientôt un tour plus général. 

Les Espagnols désiraient vivement la paix, et 
déjà une entrevue avait été ménagée entre Gran- 
velle et le cardinal de Lorraine. Mais 1rs premiers 
pourparlers allaient s'engager par un chemin plus 
détourné et moins favorable aux Intérêts français. 

Le prince d'Orange, qui avait souvent I 
de voir le connétable et le maréchal de Saint-André 
prisonniers, accommodant ses paroles au souhait 
de leur liberté, exprimait le désir que la pais se lït 
entre les deux Bois. Les deux seigneurs, dans 
l'état d'esprit où ils se trouvaient, désireux avant 
tout de revenir à la cour, accueillirent avec joie ces 
ouvertures discrètes qu'inspirait Philippe II. Enfin 
le prince d'Orange déclara à Saint-André qu'il «tait 
tout disposé à s'employer pour lui faire obtenir un 
congé de deux mois à l'effet de venir en France 
sonder les dispositions du Roi. Le connétable 



1 « E ritornalo uno di pioci del mareschial Santu Andréa, quai die 
haver accordato la sua taglia in sessanta mille scudi di otrante 
mille, che gli erano demandati... » (Dép. vénit . 17 févriei 
Bibl. Nat, f. ital.. msl719, fol. 197 v«). 



LE TRAITÉ DE GATEAU- GAMBRÉSIS 135 

approuva ce moyen, et, au printemps de 1558, 
Saint- André obtint un sauf-conduit et un congé 
sur sa foi pour venir auprès du Roi connaître ses 
intentions 1 . 

Le maréchal vint d'abord dans ses terres de 
Roannais s'y reposer et mettre ordre à ses affaires 2 . 
Vers le milieu de juin, il fut appelé à la cour par 
le Roi 3 . On se pressa de l'interroger sur les prison- 
niers détenus dans le nord. Il était lui-même sans 
nouvelles bien précises de leur sort. En traversant 
la Flandre pour venir en France, il s'était préoccupé 
de voir le connétable, mais on lui avait refusé cette 
faveur; et à M me de Montmorency, qui lui deman- 
dait des nouvelles de son mari, il répondait de 
Paris, le 11 juillet : « Madame, le peu de temps 
que j'ey à demeurer par deçà et les grans affères 
que je y ey trouvez, m'ont gardé de vous aller fère 
la revérance, ce que, sans cella, je n'eusse failly de 
fère, tant pour vous offrir tout le service qui est en 
ma puissance, que pour pouvoir, à mon retour, dire 
bien amplemant de voz nouvelles à Monseigneur le 
connestable, lequel j'espère veoyr aussitost que je 
seray en Flandres, vous pouvant assurer, Madame, 
que, lorsque mon congé me fust accordé, jefeiz tout 



1 Rabutin, Commentaires, p. 590 ; P. Mathieu, Histoire de 
France, Paris, 1631, t. I, pp. 187-189. 

- Lettre du maréchal à Brissac datée du château de Saint-André, 
le 15 juin 1558, Bibl. Nat., f. fr., ms 20525, fol. 79. 

3 Ibidem. 



136 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

ce qu'il me fut possible pour avoir ce bien de le 
veoyr, mais je ne sceuz tant fère qu'il me feusl 
accordé, dont je receuz unii merveilleux dé- 
pleisir » '. 

Tout en s'occupant des « grans afteres » <lu 
royaume, Saint-André ne négligeait p ntté- 

rets particuliers et travaillait à réunir la somme 
destinée à paver sa rançon. Les villes de son _ 
vernement semblaient devoir en faire les (rais, et, 
dès le commencement du mois d'août, il put remer- 
cier les consuls de Lyon de leur empressement, 
sans doute un peu contraint, à lui accorder une 
partie des deniers nécessain 

Mais le congé du maréchal louchait à sa lin. et, 
le 14 août, il annonçait à Brissac son départ pour 
la Flandre 8 . Tandis que, par toute la France, «m 
faisait des processions en vue de la paix. Saint- 
André emportait «les Instructions pour en jeter les 
hases. Le Roi s'était Laissé convaincre par les rai- 
sons insinuantes du favori retrouvé, et il le ren- 
voyait avec plein pouvoir d'offrir des - LgC8 aux 
Espagnols 4 . Apres avoir traversé les villes de 

1 Lettrede SainfrAndré à la duchesse de Montmorency, 11 juil- 
let 1558, Bibl. Nat., f. IV.. ms3139, fol. 61 (P. j. n° Xl\ . 

- Lettre do Saint-André aux consuls de Lyon, datée de L 
le 11 août 1558, Arch. municip. de Lyon, AA 28, rr 61. 

3 Lettre de Saint-André à Brissac. datée de Marchais, le 14 août 
1558, Bibl. Nat . f. IV.. ms 20526, fol. 66. 

* Lettre de Saint-André (11 sept. 1558), dans Papiers d'Etat de 
Granvelle, t. V, p. 178; lettre des ambassadeurs de Philip;- Il 
(9 sept. 1558), Arch. du Roy. de Belgique à Bruxelles, Papiers 



LE TRAITÉ DE GATEAU-GAMBRÉSIS 137 

Cambrai et de Douai, le maréchal vint trouver le 
connétable à Oudenarde, vers la fin du mois d'août, 
et conféra sept jours avec lui. Naguère déjà Mont- 
morency avait fait, à Bruxelles, de sa propre ini- 
tiative, des ouvertures de paix. Transféré en juillet 
d'Enghien à Oudenarde, l'arrivée de Saint-André, 
revenant de la cour avec des instructions favo- 
rables, contribua dans une forte mesure à le pous- 
ser plus avant *. 

Bientôt, sur l'invitation du prince d'Orange, le 
maréchal se rendit à l'abbaye de Marchiennes, à 
trois lieues de Douai, où un rendez-vous avait été 
fixé. Là Saint-André exposa au prince ses disposi- 
tions pacifiques, lui faisant part de la bonne volonté 
où il avait laissé Henri II « d'entendre au bien et 
repos publicque de la chrestienté », et l'assurant 
que « toutes les foiz qu'il plaira au roy d'Espaigne 
commectre quelques personnaiges, le connestable 
seroit prest de mectre en avant partiz si raison- 
nables que leurs deux Majestés auroient occasion 
de se contenter et demeurer en bonne amitié » 2 . 

Le prince d'Orange répondit qu'il allait en rendre 



d'Etat et de l'Audience, n° 427, fol. 232 ; Négociations avec la 
Toscane, t. III, p. 38G : « Ho inteso esserci awiso da Lyon, che 
non solo in quella città, ma in tutto il regno, si facerano fre- 
quenlissime processioni per la pace ; a che viera nuova d'una 
tregua per otto di ; e che il maresciallo Saint-André era andato a 
trovare il conestabile... » (3 sept. 1558). 

1 Papiers de Granvelle, t. V, p. 178; Décrue, Montmorency... 
sous Henri 11, p. 212. 

2 Papiers de Granvelle, loc. cit. 



138 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

compte à son maître, et monta aussitôt à cheval, 
laissant Saint-André à M ar chiennes. Deux jours 
après, celui-ci fut avisé par lettre que Philippe II. 
au su des déclarations à lui rapportées, allait faire 
transférer Montmorency à Lille : le maréchal se 
mit en mesure de s'y acheminer. Il y arriva même 
avant que son confrère en captivité y fût encore 
parvenu. Le premier soir, logé chez un marchand 
de la ville, il s'occupa d' « habiller le souppé », pour 
recevoir le connétable, à son arrivée. Le prince 
d'Orange rejoignit aussitôt les deux compères, et, 
après le repas, on se retira dans une chambre pour 
entamer les premiers pourparlers. Ainsi >Vn_ 
gèrent les négociations préliminaires de La paix. 

Le prince laissa entendre habilement qu'il était 
venu en ce lieu, de la part du Hoi son maître, non 
point pour faire des propositions, niais pour en 
recevoir. 

Les deux prisonniers, un peu déçus par ces faux- 
fuyants, répliquèrent qu'ils ne voulaient pas s'en- 
gagera la légère avec un personnage, * qui n'auroit 
aultre pouvoir que d'escouler sans répondre »V 
Sur ces mots, le prince d'Orange se retira Quatre 
jours après, il revenait, accompagné de Ruy Gomez 
de Silva, comte de Melito, époux complaisant de 
la maîtresse de Philippe II. et de Antoine Perrenot 
de Granvelle, évêque d'Arras, L'âme de la politique 

1 Papiers de Granvelle, loc. supr. citato. 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRÉSIS 139 

espagnole. Avant de se mettre en discussion avec 
ces nouveaux personnages, les deux Français, 
qu'effrayaient sans doute un peu les responsabilités 
si rapidement engagées, eurent soin de faire res- 
sortir « que ceste première assemblée n'estoit pour 
traicter ou rien conclure, mais seullement pour 
préparer et encheminer les choses ». Ils ajoutèrent 
que, n'ayant reçu aucun pouvoir officiel du Roi de 
France, ce qu'ils pourraient dire ou proposer 
« seroit remis au bon plaisir de Sa Majesté ». 
Ensuite ils commencèrent d'exposer les instruc- 
tions que Saint-André avait rapportées de la cour, 
concernant la restitution des places, les mariages 
princiers et les intérêts du duc de Savoie. Dès 
l'abord, les Espagnols le prirent de très haut, sans 
vouloir faire aucun cas de ce qu'on leur offrait. Ils 
déclarèrent tout de suite qu'il fallait leur rendre 
toutes les places prises depuis le traité de Grépy 
et restituer au duc de Savoie tous les pays qui lui 
avaient été enlevés, en y ajoutant le Siennois et la 
Corse. En présence de réclamations aussi arro- 
gantes, il semblait puéril de continuer l'entretien. 
Les Espagnols parlèrent aussitôt de s'en aller, et 
ils écrivirent à Philippe II de faire ramener les 
deux Français en leur prison, Montmorency à Gand, 
et Saint-André à Bréda. Cette piteuse conférence 
avait eu lieu le 9 septembre *. 

4 Lettre des commissaires espagnols à Philippe II, datée de 
Lille, le 9 septembre 1558 : « ... Vostre Majesté verra le discours 



140 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQ1 I 

On ne s'explique pas l'aveuglement de Senri IL 
qui abandonnait la défense des intérêts du royaume 
à deux prisonniers de guerre, sans cesse - 
la menace d'être remis aux chaînes, el dont 
toute la correspondance diplomatique tombail aux 
mains des commissaires ennemis 1 . Gomment 
négocier sérieusement, alors que la liberté, pour 
les délégués français, de correspondre avec !«• 
Roi leur maître, était encore une question à 
débattre ? 

Le 12 septembre, les envoyés de Philippe II 
revinrent, apportant une lettre du roi d'Espagne 
qui, mis au courant des ouvertures faites, déclarait 
y avoir trouvé « si peu de fondement et d'appa- 
rence» qu'il ne voyait moyen < de s'j attacher ni 
d'entrer plus avant en négociation », tant qu«- Les 
délégués français n'auraient reçu d'autre pouvoir 
ou commandement de leur maître 2 . Navrés, les 
deux prisonniers s'efforcèreni de persuader à leurs 
adversaires que toute négociation doit avoir un 



do ce que nous avons négocié avec les Connestable de Fran 
mareschal de Sainct-Andrej : el pour satisfaire à ce qu'elle 
a commandé de luy dire nostre ad vis, il noua semble qn 
naoiens que jusques à ores les dessus <li<-t/ mecU nt en avant ne 
sont ny telz comme ils avoient donné espoir. ny but lesqueli 
l'on puisse faire fondement vaillable en c 
que l'on romaine lors, et en ce cas de le nos 
table incOntinant à Gand, et le mareschal chemin de Br-da... » 
[Pap. de Granvette, t. V, p. 1" 

' Ibidem. 

- Lettre de Saint-André au cardinal de Lorraine, datée du 
1- septembre, dans les Papiers de Granvelle, t. V. p. I9S 




PHILIPPE II, ROI DESPAGNE 

Par Antonio MORIO 

(Coll. de S. M. le Roi d'Angleterre). 



Sieren photo. 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBttÉSIS 141 

commencement, « sans vouloir tirer jusques au 
bout d'arrivée le tout ». Protestant de leur bonne 
volonté, ils ajoutèrent, non sans tristesse, que 
« nully leur conseilloit de, estant prisonniers, se 
mectre en chose dont cy-après ilz puissent estre 
blasmez, ny dire plus avant de ce qu'ilz av oient de 
charge ». Les commissaires espagnols renouve- 
lèrent leurs procédés insolents et firent mine de 
vouloir tout abandonner. 

Alors Saint -André se fâcha : il s'écria que 
« jamais il n'avoit esté veu qu'à ministres de 
princes telz quelz qu'ilz soient, l'on ayt oncques 
tenu semblables termes, que les Espagnols escri- 
voient comme il leur plaisoit, sans leur estre per- 
mis, au connétable et à lui, de faire entendre à leur 
maître les termes esquelz ilz estoient en ceste négo- 
ciation » l . 

Les envoyés de Philippe II répliquèrent maligne- 
ment que le connétable et le maréchal, étant de 
simples prisonniers de guerre, devaient se sou- 
mettre au bon plaisir du vainqueur; ils firent obser- 
ver que rien ne semblait plus légitime que d'inter- 
cepter une correspondance, dont le roi de France 
pouvait tirer profit pour la conduite de ses opéra- 
tions militaires. Cependant, sur la proposition de 
Ruy Gomez, ils voulurent bien autoriser les deux 
Français à informer leur maître de l'état des négo- 

1 Lettre des commissaires espagnols à Philippe II (12 sep- 
tembre), ibidem, p. 184. 



142 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

dations, après qu'ils eurent juré de ne communi- 
quer rien d'autre 1 . 

A défaut de conférences officielles, Saint-André 
dépensait son activité dans des conversations pri- 
vées à faire marcher les choses vers la paix. Il s'y 
avançait même plus peut-être qu'il n'eût été <le son 
devoir. Les commissaires espagnols observaient 
habilement ce jeu, sans trop s'y laisser prendre. 
Une lettre qu'ils adressaient, le 12 septembre, à 
Philippe II, nous révide combien Les menées <lu 
maréchal étaient actives. « Le mareschai Sainct- 
Andrey, écrivaient-ils, esl retourné à tenir au sieur 
de Varluzel en devises familières quasi les mesmes 
propoz que cy-devant, combien que un petit plus 
retenuz, et avec protestation qu'il les disoil comme 
Sainct-Andrey à Varluzel, et non connut' ministre. 
Sur quoy ledict Varluzel luy a couppé la bûche et 
respondu, par nostre advis, que nous ne faisions 
grand compte de ce qu'il disoit à part, s'il ne nous 
parloit comme de ministres à ministres, puisque 



1 Papiers d'État de Granvelle, t. V. p. 192. — Antoinette de 
Bourbon, mère des Guise, écrivail alors à la duché- rers : 

« J'euz hier des nouvelles de mon lilz le cardinal du quatorzième 
de ce moys où il me mande Les propos de paiv sont plus 
(ju'il n'avoienl encores esté. Monsieur Le connestable, monsieur 
le mareschai de Sainct-André estoient h Lisle avecqnesle pi 
d'Orenge, monsieur d'Arras et Ruisgome. Espérant dan- cinq 
ou six jours veoir en quelle conclusions ils tumberoient 
(Pimodan, Antoinette de Bourbon, p. 310). On voit par cette lettre 
optimiste combien la cour de France était mal informée du cours 
des négociations. Et en effet le- Espagnols interceptaient I 
les lettres intéressantes envoyées parles deux prisonniers. 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRÉSIS 143 

nous avions treuvé que, quelque espoir qu'il eust 
donné par son moien, auparavant que venir en 
négociation, s'estantvenu ajoindre, nous n'y avions 
treuvé ce dont, par son dict moien, il nous avoit 
donné espoir. Et comme ledict mareschal, dois 
devant hier soir et hier matin, avoit démonstré 
qu'il nous vouloit venir veoir, attendant qu'il nous 
diroit quelque chose d'advantaige, nous différions 
de depescher ; et venant hier bien tard, il n'entra 
en nul propoz sinon de visite, et avons treuvé 
qu'il venoit plus pour assentir que pour dire » '. 

Ces démarches privées, ces intrigues d'un pri- 
sonnier encore sans mandat officiel jettent un dis- 
crédit singulier sur le rôle rempli par Saint- André 
dans les préliminaires du traité de Cateau-Cam- 
brésis. Ainsi Henri II, par une regrettable faveur, 
laissait en des mains intéressées la défense des 
intérêts du royaume. Avec deux partenaires qui 
étaient à leur merci et dont le premier souci était 
de quitter la captivité, les Espagnols avaient beau 
jeu. 

Cependant, à la cour de France, quelques 
hommes s'inquiétaient de la tournure prise par les 
négociations. Au maréchal, qui se plaignait de 
l'arrogance des commissaires de Philippe II, le 
cardinal de Lorraine répondait avec ironie : « Quant 
à la négociation, à vous en parler franchement, je 

1 Papiers cTEtatde Granvelle,t. V, p. 184. 



444 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

la trouve en fort maulvais estât, et si indignes 
ponses que celles que Monsieur d'Amis a fai< 
dont n'esperoye pas moins : car ils ont un- 
de faire quant on les recherche, et cuydent que 
nous soyons en telle nécessité que noua Les debvons 
rechercher à mains joinctes. » Faisant allusion 
aux avances maladroites où s'étaient i Les 

deux prisonniers, le cardinal ajoutait: « qui m'en 
croiroit, ilz parleroient d'oires en avant Les pre- 
miers ; car nous avons trop faicl les gracieux, et 
Dieu nous h aura, s'il luv plaid, en plus grande 
recommandation, pour avoir esté si bons clires- 
tiens..., or. quant à moy, je ne vois un»' seulle 
raison pourquoy le Roy le doibge l'aire et ne a 
viroient noz négociations àaultre fin que ru cha- 
cune leur accorder quelque chose davantaige : el 
nous n'avons aux articles qui non» concernent 
encores riens gaigné... » - 

La remontrance était dure et, venant d'un per- 
sonnage aussi qualifié, elle semblait devoir modé- 
rer un peu l'ardeur pacifique du connétable et de 
Saint-André. Ils n'en tinrenl pas compte Dan- leur 
désir de revoir la cour et d'y reprendre leur puis- 
sance, ils eussenl tout donné pour la paix. El 
c'était au cardinal de Lorraine à maintenir le droit 
des armes françaises, victorieuses a Calais et à 
Thionville. « Les hommes de guerre se faisaient 

' Granvelle, évêque d'Arras. 

- Papiers d'État de Granvelle. t. V. p. 203. 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRÉSIS 145 

les avocats de la paix, et les hommes de robe les 
avocats de la guerre » \ 

En effet le parti des Guise résistait à cette course 
à la paix. On ne se faisait pas faute de calomnier 
ouvertement, à la cour, les intentions du conné- 
table. Celui-ci, qui se sentait attaqué, négociait 
avec nervosité et inquiétude. Les commissaires 
espagnols voulurent profiter habilement de la 
situation et, sachant Saint- André ami des Guise, 
ils tâchèrent d'opposer l'un à l'autre les deux délé- 
gués français 2 . Mais ceux-ci avaient un intérêt 
trop commun dans la conquête de leur liberté, 
pour se contrecarrer. 



Toutes ces négociations n'étaient en somme que 
des démarches officieuses. Après des préliminaires 
laborieux et assez vains, il fallait d'une manière 
publique se décider pour la guerre ou pour la paix. 
Enfin, le 6 octobre 1558, les deux rois désignèrent 
officiellement leurs plénipotentiaires. Ceux de la 
France furent le connétable de Montmorency, le 
maréchal de Saint-André, Jean de Morvilliers, 
évêque d'Orléans, Claude de l'Aubespine, conseil- 
ler du Roi, et surtout le cardinal de Lorraine 3 . 

1 A. de Ruble, Le traité de Cateau-Cambrésis, Paris, 1889, p. 6. 
* Pap. de Granvetle, t. V, p. 222. 
3 G. Ribier, Lettres et mémoires d'Estat, t. II, p. 778. 

10 



146 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

L'Espagne fut représentée par Ferdinand Alvarea 
de Tolède, duc d'Albe, Guillaume de Nassau, prince 
d'Orange, Ruy Cornez de Silva. comte de Melito, 
Antoine Perrenot de Granvellc. évêque d'An 
et le président Viglius 1 . 

Deux des plénipotentiaires français, Montmo- 
rency et Saint-André. (Haie ni prisonniers de guerre. 
Le roi de France s'engagea à ne rien faire pour 
les délivrer, et à les renvoyer prisonniers à Phi- 
lippe II 2 . 

Désormais la direction des négociations allait 
appartenir, du côté de La France, au cardinal d< 
Lorraine, le seul véritable homme d'État dq 
groupe français, et, du côté de l'Espagne, à Gran- 
velle. C'étaient les deux partenaires sérieux, der- 
rière qui les autres plénipotentiaires durent ne 
jouer qu'un rôle secondaire. 

Au moment où les adversaires se disposent 
commencer la lutte diplomatique, mesurant leun 
forces respectives, il est intéressant de recherche! 
quel prestige 4 s'est acquis auprès des Espagnols k 
maréchal de Saint-André. Dans un mémoire 
Philippe 11, l'ambassadeur Simon^Renard portail 
alors sur lui ce jugement terrible : i Quant ai 
maresehal Sainct-Andrez, il ne se socie tant deï 
affaires généraulx que, si peul! faire son prouff 



1 Pop. de Granvelle, i. V, p. 22 ), 

* Pouvoir. Ribl. Nat.. f. ïr.. ...s 3156, fql. IS. 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMRRÉSIS 147 

particulier, il se laissera mener comme Ton vou- 
dra ; car il est du tout à se faire riche » *, 

Il fallait se mettre au travail, Le 8 octobre, 
Henri 11 concéda aux plénipotentiaires la ville de 
Cercamp, et accorda aux Espagnols un sauf-conduit 
pour eux et leurs gens 2 . 

La première réunion se tint le 12 octobre : dès 
le premier jour, tandis que le cardinal de Lorraine 
s'opposait à Granvelle et le connétable au duc 
d'Albe, Saint-André semble avoir eu pour parte- 
naire le prince d'Orange 3 . Les conversations se 
tenaient en latin, ce qui favorisait singulièrement 
les hommes d'Église, Granvelle et le cardinal de 
Lorraine, obligés la plupart du temps de servir 
d'interprètes aux hommes de guerre, le connétable, 
Saint-André, le duc d'Albe, peu familiarisés avec 
cette langue 4 . 

Une trêve fut signée le 17 octobre. Les ambas- 
sadeurs anglais arrivèrent le 21. Dès lors on 
s'attacha aux grandes questions, celles de la Lor- 
raine, du Piémont et de Calais. Malgré l'interven- 
tion de l'empereur Ferdinand, le sort de Metz, 
Toul et Verdun fut vite réglé, les députés espa- 
gnols s'étant résignés facilement à faire bon mar- 

1 Mémoire sans date (septembre ou octobre 1558), Pap. de Gran- 
velle, t. V, p, 227. 

2 Mémoires-journaux du duc de Guise, p. 429. 

3 Papiers de Granvelle, t. V, pp. 236 et 276. 

4 A. de Ruble, Le traité de Cateau-Cambrésis, p. 40. 



148 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

ché des revendications germaniques. S'il n'eût 
tenu qu'au connétable, on eût bientôt été d'accord 
sur tout, et ses avances allaient parfois si loin que 
son ami Saint-André devait le « pousser du cou] te 

Parmi ces délibérations, à Gercamp, la vie •'•tait 
aimable : les beures de soupers et de visites 
faisaient plus nombreuses que les séances de tra- 
vail. Bientôt même on décida de prendre un long 
repos, et le 30 octobre, on suspendit les confé- 
rences pour quelques jours. En réalité les plénipo- 
tentiaires voulaient attendre des instructions plus 
précises et plus fermes de part et d'autre. 

Vers cette époque, à la cour de France, les 
Lorrains travaillaient ferme contre la paix, qui 
en rendant la liberté à Montmorency devait leur 
ramener un rival. D'un eût»'. Le cardinal de Lor- 
raine se plaignait amèrement de la difficulté à con- 
tinuer des négociations mal enj par deu: 
prisonniers de guerre. D'autre part Le duc di 
Guise, dans les conseils du Roi, soutenait avec 
vivacité le parti de la guerre. Malgré tout. Henri H. 
d'une incroyable faiblesse de caractère, se laissait 
entraîner par le désir de revoir Bes favoris II écri- 
vait au connétable cette lettre vraiment typique 
« Mon amy, vous asure que Monsyeur de Guise 
ne désyre la pais, me remontrant tous Lé joun 
que j'é plus de moyan de fayre la guère que je n us 

1 Papiers de Granvelle, t. V, p. 239. 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRÉSIS 149 

jamés, et que je n'an saroys tant perdre, en fesant 
la guère, que je n'enrans, sy vous venés d'acort... 
Fartes se que vous pourés, afyn que nous ayons 
la pays. Et ne monterés sete lestre que au maréchal 
Synt- André, et la brûlés aperés. Le dyst persou- 
nage (Guise) a dist isy à quelqu'eun que, tant que 
la guère durera, pas ung de vous deus ne sortirés 
jamés de prison ; et pour se pensési, coume chose 
quy vous touche » \ 

Incité par les objurgations amicales du Roi, Mont- 
morency ne contenait plus son désir d'arriver 
promptement à une solution, disant que « pourveu 
que la paix se fit, il se soucioit peu qui en deust 
avoir l'honneur » 2 . Plus que le connétable, Saint- 
André avait hâte de recouvrer sa liberté, mais, 
prudent et souple, il savait agir dans son propre 
intérêt en ménageant habilement les Guise 3 . 

La seconde session des conférences de Cer- 
camp dura trois semaines du 7 au 30 novembre. La 
restitution de Calais fit l'objet principal de cette 
nouvelle série de négociations, où Ton ne put 
s'entendre presque sur aucun point. Un événement 

1 G. Guilïrey, Lettres de Dianne de Poy tiers, p. 155. 
- Granvelle cité par F. Décrue, Anne de Montmorency... sous 
Henri 11, p. 214. 

3 Ceci ressort clairement d'un rapport fait à Philippe II par ses 
députés (18 sept.) : « Nous avons dit au connétable que nous 
doubtions qu'auprès du roy leur maistre. il y avoit gens qui tra- 
versoient leur négociations... Nous sembla sur ce poinct de non 
dire davantage, pour le respect du maréchal Sainct-Andrey, qui 
est amy de ses adversaires {Papiers de Granvelle, t. V, p. 222). 



150 LA CARRIÈRE MILITAIRE El DIPLOMATIQUE 

imprévu vint surprendre les plénipotentiaires : Lé 
17 novembre 1558, Marie Tudor iriourait, Laissant 
le trône à sa jeune sœur Elisabeth. La nouvelle 
étant arrivée à Cercainp, le 30 novembre, but la 
proposition des Français, on suspendit Les confé- 
rences, et les ambassadeurs se séparèrent. Les 
députés anglais et espagnols s'en allèrent a 
Bruxelles; le cardinal de Lorraine èl Les secrétaires 
d'État français * vinrent trouver Le Roi à Villere* 
Cotterets. Saint-André et le connétable étant pri- 
sonniers de guerre, La question s V* tait posée, avant 
la suspension, de savoir si Dii leur permettrai! de 
retourner en France. Pour Montmorency, il n'j 
eut pas de difficultés : comme il s'était continuel- 
lement montré « amateur de La paix el repos 
public que », il obtint facilement, sur parole, permis* 
sion de se rendre à Paris. Mais Saint-Andi 
doute à cause de ses accointances ave.- Les Guise, 
était beaucoup moins sympathique aux I - - ois. 
La majorité des commissaire- .le Philippe II parais- 
sait décidée à lui refuser toute permission de s'en 
aller en France -. Néanmoins, soit qu< - Luse 
ait été plaidée par le prince d'Orange qui lui avait 

1 Sébastien de Laubépine étail venu rejoindre au\ i 
son frère Claude. 

2 Lettre des plenipot. esp. a Philippe 11 - 

« El encoires eussions <'<t< ; d'advis d'exclure ledicl mareschal, ne 
l'usl esté que cela eus! causé jalousie en France contre ledicl 
connestable, qui toute sa vie a l'aiet profession de chevalier d'hon- 
neur, amateur de la paix et repoz publieque .. » d'ap. de (,ran- 
velli\ t. V, p. 366). 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRÉSIS 151 

des obligations, soit que Ton ait considéré le mau- 
vais effet que produirait, à la cour de France, une 
telle mesure d'exclusion, cette faveur lui fut accor- 
dée, sous la garantie de tous les plénipotentiaires 
français l . Montmorency et Saint- André devaient 
employer leur temps à réunir la somme nécessaire 
pour payer leur rançon. 

Le maréchal passa la plus grande partie du 
mois de décembre dans son gouvernement de Lyon. 
Le 8 décembre, il faisait nommer son cousin An- 
toine d'Albon, abbé de Savigny et de nie-Barbe, 
comme lieutenant-général en Lyonnais, Forez, 
Beaujolais et Marche, pour y commander jusqu'à 
son retour définitif 2 . Mais sa principale occupation 
fut de se procurer les deniers destinés à racheter 
sa liberté. Le 27 décembre, la ville de Lyon lui 
faisait don à cette fin d'une somme de quatre mille 
livres 3 . Malgré celte contribution gracieuse, le 
maréchal ne put, à son retour de France, payer la 
rançon promise : nous verrons qu'il sera libéré 
longtemps après le connétable. 

Il fallait cependant faire avancer les choses et 
reprendre le travail commencé. Au moment de la 
suspension des conférences, Henri II avait écrit à 

1 Dép. vénit. (4 déc. à558), Bib. Nat., f. ital., ms 1720, fol. 122 
n° ; Pap. de Granvelle, t. V, p. 378. 

3 Lettres de provision, Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 958, 
fol. 173 (P. j., n° XV). 

3 Quittance originale (27 décembre 1558). Arch. municip. de 
Lyon, AA 28, n° 55. 



Montmorency : « Mon arny, je ne saurois vous dire 
le regret que j'é de vous voir séparer sans rien 
fère et ne sçay quand Dieu permetra que vous 
vous rassemhliés » l . Dès le début de janvier 1559, 
on chercha un nouveau lieu de réunion pour Les 
plénipotentiaires de la paix : Cercamp étail inhabi- 
table en hiver et la ville de Cambrai, peuplée de 
gens de guerre, semblait peu propice. Sur la pro- 
position de la duchesse douairière de Lorraine, on 
choisit Cateau-Cambrésis. 

Suivant ses engagements, Saint-André devait se 
reconstituer prisonnier le 31 janvier, à Cambrai 
Il écrivit en effel au prince d'( frange, pour se mettre 
à sa disposition 2 . Celui-ci en ayant référé à Phi- 
lippe II el au duc de Savoie, le roi d'Espagne, par 
mesure de bienveillance à L'égard «lu maréchal, 
prorogea le terme jusqu'au 5 février, «lut»' a Laquelle 
les ambassadeurs de France devaient se trouver à 
Cateau-Cambrésis pour y reprendre Les négocia- 
tions interrompues. En ce Lieu el à ce jour, Le 
prince d'Orange était chargé de recevoir à nouveau 
de Saint-André la reconnaissance de son étal de 
prisonnier 3 . On se demande quels étaient Le j><< g- 
tige et l'influence d'un plénipotentiaire, place dans 
la situation d'un homme lié par des chaînes que 
le vainqueur pouvait serrer ou relâcher 

1 Cité par A. de Ruble. Le traité de Caleau-Cambresi<, p. 16. 
5 Papiers d'État de Granvelle. t. V, p. 421 
3 Ibidem. 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRÉSIS 153 

Saint-André étant arrivé à Cambrai, le 31 janvier, 
y apprit la bonne nouvelle du sursis de cinq jours 
qu'on lui accordait. Il s'en retourna aussitôt à 
Guise. 

Mais, au lieu de revenir le 5 février, il attendit 
les autres plénipotentiaires français qui, retardés, 
n'arrivèrent à Cateau-Cambrésis que le lende- 
main 1 . Prisonnier de guerre, le maréchal était en 
retard d'un jour et avait enfreint la parole donnée. 
De plus, peu disposé à perdre de nouveau sa 
liberté, il manifestait l'intention de chicaner sur 
la légitimité de la foi qu'on lui demandait d'enga- 
ger à nouveau. En présence de ces tergiversations, 
les députés espagnols le reçurent de très mauvaise 
grâce, et lui reprochèrent amèrement que « aians 
usé de si grande courtoisie en son endroict, il 
voulsist maintenant contrevenir à sa promesse » 2 . 

1 Dép. vénit., Bibl. Nat., f. ital., ras 1720, fol. 150. 

2 Lettre des députés espagnols à Philippe II (8 février), et ré- 
ponse de celui-ci (10 février) : « ... Nous trouvons cecy bien 
estrange, et que ledict mareschal use de ces façons si ouverte- 
ment contraires à ce qu'il a promis, et qu'il tasche d'excuser ce 
à quoy il est si justement tenu, là où nous, par contraire, avons 
usé de l'honnesteté envers luy, comme scavez. estant, comme 
l'escripvez, tout notoire qu'il debvoit, selon sa dicte promesse, se 
présenter le dernier du passé en noz pays, pour se rendre pri- 
sonnier au lieu où luy vouldrions commander ; à quoy il a failly 
et de, au jour de la prolongation, soy trouver par delà, y estant 
seulement venu le lendemain, que fut le VI e , Et puis qu'il est 
manifeste qu'il n'a satisfaict à sa dicte promesse, nous désirons 
que tous unaniment insistez et persistez ad ce qu'il se y acquitte, 
selon que le debvoir et l'honnesteté le requiert, sans faire men- 
tion de nous ou d'aulcun ressentement qu'en pourrions avoir en 
son égard, ou aultrement nous y entremesler ; ne fut que veis- 
siez ne pouvoir par ce moyen rien obtenir de luy ; auquel cas et 



154 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATE 

Saint-André fut traité avec la dernier»- froideur, i I 
les représailles de son manque de lad ne Se firent 
pas attendre : Goligny, libéré, étant prêt a l'en 
retourner à la cour, on l'arrêta connu i s . au 

cas que le maréchal persisterait dans ses i 1 1 1 « * 1 1 - 
tions déloyales 1 . Une lettre de Granvelle au duc 
de Savoie montre l'irritation do Espagnols : 
« ... Quant au mareschal de Sainct-Andrey, écri- 
vait-il le 14 février, j'ay certes treuvé bien mau- 
vais les termes dont il a usé, quelque coui 
qu'aient esté ses prOpoz. J'entena de Monsieur le 
prince d'Oranges qu'il se ressenl de ce que les 
gens de Vostre Altezè onl dict sei< hement au Con- 
nestable que, pour le tour qu'il avoit faict, l'oit 
retenoit l'Admirai »-. L'Amiral étanl le neveu '1<- 
Montmorency, on devine le jeu habile que menaient 
les Espagnols en opposant les intérêts de l'un des 
plénipotentiaires français aux Intérêts il< i famille 
du Connétable. 

Cependant les négociations officielles avaient 
repris le 10 février. Au milieu de disputes et d'in- 

venanl à l'extrême, pourriez user 'i'' propoz plus urgents, el luy 
représenter le juste sentemenl qu'en pourrions tntre luy... 

E1 a la vérité, c'esl chose bien estrange que, se retrouvant 
affaires on terme de communication, I»-- François tiennent en» 
ces manières de faire... - [Papiers de Granvelle, t. V. j . 

1 Lettre de Philippe 11 I LQ lei rier :«...! 
qu'avons ordonné envoier arrester L'admirai de France qu'< 
pour s'en retourner, el ne le Laisser passer oultce tant que l'on 
viivc comme se conduira Ledict mareschal... ■ [Pap. de Gran- 
velle, t. V. n. 437). 

- l'ap. de Granvelle, t. V. p. IBJ 



LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRÉSIS 155 

trigTies, qui infirmaient singulièrement les déclara- 
tions de Saint- André et de Montmorency, seul, le 
cardinal de Lorraine, représentant de la maison de 
Guise et aussi de la France victorieuse, combattait 
avec énergie les prétentions des Anglais sur Calais. 
Il rappelait éloquemment les paroles de son frère, 
le duc de Guise, jurant qu' « il luy cousteroit la 
vie de cent mille hommes et la sienne avec », plu- 
tôt que d'abandonner cette nouvelle conquête J . 
Seul, parmi les plénipotentiaires français, le car- 
dinal de Lorraine gardait assez de prestige et de 
force morale pour empêcher que le traité à con- 
clure ne Fût un désastre. Montmorency, énervé 
par les attaques sourdes qu'il sentait dirigées contre 
lui dans l'entourage du Roi, se laissait mener par 
son humeur et faisait les propositions les plus 
incohérentes. Quant à Saint-André, toujours récal- 
citrant aux réclamations des Espagnols, il se débat- 
tait au milieu des reproches injurieux qu'on lui 
adressait. Ces reproches allaient jusqu'à l'entacher 
de déshonneur. A la fin, fatigué de soutenir un 
procédé peu honnête, il engagea de nouveau sa 
foi et consentit pour ainsi dire à se remettre aux 
liens, « protestant de son affection et de son 
dévouement pour le roi d'Espagne » 2 . Henri II 
lui-même était intervenu et avait fait cesser ce 

1 A. do Ruble, Le traité de Cateau-Cambrésis, p. 19. 
- Lettre des plénipotent. espagn. à Philippe II (20-22 février 1559), 
Pap. de Granvelle, t. V, pp. 493-495. 



156 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

scandale 1 . Le souverain, malgré tout, gardait sa 
sympathie entière à ses deux favoris prisonni» 
et cela contrecarrait souvent les desseins hono- 
rables du cardinal de Lorraine. Parlant de celui-ci, 
le roi de France écrivait au Connétable : « 11 se 
plainct que c'est vous qui mestés oposition à la 
pays... Ne prenés pas garde à tout cecy, mais faytea 
la pays, sy vous pouvés, et lesé-les [Guise] discou- 
rir à leur fantésie » 2 . De tels conseils venant du 
maître, encourageaient les pires concessions. Au 
commencement de mars, on n'était pas encore 
parvenu à s'entendre. On eut alors recours' au 
grand moyen de la diplomatie, les mariages prin- 
ciers. Proposé dés septembre 1558 par Montmo- 
rency et Saint-André, le mariage d'Elisabeth, lille 
de Henri II, avec l'infant don Carlos, fui repris, 
après la mort de Marie Tudor, par Philippe II. qui 
se posa lui-même en prétendant. Du jour où ce 
mariage fut accordé, les négociations devinrent 
plus faciles. On employa la fin du mois de mars a 
rédiger le traité. Le 2 avril, la paix fut signée entre 
l'Angleterre et la France, et, le 3, entre la France 
et l'Espagne. 

Quel était le résultat de ces Longues el pénibles 

'■ Dép. vénit. (26 mars) : « ... Dopoche il mareachiaJ di Sauf 
Andréa (por conimandato e1 ordine dî sua maestà Christianissima 
deistendo dalla sua opinione di esser restato libero, é di : 
tomato a dar la parola et a meter si in obligo di pregkme 

(Bibl. Nat., f. ital.. ms 1720, fol. 173 v). 

- Cité par A. de Rul»li\ Le traite de CcUeau-Cambréris, p. i3. 




LE TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRESIS 157 

négociations, où la France avait été si étrangement 
représentée? La France gardait Calais pour une 
période de huit ans, au ternie de quoi elle devait 
ou restituer la ville ou payer cinq cent mille écus. 
C'était le seul, et bien mince, avantage qu'elle reti- 
rât du traité. Mais d'autre part, Henri II restituait 
Mariembourg, Thionville, Damvilliers, Montmédy, 
Bovigny et Bouillon. En Italie, les troupes fran- 
çaises évacuaient le Montferrat, le Milanais, la 
Corse, Montalcino, Sienne, la Savoie, la Bresse, 
le Bugey, le Piémont, excepté les villes de Turin, 
Cliieri, Pignerol, Chivasso et Villeneuve -d'Asti, 
laissées en gage 1 . 

La condamnation de ce honteux traité fut una- 
nime en France. « Sire, disait le duc de Guise au 
Roi, quand vous ne feriez que perdre durant trente 
ans, si ne sçauriez perdre ce que vous voulez don- 
ner en un coup » 2 . Résumant les opinions émises, 
Etienne Pasquier a écrit dans une de ses lettres : 
« Le Roy plus fasché d'avoir perdu la présence de 
Monsieur le Connestable et du mareschal de Sainct- 
André, que toutes autres pertes, a brassé une paix 
à telle condition que l'Espagnol a voulu... Je vous 
avois, par mes précédentes, récité une métamor- 
phose. Par ceste-cy vous pouvez recueillir les vrais 
effects d'une tragi-comédie » 3 . 

1 Du Mont, Corps diplomatique, t. V, p. 28. 

- Mémoires de Boivyn du Villars, Coll. Buchon, p. 846. 

3 Etienne Pasquier, Œuvres, Trévoux, 1723, t. II, p. 76. 



158 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 



Le 3 avril 1559, après que toul lut terminé, les 
députés des nalious se rendirent à l'église <l<- 
Cateau-Cambrésis, pour y prêter sermenl solennel. 
Puis, à la suite du dîner, les Français le -'pa- 
rèrent de leurs adversaires. Seul, le maréchal de 
Saint-André, toujours prisonnier, pril la route de 
Bruxelles \ 

Arrivé à Bruxelles, Saint-André s'occupa acti- 
vement d'obtenir sa mise en liberté. Il avait pu se 
procurer les soixante mille écus de sa rançon 2 . 
Mais «les difficultés de forme retardèrent la libéra- 
tion du maréchal. Le S avril, Granvelle écrivait à 
Philippe II : « On n'a pu s'occuper encore du ma- 
récbal de Saint-André, parce que les pièces nécefe 
saires n'ont point été retrouvées jusqu'ici; aussitôt 
qu'on les aura entre les mains, cette affaire n'é- 
prouvera aucun retard » Le maréchal fut Libéré 
vers le 20 avril. 11 ne quitta pas la Belgique. En 
effet, par pouvoir donné à Fontainebleau le 
27 avril 1559, Henri 11 le chargea, de pair avec 
le cardinal de Lorraine et Jean de Morvilliers, 



1 Papiers do Granvelle, t. V. p 

- Dép. vénit. (18 avril 1559), Bibl, Nat, f. iial.. ma ITfO, 
fol. 177 v°. 

3 Lettre de Çranvelle à Philippe II [avril L5S9), Pap. de 
velle, t. Y, P- ^S' 1 - 



LE TRAITÉ DE CATEAUCAMBRESIS 159 

d'aller recevoir du Roi catholique le serment de la 
paix 1 . 

Aussi, durant le mois de mai, Saint -André 
semble avoir accompagné la commission nommée 
par le roi de France pour libérer les soldats fran- 
çais, faits prisonniers au cours des guerres pas- 
sées et retenus en Flandre 2 . Après un long 1 exil, le 
maréchal rentra enfin à la cour. 

L'entourage royal se préparait alors à des fêtes 
prochaines. Les mariages princiers étaient la 
clause la plus agréable à réaliser du traité de 
Gateau-Cambrésis. On devait d'abord choisir les 
ambassadeurs espagnols chargés d'épouser par 
procuration la princesse Elisabeth de Valois. Saint- 
André prit une part active aux négociations qui 
déterminèrent ce choix :î . 

Le 15 juin 1559, le duc d'Albe, accompagné 
d'une délégation espagnole, arriva à Paris. De 
son côté, Emmanuel -Philibert de Savoie, futur 
époux de Marguerite, sœur du Roi, fit son entrée 
solennelle, le 21 juin 4 . Après les fiançailles de 
Marguerite de France avec le duc de Savoie, les 



Lettres patentes (27 avril 1559), Bibl. Nat., Chartes de Colbert, 
393. Cf. Bibl. Nat., f. ital., ms 1720, fol. 190 v°. 

Lettre de Saint-André au Roi, datée de Bruxelles, le 3 mai, 
Bibl. Nat., f. fr., ms 3139, fol. 43 (P, j., n<- XXI). 

3 Lettre supra citée. 

4 Le 27 juin 1559, Saint-André fut présent au contrat de mariage 
de Marguerite de France avec Emmanuel-Philibert de Savoie 
(Arch. Nat., P. 2310, fol. 1159). 



160 LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

tournois commencèrent. Le 30 juin, Henri II était 
blessé à mort dans les circonstances que l'on sait; 
il souffrit, durant dix jours, les plus cruelles dou- 
leurs, et mourut, le 10 juillet à une heure, aux 
Tournelles. 



TROISIÈME PARTIE 
LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 



u 



CHAPITRE PREMIER 

LES PROFITS DE LA FAVEUR. L'HOMME DE COUR 
ET L'HOMME PRIVÉ 



Saint-André et Henri II. — Saint-André et les grands. — Diane 
de Poitiers. — Antoine de Bourbon, premier prince du sang. 

— Anne de Montmorency. — Les Guise. — Les Châtillon. — 
Brissac. — Saulx-Tavannes. 

Largesses royales. — Gages et pension. — Dons d'argent et de 
terres. — Les biens du trésorier Duval. — Développement de 
la fortune de Saint-André : acquisitions et héritages innom- 
brables. 

Dépenses et luxe. — Résidences : Vallery, Saint-André, Fronsac. 

— Saint-André et les lettres. — La suite de Saint-André. 
Besoins d'argent et dettes. — Exactions. — Affaire Perdriel. — 

Confiscations sur les protestants. — Saint-André et sa famille. 

— Marguerite de Lustrac, maréchale de Saint-André. — An- 
toine d'Àlbon, abbé de Savigny et de l'Ile-Barbe. — Claude 
d'Albon. — Marguerite d'Albon, sœur du maréchal. — Les 
amis de Saint-André. — Le cardinal Jean du Bellay. — Con- 
clusion de ce chapitre. 



Jacques d'Albon de Saint-André dut sa fortune 
élevée et rapide à l'amitié toujours soutenue du roi 
Henri II. Ce Roi, dont la stature physique dénotait 
une force robuste, avait un caractère d'une inépui- 
sable faiblesse : ses plus grandes joies furent d'en- 
richir ses amis et de jouer à la paume. Il semblait 
ainsi destiné à devenir la proie d'un homme tel 
que Saint-André, le plus fin, le plus rusé, et en 



164 LES PROFITS DE LA FAVEUB ROYALE 

même temps le plus aimable des courtisans 1 . Dès 
son avènement au trône. Henri lavait fait premier 
gentilhomme de sa chambre. Avec L'entendement 
vif, l'entregent agréable et L'esprit avisé que nous 
lui connaissons 2 , Saint-André, par un art merveil- 
leux d'habileté et de souplesse, allait utiliser à son 
profit l'influence que lui donnait cette charge 
intime et quotidienne. « Coucher en La chambre 
du Roy et estre près de luv à son Lever e! coucher, 
si bien qu'à toutes heures il en avoit L'oreille 
plus qu'un honneur, une véritable puissance était 
échue au maréchal. Dans une de ses lettres à Pierre 
Galland, Lambin apeinl avec une précision piquante 
la vie de la cour à Saint-Germain. ( m \ voit le Roi 
recevant, pendant sa toilette matinale, des princes 

et des cardinaux; dans ce tableau brillant surgit un 
détail cà la lois familier et caractéristique : Il 
venait de changer de chemise, écrit Lambin, et, 



1 « Son visage ne portoil ni soy aucun.' façon cruelle, car il 
r> i,,it forl beau <'t «1'' bonne grâce, la parole belle et 1 -, gentil, 
cl bon jugement el bonne cervelle - [Brantôme, d L v. 

p. 40). 

2 « Jacques d'Albon. sieur de Saint-André, l'un des plus fin 
ruzez courtisans de son temps, comme premier gentilhomm 

la chambre de ce prince, avoil forl bonne paît en luv; il ... 
l'entendement vit', son entregeant fort agréable, beaucou] 
valeur, adroicl aux armes, lin et rnxé en allai: - I 

Laubespine. Histoire particulière de la Cour de Henri IL 

les Archives curieuses de Cimliei- et Danjoii. l~ série, t III. 

p. 281). 

3 Brantôme, Œuvres, t. V, p. 32. — Toute la famille du n 

chai logeait à Saint-Germain auprès du R M ■ ; . - i. >rde 
Les comptes des bâtiments du Roi. t. II. pp. 3U4. 313. M 5). 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 465 

debout, peignait ses cheveux et sa barbe avec le 
ministère de Saint-André »\ 

Camarades dès l'enfance, le Roi et son favori 
envisagèrent leur amitié de façons toutes diffé- 
rentes : Henri voulut comme faire oublier à son 
ami qu'il était roi, prêt toujours à tout supporter et 
à ne s'étonner d'aucune exigence de lui ; quant au 
maréchal, on peut dire qu'il ne céda jamais à des / 
sentiments inutiles : son caractère s'est développé, ; 
durant toute sa vie, dans un sens unique, Fin- 
térêt. 

L'attachement si vivace du Roi à son ami s'ex- 
plique dans une certaine mesure, par des circons- 
tances spéciales. En effet, de tous ses compagnons 
de jeunesse, Henri, devenu souverain, ne put gar- 
der près de lui, jusqu'à sa mort, que Saint-André. 
De la troupe des d'Andouins, Dampierre, La Châ- 
taigneraie et Descars, successivement les uns 
furent tués à la guerre ou périrent malheureuse- 
ment, les autres furent disgraciés 2 . Dampierre, $ 
plus que tous, avait été, de pair avec Saint-André, I 
le favori du Dauphin, sous François I er ; mais, 
dans la suite, il eut la maladresse de s'attaquer à 
Diane de Poitiers : Henri lui reprocha son ingrati- 
tude et le chassa de la cour 3 . Après la mort de La 

1 H. Potcz. Deux aimées de la Renaissance (Revue d'histoire 
littéraire de la France, juillet-sept. 1906, p. 460). 

2 Brantôme, Œuvres, t. IV, p. 288. 
s Ibidem. 



166 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

Châtaigneraie, victime du célèbre coup de Jarnac, 
le maréchal resta seul, et la faveur de son maître 
s'en accrut. 

Cette faveur n'alla pas sans dangers. La cour 
de Henri II fut le théâtre d'intrigues particulière- 
ment complexes et immorales. Pour un homme, 
qui n'avait à sa défense ni grand nom, ni grands 
biens patrimoniaux, le jeu était périlleux. Saint- 
André manœuvra avec une adresse et un doigté, qui 
lui ont permis d'être le plus durable des favoris. 

Plus difficile était à Saint-André d'obtenir le par- 
don de sa faveur, auprès des grands, que de la 
gagner auprès du Roi. Pour maintenir, dans une 
cour envieuse", sa fortune excessive el souvent assez 
trouble, sa politique fut de prodiguer les marques 
d'amitié et les preuves de service à ceux qui occu- 
paient le sommet de la puissance Au milieu de 
rivalités terribles et sournoises, il -ut irai. 1er des 
relations étroites et aimables avec Montmoivn<\ . 
avec les Guise, avec les princes «lu sang, avec 
l'ombrageuse Diane : il se montrait le serviteur 
de tous. 

Sa crainte de déplaire aux puissants, qui se dis- 
putaient âpremenl le gouvernement du royaume, 
pouvait aller jusqu'au sacrifice de sa vanité. Il 
avait tenté, dès les premiers temps du règne, <le 
jouer un rôle brillant et prépondérant dans l<-s 
affaires de l'État; puis, comme il comprit qu'il ris- 
quait ainsi de tomber d'un coup soii^ le> liâmes 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 167 

jalouses des grands seigneurs autoritaires, il s'effa- 
ça un peu, pour agir plus discrètement, sans bles- 
ser personne. Un texte curieux nous révèle cette 
habile position, choisie par le maréchal. Parlant 
de lui, le cardinal Jean du Bellay écrivait de Rome, 
le 6 juillet 1549 : « Quant à escripre à Saint- 
André, je ne sçaurois luy escripre autre chose 
que des affaires du Roy, et je crois qu'il ne voul- 
droit pas monstrer qu'on s'en adressastà luy, sinon 
là où quelque occasion particulière se y présente- 
roit. Car il donneroit jalousie aux gens, chose qu'il a 
tousjours évitée et a très bien faict... » 1 . 

Envers les personnages puissants de l'entourage 
royal, le maréchal n'osa donc rien, que d'être obsé- 
quieux et serviable. 

Diane, la maîtresse de Henri H, voulait être 
ménagée avant tous : le Roi lui sacrifiait ses plus 
chers amis. Saint- André n'épargna aucun effort 
pour lui plaire, poussant même son audacieuse 
flatterie jusqu'à inventer un lien de parenté, qui 
l'aurait uni à la duchesse de Valentinois. Les d'Al- 
bon prétendaient rattacher leur généalogie à celle 
des Dauphins de Viennois. Saint-André eut l'habi- 
leté d'y rattacher aussi celle de Diane, et cette 
supercherie à bases très problématiques fut une 
heureuse force pour son intérêt 2 . Maintes fois d'ail- 

1 Revue de la Renaissance, t. III, p. 142. 

1 Inventaires du mobilier des châteaux de Saint-André et d'Ou- 
ches, pp. A. Goste. — Diane, outre ses nombreux titres, s'intitu- 



168 LES PROFITS DE LA PAVCUB ROYALE 

leurs il servit d'intermédiaire dans Les affaires dé 
Diane, et le duc de Guise, lorsqu'il voulait obtenir 
quelque chose de la maîtresse royale, s'adressait 
au maréchal 1 . 

- Antoine de Bourhon, roi de Navarre, premier 
prince du sang, était facile à gagner : aussi faible 
que Henri II, auquel il ressemblai! par plus d'un 
trait, Saint- André réussite en faire son ami. Parmi 
les princes, le mari de Jeanne d'Albret semble 
s'être laissé particulièrement prendre aui bonnes 
grâces du maréchal. Celui-ci devinl son véritable 
correspondant a la cour. 

Un fait peut, nous montrer quels services il lui 
rendait Le l\ janvier 1550, Henri II avait donne* 
un écrit portant que toute piè'ce de monnaie qui 
n'aurait pas Le poids normal, sérail réputée fauf 

Antoine de Bourbon se plaignait de cet édit Fâcheux 
pour ses sujets de Béarn et de Navarre, détenteurs 
de nombreuses pièces vieilles et trop légi res. S - 
réclamations au Roi n'aboutissani pas, Popla, un 
de ses gentilshommes, lui conseilla d'écrire à Saint- 
André et à Diane. Le roi de Navarre adressa donc 
une lettre au maréchal qui lui répondit aussitôt 
qu'il emploierait tous ses efforts à son service*. 



lait <r comtesse d'Albon » (J. Chevalier. Mémoire* sur le Valent*- 

nois et le Diois. t. II. p. 460). 

1 G. Guiffrey, Lettres de Dianne de Poytiers, p. 106. 

- J. P. G. Blanchet, Recueil de lettir^ 
Antoine de Bourbon, Angouléme, 19U5, pp. 42 • 



LES PROFITS DR LA FAVEUR 169 

Ces efforts n'étaient d'ailleurs par absolument gra- 
tuits, et Antoine envoyait à son ami des daims et 
des isards des Pyrénées 1 . Au début des troubles 
religieux, lorsque l'intérêt poussera Saint-André 
parmi la clientèle des Guises et en fera un espion, 
à leur service, contre les Bourbon, Antoine lui 
manifestera son étonnement, « veu l'amitié qui 
estoit entre eux, et l'honneur que luy, prince, luy 
avoit faict, vivant le roy Henry, de n'avoir voulu 
dépendre d'autre que de luy, et de recevoir tous 
les bienfaicts et courtoisies du dict feu roy par 
son moyen, combien qu'il en eust d'autres plus 
grands, et ce pour la démonstration que luy, ma- 
reschal, luy avoit tousjours monstrée de luy estre 
loyal amy et serviteur affectionné » 2 . 

Mais sous Henri II, les princes du sang ne parais- 
sent en somme qu'au second plan. Le premier est 
occupé par Montmorency et par les Guise : une 
hostilité envieuse et sourde les divisait. 

Montmorency, devenu en quelque sorte le chef 
du gouvernement royal, était peu aimé à cause de 
la brutalité de ses manières. Il passait pour être 
avare, et sa religion assez rude lui a valu d'être 
appelé par Michelet « un intrigant austère ». Mais 
le Roi avait nourri, dès son jeune âge, le respect 

1 A. de Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. I, 
p. 128. — Isard : nom donné dans les Pyrénées à l'antilope 
chamois. 

- Régnier de la Planche, Histoire de l'Estat de France sous 
François 11, coll. Buchon, p. 344. 



170 LES PROFITS DE LA FAVEUB ROYALE 

le plus intime pour le grand maître : Montmorency 
en effet s'était jadis distingué à la tête du parti d'op- 
position que menait le Dauphin contre François I er . 
Sous le règne de son élève, il jouissait d'une puis- 
sance assurée et souveraine. Nous avons vu déjà, 
à maintes reprises, et la suite nous montrera 
encore, de quelles prévenances Saint-André entoura 
ce ministre autoritaire et têtu. 

Il était infiniment délicat au maréchal, tout en 
servant le connétahle, de ne pas s'attirer la haine 
des Guise. Cette situation curieuse d'un court i- 
qui, au milieu des pires intrigues, veut rester l'ami 
de tous, explique les hésitations, les revirements 
qu'on peut relever à chaque instant dans la car- 
rière de notre personnage. 

Dès le commencement «lu règne, en face de Mont- 
morency, se dressèrent les Lorrain- Les enfants 
du duc Claude étaient encore jeunes, mais leur 
activité et la valeur personnelle «le quelques-uns 
d'entre eux en tirent tout de suite les plus dai 
reux rivaux du connétahle. Sympathiques el accueil- 
lants, ils avaient sur lui l'avantage de la courtoisie. 
Le plus illustre d'entre eux. François, domine de 
son »énie militaire l'histoire «les guerres de Henri II 
Nous avons constaté plus haut que, dans les diffé- 
rentes campagnes, les rapports les plus amicaux 
régnèrent toujours entre le duc et Saint-André. 
Celui-ci y prenait peine. Le 22 juin Kï.">i>, il écri- 
vait à François de Guise, à l'occasion de la mort 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 171 

de son père, une lettre caractéristique. « Je vous 
prie, disait-il, de me ramanteveoyr et conserver en 
vostre bonne grâce, vous supliant très humblement, 
Monsieur, après vostre retour, me voulloir quel- 
quefoys, siavezleloysir, départir de voz nouvelles, 
et avoir souvenance de la personne de ce monde qui 
plus vous ayme et qui sera tousjours preste d'obéyr 
à voz commandemans, et vous fere à jamais très 
humble service d'aussy bon cueur» 1 . Huit ans après, 
le style n'avait pas changé et, le 1 er mars 1558, il 
écrivait au duc une lettre, qu'il faut citer : « Mon- 
sieur, enquorez je vous aye amplement escript 
depuys troys ou quatre jours, et que à cest'heure 
il ne me reste pas beaucoup de choses à vous dire, 
je n'ay voulu faillir de vous faire ce mot de lectre, 
tant pour vous offrir tout ce qui est en ma puis- 
sance à vous faire service, que pour tousjours me 
ramenteveoir en vostre bonne grâce, comme celluy 
de touz voz plus affectionnez serviteurs qui de 
meilleure volunté la désire. Et pour ce, Monsieur, 
je vous supplierey très humblement me vouloir 
tant faire de bien et d'honneur de croyre et estre 
assuré qu'en tous les endroictz où j'auray moyen 
de m'employer pour vostre service, je n'y espargne- 
rey la vie ny chose qui soit en ma puyssance... » 2 . 
Les Guise ne furent jamais dupes des prévenances 

1 Bibl. Nat., f. fr., ms 20468, fol. 5. 

2 Mémoires-journaux du duc de Guise, p. 422. 



172 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

du maréchal : ils jugeaient sans aniinosilé unto 
servilité qu'ils méprisaient en l'utilisant. Lorsque, 
à la mort de Henri II, Saint- André, affole par la 
peur d'un retour de fortune, viendra leur proposer, 
dans un marché honteux, la main de sa fille, ils 
accepteront par intérêt, mais avec froideur. 

Avec les Châtillon, famille puissante et intelli- 
gente, le maréchal n'eut que des rapports assez peu 
amicaux. Il n'osa guère cependant les attaquer de 
face, par crainte du connétable, leur oncle. Le \ ieuï 
Saint-André avait été jadis, sous François 1 . lé 
créancier de Coligny ' : nous ignorons si 1»- futur 
chef des protestants entretint d'autres relations 
avec le père du maréchal. Mais dès cette époque, 
Jacques de Saint-André eut <• quelque picqui 
avec Gaspard de Châtillon 2 , el en 1552, à la mort 
de d'Annebaut, il devait lui disputer la chu 
d'Amiral 3 . 

Mais le maréchal sut ê\ iter d'ordinaire toute riva- 
lité dangereuse el lit toujours montre à l'égard dei 
personnages, dont le crédit [Mimait lui être utile, 
de prévenances spéciales. 

Bris sac avait été son camarade de jeunesse : Saint* 
André l'aida à obtenir une charge en Italie '. et* 



1 Mention d'une eëdule de 100 écus soleil il BepL 1544), Bibl. 
Nat, coll. Clairambault, vol. 231, p 
- Brantôme, Œuvres, t. IV. p. 288. 
3 Bibl. Nat., f. fr.. ms 4038, fol. L19. 

1 Ch. Marchand. Charles de Cossé-Brissac. Paris, 1889, j». 11» 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 173 

en 1555, Brissac revenant de Piémont, le maré- 
chal envoya de ses gens jusqu'à Lyon, dont il 
était gouverneur, pour donner ordre qu'il y fût 
bien traité'. Il lui oiïrait l'hospitalité et lui écri- 
vait : « S'il vous plaist, en passant, prandre ceste 
maison et y fere quelque séjour, j'estimeray à 
grant heur que vous en usiez comme de ce qui est 
à vous »■. Brissac en retour devait accepter sous ses 
ordres les parents ou les protégés du maréchal 3 . 

Il faudrait mentionner encore Gaspard de Saulx- 
Tavannes parmi ceux que Jacques d'Alhon entoura 
de ses soins aimables et vigilants. Maintes fois, 
nous pourrons constater les rapports amicaux qui 
s'échangèrent entre ces deux hommes. 

Ainsi, dans une cour où s'agitaient des ambi- 
tions ennemies, Saint-André, serviteur de tous les 
forts, favori personnel du Roi, était le seul qui 
n'eût point pris de parti. Sans inquiétude, tant que 
vécut Henri II, il put jouir des profits innombrables 
de l'amitié royale, il put extorquer et voler à son 
gré, et par ce moyen vivre au milieu de « la 
plus grande magnificence qu'on eût jamais vue 
en un particulier » \ 



1 Gh. Marchand, op. cit., p. 300. 

2 Lettre datée du château de Samt-André (15 juin 1558), Bibl. 
Nat.,1. fr., ms 20525, fol. 79. 

3 V. p. ex. lettre de Saint André à Brissac, par laquelle il lui 
recommande le sieur de Saint-Chaulmont, Bibl. Nat., f. fr., ms 
20526, fol. 66. 

4 Brantôme, Œuvres, t. V, p. 30. 



174 LES PROFITS DE LA FAVfcl'H ROYALE 



Sans mesure, dès le début de son règne. Henri II 
lui avait prodigué les dons de toutes sortes. Nous 
ne parlerons à cette place que des dons d'argent 
ou de terres. On peut dire qu'ils ne se comptent 
pas : le Roi semble s'être plu parfois à enrichir 
son favori des deniers arrachés au royaume poul- 
ies besoins incessants et écrasants de la guerre. De 
là, les jugements sévères des historiens el des 
chroniqueurs. Le Laboureur a qualifié le caractère 
de Saint-André par ces mots : « Une ambition sans 
borne, une avarice effrénée, el une passion d'in- 
térest prétextée du service du Roi. qui rend un 
homme furieux dans son gouvernement, partout 
où s'estend son autorité et partout où il répand - - 
conseils 1 . » Jugement un peu outré, que les faits ne 
démentent que dans une faible mesure. 

Outre sa charge de gouverneur de provinces con- 
sidérables, outre ses gages de capitaine d'une 
compagnie de cent lances fournies, qui s'élevaient 
à près de trois mille livres par an *, outre son état 
de premier gentilhomme «le la chambre valant 
douze cents livres 8 , Saint-André était titulaire 

1 Le L-àboureuv, Additions ati.r mémoires de Ca<telnau,\lrVLX' 
1731, t. II, p. 75. 

* Quittances (19 avril 15.V2. i août 1553), Bibl. Nat., coll. Clai- 
rambault. vol. 3. fol. 57-59. 

3 État des officiers domestiques durant l'année 1501. Bibl. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 175 

d'une pension de vingt mille livres *, qui fut portée 
dans la suite à trente-deux mille livres 2 . Quelque 
temps après l'avènement de Henri II, le maréchal 
obtint toutes les terres enclavées dans celles qui 
relevaient de la couronne, dont la possession n'était 
pas assurée par des titres suffisants à ceux qui en 
jouissaient, et qui, par conséquent, devaient être 
réunies au domaine du Roi, suivant les règles du 
droit féodal 3 . Saint-André mena la recherche de 
ces terres avec une cupidité qui le rendit extrê- 
mement odieux. Presque en môme temps le Roi 
donnait à partager entre Guise, Montmorency et 
Saint-André, deux décimes du clergé valant à peu 
près huit cent mille francs ou dix millions de notre 
monnaie \ Le 10 juillet 1547, des lettres patentes 
accordaient au maréchal une somme de douze 
mille livres, « provenue de quantité d'espiceries et 

Nat., f. fr., ms 3132, f. 49; quittances, Pièces originales, vol. 23, 
pièces 49 et suiv. En plus le maréchal recevait trois mille livres 
et au-dessus « tant pour le^défroy du logeys de seize pages de la 
chambre, paille pour leurs paillasses, boyz, chandelle, despence 
etsallaire de trois hommes qui les servent, nourriture et entretène- 
ment de leurs montures, que autres choses nécessaires » (Ibidem). 

1 Etat des pensions pour 1549, Bibl. Nat., f. fr., ms 3132, 
fol. 31. Le père du maréchal recevait 8.000 livres de pension. 

- Quittance (mars l*o9), Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 23, 
pièce 71. 

3 Fr. Belcarius Peguilionis, Rerum gallicarum commentarii, 
p. 794. 

4 « Ha donato in una volta... a mons di Guisa, al contestabile, 
al maresciallo di Sant'Andrea due décime del clero, che importano 
800.000 franchi, oltra molti altri grossi donativi che a fatto acias- 
cun di questi in paiticolare. » (Relazioni degli ambasciatori Veneti, 
l re séria, IV, p. 61). 



176 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

drogueries acquises, confisquées cl adjugées au H<>i 
par les sentences du Lieutenant-criminel de II pré- 
vôté de Paris, pour avoir esté amenées el appor- 
tées en la dicte ville de Paris contre la teneur dei 
édietz et ordonnances sur ce faictes » l . Le \2 dé- 
cembre de la même année, le Roi faisait don à son 
favori de ses droits seigneuriaux el féodaux, lods 
et ventes, ainsi que des prolits des usurpations 
faites sur le domaine royal, dans les duchés d'Or- 
léans et de Guyenne 2 . Vers la môme époque Saint- 
André recevait encore le produit de divej 
« amendes, chastées et avenaigea » 3 . 

Le 26 novembre 1549, Henri II lui donnait Ja 
somme de trois mille einq cents écus d'or soleil a 
prendre sur les deniers de la venté de l'office de 
président, en la chambre des comptes de Paris \ En 
mai 1550, les biens de Claude et François Bardetz, 
seigneurs du Borcq, confisqués par sentence du 
sénéchal d'Auvergne, furent donnés au maréch 
qui recevait encore, au mois de juin de l'année sui- 
vante, les biens de Jean Florel . confisqués par 
arrêt du Parlement de Toulou--- . En outre de 



1 Quittance (10 juin L550), Bibi. municip. de Lyon, ton 
nis 1101. 

2 Mention. Hibl. Nat., coll. Clairambanlt, vol. 231, p. I 
:; Ibidem, p. 1569.. Redevances de nature assez peu pn 

4 Mandement(26 nov. 1549), Bibl. Nat.. f. fr., nas257«4, fol. M: 
quittance (28 nov. 1549), Bibl. Nat., Puces orig., vol. i 
8 Aivb. Nat., JJ 261*. fol. 186 v°. 
Areb. Nat.. JJ 261 1 , fol. 186 v. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 177 

l'argent et des terres, le Roi fait à son favori les 
présents les plus inattendus : c'est ainsi que, en 
septembre 1554, Henri II baille au maréchal « tous 
et chacun les vins tant blancs que clairets, qui vien- 
dront et y seront ou sont jà venus et yssus des vignes 
de Montilz-soubz-Bloys, ... pour la provision et 
despence de sa maison de Vallery * ». En 1555, 
Saint-André reçoit huit cents écus d'or soleil, pro- 
duit de la vente de Foffice de receveur alternatif 
des tailles du Lyonnais 2 . Le 30 décembre 1555, 
des lettres patentes attribuent à Saint-André dix 
mille livre tournois 3 ; le 10 avril suivant, un man- 
dement lui alloue huit mille livres *, et un an après 
six mille livres 8 . 

D'autres dons ont frappé davantage l'esprit des 
contemporains et des chroniqueurs, parce qu'ils 
ont donné lieu à plus d'exactions : successions d'au- 
bains ou de bâtards, confiscations sous prétexte 
d'hérésie, taxes sur les nobles et les roturiers, 
comme le droit de franc-fief sur tout le Limousin 



1 Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 23, fol. 61 (P. j., 

n° XV). 

1 Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 3, fol. 59 (Quittance, 
21 octobre 1555). 

3 Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 23, fol. 66 (Quittance, 
17 janvier 1556). 

* Mandement, 10 avril 1556 (L. Broche, Documents originaux de 
la bibliothèque de Laon, dans la Revue des bibliothèques, t. XII, 
p. 344). 

5 Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 23, fol. 68 (Quittance, 
15 juin 1557). 

12 



178 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

qui lui fut accordé d'un seul coup ', comme tous 
les deniers provenus de la réformation du domaine 
royal en Languedoc et en Guyenne avec Les droits 
de lods et ventes 2 ... 

On pourrait composer un véritable catalogue des 
dons, présents ou faveurs pécuniaires, faite par Le 
Roi au maréchal. L'inventaire des papiers de celui- 
ci, dressé après sa mort, nous révèle dans quelle 
énorme proportion il participa au Trésor du 
royaume 3 . Il faudrait y ajouter tout oe que 
puissance valait d'offrandes, venues des particuliers 
ou des corps, au favori de Henri II : c'esl ainsi 
que les villes de Périgueux et d'Âmboift ient 

sa protection par de riches présents '. c'esl ainsi 
encore que Marguerite de Lustrac, femme du ma- 
réchal, passant, en avril 1549, par la ville de 
Limoges, le consulat, pour capter si bienveil- 
lance, jugea convenable de lui offrir i un»' couppe 
d'argent dorée, de la valeur de cinquante uni: 
escuz » : '. 

S'il fallait tout citer, nous ne finirions pas d'énu- 

1 Ronav. do Saint-Aniable, Annales du Limousin. Lini 
1685. p. 780. 

- Bibl. Nat.. coll. Clairambault, roi. 131, pp. 1884 L88 
— Parmi les dons les plus importants, il faut citer les dons 
des vacants du Languedoc, et des accroissements du KliOne. 
ibidem. 

* Inventaire de la succession Saint-André fait m 1564-1565, Bibl. 
Nat., coll. Clairambault, vol. 231. 

1 G. Chevalier, Archives communales d'Amboise, p. 57; lnvenl. 
des archives de Périgueux, CC 100. 

5 Registres consulaires de la ville de Limoges, t. I, p. 449. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 179 

mérer, et nous ne voulons pas parler ici des profits 
de son gouvernement. 

Le Roi, qui prenait plaisir à enrichir son favori, 
lui fournissait aussi des logis somptueux. Au début 
du règne, le trésorier de l'Épargne Duval avait été 
mis en disgrâce et remplacé par Blondet. Sa riche 
dépouille, après sa mort, fut partagée entre les 
favoris. On sait que le cardinal de Lorraine s'ap- 
propria la terre de Dampierre \ La plus grosse 
part revint à Saint- André : un brevet du Roi, le 
13 mai 1548, lui fit don des maisons, sises à 
Paris, ayant appartenu au trésorier 2 . La plus con- 
fortable de ces demeures était rue des Filles-Péni- 
tentes 3 . C'est là que s'établit le maréchal, pour y 
résider lors de ses séjours à Paris. Comme cette 
maison se trouvait dépourvue d'eau, le Roi prit la 
peine d'envoyer des lettres missives au bureau de 
la ville pour le prier d'y faire passer « le gros 
thuyau du cours des fontaines de la croix du 
Tirouer », et le Roi motivait son intervention parce 
qu'il « pourra advenir que, lorsque nous ferons 
céjour en nostre ville de Paris, nous pourrons quel- 
quefoys nous y retirer pour adviser à nos affaires 
secretz et pour n'estre point importunez » 4 . 

1 Cl. de L'Aubespine, Histoire particulière de la court de 
Henry II (Cimber et Danjou, Archives curieuses, l re série, t. III, 
p. 284). 

2 Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 231, p. 1571. 

3 Rue d'Orléans-Saint-Honoré. 

1 Lettre du Roi au bureau de la ville (28 février 1550), Registres 



180 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

Ainsi enrichi et doté par son maître, Saint-André 
écoula sa fortune toujours croissante dans rachat 
de terres considérables et nombreuses, mais sur- 
tout dans le faste, le luxe et les plaisir s. 

Jean d'Albon en mourant avait lé<rué à son fils 
une situation de fortune moyenne, mais solide. 
Durant sa longue vie, honnête et simple, le vieux 
Saint-André avait pu accroître son patrimoine, el 
ses ressources mobilières lui avaient même permis 
d'être le créancier de quelques gentilshommes de 
la cour 4 . Mais ces biens n'étaient en rien compa- 
rables à ceux des grandes maisons princières, des 
Montmorency ou des Guise. En moins de dix ans, 
le maréchal deviendra, par sa fortune immobilière, 
l'égal des plus grands. 

Héritier, le 16 janvier 1548, des terres de Mon- 
tregnard et Montbcllct en Maçonnais B » Saint-André 
achetait de Jacques de Puisieux, !<• Il) avril sui- 
vant, pour la somme énormede quatre-vingt quinze 
mille livres, la superbe seigneurie de Vallery en 
Senonais. Vallery était proche de Fontainebleau, où 
résidaient très souvent Henri 11 et sa cour. Le Roi 
fit remise à son favori des droits de quint et de re- 

des délibérations du bureau de la ville de Pari», t. III. p. 197; 
V. aussi t. IV, pp. 147. :i 1 7 et 351. 

1 Cédilles au profit du sieur de Saint-André. Bibl. Nat., coll. 
Clairambault, vol. 231, p. 1873. — Parmi ses débiteurs figurent 
MM. de Rochechouart, de Chazerais. des Forges, du Buisson, de 
Sassenage, d'Humières, de Mailly, d'Esc&rs, de Coligny. d 
chon. 

* Bibl. Nat., coll. Clairambault. vol. 231. p. 1540 et s. 






LES PROFITS DE LA FAVEUR 181 

quint, ainsi que des foi et hommage, dus pour cette 
seigneurie *. Des accroissements et élargissements 
continuels agrandirent le domaine de Vallery. 

Par contrat daté du 22 août 1549, Julien de Tal- 
leyrand, prince de Chalais et vicomte de Fronsac, 
abandonna au maréchal les noms, raisons et actions 
qui lui appartenaient sur la vicomte de Fronsac en 
Guyenne \ Erigé d'abord en comté, puis, au mois 
de décembre 1556, en marquisat, au profit de 
Saint-André, le fief de Fronsac était pourvu « tant 
en revenu, estendue de païs que grand nombre de 
vassaulx et subjectz, de sorte qu'il peult estre tenu 
pour l'un des beaux et grands contés du royaume, 
et auquel y a plusieurs forteresses, chasteaux et 
places muniz et défensables, bien construictz et 
ediffiés, et dont dépendent et sont tenus et mouvans 
plusieurs beaux fiefz, arrière-fîefz , seigneuries, 
chastellenies et baronnies et aultres grands biens 
et possessions » 3 . 

Château historique, Fronsac donnait un lustre 
féodal à la fortune récente du maréchal. Le Roi, 
par faveur encore, soumit cette terre à la juridic- 
tion immédiate du parlement de Bordeaux, restrei- 

1 Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 231, p. 1631. — Le prix de la 
vente n'était pas encore acquitté en 1557 (Arch. Nat., Y 1)4. fol. 
354). — Cette terre fut exemptée de tout service militaire (M. Roy, 
Le ban et V arrière-ban du bailliage de Sens au XVI siècle, p. 104). 

2 Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 231, p. 1593. 

3 Lettres d'érection du marquisat de Fronsac -Saint -André 
(décembre 1556), Bibl. Nat., coll. Dupuy, vol. 500, fol. 44. (P. j., 
n° XXXVIII). 



182 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

gnant ainsi celle de son sénéchal en Gruyenta 
Saint-André l'accrut bientôt de la seigneurie d<- 
Cubzaguès, enlevée aux familles de Lane et de 
La Rochechalais, réfugiées à Genève 2 . 

Outre les deux grands centres terriens de la for- 
tune du maréchal, Vallerv et Fronsae. acquisition* 
personnelles, il faut compter les augmentations 
incessantes de vastes possessions immobiiiè] 
Jacques de Puisieux vendait au favori royal, le 
18 juillet 1549, la terre et seigneurie d'Anglure au 
bailliage de Troyes 3 . Le 26 octobre 1552, le car- 
dinal de Tournon lui cédait tout ce qu'il possédait 
à Fontainebleau en maisons el jardins \ Saint- 
André du reste prit plaisir à étendre ses domaineB 
aux environs des résidences royales, Fontainebleau 
et Saint-Germain :i . En 1554, il achetai! fort cher 
la seigneurie de Villethierry. qu'il ne put jamais 
\)\\\ er complètement, el qu'il «lui revendre en 1561 fl . 
Le 3 janvier 1556, la baronnie d'Âubeterre en Pé- 
rigord passait entre ses mains : . el le 1 avril 1559, 
celle d'Herment en Auvergne, qui lui coûta vingt 

1 Lettres d'érection du marquisat de l jac-S 
(décembre 1556), Bibl. Nal.. coll. Dupuy, vol. 500, loi. i4. I». j., 
ii" XXXVIII). 

2 Archives historiques du département de la (lironde. t. XXIII. 
p. 500. 

1 Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol 231, p. 1655. 

1 Ibidem, p. 1953. 

: ' Ibidem, pp. 1573-1579. 

Ibidem, pp. 1837, 1S43 : f. fr., nis :20155. fol. 35. 

7 Ibidem, p. 1605. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 183 

mille livres l . Il s'était approprié d'ailleurs d'une 
façon assez Louche les biens de Las, Courcy-aux- 
Loges, Cresmyères et Sallezart 2 ; nous aurons à 
examiner cette affaire. Il faudrait citer une infinité 
d'autres acquêts et usurpations plus ou moins con- 
sidérables . En somme, à sa mort, si l'on se borne 
à énumérer les chefs-lieux de sa fortune immobi- 
lière, Saint- André était marquis de Fronsac, comte 
de Vallery, baron d'Aubeterre, Herment, Courcy- 
aux-Loges, sieur de Saint-André, Ouches, Saint- 
Maurice- sur -Loire, Renaison, La Chambre, Le 
Verdier, Le Vernay, Villerest, Saint-Haon, Crozet, 
Cervières, Montregnard, Montbellet, Mably, Cres- 
pin-en-Câsseaux, Serézat, Saint-Christophe, Qui- 
nissac, Saint- Germain-des-Fossés, Charmeilly, 
Saulhet, Tournoël, Miremont, Sallezart, Las, 
Cresmyères, Ny villier , Saint- Aubin-du-Cormier, 
Saint- Seine - sur- Vingeanne, Pauléon , Cahuzac, 
Gavaudun, Gondeville, La Cour, Terrasson , La 
Bastide, Anglure, Brannay, Villethierry et Selles- 
en-Berry *. 

1 Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 231, p. 1552 ; carrés d'Ho- 
zier, vol. XIII, fol. 103. 
- Ibidem, p. 1502 et s. 

3 Du chef de sa femme, Saint-André hérita de biens impor- 
tants. Isabeau de Pompadour, tante de Marguerite de Lustrac, 
s'était mariée à Fr. Bouchard d'Aubeterre, mais n'ayant pas eu 
d*enfants, elle laissa toute sa fortune au maréchal, son neveu 
(L. Paris, Négociations sous François II, Paris, 1841, p. 745). 

4 Inventaire, Bibl. Nat., coll. Glairambault, vol. 231, passim, cf. 
FI. Vindry, Dictionnaire de V Etat-major français au XVI 6 siècle, 
t. I, p. 513. 



184 LES PROFITS DE LA PAVEUB ROYALE 

Il semble que aucune de ces possessions ou 
acquisitions n'ait été nette : les achats el les héri- 
tages furent entourés d'un véritable fouillis <1<- pro- 
cédure, et ses papiers, inventoriés après sa mort, 
se composaient en majeure partie de pièces judi- 
ciaires, où se révèle toute la ténacité de son esprit 
convoiteux. 



Acquérir des terres et des châteaux ne suffit pas 
à Saint-André : il prit goût encore à dépenser 
dans des constructions coûteuses Les trésors que 
lui valait sa faveur. Toutes ses résidences demeu- 
rent des monuments remarquables de l'architec- 
ture civile de la Renaissance. Vallery en Sénonais, 
dont il n'eut pas le temps d'achever la réédifica- 
tion 1 , et Tournoël 2 en Auvergne sont célèbi 
Le château de Saint-André même est un des types 
les plus connus de l'architecture «lu wï BÎècle en 
Roannais 3 . A Coutras près Fronsac, le maréchal 
fit poser les fondements d'une maison telle que des 



1 Androuet du Cerceau, Les plus excellens bastimensde France: 
M. Quantin, Dictionnaire archéologique de l'Yonne: Eug. Thoisoo, 

Les séjours des rois de France dans le lia ti nais. 
p. 157. 

* H. Gomot. Histoire du château /codai de Tournoël, Qennant- 

Fcrrand, 1881, in-8. 

3 F. et N. Thiollier, Art el archéologie dans le département de 
la Loire, Saint-Etienne, 1SU7, p. 87, pi. 52 ; C. Eulart, Manuel 
d'archéologie, t. I, p. 671. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 185 

légendes se formèrent, et les chroniqueurs locaux 
nous les ont rapportées : « Une vieille femme men- 
diante estant venue audict lieu demander Fau- 
mosne, comme elle eut considéré le dessein dudict 
bastiment, et les grandes sommes qu'il falloit 
employer pour Taschèvement dudict bastiment, 
elle dit, adressant la parole à ladicte maison, non 
encore achevée : — Ha ! que tu cousteras ! Ce 
qui ayant esté dict audict seigneur mareschal, qui 
pour lors estoit audict lieu, il voulut que ce sien 
château fût appelé Coustras » l . 

Dans ces somptueuses demeures, Saint-André 
abritait une existence dorée. « Homo effrenati 
luxus perditaeque libidinis », a dit l'historien de 
Thou, pour caractériser notre personnage. En 
effet, par le luxe et l'amour des plaisirs, il a éclipsé 
tous ses contemporains, y compris le Roi. Lais- 
sons parler Brantôme, qui nous a laissé une pein- 
ture colorée de la vie « délicieuse » du maréchal. 
«Il a esté, dit-il, fort subject de tout temps à aymer 
ses aises, ses plaisirs et grands luxes de table. 
Ç/a esté le premier de son temps qui les a intro- 
duictz à la court, et certes par trop excessifz, disoit- 
on, en friandises et délicatesses de viandes, tant 
de chairs que poissons et autres friands mangers 2 . 

4 J. de Gaufïreteau, Chronique bordelaise, éd. Delpit, Bordeaux, 
1877-1878, t. I, p. 92. — On sait que Coutras vient probablement 
du latin Costerate. i 

* Durant le siège de Metz, la quchesse de Guise, pour remer- 
cier Saint-André des services qu'il lui rendait, en lui écrivant de 



186 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

Pour les superbetez et belles parures de beaux 
meubles très rares et très exquis, il en a surpassé 
mesmes ses roys... »*. 

Rien n'égalait le luxe étalé par Saint-André dans 
sa princière demeure de Vallerv. L'ameublement, 
après la mort du maréclial, en fut acquis par la 
reine de France. On y voyait <le « grandes et belles 
pièces de buffet d'argeni », entre autres une 
« grande cuvette d'argent, qui est si belle H excel- 
lente qu'il n'y en a poinct de telle en ce royaulme, 
laquelle cousta dix mille livres » -. .Mais la richet se 
des tapisseries semble avoir été le luxe favori 
du maréclial. « Il v a des tapisseries façon «le 
Bruxelles fort exquises, rehaulcées d'pr, d'argeni 
et de soie; des tapis de Turquie, quairins et per- 
siens, des plus beaulx qui se puissent recouvrer; 
des tapisseries de drap d'or el de «velours par laifl 
qui sont fort riches; des lictz, dais et tappis de tables 
fort beaux et riches; des fourures de maîtres el 
loups-serviers fort excellentes; des tapisseries en 
broderies qui sont rares » \ La plus célèbre de 
tapisseries, œuvre de François de la Planche, 
représentait Scipion; au xvu e siècle, elle devait 



Verdun des nouvelles de son mari, se plaisait à lui envoyei de 
« bons fromages »... Bibl. Nat, 1. fr., ma 3200, loi. UT. 

* Brantôme, Œuvres, t. V. p. 30. 

2 Mémoire présenté à la Reine. Bibl. Nat.. t. fr., HM LS8SI, ! 
4o3 (V. j., n°LXII). 

3 Ibidem. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 187 

orner les appartements du cardinal Mazarin 1 . A 
Vallery encore avaient été réunis des statues et 
des marbres de prix. Le linge suscitait l'admiration 
par le luxe et la richesse". L'écurie du château 
possédait des montures de toutes provenances et 
des chevaux d'Espagne 3 . 

C'était à Vallery que Saint-André résidait ordi- 
nairement, pendant les vacances que lui laissait la 
guerre : là il tenait une véritable cour de dames 
et de gentilshommes. Le Roi même s'y arrêtait 
souvent, en se rendant à Fontainebleau 4 . Dans ce 
château luxueux, sous le regard aimable et rusé 
du favori royal, défila toute la société immorale et 
complexe de Henri II. Un historien moderne a par- 
faitement caractérisé le milieu et les hommes de 
cette époque brillante : « Tous ces lecteurs d'Ama- 
dis suivent surtout l'exemple de Galaor. Sous leurs 
airs de dévotion et de respect, on trouve bien vite 
l'audace et la brutalité conquérante, la sournoiserie 
même, souvent la ténacité du chasseur à l'affût » '\ 



4 Fr. Michel, Recherches sur les étoffes de soie, t. II, p. 421, n. 4. 

2 Mémoire, supr. cit. 

3 Lettre de Saint-André à M. de Villars (3 juin 1548), Bibl. 
Nat, f. fr., ms 3124, fol. 54. — On se demande même si Saint- 
André n'avait pas une véritable ménagerie. On le voit faire don 
au Dauphin, fils de Henri II, d'un ours (De Ruble, La jeunesse de 
Marie Stuart, p. 303). 

4 Itinéraire de Henri II, Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 489; 
Dép. vénit., f. ital., ms 1718, fol. 284 v° ; L. Marlet, Correspon- 
dance d'Odet de Coligny, p. 27. 

3 E. Bourciez, Les mœurs polies et la littérature de cour sous 
Henri II, Paris, 1886, p. 138. 



488 LES PROFITS DE 'LA FAVEUR ROYALE 

Lorsqu'il était las de la cour, le maréchal se reti- 
rait à Saint-André en Roannais. Chef-lieu de nom- 
breux domaines qui s'échelonnaient de Roanne à 
Moulins, c'était son pays d'origine et le centre de 
son gouvernement. Dans ce château, il avait 
entassé des tapisseries de Flandres, de Bourgogne 
et de Turquie en quantité innombrable, brodées de 
personnages légendaires, de fleurs fantastiques et 
de motifs de toutes sortes, étalées sur des lits el 
des buffets de haut style 1 . Dans cette résidence, 
nouvellement rebâtie, Henri II, la Reine, Diane de 
Poitiers et toute la cour avaient été reçus el fes- 
toyés, au mois d'octobre 1548, pendant plusieurs 
jours 2 . Le maréchal avait de nombreux parents 
dans les provinces environnantes : les d "Albon, 
alliés et cousins, remplissaient et illustraient Le 
Lyonnais, Marguerite, sœur du maréchal, par son 
mariage avec Arthaut d'Apchon. avait rendu encore 
plus nombreuse et plus compacte cette grande 
famille provinciale. Arthaut d'Apchon, possesseur 
d'immenses domaines en Auvergne el en For./. 
résidait ordinairement à Montrond ; quant aux 
d' Albon de Saint-Forgeux ils tenaient la majeure 
partie du Beaujolais. Mieux qu'un gouverneur dans 
ses provinces, Saint-André, en ces pays, était 
comme un seigneur sur ses terres. Par sa grande 

1 Inventaire du mobilier des châteaux de Saint-André el d'Ouehes 
{Société delà Diana, Mémoires, t. VII). 

* Vide supra. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 189 

faveur les évêchés et les abbayes pleuvaient en les 
mains de ses parents, où il y avait nombre d'en- 
fants 1 . 

Ses châteaux de Guyenne, Fronsac et Coutras, 
abritaient un faste non moindre, et, s'il faut croire 
les historiens locaux, ses manies de grand seigneur 
étaient parfois vexatoires. Ainsi tous les vaisseaux, 
qui suivaient le fleuve au pied de Fronsac, devaient 
saluer les châtelains d'un coup de canon, comme 
s'il se fût agi d'un Roi 2 . 

Comblé de biens et de faveurs, Saint-André ne 
se priva d'aucune « lasciveté ni profusion » 3 . Il en 
fut puni, bien que doué d'un tempérament très 
robuste, par une maladie inavouable 4 . 

1 Mémoires de Vieilleville, liv. II, ch. xvi. 

* Guinodie, Histoire de Libourne, Bordeaux, 1845, t. III, p. 192. 

3 Les aventures et les mœurs de la cour de Henri II eurent, on 
peut dire, une renommée européenne. Le 22 juin 1549, le cardi- 
nal du Bellay écrivait de Rome à ce sujet : « C'est pitié des 
propos qui courent parmi toute cette Italie... Quant à la jeunesse 
je l'ay ici défendue de bec et d'ongles, mais je confesse que je 
commence à y perdre mon latin; Monsieur de Saint-André 
pourra un jour entendre en quel prédicament je l'y tiens pour sa 
part. Mais il peult estre seur et tous les autres aussi que, si bien- 
tôt ils n'y réparent, ils tomberont du tout en si mauvaise opi- 
nion, que je ne sçay si, pour chose qu'ils fassent cy-après, ils 
pourront gagner ce qu'ils en auront perdu, et entends que 
quand je parle de l'opinion de l'Italie, j'en puis autant dire de la 
Germanie et de toutes les autres nations étrangères... » [Revue de 
la Renaissance, t. III, p. 138). — Sur la corruption des mœurs à 
l'époque de Henri II, v., entre autres, P. Robiquet, Historié 
municipale de Paris, t. I, p. 425, n° 1. 

4 « Ces belles parties estoyent contrebalancées de toutes espèces 
de lasciveté et profusion, dont la justice divine luy feit bientost 
porter la pénitence par une carnosité qui luy vint aux genitoires 
et le travailla tout le cours de sa vie. » (Cl. de L'Aubespine, dans 



190 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

Élevé par la faveur royale à la situation d'un 
riche et grand seigneur. Saint-André, pour enno- 
blir son luxe, prit plaisir à s'entourer de letti 
poètes et historiographes. Quelques-uns d'entre 
eux ont laissé un nom célèbre. Mellin de Saint- 
Gelais chanta les exploits militaires du maréchal 
qui, en retour, lui (it donation, le 15 juin 1554, 
d'une rente viagère de quatorze cents Livres tour- 
nois, généreuse récompense de ses « merittes, plai- 
sirs et très agréables services » \ Philibert de 
L'Orme travailla au château de Vallery*. Le juriste 
Jean Papon, forezien, devint le conseiller ordinaire 
de Saint-André, qui le lit élever successivement 
aux charges de lieutenant au bailliage <!<• Forer, 
puis de présidenl au Parlement de Toulon-.' . 
Nicolas de Nicolay, géographe et valet de chambre 
du Roi, dédia au maréchal son Bréviaire des 
anciens droits, honneurs et prérogatives du daul- 



Gimberol Danjou, Archive* curieuses, i Bérie, t. Mil. p. - 
« Recette pour la carnoaité et tlux d'urine du lieu <;. 

voty, esprouvée sur le sieur d'Albon. maréchal de Saint-André, 
venue de l'éleu Vian (H. Omont, Recet tes médicales du xu» siècle 
dans Bullet. Soc. Hist. de Paris, 1 XXXIV, | 

des favoris, Bibl. Nat, f. fr., ms 4201. fol. 11. — Saint-André. 

accusé de mœurs contre nature, reçut le sobriquet de 1 harquebu- 
zier du ponant » (Brantôme. (fourres, t. V. p. 36). 

1 Arch. Nat., Y 99. fol. 297. — V. aussi des épigrammefl i S 

André dans Charles Fontaine. Odes, énigmes et épigrammes (Lyon, 
4557, in-8), p. 42. 

2 M. Quantin. Répertoire archéologique de l'Yonne, ait. Val- 
lery. 

:i Cl. Le Laboureur, Les matures de Vile-Barbe, t. II. p. 175. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 191 

phi/i de Viennois 1 , Mais l'historiographe attitré de 
Saint-André fui un écrivain connu du xvi e siècle, 
Guillaume Paradin, doyen de Beaujeu. Il lui dédia 
Y Histoire de nostre temps et la Chronique de Savoie, 
et il se proposait de retracer les fastes de la mai- 
son d'Albon dans un vaste ouvrage où il eût étalé 
la généalogie illustre et fantaisiste de son patron. 
Les dédicaces de ce chroniqueur sont remarquables 
autant par la pompe du style que par la bassesse 
de la flatterie. « Becevez donc, Monseigneur, écri- 
vait-il au maréchal, ce labeur au giron de vostre 
bonne grâce, attendant que je puisse tirer de la 
mer d'obscure antiquité les serenissimes Daul- 
phins, comtes d'Albon, voz très illustres prédéces- 
seurs et ancestres... Estant vostre grandeur comme 
la planète et horoscope de mon espérance (à la- 
quelle se dirigent et adressent toutes mes actions) 
vous ay voué ceste chronique, espérant que, à la 
lueur de vostre nom, s'évanouira la nuict et désastre 
d'envie. Vous suppliant très humblement la rece- 
voir en aussi bonne part, comme je désire et espère 
faire chose plus capable de vostre hautesse, et 
comme venant de celui, qui vous veuil rendre 
conte de son loisir... » 2 . 

Le faste, les larges dépenses du maréchal entre- 
tenaient du reste autour de lui une foule de gentils- 

1 Bibl. Nat., t. iï\, ms 6001. 

2 Guillaume Paradin, Continuation de V histoire de nostre temps ; 
Cf. la dédicace de la Chronique de Savoie, Lyon, 1561. in-fol. 



192 LES PROFITS DE LA PAVECJB ROYALE 

hommes qui formaient sa suite. Accompagné d'or- 
dinaire « mieux que prince et seigneur de la 
court », on voyait se presser dans sa maison des 
jeunes gens de haute naissance, dont l'auteur des 
Capitaines francois nous a laissé la longue liste : 
MM. de Sault, de Montsallès, de La Châtre, d'Ava- 
ret, de Lenoncourt, de Pardaillan, de Boisgau- 
mont, de Saint-Brice, des Ormeaux, de Juvignat, 
de Dussat, de Fère, de Villeguier, du Bourg, et 
une infinité d'autres 1 .' 



Une telle vie, faite de splendeur, de luxe et de 
plaisir, coûtait fort cher. Malgré l'énormité et la 
fréquence des dons royaux. Saint-André ne put 
suffire à ses prodigalités. Il s'endetta d'une façon 
effroyable, sans que cela du reste le gênât en 
rien. Il avait tiré « soixante ou quatre-vingt mille 
livres de rentes de plusieurs personnes, par moyens 
exquis et sous la faveur de son maître, sans en 
avoir comme rien payé » 2 . Il achetait de nom- 
breuses terres à crédit et c'était la source de pro- 
cédures et d'extorsions sans fin. La lomrue li>tr 



1 Brantôme. Œuvres, t. Y, p. 45-46. — Le? secrétaires princi- 
paux de Saint-André furent MM. de Malalret et du Tronchi 

Cl. Pinart, qui devint plus tard ambassadeur en Suéde et en 
Angleterre. 

2 Régnier de La Planche, Histoire de lestât de France sous le 
règne de François 11, p. 206. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 193 

des dettes payées, après sa mort, par la maréchale 1 , 
ne représente que la moindre partie des emprunts 
qu'il fut obligé de contracter. Il ne daignait accep- 
ter en sa maison d'officiers ou de domestiques 
qu'à la condition qu'ils fussent pour lui des prê- 
teurs bienveillants et des créanciers oublieux. 
Vieilleville, lieutenant de sa compagnie, dut avan- 
cer d'un seul coup six mille écus d'or soleil pour 
racheter des rentes engagées par le maréchal à 
diverses personnes 2 . Les créances sur Saint-André 
étaient même devenues si nombreuses qu'on se les 
passait comme des billets de banque ou des lettres 
de change 3 . Il mourut en 1562, et, en 1567, ses 
serviteurs n'avaient pas encore été payés de leurs 
gages 4 : rien ne peut donner une idée plus vive 
de l'état lamentable où il laissa sa fortune. Le roi 
Henri, non content de le combler de dons pécu- 
niaires, poussa même la faiblesse jusqu'à payer 
directement sur le Trésor quelques-unes des dettes 
de son favori 5 . 

Sans cesse poursuivi par une troupe de créan- 
ciers inquiets, Saint-André, dans les affaires d'ar- 
gent, montrait une véritable férocité. Les mar- 

1 Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 23, pièces 75 et suiv. 

2 Gh. Marchand, Le maréchal de Vieilleville et ses mémoires, 
p. 73, n<> 3. 

3 Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 231, p. 1946 et suiv. 

* E. Garon, Un minutier parisien du xvi e siècle (Bullet. Soc. 
Hist. de Paris, t. XXVII, p. 75). 
5 Mention, Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 231, p. 1926. 

13 



194 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

chands florentins, qui fréquentaient la place de 
Lyon, avaient promis de donner au maréchal, en 
retour d'une faveur obtenue, la somme de dix 
mille écus d'or soleil. Toutefois, à la réflexion, ils 
tentèrent quelques démarches pour que leur dette 
fût allégée un peu : dès que Saint-André f j n eut 
vent, il écrivit à M. Tignat, son Lieutenant au gou- 
vernement du Lyonnais, une lettre où se peint 
crûment toute la ténacité avaricieuse et irascible 
de cetbomme, dévoré à la fois parla passion des 
plaisirs et par le désir de s'enrichir, n Vous Bçai ez, 
Monsieur le lieutenant, écrivait-il, la peine que 
j'ay mise en cest'affaire... par quoy je ne Buis pas 
délibéré de riens perdre de ce qui m'a esté pfomyi 
et assuré, et veulx l'avoir entièrement, sans en 
rabatre ung seul denier. Car je ne vous veuh 
poinct celer que hyer le Roy, pour quelques rai- 
sons que vous pourrez ung jour entendre, me per- 
mist et accourda de faire exécuter but lesdicta 
marebans les lectres de marque, si pour tout ce 
moys ils n'ont satisfaict entièrement . et * 
assure que, tout cedict moys passé el dèi le pre- 
mier jour [de l'autre], je mandera} de 1ère exécu- 
ter lesdictes lectres. s'ilz diffèrent «le payer j us ques 
alors... » l . 

11 faut citer le fait d'exaction scandaleuse, qui 
devait coûter la vie au maréchal de Saint-André, 

1 Lettre non datée, Areh. iminieip. de Lyon. AA ^8. n° 4" 
n° XXV). 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 195 

à la bataille de Dreux. Il s'agit de l'affaire Perdriel 
de Bobigny. 

La famille Perdriel appartenait à la plus riche 
bourgeoisie parisienne. Pierre Perdriel, seigneur 
de Bobigny, s'était élevé sous François I er aux 
charges de notaire et secrétaire du Roi et de gref- 
fier de la ville de Paris l . Ce Pierre Perdriel avait 
réuni une fortune considérable, tant en patrimoine 
qu'en acquêts : sans parler de sa fortune mobilière, 
qui semble avoir été très importante, il possédait 
la seigneurie de Mézières en Drouais, les fiefs de 
Becquet et de Guesdeville à Villemeux, les terres 
et seigneuries de Cernoy en Beauvaisis, de Bobi- 
gny en Ile-de-France, de La Commune-aux-Demoi- 
selles en Brie, de La Trompaudière en Poitou et 
autres en Touraine, les seigneuries de Closmorin, 
Lucé, Ghassebœuf, et autres en pays chartrain, 
diverses rentes au pays de Brie et à Nemours, des 
bois en Thiérache, des maisons à Paris, rues des 
Blancs-Manteaux, Sainte-Avoye et Saint-Antoine 2 . 
Homme simple et peu ambitieux, Pierre Perdriel 
exerça les fonctions de greffier de la ville jusqu'à 
sa mort. Son fils aîné, Jean Perdriel, écuyer, sei- 
gneur de Mézières, épousa, le 21 mars 1553, Char- 
lotte de Sains : par contrat de mariage la mère de 



1 Lebeuf, Histoire de Paris, éd. 1883, t. II, p. 637. 

2 Arch. Nat., Y 93, fol. 6. Cf. une aliénation de rente due au 
Roi en la vicomte d'Alençon au profit de P. Perdriel (Arch. Nat., 
P 2902 2 , n° 381). 



196 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

Charlotte, Bernarde de Sallezart, veuve de Jean 
de Sains, chevalier seigneur de Marigny et bailli 
de Senlis, donna à sa fille les terres et seigneuries 
de Las et d'Escrennes, au bailliage d'Orléans '.. 
Une lamentable aventure, dont Saint-André fut 
l'odieux auteur, vint bientôt briser le bonheur de 
ce jeune ménage. Afin d'assurer la fortune de son 
fils Mézières, Pierre Perdriel l'avait placé dans 
maison du maréchal, et, pour gagner les bonnes 
grâces de celui-ci, il avait consenti à lui servir 
maintes fois de caution devant ses créanciers-. 
Mais jugeant bientôt périlleuses les dépenses sans 
bornes de Saint-André criblé de dettes, craignanl 
d'être lui aussi entraîné à la ruine, Perdriel 
décida à retirer sa caution. Le maréchal, qui n'avait 
plus rien à tirer de l'amitié de ce bourgeois pru- 
dent, résolut de « rendre le mal pour le bien à un 
homme qui lui avait rendu tant de services ». Il 
chassa brutalement de sa maison Mézières, Bis de 
Pierre Perdriel, devenu pour lui un créancier im- 
portun. Ce ne fut pas tout. Résolu de se venf 
d'un homme qui mettait si peu de complaisance à 
satisfaire ses besoins d'argent, Saint-André ma- 
china contre Mézières un véritable complot. 11 
poussa un certain Saint-Sernin, gentilhomme de 
sa maison, à quereller le fils de Perdriel et à l'ou- 
trager. Mézières, gravement insulté par Saint- 

1 Arch. Nat., Y 93, fol. 359. 

i Mention. Arch. Nat., Y 99 foi. 241. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 197 

Sernin, vint se plaindre et demander réparation à 
son ancien patron. Saint-André le reçut sèche- 
ment et lui répondit que Saint-Sernin étant gen- 
tilhomme ne devait aucune réparation à un bour- 
geois de petite condition. Mézières était violent : 
outré de cette réponse, il attaqua Saint-Sernin et 
le tua. Le maréchal saisit tout de suite l'occasion 
et fit assigner Mézières en justice. Cité trois fois 
sans qu'il comparût, le fils de Perdriel fut con- 
damné à mort par contumace et ses terres confis- 
quées revinrent à Saint-André l 9 par don royal. Le 
2 octobre 1557, celui-ci entrait en possession des 
biens de Las, Courcy-aux-Loges et Escrennes 2 . Le 
jeune Mézières attendit patiemment l'occasion de 
se venger : il devait la trouver sur le champ de 
bataille de Dreux. 

A un personnage sans scrupules, pressé par les 
créanciers et dévoré de l'amour du luxe, les pro- 
testants, sous le règne de Henri II, offraient une 
proie facile, envers qui les ménagements n'étaient 
pas nécessaires. Saint-André sut en tirer large 
profit. « Sur eux, dit Régnier de La Planche, il 
s'estoit tant plus volontiers rué qu'il les cognois- 
soit eslongnés de pouvoir poursuivre leurs droits » 3 . 
Il fut l'un des tenants les plus ardents et les plus 



1 De Thou, Histoire universelle, t. IV, p. 481 et s. 
- Bibl. Nat., coll. Clairarnbault, vol. 231, p. 1507. 
Régnier de La Planche. Histoire de l'estat de France sous le 
règne de François H, p. 206. 



198 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

cupides de la politique inquisitoriale qui fit de a 
époque, suivant l'expression de Michelet, « le \ 
tibule sinistre » de nos guerres civiles. L'auteur 
de l'Histoire des églises réformées a réparti net- 
tement les rôles des favoris dans la politique reli- 
gieuse de ce règne. « Quatre personnes, dit-il. 
avoient tout crédit envers ce prince, à savoir Anne 
de Montmorency, Charles de Lorraine, Diane 
Poytiers, et Jacques d'Âlbon, depuis mareschal de 
Saint-André. Ces quatre estoyenl désespérés bu 
mis de ceux de la religion. Mais le connestabie, 
faillant en cest endroict par ignorance el supersti- 
tion, aidoit seulement à embraser le feu, qui estoit 
soufflé et allumé par les trois autres. Le mareschal 
de Sainct-André estoit infiniment altéré de confis- 
cations » J . On sait que Henri K professai! un 
catholicisme rigide et que son gouvernement avait, 
dès le premier jour, pris position contre la Réforme 
Moins cultivée que l'entourage de François 1 . la 
cour du nouveau règne n'hésita pas à combattre 
la liberté de conscience". Henri II entreprit <le 
détruire le protestantisme par des lois. Gomme 
membre du conseil, Saint-André employa tous ses 
eilorts à stimuler les mesures répressives. Il ne 
perdit aucune occasion de remercier privément ou 
officiellement les magistrats du « bon devoir et 

1 Th. de Bèze. Histoire ecclésiastique des églises réformées, t. 1. 
p. 86. 

■ N. Weiss, La chambre ardente. 1889. in-8. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 199 

ofiice » qu'ils apportaient à sévir contre les luthé- 
riens \ Ce n'était pas la foi qui animait son zèle : 
il n'eut jamais rien d'un mystique et, au jugement 
de ses contemporains, il fut le plus cynique des 
athées. Pratique, sa religion s'étayait sur l'intérêt 
et n'avait pour hut que les confiscations. Il prit 
même quelquefois l'initiative d'usurper directe- 
ment sur les biens des religionnaires, et il arriva 
que les baillis ou les parlements trouvèrent la pro- 
cédure trop sommaire 2 . La conscience chargée de 
concussions et d'exactions commises sur les hugue- 
nots, Saint-André, plus que personne, eut intérêt 
à ce que jamais la tolérance ne s'établît. « Il tint 
le royaume et la maison royale en division, a dit 
un auteur catholique, et fut plus aspre à la confis- 
cation, continuant de satisfaire son avarice par la 
dépouille des hérétiques » 3 . Aussi les protestants 
l'ont poursuivi de leurs malédictions, et la renom- 
mée infamante qui s'est attachée à son nom, dans 
l'histoire et dans la légende, a pris naissance de 
leur haine 4 . 



Dans sa vie de faste et de plaisir, Saint-André 
était entouré d'une famille âpre au gain et avide 

1 Mémoires-journaux du duc de Guise, p. 249. 
- Mention, Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 231, p. 1589; 
Archives historiques de la Gironde, t. XXIII, p. 500. 

3 Le Laboureur, Additions aux mémoires de Caslelnau, t. II, p. 75. 

4 Brantôme, Œuvres, t. V, p. 36. 



200 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

de jouissances. Le maréchal avait épousé en 1544 
Marguerite de Lustrac, d'une remarquable beauté : 
elle lui donna une fille, Catherine d'Albon, dont 
les infortunes furent plus tard légendaires ' . 
M me de Saint-André rivalisa de luxe avec sou 
mari : comme une reine, entourée de se> Biles 
d'honneur, celle qu'on appelait « Marguerite de 
douceur » paraissait aux fêtes de la cour. Le sieur 
de Billon, dans le Fort inexpugnable dr Vhonm 
du sexe féminin, nous a dépeint la magnificence 
de sa vie et l'éclat de sa beauté 2 . Épouse du favori 
royal, elle tenait rang parmi les princesses 3 , voi- 
sinant, au bain comme dans les cérémonies, avec 
M mc de Montmorency et les plus illustres dames 

Le "maréchal se trouvait presque toujours à La 
guerre ou en voyage : seule, au milieu d'une cour 
dépravée, Marguerite ne resta pas sans reproche . 
Elle devait s'illustrer, après la morl de son mari. 
par ses aventures romanesques et dramatiques. 
Déjà, du vivant de Saint-André, elle ébaucha quel- 
ques amourettes, une, entre autres, avec Antoine 
de Bourbon, dont Joachim du Bellav a Laissé le 



1 G. Clément-Simon. La maréchale de Saint-André et set filles 
(Rev. des quest. hist., t. L1X. p. 103). 

* Fr. de Billon, Le fort inexpugnable de l'honneur du sexe 
féminin, Paris, looo : « Marguerite de douceur illustrée, compagne 
fidelle du très louable et très aymé mareschal de Saint-André, 
etc.. » (p. 72 et s.). 

3 Mémoires de Guise, p. 444. 

* A. de Ruble, Le duc de Xemours et M llt de Rohan, \ 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 201 

souvenir clans ses vers 1 . Le prince de Condé, frère 
d'Antoine, devait être lui aussi l'objet d'une passion 
de Marguerite, qui alla jusqu'au crime 2 . C'est pour- 
quoi, en 1560, les Guise, pour espionner leurs ad- 
versaires politiques, lanceront Saint-André, par une 
ingénieuse malice, sur les traces des Bourbon. 

Ces historiettes inspirèrent à Mellin de Saint- 
Gelais les vers bien connus , qu'il adressait à la 
maréchale jouant le rôle de Vénus : 

La mère du dieu plus léger 
A donné par lettre patente 
A moy. son prestre et messager.. 
Puissant, ores qu'elle est absente, 

1 Chanson pour M me la maréchale de Saint-André : 

Je ne puis dissimuler Ce n'est folle affection 

L'amitié que tant je prise, Qui me tient en servitude, 

Aussi ne veux-je celer Mais une obligation 

Qu'en prenant je ne sois prise : Pour fuir ingratitude, 

Puisqu'amour m'a faict cognoistre Ne pensez donc que j'offense 

Que l'honneur en est le maistre, Ny moy ny ma conscience 

Je n'aye crainte qu'on le voye Quand un tel ami j'honore, 

Et veux bien que chascun l'oye, Ou plustost quand je l'adore : 

Car ce qui est louable à le penser, Car sa vertu ne se doyt moins aymer 

Ne doit point l'œil ny l'oreille offenser. Qu'ingratitude accuser ou blasmer. 

Je laisseray donc parler 
Ceulx qui font de moy leur compte 
Un point me peult consoler 
Que ne puis recevoir honte. 

De leurs langues je me garde, 

Ayant l'honneur soubs ma garde, 

Celui qui aymer me daigne 
Me conduict soubs son enseigne, 
Et a bon droict celui qui garde honneur, 
Car il est peinct au vif dedans mon cœur. 

Ces vers inspirèrent une véritable bataille de dames. Jeanne 
d'Albret, dont Marguerite de Lustrac devenait ainsi la rivale, 
répliqua : Responce faicte par la Royne de Navarre {Les œuvres 
françaises de Joachim du Bellay, éd. 1583, fol. 351). 

2 G. Clément-Simon, art. supra cit. 



202 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

D'ordonner que la représente 
Et commander au volaige dieu. 

C'est donc à vous que je présente 
Cest honneur de tenir son lieu 1 . 

Les parents de M mo de Saint-André occupè- 
rent pareillement à la cour des situations en 
vue. Sa mère, M me de Lustrac, née Françoise de 
Pompadour, eut des vertus que chantèrent les 
poètes 2 . Quant à son père, Antoine de Lustrac. 
après la mort de sa femme arrivée en 1548, il vou- 
lut se remarier et il le lil d'une manière si drôle, 
que le Roi et son entourage s'en amusèrent très 
fort, taquinant le maréchal à ce sujet . 

Les d'Albon, cousins paternels de Saint-André, 
jouèrent un rôle d'une autre envergure. 

Le plus illustre, dans la politique, devait être 
Antoine d'Albon, abbé de Savignj el de J "Ile- 
Barbe v . Né en 1507 de Guillaume d'Albon de 
Saint-Forgeux et de Gabrielle de Saint-Priest, il 

1 Mellin de Saint-Gelais, Œuvres, éd. I'. Blanchemain, t. H. 
p. 73. 

2 Ibidem, p. 171. 

8 Lettre de M. de Chemaull a Saint-André (28 juillet 15 •■': . dans 
Papiers des Pot de Rhode. p. 17 i : « J'ai lait vos très humbles 
recommandations à la bonne grâce du Roi... 11 m'a interrompu 
avec un visage riant et le meilleur du monde, me disant que 
votre beau-prre etoit marie, et m'enquerant si vous 
sur quoi je lui répondis que VOUS oe m'en aviez rien dit. 11 me 
dit qu'il en étoit bien marri pour l'amour de vous... el s'.. 
cette opinion qu'il eût bien voulu que vous eu>sé'Z été pour quel- 
que temps près de lui pour rire avec vous de votre be&u-pèn 
— Antoine de Lustrac recevait à la cour une pension de douze 
cents livres (Bibl. Nat,, f. fr.. ms 3132, loi. ! - 

* Cl. Le Laboureur. Lesmazures de i Ile-Barbe, t. IL p. 4. 






LES PROFITS DE LA FAVEUR 203 

était parent au quatrième degré du maréchal. Voué 
de bonne heure à la vie religieuse, il se lia d'amitié 
avec son cousin, « de telle manière que ce n'étoit 
qu'un cœur et qu'une âme des deux 1 ». Devenu 
abbé des monastères les plus importants du Lyon- 
nais, Antoine d'Albon prit bientôt plus de goût à la 
vie séculière que ne le lui permettaient le froc et 
la profession monacale. Cet obstacle le gênant, il 
fit séculariser par la cour de Rome son monastère 
de File-Barbe, et, absous de ses vœux, il put venir 
à la cour sous le patronage de Saint-André 2 . Nous 
verrons, dans la suite, le rôle important qu'il eut 
à remplir, au début des guerres religieuses, comme 
lieutenant du gouvernement de Lyon en l'absence 
de son cousin. Grand seigneur ecclésiastique, 
lettré et instruit, ami et correspondant d'Erasme, 
son fanatisme religieux a malheureusement fait 
tort à son humanisme, et son amour pour les arts 
de Fesprit n'alla pas sans une vive répulsion à 
l'égard de la liberté de conscience. Devenu arche- 
vêque d'iVrles, puis de Lyon, il se plut surtout à la 
politique 3 . 



1 Cl. Le Laboureur. Les mazures de Vile-Barbe, t. II, p. 4. 

2 II recevait six cents livres sur le Trésor royal (Bibl. Nat.. f. 
fr., ms 3132, fol. 49). 

3 La devise d'Antoine d'Albon était : « La volupté est sœur de 
la douleur. » Il publia des commentaires de Rufin d'Aquilée 
(Lyon, 1570, in-fol.), et une édition complète des œuvres d'Au- 
sone. 11 mourut le 24 septembre 1574. G Paradin, Histoire de 
Lyon ; Cl. de Rubys. Histoyre de Lyon ; La Mure, Histoire dupais 
de Forez, p. 438 ; Péricaud, Erasme dans ses rapports avec Lyon 



204 LES PROFITS DE LA FAVEUR BOT AL E 

Nous ne ferons que nommer Claude d'Albon, 
frère d'Antoine. Porte-guidon de la compagnie du 
vieux Saint-André, il devint, en 1540. g 
l'appui de ses cousins, échanson du dauphin Henri. 
Il semblait destiné à une carrière brillante et, en 
1548, il accompagna l'expédition de d'Esse en 
Ecosse, à la tête d'une compagnie de deux cents 
chevau-légers. Mais il mourut malheureusement, 
en 1552, au siège de Metz l . 

Enfin il faut mentionner la sœur du maréchal, 
Marguerite d'Albon de Saint-André. Elle avait 
épousé Arthaut d'Apcbon de Saint-Germain, lieu- 
tenant de la compagnie de son père. L<- mén a 
profita de la faveur où était le maréchal. Margue- 
rite devint dame d'honneur de Marie Stuart et s 1 
quit l'attachement de sa royale maîtresse. Mellin de 
Saint-Gelais, dans une poésie, lui fait jouer, au; 
de la reine d'Ecosse, le rôle de sainte Elisabeth 
près de la Vierge". Son mari. Arthaut d'Apchon, 
riche seigneur dont les terres s'étendaient sur 
l'Auvergne et le Forez, sut tirer grand avantage de 
son alliance avec le favori royal. Honoré du titre 
de chevalier de l'Ordre, puis de celui «le gentil- 



(Lyon, 1843, in-8) : A. Steyert, Nouvelle histoire de Lyon. t. III. 
p. 122. 

1 Cl. Le Laboureur, Les mazures de Vile-Barbe, t. II, p. 146: 
P. Anselme, Histoire généalogique, t. VII. p. 197. — En qualité 
d'échanson, son état était de quatre cents livres (Bibl. Nat.. f. fr.. 
ms 3132, fol. 49). 

- Mellin de Saint-Gelais. Œuvres, t. II. p. 26. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 205 

homme de la chambre l , il se fit donner par son 
beau-frère la lieutenance du Forez, du Bourbon- 
nais et de l'Auvergne 2 . Le maréchal fit aussi 
nommer son neveu, Gabriel d'Apchon, enfant 
d'honneur du Dauphin, fils de Henri II 3 . 

Saint-André du reste subit sa famille plus qu'il 
ne s'y attacha. Il est rare de trouver un caractère 
où le sentiment tienne aussi peu de place. 

Courtisan perdu de débauche et sceptique, il 
manquait complètement de tact dans les affaires 
de cœur. 

Une anecdote peut nous montrer jusqu'où allait 
l'indélicatesse du maréchal. On connaît les amours 
célèbres du duc de Nemours et de M lle de Rohan : 
Saint-André y fut mêlé d'une façon qui n'est 
pas à son honneur. Nemours étant à Ferrare 
avait su plaire à Lucrèce d'Esté, sœur de la 
duchesse de Guise. Les Lorrains le pressèrent 
aussitôt de se poser en prétendant à sa main et de 
conclure le mariage. Incertain entre son ambi- 
tion et son amour pour M lle de Rohan, Nemours 
commit l'imprudence de faire part au maréchal de 
ses hésitations. Il lui écrivit même qu'il était rési- 



1 En cette qualité il recevait douze cents livres (Bibl. Nat., f. 
fr., ms 3132, fol. 49). 

2 Cl. Le Laboureur, op. sup. cit., t. II, p. 177 ; La Mure. Histoire 
dupais de Forez, p. 463; FI. Vindry, Dictionnaire de la gendar- 
merie au XVI e siècle, p. 6. 

3 Lettre du Roi à Humières (2 avril 1548), Bibl. Nat., f. fr., ms 
3120, fol. 51. 



206 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

gné à dissiper les illusions de son amante et à lui 
déclarer qu'il ne l'épouserait jamais. Le premier 
acte de Saint-André fut de trahir la confidence, et 
le bruit en parvint bientôt aux oreilles de U mal- 
heureuse jeune fille. Elle écrivit alors une lettre 
pleine de douleur à son ami, qui s'empressa de 
démentir les bruits répandus à la cour par le 
maréchal l . 

Cette triste mésaventure et d'autres plus pi- 
quantes 2 ternirent la réputation de galanterie du 
favori de Henri II. On fit circuler un couple! qui 
devint fort célèbre, et que Catherine de Afédicis, 
dit-on, dans un moment de colère, récita vivement 
au maréchal qu'elle n'aimait pas . 

Adieu doncq, Jacques d'AUxra; 

Qui es bon 
Quant a L'exercice des armes. 
Mais quant à celuv des dames 

Vous perde/ voir.' renom . 

Cet homme, qui se créa Les inimitiés lea plus 
violentes, eut cependant quelques amis. Nous ne 
voulons que citer le maréchal de Brissac et G 

pard de Saulx-Tavannes : ils furent pour lui sur- 
tout des camarades aux armées. Mais il faut noter 
particulièrement la sympathie, dont L'entoura un 

4 A. de Ruble, Le duc de Nemours et M ne de Rohan, p. 1 

2 V. par exemple, une affaire d'honneur entre Saint-André et 
M. de Montfort. dont le détail se trouve dans Bibl. Nlt., coll. 
Dupuy, vol. 744. fol. 30. 

3 Adieus de Ai me de Crussol. Bibl. Nat. f. fr.. ma SS3. fol. 5 v. 




LE CARDINAL JEAN DU BELLAY 
(Bibliothèque Nationale. Cabinet des estampes). 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 207 

personnage fort célèbre dans la politique et dans 
les lettres, le cardinal Jean du Bellay. Celui-ci, 
après avoir joui sous François I er d'une influence 
considérable, évêque de Paris, cardinal, s'était vu, 
à F avènement de Henri II, privé de son rang et de 
son crédit par les intrigues des Guise et par celles 
surtout du cardinal de Lorraine. Il se retira à Rome 
et là se voua entièrement à l'étude. Lié à Saint- 
André depuis longtemps, il avouait être son « plus 
vray, pur et ancien amy » *. Il avait autrefois 
encouragé la naissance de l'affection, qui devait 
unir Henri II et son favori. Dans sa retraite de 
Rome, le cardinal rendit encore à Saint-André les 
plus honnêtes services. Antoine d'Albon, cousin du 
maréchal, ayant voulu faire séculariser le monas- 
tère de File-Barbe, dont il était abbé, afin de pou- 
voir, libre de vœux, se mêler à la politique, ce fut 
le cardinal du Bellay qui négocia cette affaire en 
cour de Rome, « court, écrivait-il, aussi peu libé- 
ralle que nulle aultre qui soyt au monde » 2 . Éloigné 
de France, il faisait « sa confession par escript » à 
Saint-André. Dans une curieuse lettre, écrite de 
Rome, le 10 juin 1549, il ouvrait tout son cœur à 
son ami et le lui confiait « en toute sa pureté ». Il 
exprimait longuement l'amertume que lui causait 



i V. une lettre du cardinal (5 juillet 1549), dans Revue de la 
Renaissance, t. III, p. 142 ; cf. une lettre du 10 juin de la même 
année, Bibl.Nat., f. fr., ms 5150, fol. 31 (P. j., n° VI). 

- Ibidem. 



208 LES PROFITS DE LA FAVEUU ROYALE 

l'ingratitude du nouveau Roi, et parlant de ses con- 
solations il avouait le plaisir que lui procurai! 
l'étude, annonçant même au maréchal qu'il avait 
entrepris de rédiger ses Mémoires 1 . « Ceulx qui 
sont maistres du mestier, écrivait-il, m'asseurent... 
que si je me veulx applicquer à laisser par escript 
la mémoyre de mes maistres, seigneurs et amys, 
elle sera bien reçeue et pour durer Longtemps 2 . » 
La sympathie, que professa pour Saint-André ce 
personnage fort intelligent el très averti, est 
curieuse à relever. 

Pour s'acquérir des amitiés, Le maréchal ne 
manqua pas d'ailleurs d'une certaine Libéralité. 
Quelques-unes de ses lettres son! des recomman- 
dations en faveur de parents ou de domestiques . 
Le 25 septembre 1552, au milieu des préoccupa- 
tions de la guérie, il écrivait de Reims au bureau 
de la ville de Paris pour faire restituer des moût 
confisqués a l'un de ses serviteurs '. Brantôme a 
rappelé en termes reconnaissants que son frère eu! 
à se louer de la générosité de Saint-André, au 
retour du siège de Metz \ 

Et ainsi par quelques bonnes actions le maréchal 



1 Jusqu'aujourd'hui on n'a pas retrouvé traces de ces mémoires. 

2 Bibl. Nat., f. iï., ms 5150, fol. 31. 

:î Bibl. Nat., f. fr., ms 3054, fol. 53: ms 4052. fol. 145: ms 
20526. fol. 00 : ms 20531. fol. 3: ms 20549, fol. 121 et ; I 

x Registres du bureau de la ville de Paris, t. IV. pp. 16-17. 

Brantôme. Œuvres, t. V, p. 45. 



LES PROFITS DE LA FAVEUR 209 

put faire oublier un peu les plaintes de ceux qu'il 
avait frustrés de leur bonheur ou de leurs biens. 



De F examen de la vie de cour et de la vie privée 
de Saint-André, il ressort en somme un type 
curieux à la fois et assez peu aimable. Il est inté- 
ressant d'observer l'habileté et la souplesse infinies 
que cet homme a toujours soutenues dans ses rap- 
ports avec son maître, le plus faible des rois, et 
avec les grands du sang et de la fortune. Ses 
manœuvres de diplomatie, à la cour, seront assez 
heureuses pour qu'un jour il puisse réconcilier, 
par un prodige d'adresse, Guise et Montmorency 
dans le pacte célèbre du Triumvirat catholique. 

Le maintien de sa fortune et de sa faveur, le suc- 
cès de ses calculs et de ses intrigues sont surtout 
extraordinaires du fait que l'accumulation et la 
grandeur de ses honneurs d'une part, de l'autre ses 
biens, son luxe, ses débauches, unis aux exactions 
et aux injustices de toutes sortes, avaient soulevé 
contre lui une poussée formidable d'envie, de ran- 
cunes et de haines. Mais nous savons qu'il avait 
pris pour emblème le bras et Fépée d'Alexandre 
tranchant le nœud gordien, avec cette devise nodos 
virtute resolvo : il eût pu ajouter et dolo. 



14 



CHAPITRE II 

SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 
ET LIEUTENANT-GÉNÉRAL 



Importance de la charge de gouverneur. — Antécédents admi- 
nistratifs des Saint-André. — Jean d'Albon gouverneur et li-u- 
tenant-général de Lyon et du Lyonnais. — Edita 
sur les gouverneurs. Ces édits enlèvent à Jean d'Albon le titre 
de lieutenant-général du Roi. — Henri II enfreignant l> -s édita 
de son père, restitue à Jean d'Albon le titre de lieutenant- 
général et accroît considérablement L'étendne de son gom 
ment. — Opposition du Parlement. — Le maréchal de Saint- 
André, à la mort de son père, devient gouverneur et li 
nant-général. 

Étendue de ce gouvernement : Lyonnais. Beaujolais. Don 
Forez, Auvergne, Bourbonnais, bailliage de Saint-Pien 
Moûtier. Marche el Combraille. — Ce gouvernement ; 

les anciennes possessions des Bourbons, augmentées du I. 
nais. — Structure géographique : indécision à cette époqm 
limites administratives. — l'as île capitale administrative, mais 
seulement des villes importantes. — Elémi phi \u- - 

La Marche, L'Auvergne, La Combraille, Le Bourbonnais, Le 
bailliage de SaintrPierre-le-Moûtier, Le Lyonnaii 
Beaujolais, Les Dombes. — Lyon, véritable centre de i 
vernement : importance et situation au xvi« siècle. — anomalie 
administrative : concordance du département militaire i 
gouvernement de Saint-André. — Surface sociale du maréchal 
dans son gouvernement. — Le cumul. — Le gouverneur est un 
puissant seigneur de cour. — Saint- André cumule sa cl 
de lieutenant-général avec l'office de sénéchal de Lyon. — Il 
résigne son office de sénéchal. — La non-résiden< -lieu- 

tenants de gouverneur. — Leur stabilité. — Leur dépendance. — 
Lieutenants extraordinaires pendant la captivité de Saint-André. 

Attributions militaires des gouverneurs. — Inutilité de ces attri- 
butions dans le gouvernement de Saint-André, comj - 

pays non-frontières. — Rareté des places fortes. — Aucun 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 211 

danger à craindre du dehors : donc pas de rôle défensif. — 
Attributions de fait, résultant de la délégation des pouvoirs 
du Roi. — Le gouverneur communique aux provinces les 
grands événements publics. — Rôle décoratif. — Attributions 
civiles : intervention exceptionnelle : 1. Convocation des dépu- 
tés en assemblée provinciale ; 2. Finances ; 3. Police ; 4. Jus- 
tice. — Rapports de Saint-André avec la ville de Lyon. — 
Honneurs exigés par le gouverneur. — Entrée solennelle à 
Lyon. — Les profits du gouverneur. — Il impose ses créatures 
dans les charges municipales. — Saint-André devient le repré- 
sentant payé des villes de son gouvernement auprès du Roi. — 
Ses rapports avec les députés de Lyon. — Il soutient au con- 
seil royal, contre argent, les intérêts municipaux de ses admi- 
nistrés. — Difficultés financières de Lyon. La taxe de la solde 
des gens de guerre et Laide des six deniers par livre. — La 
juridiction présidiale. — Saint-André et les marchands de 
Lyon. — Le droit d'aubaine et les foires. — La rêve et la 
foraine. — Le greffe des insinuations. — Les franchises des 
marchands florentins. — Les subsistances. — Contribution de 
Lyon à la rançon de son gouverneur prisonnier. — Conclusion 
de ce chapitre. 



Au cours du développement extraordinaire de 
leur fortune, une charge s'offrait que les Saint- 
André durent convoiter dès longtemps, parce 
qu'elle était à la fois la consécration d'une gran- 
deur récente et l'occasion de profits sans nombre. 
Le titre de lieutenant-général, dans l'un des gouver- 
nements du royaume, donnait à la maison, dont 
quelque membre en était honoré, l'un des plus rares 
lustres de noblesse qu'elle pût acquérir. On avait 
vu cette dignité réservée, dans le passé, aux princes 
du sang, Bourbon, Montpensier, Anjou, Orléans ; 
Louis d'Orléans, devenu plus tard Louis XII, avait 
été gouverneur, et, sous François I er , un roi de 
Navarre en portait le titre ; parmi les maisons étran- 
gères à la famille royale, on ne comptait guère que 



212 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

les sires de Chabannes, de Montmorency, de 
Luxembourg, d'Albret, d'Armagnac, de Coramin- 
ges, de La Trémoille, qui pussent se flatter -lavoir 
possédé cette charge 1 . 

Il faut retracer brièvement la série des emplois 
administratifs qui, dans la première moitié du 
xvi e siècle, conduisit rapidement les Saint-Andréa 
la faveur la plus enviée. 

Petits vassaux vivant naguère à l'ombre des di 
de Bourbon, c'est au servie- ,1,- cette illustre mai- 
son que les d'Albon de Saint-André avaient fait 
leur apprenf.s^.-r de L'administration. Dès 1 
le duc de Bourbon nommait .Iran d'Albon gou 
neur de Roannais et capitaine de Bourbon Lancj : 
le 13 août 1517, Madame Annede France, duefo 
de Bourbon, pourvut h- même seigneur de Saint- 
André de V office de bailli de Beaujolais e! sénéchal 
deMâcon 8 . Succédant dans tous ses biens aucon- 
nétable de Bourbon, Louise de Savoie, b peine en 
possession de ses nouveaux titres, confirmait Jean 
d'Albon en sa charge de baiUi de Beaujolais et de 
DombesV Lorsqu'il s'agit, en 1529, de Lever Mu- 
les nobles du royaume la dîme de leur revenu pour 

• G Dupont-Ferrier. Les officiers royaux des bailliages et séné- 
chaussées à la fin du moyen âge. Paris, 1902, p. 56. 

* Arch. Nat., P 13TSV cote L312; .A Coste, Histoire de Roanne, 

P '3 1 p.' L ouvet, Histoire du Beaujolais, t. I. p. »; L. Aubret. 
Mémoires de Bombes, t. III, p. 203. 
4 Ibidem. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 213 

payer la rançon des enfants de France, le sieur de 
Saint-André fut nommé commissaire à cet effet 
en Forez, Lyonnais et Beaujolais 1 . A la mort de 
Louise de Savoie, les biens dont elle jouissait 
depuis la condamnation du connétable, passèrent 
à la couronne : de bailli ducal Jean d'Albon devint 
bailli royal de Beaujolais et de Dombes 2 . Jusqu'à 
cette époque, pourvu d'un office par les Bourbon, 
il avait suivi dans leurs vicissitudes les terres de 
son bailliage. Mais sur ces entrefaites le roi de 
France, pour récompenser des services particu- 
liers, le créa sénéchal de Lyon 3 . C'était un accrois- 
sement considérable de prestige et de pouvoir, sans 
que cette nouvelle puissance eût à s'exercer loin 
des régions où la maison de Saint-André avait 
poussé les premiers germes de son développement 
historique. En effet, bien qu'étranger aux anciennes 
possessions des Bourbon, le Lyonnais était voisin 
de leur sphère d'influence féodale, et justement les 
d'Albon y comptaient des parents plus nombreux 
et plus puissants qu'en aucune autre province. Les 
abbayes, les canonicats, les charges religieuses et 
civiles du Lyonnais semblaient, depuis plusieurs 
siècles, comme réservés aux membres de leur 
famille, et Lyon formait le centre d'influence et de 



1 Lettre, Bibl. Nat., f. fr., ms 3054, fol. 49, 80, 81 et 84. 
Arch. Nat., 960* fol. 43 ; X 1 * 4897 fol. 304 ; cf. les ouvrages de 
Louvet et Aubret, supr. cit., ibidem. 
3 Ibidem. 



214 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

fortune terrienne des d'Albon de Saint-Forgeux, 
dont les Saint-André n'étaient que les cad< 
pauvres. 

En 1539, mourut Pomponio de Trevolce. gou- 
verneur de la ville de Lyon et du paya de Lyonnais. 
Un fait curieux se produisit alors : les Lyonnais 
manifestèrent le désir de ne plus avoir <!«• '.muver- 
neur, observant que, par L'absence «l'un t.-l digni- 
taire, la province ne manquerait d'aucun des organes 
de sa vie propre 1 . On ne l»'s écouta pas, et, le 
41 octobre 1539, Franrois I er nommait Jean d'Al- 
bon, seigneur de Saint-André, lieutenant-général et 
gouverneur de la ville de Lyon el «lu paya <!»' lyon- 
nais 2 . Il prêta serment entre les mains «lu chance- 
lier, le 28 juin 1540 \ Le gouvernement <1«' Lyon- 
nais était une charge du plus grand honneur, illus- 
trée naguère par le passage du fameux cardinal 
de Tournon v . 

Mais la royauté allait bientôt frapper a coups 
redoublés sur les gouverneur», pour restreindre 
le nombre et l'autorité usurpée de ces petits < 

1 Arch. municip. de Lyon. A A 136. 

- Lettres de provision (copie du xvm e siècle. BiM. NaU coll. 
Clairambault, vol. 958, fol. 151 (Pièce justificative, n« 1 

3 Ibidem. — Par lettre du 2 août 1544. Jean d'Albon fut pourvu 
temporairement de la lieutenance générale du duché de Savoie 
en l'absence du duc d'Estouteville, et par autres lettres du H du 
même mois, de celle du Dauphin.' Calai, des Actes de ï 

t. IV, n° 14105; Aug. Bernard. Histoire territoriale du Lyonnats. 
Mémoires de la Soc. de la Diana, t. IV. p. 79). 

4 Catal. Actes de François l". t. III. n« SG65. 



SAINT-ANDRE GOUVERNEUR 215 

rois. Par un premier édit du 21 mai 1542, Fran- 
çois I er , considérant que des pouvoirs leur avaient 
été octroyés, qui dépassaient les desseins de la cou- 
ronne, révoqua, cassa et annula d'un coup toute 
leur puissance 1 . Par ledit du 6 mai 1545, Fran- 
çois I er précisa ses volontés. Il y rappelait juste- 
ment que les gouverneurs et lieutenants-généraux 
avaient été établis par ses prédécesseurs à seule 
fin de « plus amplement pourveoir aux affaires qui 
journellement surviennent ez pays et provinces de 
nostre royaume, qui sont en frontière, et les tenir 
en bonne sûreté, fortification et défense », et il 
ajoutait que, dans les « autres pays et provinces 
qui ne sont en frontière, y ont été dès longtemps 
institués baillis et sénéchaux, et que les affaires des 
pays qui ne sont en frontière ne requièrent aucu- 
nement qu'il y ait gouverneurs et lieutenans géné- 
raux » '. Cet édit décrétait que partout seraient sup- 
primés les titre et autorité de lieutenant-général, 
sauf en Normandie, Bretagne, Guyenne, Langue- 
doc, Provence, Dauphiné, Bresse, Savoie, Piémont, 
Bourgogne, Champagne, Brie, Picardie et Ile-de- 
France 3 . On n'a peut-être pas assez remarqué que 
cet acte législatif, longtemps considéré comme 
l'acte d'institution des gouverneurs, n'était en réa- 

1 Isambert, Recueil des anciennes lois françaises, t. XII, p. 779. 

2 Isambert, Anciennes lois françaises, t. XII, p. S92 ; cf. le 
commentaire de Du Tillet, Recueil des Roys de France, Paris, 
1618, p. 427. 

3 Ibidem. 



216 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

lité qu'un regain d'autorité donne* aux baillis el 
sénéchaux, dont la puissance semblait en déca- 
dence depuis le xiv e siècle. Par une sorte d< 
tion, redit du 6 mai lo45 ramenait les choses à un 
état très ancien, où les gouverneurs apparaissent 
historiquement comme de lointains successeurs 
ducs ou marquis jadis commis à la défense 
frontières 1 . 

Cet édit frappait particulièrement .Iran d'Albon 
de Saint-André; en eflet, bien qu'on dût le ranger 
parmi les plus anciens gouvernement s du royaume 
le Lyonnais n'était pas maintenu au nombre des 
lieutenances générales. Peut-être faut-il voir dans 
ce fait un résultat de cette disgrâce des Saint- 
André, dont nous avons parlé plus haut. Perdant 
la qualité de lieutenant-général du Roi, Jean d'Al- 
bon garda néanmoins le titre de gouverneur : une 
clause de l'édit portail en effet que ceux qui avaient 
ce titre d'ancienneté, le conserveraient « sans abus 
ni entreprises :? » . 

Mais l'avènement du règne de Benri 11 d< 
exalter la fortune des Saint-André. Bientôt l'amitié 
du nouveau Roi pour le père de son favori alla jus- 
qu'à transgresser formellement 1<>s édita rendus par 
François I er quelques années auparavant Non con- 

1 Le code du roy Henri 111. éd. Ch&rond&l Le Caron. Paris. 
1605, p. 552; cf. Et. Pasquier, Œuvres, t. 11. | U£ 

s A. Péricaud. Les gouverneurs de Lyon. Lyon. 1841, p. i et 
suiv. 

3 Isambert, loc. supr. cit. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 217 

tent de confirmer Jean d'Albon dans ses titres et 
charges antérieures, Henri II, par lettres patentes 
données à Anet le 21 juin 1547, lui restitua le 
titre de lieutenant-général perdu naguère. De plus 
il créa pour lui de toutes pièces un immense gou- 
vernement. L'ancien gouvernement de Lyon com- 
prenait les trois pays de Lyonnais, Beaujolais et 
Dombes. Henri II l'augmenta de territoires consi- 
dérables, le Forez, la Haute et Basse Auvergne, le 
Bourbonnais, le bailliage de Saint-Pierre-le-Moû- 
tier, la Haute et Basse Marche et le pays de Com- 
braille. Dans l'exposé des motifs, le Roi parlait 
avec tendresse de celui qui avait été chargé de 
diriger sa jeunesse : « Nostre seigneur et père 
l'avoit en telle estime que, dez noz jeunes ans, il 
le mist auprès de nous pour estre l'un de ceulx qui 
dévoient avoir l'œil, soing et regard au gouverne- 
ment et conduicte de nostre personne, où il a 
despuys tousjours quasi continuellement résidé » l . 
Cette augmentation en faveur de Jean d'Albon, 
que le Roi justifiait par des raisons de reconnais- 
sance spéciale, ne fut pas acceptée sans quelques 
difficultés. En effet, bien qu'en principe le Roi se 
réservât de recevoir le serment des nouveaux gou- 
verneurs et de leur donner l'investiture 2 , c'était 

1 Arch. Nat., X'aS616, fol. 37 (Pièce justificative, n° III). 

2 « Prestitit juramentum solitum in manibus domini cancellarii, 
me présente Glausse » (provision antérieure du même Jean d'Al- 
bon. 11 oct. 1539, Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 958, fol. 151 
et Arch. du Rhône, Livre du Roi, insinuations, fol. 63). 



218 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

au Parlement du ressort qu'appartenait lu- 
d'enregistrer les lettres de provision, el c'était 
aussi devant cette juridiction que le plus souvent 
se prêtait le serment du nouveau dignitaire 1 . Or 
les lettres qui instituaient Jean d'Albon en la qua- 
lité de lieutenant-général, enfreignaient directe- 
ment les lois du royaume, dont le Parlement de 
Paris s'estimait le conservateur né. Cette Cour 
présenta des remontrances au roi Henri II. el Les 
lettres de provision furent enregistrées seulement 
le 7 septembre 1547, après que le souverain eut 
déclaré nettement vouloir déroger à l'édil du 
(I mai 1545, a par grâce espécial » J . Ce fui la pre- 
mière infraction faite aux édits de François I er . 

Jean d'Albon mourut à Fontainebleau Le 28 dé- 
cembre lo49. Par lettres données Le 15 janvier 1550, 
Henri II nomma le maréchal de Saint-André gou- 
verneur et lieutenant-général dans tous Les états 
de son père, « nonobstant certaines lectrea patentes 
du feu Roy... du sixiesme de may mil cinq cens 
quarente cinq..., par lesquelles il auroil declairé 
qu'il ne vouloit et n'entendoit que nul eust, portas! 
ou print le tiltre, nom. prééminence, auctorité et 



1 Le code du roy Henry III. p. :>V2, note: Félix Aubert. £ 
lement au XVI e sic de [Nouv. Rer. /tint, du dr. fr. et étr., t. XXIX. 
p. 771). 

s Lettres pour recevoir et instituer le s r de Saint André au diet 
estât de lieutenant-général. Arch. Nat., X> S616. fol. 39 (Pièce 
justificative. n e IV) : cf. Guvot. Répertoire de jurisprudence. 
t. VIII. p. 179. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 219 

générallité de son lieutenant-général » l . Ces lettres 
de provision furent enregistrées sans difficulté au 
Parlement de Paris, le 10 février 1550 2 . 



Ce gouvernement, dont Saint-André devenait le 
titulaire, en vertu d'une sorte d'héritage officieux, 
était le plus grand gouvernement de France, au 
centre du royaume. Par un amalgame de pièces et 
de morceaux, groupant dans un assemblage bigarré 
le Lyonnais et une partie du Nivernais, le Beau- 
jolais et la Marche, les Dombes et le pays de Com- 
braille, l'Auvergne, le Bourbonnais et le Forez, 
réunissant d'anciens fiefs dont l'évolution histo- 
rique avait été fort diverse, la création d'une telle 
lieutenance générale semblait un véritable para- 
doxe. 

On peut se demander pourquoi Henri II, vou- 
lant nantir son favori d'une charge de gouverneur, 
ne lui confia pas l'un des postes de frontière main- 



* Arch. Nat. Xt* 8616, fol. 391; Cf. P 2308. loi. 707 et suiv. 
(Pièce justificative n° VI). 

2 Ibidem. Lettres publiées à l'audience de Villefranche en Beau- 
jolais le 9 février 1550 (L. Aubret, Mémoires pour servir à l'his- 
toire de Dombes, t. III, p. 287). Sur l'hérédité officieuse des charges 
de gouverneur, Cf. Et. Pasquier : « ... Si le Roy ne les continue 
aujourd'huy de père à fils, on en faict instance. Conjoignez ceste 
particularité avec les gardes : n'est-ce pas renouveler, sous le 
nom de gouverneur, l'ancienne dignité des ducs et comtes. » 
{Œuvres, t. II, p. 448). 



220 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

tenus par François I er , et pourquoi, créant un gou- 
vernement nouveau, il le forma de pièces aussi 
disparates. Il faut chercher l'origine de cet amal- 
game de pays assez artificiel dans le souvenir des 
possessions géographiques des Bourbon. La mai- 
son de Saint-André s'était constituée en Roannais : 
ses membres, d'abord Infinies serviteurs des ducs, 
virent peu à peu croître l'importance de Leurs em- 
plois administratifs, qui s'exercèrent toujours dans 
le rayon d'influence soumis aux Bourbon. Au cours 
de la première moitié du xvT siècle, en même temps 
que les biens des Bourbon étaient confisqués au 
profit de la couronne de France, la maison de 
Saint-André passa au service direct de la royauté. 
Arrivés au sommet de la faveur H de la fortune 
sous Henri II, Les Saint-André, — d'abord Le père, 
<jui semble avoir conduit cette Lente ascension, 
puis son fils, le maréchal, — purenl devenir titu- 
laires d'un immense gouvernement, qui correspon 
dait géographiquemenl à L'étendue des anciennes 
possessions du connétable de Bourbon. Ils paru- 
rent ainsi occuper, comme représentants de la 
royauté, la place dont avaient joui en juin 
daux leurs anciens suzerains et maîtres. Lesducs 
de Bourbon. Par une suprême faveur, à 
ensemble géographique le roi de France réunit le 
Lyonnais et sa riche capitale, source inépuisable 
de revenus pour les officiers rovaux. 

Il faut examiner brièvement comment se pré- 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 221 

sentait la structure géographique de ce nouveau 
gouvernement. On doit faire remarquer Tout d'abord 
qu'au xvi e siècle, comme pendant les périodes pré- 
cédentes, l'étendue d'un gouvernement ou lieute- 
nance générale n'avait pas en réalité une fixité bien 
précise. Englobant des villes, des bailliages, des 
sénéchaussées, ou des parties de sénéchaussées et 
de bailliages, c'était un groupement territorial hié- 
rarchiquement supérieur à toutes ces divisions. Mais 
comme on l'a très bien dit, les divisions adminis- 
tratives de cette époque « naissaient ou mouraient, 
s'agrandissaient ou diminuaient, disparaissaient 
pour reparaître et ne cessaient d'être exposées à 
des transformations perpétuelles »*. Il serait donc 
puéril de vouloir restituer à un gouvernement des 
limites d'une extrême précision. Tout au plus 
peut-on se borner à analyser les principaux élé- 
ments géographiques et historiques, les pays 2 . 



1 G. Dupont-Ferrier, Les officiers des bailliages et sénéchaus- 
sées à la fin du moyen âge, p. 50. — V. sur les limites indécises 
des gouvernements encore au xvn e siècle, A. de Boislisle, Mé- 
moires des intendants sur l'état des généralités dressés pour l'ins- 
truction des ducs de Bourgogne, t. I, p. xvm, note 1 : « Les 
limites des gouvernements militaires étaient mal définies. De 
nombreux litiges et de fréquentes contestations s élevaient entre 
les gouverneurs. » Plus tard les limites devinrent précises et, au 
xvm e siècle, on dressa des cartes du gouvernement de Lyonnais 
{Provinces du gouvernement général du Lyonnais, Paris, 1719, 
in-fol. ; Jaillot, Gouvernement général du Lyonnnais, divisé en 
trois généralités. Paris. 1721, in-fol. Cependant, même à la fin de 
l'ancien Régime, ces limites n'avaient rien d'officiel (A. Brette, 
Les limites des divisions territoriales de la France en 1789, p. 97). 

2 Nous nous sommes conformé à la théorie de M. Brette en 
évitant d'user du mot province. 



222 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

Il ne semble pas que le gouvernement ait eu de 
capitale administrative. Les documents consulta 
ne nous montrent pas que jamais, ni en principe 
ni en fait, on ait considéré autre chose qu*- des 
villes plus ou moins importantes, et dont l'impor- 
tance était d'ailleurs purement régionale, et non 
générale. Cependant nous verrons que dans les 
occasions où des assemblées auront lieu, réunis- 
sant les délégués de tous les pays du gouverne- 
ment, elles se tiendront à Moulins, où tradition- 
nellement du reste se tenaient les Grands Jours . 
La lieutenance générale, qui échut au maréchal 
de Saint-André, comprenait d'abord, en allant de 
l'ouest à l'est, la .Marche. Elle était divisée en Haute 
Marche ayant pour capitale Guéret, el B 
Marche dont le chef-lieu était Bellae -. L'Auvei - 
partagée, depuis le xui° sied»', en haut el bas p 
d'Auvergne, possédait les villes importantes <!•• 
Montferrand, Glermont et Riom . A L'Auvai 
rattachait vers la partie septentrionale le petit p 
de Combraille, dont le bourg d'Evaux était le chef- 
lieu. Le Bourbonnais était une province de forma- 
tion récente, qui tirait son nom du fief <le Bour- 
bon. Les sires de Bourbon y avaient peu à peu 

1 V. Grands jours tenus à Moulins sous François I« r . Cal. des 
Actes de François 7 0r , t. II, Q° 7 ISS. 

2 Evpilly. Dictionnaire géographique, historique et politiqu 
la France, art. Marche. 

3 II. F. Rivière, Histoire des institutions de l'Aurergne. Pari.-. 
1814. t. Il, p. «.». 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 223 

réuni toutes leurs acquisitions environnantes en 
Auvergne, Berry, Nivernais, Forez et Bourgogne. 
« Cet accroissement, dit Chabrol, parut suffire 
pour former une province » *. Au nord du Bour- 
bonnais, le maréchal de Saint-André reçut dans 
son gouvernement le grand et beau bailliage de 
Saint-Pierre-le-Moûtier, qui se rattachait à la pro- 
vince de Nivernais et passait pour l'un des plus 
anciens bailliages du royaume 2 . On ne s'explique 
guère à quelle fin ce pays avait été séparé de son 
groupe historique pour grossir le gouvernement 
du Lyonnais. Puis venait un ensemble de terri- 
toires assez homogène, formé du Lyonnais pro- 
prement dit, du Forez et du Beaujolais, auxquels 
on joignait le petit pays de Dombes, dont la capi- 
tale était Trévoux :i . Mais le véritable centre du 
gouvernement de Saint-André, c'était Lyon, dont 
la prospérité économique et intellectuelle, au 

1 Chabrol, Coutumes de la haute et basse Auvergne, t. IV, p. 1 ; 
Nicolas de Nicolay, Générale description du Bourbonnois, éd. 
Vayssière, Moulins, 1889, passim. Il n'est peut-être pas sans inté- 
rêt de remarquer la naissance récente de cette province. On s'est 
demandé à quoi correspondait le mot province sous l'ancien 
Régime : cet exemple semblerait indiquer que Ton entendait 
traditionnellement par province un ensemble de territoires grou- 
pés à un moment donné sous la domination d'une puissante 
famille féodale. 

2 N. de Nicolay, Op. supr. cit., t. II, p. 65 : Expilly, Diction- 
naire, art. Nivernois. 

3 N. de Nicolay, Description du Lyonnois et du Beaujolois, éd. 
V. Advielle, Lyon, 1882, passim; La Muse, Histoire des ducs de 
Bourbon et des comtes de Forez ; P. Louvet. Histoire du Beau- 
jolais ; L. Aubret, Mémoires de Dombes. — A Trévoux siégeait le 
Parlement de Dombes. 



224 LES PROFITS DE LA PAVEUB ROYALE 

xvi e siècle, fut sans pareille. C'est avec cette ville 
que le maréchal entretint les rapports les plus fré- 
quents, c'est à elle qu'il s'adressa en toutes cir- 
constances, principalement pour en tirer de véri- 
tables redevances forcées, c'est Lyon qui. au point 
de vue des profits et des exactions, lit lout Le prix 
de sa charge de gouverneur. 

Déjà au moyen âge un des premiers marchés 
de l'Europe, située aux frontières de France, sur 
deux fleuves navigables qui la mettaient en com- 
munication facile avec la Bourgogne, la Su 
et la Provence, la ville de Lyon avait, à la lin du 
xv e siècle, tiré un merveilleux parti de bod incom- 
parable situation géographique. A.vec ses Foires, 
ses changes, son tribunal de la conservation, ses 
innombrables ateliers d'imprimerie, son commerce 
incessant avec le Rhin cl L'Italie, cette ville appa- 
raît, au sortir du moyen âge. comme une « cité 
de travailleurs et de erens d'affaires o ! . Au w r siècle, 
sa situation économique devient hors de pair : 
siège d'une sorte de syndical international des 
banquiers allemands et italiens, qui couvrait toute 
l'Europe de ses comptoirs, !<■> rois y contractent 
de perpétuels emprunts, et le a bain de S ne » a 
de fortes créances sur la couronne de Kr.ni> 
Allemands, Suisses, Florentins 8 , Lucquoia 

1 J. Charlély, Le Lyonnais [Revue de synthèse historique. Ifl 

s Catalogue des Actes de Franrois / or , patt 

:: Charpin-Feugerolles, Les Florentins à Lyon. 1894, in-*. 



SAINT-ANDRE GOUVERNEUR 225 

Milanais, Espagnols, se rencontrent dans ses foires, 
et souvent s'y fixent pour devenir lyonnais. Les 
Italiens y apportent l'industrie de la soie ; les Flo- 
rentins en font la première place de change ; les 
Allemands y introduisent l'imprimerie et provo- 
quent ainsi Téclosion d'une période intellectuelle 
extrêmement brillante. Faut-il rappeler qu'avec les 
guerres d'Italie et le règne de François I er , les 
séjours très nombreux, presque incessants, de la 
cour à Lyon, avaient fait de cette ville une seconde 
capitale du royaume? Faut-il rappeler encore l'in- 
tense mouvement de Renaissance qui suscita, dans 
ce milieu, des artistes et des poètes de grand 
lustre ? Philibert de l'Orme, Maurice Scève, 
Louise Labbé sont demeurés célèbres l . Adminis- 
trée par un consulat choisi parmi la plus riche 
aristocratie bourgeoise, la ville de Lyon brillait 
alors par son luxe, par sa gaieté et par ses fêtes 2 . 
Cette cité, véritable « Capoue » de la Renaissance 
française, était digne d'avoir pour gouverneur celui 
que Brantôme a nommé « un vray Lucullus 3 ». 

Avant de terminer cette brève revue des élé- 
ments géographiques qui constituaient le gouver- 
nement territorial du maréchal de Saint-André, il 
faut signaler un fait assez singulier. Le 26 juin 1547, 

1 V. A. Baur, Maurice Scève et la Renaissance lyonnaise, 1906, 
in-8. 

* Ibidem. 

3 Brantôme, Œuvres, t. V, p. 31. 

45 



226 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

du vivant même du vieux Saint-André, quelques 
jours après avoir crée en sa faveur cette nouvelle 
lieutenance générale, Henri II divisa le> p 
frontières de son royaume en trois département- 
militaires, dont chacun fut attribué à Tun des ma- 
réchaux de France. Or le département, qui revint 
au maréchal de Saint-André, comprenait les p 
de Lyonnais, Forez, Beaujolais, Dombes, Haute 
et Basse Marche, Combraille, Haute et Bai 
Auvergne, Bourbonnais, Berry »'t le bailliage «1<- 
Saint-Pierre-le-Moûtier '. Il <*st intéressant <1<- 
remarquer d'abord que ce département militaire 
concordait géographiquement avec le nouveau 
gouvernement créé en faveur de Jean d'Àlbon 
d'autre part que les attributions militaires du gou- 
verneur et de son iils, le maréchal, s'exerçanf Mu- 
les mêmes territoires à des titres différents, faisaient 
double emploi. Enfin on doit noter que ce dépar- 
tement militaire, dévolu au maréchal '!«• Saint- 
André, était en principe, d'après L'édit, comp a 

1 « Ordonnons... que le prince <!<■ Melphe, le soigneur à> - 
et le seigneur de Saint-André, chevaliers de aostre ordre. I 
senttenanset exerçans lesdicts estais de mareschaux d i" 
auront chacun à respondre pourlenrsdicts départements que nous 
leur faisons es limites par ces pn 

qui s'ensuyvent : ... ledit seigneur de Sainct André, des pays de 
Lyonnois, Forests, Beanjolois, Dombes. la hante et basse Marche. 
Combraille, haut et bas Auvergne, Bourbonnois, Berry et bail- 
liage de Sainct-Pierre-le-Moustier. » Suivent les fonctions mili- 
taires qu'y doivent remplir les maréchaux (Isambert, Anciennes 
lois françaises, t. XIII. p. 19). — Ce lait a déjà été remarque par 
A. Steyert. Nouvelle histoire de Lyon, t. III. ; - 1 

- Sauf le Berry. 




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SAINT-ANDRE (iOUYERNEUR 227 

de pays frontières ; or, en fait, il ne comprenait que 
des territoires situés au cœur du royaume, aux- 
quels François I er , en 1545, avait précisément ôté 
le titre de lieutenance-générale, parce qu'ils n'étaient 
pas pays frontières *. Cette anomalie singulière 
s'explique sans doute par la faveur des Saint-André 
que le Roi se plaisait à doter des charges les plus 
enviables, à rencontre même des lois du royaume. 
Aux pouvoirs administratifs le maréchal joignit, 
dans les pays de son gouvernement, le prestige 
que lui donnaient des propriétés foncières consi- 
dérables. Il y possédait ce qu'on a appelé « une 
large surface sociale- ». Tant en biens patrimoniaux 
qu'en acquêts et usurpations, il tenait en ses mains 
cupides une grande partie du Roannais, du Bour- 
bonnais et de l'Auvergne. Sans refaire une énumé- 
ration entreprise plus haut, nous nous bornerons à 
signaler les trois capitales de ses immenses biens 
clans ces régions, Saint-André, Tournoël et Her- 
ment : Saint-André en Roannais où, pendant les 
vacances de la guerre et de la politique, il tenait 
une véritable cour ; Tournoël, qu'il fit reconstruire 
avec splendeur, y appelant architectes, peintres et 
sculpteurs 3 ; Herment, l'une des terres les plus 



1 Les provinces frontières du sud-est étaient alors le Dau- 
phiné, la Bresse, la Savoie et le Piémont, que l'édit de Henri II 
attribuait au département militaire du prince de Melphe, aussi 
maréchal de France. 

2 G. d'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue, t. IV, p. 120. 
8 H. Gomot, Histoire du château féodal de Tournoël, p. 87. 



228 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

titrées de l'Auvergne et dont dépendaient Le plus 
grand nombre de fiefs l . Et si, outre ses bie 
sonnels, on devait citer tous les biens détenus par 
les membres de sa famille, on ne trouverai! pas une 
région de cet immense gouvernement, depuis la 
Marche jusqu'au pays de Dombes, où ne s'étendît 
l'autorité de sa maison. Les d'Apchon, proi 
alliés, possédaient des biens considérables eu F 
et en Auvergne 2 . Et nous avons vu quelle était la 
fortune de la branche aînée des d'Albon, en Lyon- 
nais. 



Pour se faire une idée exacte de la puissance, 
qu'exerça Saint-André dans sou gouvernement, 
on doit se rappeler qu'il cumulai!, avec sa ch 
de lieutenant général, les plus hauts emplois de 
cour. Le Roi ne choisissait pas ses gouverneurs 
parmi les personnages dont lea services Locaux 
avaient mis en valeur le mérite. Nous L'avons dit, 
il prenait autour de lui les seigneurs distingués 
par la naissance ou ses plus chers favoris. Arrivi - 
dans les provinces avec un titre pompeux et vague, 
princes du sang ou favoris, investis d'une délég 
tion de la pleine puissance souveraine, étaient 

1 Chabrol, Coulâmes d'Auvergne, t. IV. p. 256. 
■ Pierre Audigier, Histoire d'Auvergne. Clermont-Ferrand. Il 
t. I, p. 496. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 229 

maîtres de tout. Maréchal de France, membre du 
conseil royal, premier gentilhomme de la Chambre, 
fort deFamitié particulière de Henri II, on conçoit 
facilement combien Saint-André fut porté à jouer 
au prince. Cumulant de hauts emplois de cour 
avec sa charge de lieutenant-général, il cumulait 
encore, dans son gouvernement, des emplois 
administratifs d'ordres divers. En même temps 
qu'il était titulaire d'une charge supérieure, il déte- 
nait un office inférieur dépendant de cette charge. 
Le Roi en effet, par lettres données à Fontaine- 
bleau le 14 janvier 1550, avait pourvu Saint-André 
de l'office de sénéchal de Lyon \ Aux époques 
anciennes, on avait vu subsister certaines incom- 
patibilités dans le cumul des charges administra- 
tives 2 ; mais de plus en plus le bon plaisir du Roi 
permit toutes les infractions à ces règles. Nous 
avons vu François I er accorder à Jean d'Albon, 
père du maréchal de Saint-André, des lettres de 
dispense l'autorisant à cumuler les offices de séné- 
chal de Lyon et de bailli de Beaujolais et de Dombes . 
Nommé en 1539 gouverneur du Lyonnais, Jean d'Al- 
bon était mort titulaire à la fois d'un gouvernement, 



4 Arch. du Rhône, B Insinuations de la Sénéchaussée, livre du 
Roi, fol. 151. — Durant le gouvernement de Saint-André, les 
baillis du Forez furent Claude d'Urfé, nommé en 1535. à qui suc- 
céda Jacques d'Urfé en 1558 (La Mure, Histoire du Forez, pp. 480- 
481). 

G. Dupont-Ferrier, Les officiers des bailliages et sénéchaussées 
à la fin du moyen âge, p. 97. 



230 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

d'un bailliage et d'une sénéchaussée. Le maréchal 
son fils hérita du tout, par la faveur de Henri JJ. 
Et encore, le 23 septembre ioo3, Saint-André 
fut créé lieutenant-général au fait de guerre en 
Picardie, Boulonnais et Artois *, sans qu'il aban- 
donnât aucune de ses charges antérieures. Il va 
sans dire que ces cumuls n'étaient pas l'effet d'un 
excès de zèle, mais seulement un moyen pour le 
maréchal de multiplier les revenus à son pro- 
fit. 

Cependant, le 19 novembre looi, Saint-André 
l'ésigna son office de sénéchal de Lyon -. L'intérêt 
sans doute le poussa à cette détermination. En 
effet, « quand la cause qui provoquait la résigna- 
tion n'était pas le souci de créer une survivance, 
c'était presque toujours une somme d'argent pa 
ou payable par le successeur du résignataire 
Or le nouveau sénéchal de Lyon, successeur de 
Saint-André, en lo*)i, fut un jeune lionmir de 
vingt ans, Guillaume de Gadagne. Il appartenait 
à une richissime famille de banquiers florentins 
établis à Lyon, et son père, Thomas <!•• Gadagne, 
avait prêté au roi François 1 er d'un seul coup cin- 

1 Pinard. Chronologie historique militaire, t. II, p. 249 — Saini- 
André en Picardie remplit la charge de lieutenant « sur le fait 
de la guerre ». C'était une délégation temporaire, pendant quelques 

mois ou durant une campagne. Cette lieutenance ne B'exerçail 

d'ailleurs que pour les choses militaires <G. Dupont-Ferrier. Le* 
officiers des bailliages et sénéchaussées, p. 

2 Arch. du Rhône, B Insinuations de la Sénéchaussée, loi. 26*. 
:i G. Duponl-Ferrier. Op. supr. cit.. p. 106. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 231 

quante mille ducats 1 . Il est à croire que la résigna- 
tion du maréchal ne se fit pas gratuitement. 

Obligé de commander sans cesse des armées, 
dans les régions les plus éloignées de son gouver- 
nement, occupé à la cour, où se jouait chaque jour 
sa fortune, à maintenir une grande situation, Saint- 
André ne pouvait résider dans son gouvernement 
et sa présence n'y fut qu'assez exceptionnelle. 
Néanmoins il sut ne pas être, pour ses administrés, 
un personnage mystérieux et lointain, comme le 
furent tant de gouverneurs. Il entretint avec les 
villes, surtout avec Lyon, des rapports fréquents 
que nous aurons à étudier. Tout en restant excep- 
tionnels, les séjours qu'il fit à Lyon, furent relati- 
vement nombreux et, quand il vint, sa présence y 
fut vivement sentie, à son grand bénéfice du reste. 

D'ailleurs le maréchal pourvut aux inconvénients 
de la non-résidence et du cumul par l'emploi de 
lieutenants 2 . Dans son gouvernement on vit se 
développer, suivant un mouvement général à cette 
époque, ce qu'on a appelé « comme une flore exu- 
bérante et tenace, la flore des lieutenances 3 ». 



1 Cherpin-Feugerolles, Les Florentins à Lyon, p. 103 ; A. Vachez, 
De V acquisition des terres nobles par les roturiers, Lyon, 1891, 
p. 61. 

- Henri III devait astreindre les gouverneurs à une résidence 
relative : « ... Seront tenus lesdits gouverneurs de résider en 
leurs gouvernemens, et exercer en personne leurs estats, six mois 
de l'an pour le moins. » (Ordonn. de Blois, mai 1579, art. 273. 
Isambert, t. XIV, p. 441). 

3 G. Dupont-Ferrier, Op. cit., p. 770. 



232 LES PROFITS DK LA FAVEUR ROYALE 

Ces lieutenants étaient nommés parle Roi, pour 
les pays les plus importants du gouvernement. 
C'estainsi que Jean du Peyrat étantmort. au débul 
de l'année 1550, Henri II, par Lettres de provision 
du 15 mars de la même année, promut Jean Tignat, 
maître des requêtes de l'hôtel de la Reine, à L'office 
de « lieutenant-général pour Sa Majesté an la ville 
de Lyon et païs de Lyonnois, en L'absence de 
M. de Saint-André 1 ».Les Lettres faisaient d'ailleurs 
ressortir que ce lieutenant était bien « SOubz l'au- 
thôritéde M. de Saint-André ». 

De même, à la mort de Jean Tignat, Le Roi Lui 
donna connue successeur, dans son office de Lieu- 
tenant <lu gouverneur, Nérj de Torvéon, juge-ma- 
gistrat criminel en La sénéchaussée el siège présidial 
de Lyon -. 

Gomme on Le voit, ces deux « Lieutenants-g 
raux en l'absence du gouverneur » venaient de 
la magistrature. Plus souvent le Roi choisissait, 
sur l'indication du gouverneur Lui-même, un 
parenl de celui-ci Artliaul d'Âpchon, qui avait 
épousé en L519 Marguerite d'Albon, sœur de 
Saint-André, obtint de cette manière la lieu- 
tenance de son beau-frère dans Les pays de 



* Lettres de provision (15 mars 1550 . Bibl. Nat . coll. Clairam- 
bault, vol. 958, loi. 155. 

Lettres de provision (23 déc. 1555), loc.su/ 
cf. une lettre, datée du il déc. 1555, par laquelle S 
recommande le nouveau lieutenant aux échevins de Lyoi 
municip «le Lyon, A A 28 w 58 . 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 233 

Bourbonnais, Forez, Haute et Basse Auvergne 1 . 

D'ordinaire à la nomination du Roi, ces lieute- 
nants, quand il s'agissait de territoires peu étendus, 
étaient désignés par le gouverneur. Saint-André, le 
15 mars 1550, 'créa lui-même son lieutenant en 
Beaujolais et Dombes, Jacques Délaye, seigneur 
de Messimy 2 . 

Jean de la Roche-Aymon fut de même nommé, 
au commencement des guerres civiles, lieutenant 
du maréchal au gouvernement de la Haute et Basse 
Marche 3 . Enfin, après la mort d'Arthaut d'Apchon, 
Saint-André confia à Charles de Brezons, gouver- 
neur de Murât, le soin difficile de maintenir son 
autorité dans la Haute Auvergne contre les entre- 
prises des huguenots *. 

Ces lieutenants étaient astreints à la résidence 5 , 
et leur emploi semble avoir joui d'une certaine sta- 
bilité : nous ne voyons pas qu'aucun d'eux, sous le 



1 Arch. du Cantal, E n» 53 (mention) : A. Bernard.. Histoire du 
Forez, t, II, p. 117 ; P. Audigier, Histoire d'Auvergne, t. I, p. 352. 

2 P. Louvet. Histoire du Beaujolais, t. I, p. 95 ; L. Anbret, 
Mémoires de Dombes, t. III, p. 287. Ces deux auteurs, qui con- 
cordent sur ce point, ont vu l'original des lettres de provision. 

3 Joullietton, Histoire de la Marche, Guéret, 1814-1815, t. I, 
p. 323. 

4 V. Audigier, Histoire d'Auvergne, t. I, p. 357 ; A. Imberdis, 
Histoire des guerres religieuses en Auvergne, Moulins, 1840-1841, 
t. I, p. 54. 

5 Henri III les astreignit à une stricte résidence : « Quant aux 
lieutenans feront continuelle résidence, sans pouvoir partir des 
dites provinces, mesmes en l'absence du gouverneur, sinon par 
nostre congé et permission expresse » (Ordon. de Blois, mai 1579, 
art. 273, Isambert. t, XIV, p. 441). 



234 LES PROFITS DE LA FAVEUB ROYALE 

gouvernement de Saint-André, ait été révoqué. 
Noninvestis de la pleine délégation des pouvoirs du 
gouverneur, ils n'étaient en réalité que ses agents 
directs et soumis. Nous aurons l'occasion de voir 
que, dans les circonstances, où se traitèrent des 
affaires importantes, ils agirent sur les ordres for- 
mels de leur chef, ou du moins après avoir pri- 
son avis. Agents de transmission entre les villes 
et Saint-André, c'est par eux que le maréchal mani- 
festa aux corps consulaires ses volontés impérieuses 
et souvent injustes, c'est par leur moyen que 
rapacité put s'exercer aux dépens des populations, 
enfin c'est par leur soin que le gouverneur fut tou- 
jours exactement renseigné sur toui ce qui l'inté- 
ressait de près ou de loin dan» ses provinces. (> n 
pense bien aussi que, lorsque ces lieutenants étaient 
proches parenls de Saint-André, comme son beau- 
frère d'Apchon, ils ne se firent pas faute, sûrs de 
l'impunité, d'abuser de leur situation. Quoi qu il en 
soit, dans la pratique courante <le la vie adminis- 
trative, ils jouèrent un rôle où leur initiative n 
montre restreinte mais très soin eut heureuse : leur 
histoire mériterait d'être étudiée de près Les docu- 
ments municipaux, — registres consulaires, par 
exemple, — donnent des preuves de leur interven- 
tion continuelle dans les délibérations des corps de 
ville : leur prestige y apparaît très grand, et l'on 
peut suivre surtout leur tendance à B'arroger tout 
ce qui concernait la haute police. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 235 

Ces lieutenants, nous l'avons dit, n'avaient pas 
la pleine délégation des pouvoirs du gouverneur. 
Mais, en 1557, un fait exceptionnel se produisit. Le 
gouverneur fut fait prisonnier, comme on sait, à la 
bataille de Saint-Quentin, le 10 août. Quelles mesures 
allait prendre Henri II? Il nomma quelque temps 
après un « lieutenant général », non pas seulement 
pour un ou plusieurs pays, mais pour tout le gou- 
vernement de Saint-André. Sauf le titre, ce fut vrai- 
ment un nouveau gouverneur. Louis d'Adhémarde 
3Ionteil, comte de Grignan, reçut le premier cette 
charge, puis, le 8 décembre 1558, après sa mort, 
elle échut à Antoine d'Albon, abbé de Savigny et 
de l'Ile-Barbe, cousin et ami du maréchal *. 

Les lieutenants extraordinaires, ainsi nommés 
pendant la captivité de Saint-André, eurent l'entière 
initiative de leur administration. Leurs lettres de 
provision portaient en effet qu'ils jouiraient des 
« mesme pouvoir, puissance et authorité que nos- 
tre cousin le sieur de Saint-André, et tout ainsi 
qu'il ferait et faire pourroit, s'il y estoit en per- 
sonne 2 ». Il semble bien que le maréchal ait trouvé 
mauvais qu'en son absence on lui donnât ainsi un 
véritable successeur. Néanmoins, à propos de la 
nomination d'Antoine d'Albon, il écrivit au secré- 

« Lettres de provision (copie),, Bibl. Nat, coll. Glairambault, 
vol. 958, fol. 173 (Pièce justificative, n° XX). 

8 Lettres de provision supr. cit. — Les attributions de gouver- 
neur étant surtout militaires, il est curieux de constater que 
c'était un clerc qui en était chargé. 



236 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

taire d'Etat Bourdin une lettre, où il déclarait se 
soumettre à la volonté du Roi, pour ne pas préju- 
dicier à son service l . il est d'ailleurs intéressant 
de constater que, même après le retour <1<* Saint- 
André, Antoine d'Albon censerva son titre ei 
pouvoirs extraordinaires, jusqu'au jour où il lut 
remplacé par M. de Sault, gentilhomme ordinaire 
de la chambre du Roi, le 26 septembre 1561 Le 
maréchal en effet absorbé, depuis la mort de Benri 11. 
par les préoccupations politiques et par 1rs intri- 
gues de la cour, n'intervint [»lus aussi fréquemment 
dans l'administration de son gouvernement. Il 
garda néanmoins Le droil d'agir dans les circons- 
tances particulièrement gra^ 



Les pouvoirs des gouverneurs de pro\ incea 
été, dès l'origine, surtout militaires Par les édits 
de François I er , qui restreignit leur rôle à La 
défense des pays frontières, ils devinrent plus exclu- 
sivement militaires encore. Quels étaient ces pou- 
voirs? D'après ses lettres de provision. Saint-An- 
dré devait diriger la levée du ban et de l'arrière- 
ban, faire exécuter les montres et iv\ lies, pourvoir 



1 Lettre au secrétaire d'Etat Bourdin. datée de Cerc&mp, le 
23 nov. 1558, Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 958, fol. 17t. 

Lettres de provision do M. de Sault [copie)., Bibl. Nat.. ibidem, 
fol. 179. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 237 

à la bonne conduite des troupes, surveiller les capi- 
taines et gens de guerre, établir et ordonner les 
garnisons dans les différentes places du ressort, 
veiller à l'observation des ordonnances de police 
militaire, désigner et nommer les capitaines des 
places fortes, ravitailler les villes et châteaux, 
faire creuser les fossés, construire et réparer les 
fortifications 1 . Telles étaient les attributions gé- 
nérales dont le gouverneur reçut la charge. 
Un des avantages les plus appréciables résidait 
dans la disposition qu'on lui laissait, des de- 
niers destinés à l'entretien des troupes et places 
fortes 2 . 

Mais de tous ces pouvoirs il n'y en avait aucun 
qui ne pût être possédé et qui en fait ne fût possédé 
par les baillis et sénéchaux du Roi. C'étaient eux qui 
d'ordinaire veillaient à la bonne tenue et à l'entre- 
tien des choses militaires. Les gouverneurs n'avaient 
donc de raison d'être que dans les provinces fron- 
tières, où les préoccupations militaires étaient non 
pas une branche plus ou moins importante de l'ad- 
ministration, mais une nécessité perpétuelle et 
principale. François I er , par sonédit du 6 mai 1545, 
avait ramené les choses en bon ordre et Du Tillet 
le commentant a écrit très justement que les gou- 
verneurs étaient faits pour les voisins et les ennemis, 

1 Lettres de provision, Arch. Nat., X 1 * 8616, fol. 391 (Pièce justi- 
ficative n° VI). 

2 Lettres de provision, supr. cit. 



238 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

plutôt que pour les sujets*. Henri II brisa cette 
règle, pour satisfaire son favori. Les baillis el séné- 
chaux suffisaient d'autant mieux à l'administration 
militaire, dans le gouvernement donné à Saint-An- 
dré, que ce gouvernement, créé par faveur lieute- 
nance-générale, était au cœur du royaume. L«- pa\ s, 
qui pouvait passer pour être le plus pioche des fron- 
tières, était le Lyonnais : or, sur son territoire. 
presque entièrement aux mains des gens '1 K_l 
on ne comptait guère, comme places forte-. que 
Pierre-Scize et les remparts de Lyon \ Dans Les 
immenses territoires de son gouvernement, le maré- 
chal n'avait guère à commander que les places de 
Saint-Pierre-le-Moûtieret Cusset, en Bourbonnais 
Usson, Clermont et Montferrand en Auvergne . 

Au point de vuede la défense, Saint-André n'eut 
pas de rôle à jouer en «les provinces que ne 
menaça jamais l'ennemi. C'est à peine si en 
1556, à la rupturede la trêve de Vaucelles, des 
préparatifs hostiles ayant été laits sur la frontière 
de l'est, Lyon parut devenir un moment le point 
de mire des ennemis. Il n'y eut d'ailleurs «le \ «'-ri- 
table danger que dans l'imagination «le la popu- 

1 Du Tillet, Recueil des Roys, p. 4:26. — Cependant on doit 
remarquer qu'en 1559 le Lyonnais devint Frontière par la reddi- 
tion au duc de Savoie des pays qui lui avaient été précédemment 
enlevés. 

* Mentions, arch. municip. de Lyon. AA 22, fol. 47. et CC 
468 n* 5. 

3 G. Dupont-Ferrier, op. cit.. p. 455. 

* Ibidem. 



SAINT-ANDRÉ (ÏOUVERNKUR 239 

lace lyonnaise 1 . Cette même année, la ville s'ef- 
fraya d'un complot, révélé au consulat, qui avait 
pour but de surprendre Lyon, le piller et le livrer 
aux Espagnols. Le Seigneur de Myons et d'autres 
châtelains de Bresse et de Savoie étaient, disait- 
on, les instigateurs de ces menées secrètes. Comme 
il se faisait des mouvements de troupes ennemies 
en Franche-Comté, sur les confins de la Bourgo- 
gne et du côté de Genève, on exagéra le péril qui 
n'eut d'ailleurs aucune conséquence 2 . Telles furent, 
durant les douze années du gouvernement de Saint- 
André, les minimes occasions, où il eût pu avoir 
à défendre les territoires à lui confiés. Cependant 
nous le verrons plus tard, dans les heures troubles 
de la guerre civile, exercer à Lyon, pendant un 
mois, une véritable dictature militaire, mais alors 
il dirigera ses coups, non pas contre les ennemis du 
royaume, mais contre les ennemis de son parti et 
de ses intérêts. 

Outre les attributions militaires, qui lui revenaient 
de droit et légalement, le gouverneur avait dans 
ses provinces des attributions de fait, plus ou moins 
étendues, suivant le caractère et l'autorité du per- 
sonnage. 

Ces attributions de fait pouvaient être sans limites, 

i Samuel Guichenon, Histoire généalogique de la royale maison 
de Savoie, t. II, p. 42o; P. Glerjon, Histoire de Lyon, Lyon, 1829- 
1845, t. V, p. 80. 

2 S. Guichenon Joe. supr. cit. ; P. Glerjon, Histoire de Lyon, t. V, 
p. 82. 



240 LES PROFITS DE LA PAVEUB ROYALE 

comme la délégation des pouvoirs royaux avait été 
concédée tout entière au lieutenant-général. 

En réalité on peut dire que la plupart des 
verneurs, retenus à la cour ou à la guerre, n'ex< 
cèrent ces attributions qu'en des circonstances 
exceptionnelles. Saint-André doit être rangé parmi 
les lieutenants-généraux qui se plurent à faire sen- 
tir leur autorité d'une façon relativement fréquente 
et en des occasions variées. 

Tout d'abord c'était le gouverneur qui communi- 
quait officiellement aux provinces les grands éi éne- 
ments publics intéressant le royaume tout entier : 
en conséquence il ordonnaitde taire Boil des réjouis- 
sances soit un deuil solennel 

Nous voyons, par exemple, que le 6 avril 
Saint-André écrivit au consulat «le Lyon pour lui 
annoncer la conclusion dune paix entre les rois de 
France et d'Angleterre; il mandait que cet événe- 
ment fut crié et proclamé et que pour le fêter on 
dressât des feux de joie '. 

Ainsi le gouverneur apparaissait comme Le 
représentant moral de ses provinces. Acel ordre de 
fonctions se rattache le rôle décoratif qui lui incom- 
bait. Il avait la charge de taire les honneurs de son 
gouvernement au Roi, aux grands et à tous les 
personnages notables qui en traversaient le terri- 



1 Procès-verbal de délibération consulaire (6 avril : 
municip. de Lyon. BB 71, fol. 155 v>. — Il l'agtt de la paix de 
Boulogne, signée le 24 mars 1550. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 241 

toire. Saint-André sut s'acquitter, avec aisance et 
sans frais pour lui, d'une obligation qui était très 
coûteuse. Nous avons vu plus haut les splendeurs 
et le luxe au milieu desquels Henri II et Catherine 
de Médicis firent, le 23 septembre 1548, leur entrée 
dans Ja ville de Lyon. Les deux Saint-André, père 
et fils, s'étaient employés à ce que rien ne manquât 
à la magnificence des fêtes : les goûts les plus 
intimes du Roi furent prévenus et flattés, et Diane, 
l'impérieuse maîtresse, y trouva les plus agréables 
hommages 1 . De tout cela le gouverneur ne paya 
pas un denier, et la ville, déjà lourdement endettée, 
fut grevée de ce chef de quinze mille livres 2 . 

Au mois d'avril 1550, le maréchal de La Marck 
et M. de Nemours traversant le Lyonnais, Saint- 
André prit la peine d'écrire une lettre pour qu'on 
leur fit bonne réception 3 . La même année, au 
mois de septembre, le roi de Navarre et le prince 
de Condé, de passage en Forez, furent gratifiés 
par le maréchal d'un divertissement fort singulier. 
On se trouvait à Montrond en Forez : après une 
journée de fêtes, Saint-André voulut offrir à ses 
hôtes le spectacle curieux de la prise d'une forte- 
resse. Il fit donc défendre la tour principale de 
Montrond par un certain nombre d'habitants de 

1 V. plus haut, p. 59. 

2 P. Clerjon, Histoire de Lyon. t. V, p. 36. 

3 Lettre de Saint-André à M. de La Ferrandière, receveur géné- 
ral du Lyonnais (16 avril 1550), Arch. municip. de Lyon, AA 28 
n° 49. 

16 



2i2 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

Feurs et de Saint-Galrnier, puis il ordonna à deux 
cents habitants de Saint-Étienne, sous la conduite 
d'un gentilhomme nommé La Porte, d'attaquer ces 
ennemis improvisés. La tour de Montrond fut 
canonnée, prise d'assaut et détruite 1 . Le Bouvenir 
de cette aventure resta longtemps dans la région. 
On ignore si Henri II trouva plaisant que 
favori fît détruire les fortifications de Montrond, 
en manière d'amusement. 

Pour montrer avec quel sans-façon Saint-André 
savait faire payer aux villes les frais des réceptions 
coûteuses, rien n'est plus significatif que 1<* récit 
de l'entrée du cardinal Carlo Garaffa à Lyon, en 
juin 155(3. Personnage politique, dont la venue en 
France excitait à la fois les j>lus grandes espéran- 
ces et les plus vives appréhensions, Caraffa était 
patronné parles Guise, et l'on savait que la mis- 
sion qu'il venait remplir auprès de Henri II. de la 
part du pape Paul IV. était de la plus baute impor- 
tance. Aussi Saint-André, accompagné du maré- 
chal Strozzi, s'était rendu en hâte dan- son gou- 
vernement pour lui en faire les honneurs et lui 
souhaiter la bienvenue au nom de la cour il*- Frai 
Parti de Rome le 11 mai 1556, Caraffa arrivait, le 
4 juin, prèsdeLyon. Des députations et une foule 
immense sortirent de la ville au-devant de lui Saint- 
André le reçut, au milieu de l'ail- gi 8se et destrans- 

1 Ans,. Bernard. Histoire du Forez, t. II. p. 109 : B. Gomot, His- 
toire du château féodal de Tournoël, p. 88. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 243 

ports du peuple. Après que les cérémonies furent 
terminées, en sortant de la cathédrale, il mena Ca- 
raffaau logis qu'on lui avait réservé, où « lasouppe 
fut préparée, aux dépens de la ville, par comman- 
dement de Monseigneur le gouverneur 1 ». De plus 
Saint-André, logé chez le sénéchal de Gadagne, 
séjourna plusieurs jours et ne se sépara de ses 
administrés qu'après avoir reçu lui-même de la 
ville, à cette occasion, un don de douze cents écus 
d'or soleil 2 . Non seulement la réception du cardi- 
nal ne lui avait rien coûté, mais encore il s'en 
allait les mains pleines. 

Outre ses fonctions militaires, que les baillis et 
sénéchaux, dans un gouvernement non-frontière, 
suffisaient aisément à remplir, outre ses fonctions 
honorifiques et décoratives, dont, nous venons de 
le voir, il savait faire supporter les dépens aux 
villes, Saint-André eut-il, sur le territoire de sa 
lieutenance-générale, des attributions civiles déter- 
minées, et dans quelle mesure usa-t-il de ses pou- 
voirs civils? 

A l'origine sorte de vice-roi, maître du civil 
comme du militaire, le gouverneur, dont la puis- 



1 Procès-verbal de délib. consul. (4 juin 1556), Arch. municip. 
de Lyon, BB 78, fol. 248; George Duruy, Le cardinal Carlo 
Caraffa, Paris, 1883, p. 150. 

2 Proc. verb. de délib. consul. (23 mai 1556). Arch. municip. 
de Lyon, BB 78, fol. 220; A. Péricaud, Notes et documents pour 
servir à Vhistoire de Lyon, p. 22. Cf. l'écho des fêtes de Lyon 
dans Dép. vénit. (6 juin 1556), Bibl. Nat., f. ital., ms 1718, fol. 231. 



244 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYAL h 

sance s'étendait sur plusieurs bailliages et séné- 
chaussées, semblait destiné à remplacer compli 
ment le bailli ou le sénéchal, qui vit son influence 
s'amoindrir depuis la fin du xm e siècle. En réalité 
rien de pareil ne se produisit. Nous voyons bien, 
par exemple, que dans les lettres de provision de 
Saint-Andrésontmentionnées quelques attributions 
non purement militaires, telles que a faire obéyr 
ainsi qu'il appartiendra les sentences judiciaires el 
appoinctemens qui seront donnez par noz juges '». 
Mais cela semble ne viser que les cas de rébellion for- 
melle, qui nécessiteraient l'emploi de la force arm< 

La véritable cause, à notre avis, de la d 
dence des attributions civiles des gouverneurs, 
c'est la non-résidence E1 en effel nous voyons que 
ce sont les « lieutenants en L'absence du gouver- 
neur », qui s'occupent de ce domaine de La juridic- 
tion civile, sur lequel soit les baillis soil Les autre- 
officiers royaux n'ont pas autorité. C'esl le lieute- 
nant (jui en fait, par l'absence de son chef, a la 
charge de réprimer le brigandage, de faire vivre le 
peuple « en la deiie obéissance- », «le commander 
toutes les réquisitions touebant le service «lu Roi . 



1 Lettres de provision, Arch. Xat., X«« 8616. fol. 39! 
justificative. n° VI). 

2 D'Apchon. lieutenant du gouverneur en Auvergne, réprime 
les brigandages à lssoire en lo4y (A. Imberdis. Histoire des 
guerres religieuses en Auvergne, t. I, p. 43). 

3 Provisions de lieutenants, Bibl. Nat.. coll. Clairainbault. vol. 
958, fol. 179, 






SAINT-ANDRE GOUVERNEUR 245 

C'est le lieutenant en l'absence du gouverneur Jean 
Tignat, qui en 1551 procède officiellement à l'éta- 
blissement des sièges présidiaux du gouvernement * . 

Les cas, où Ton constate que le gouverneur 
exerce d'une façon directe des pouvoirs civils, sont 
tout à fait exceptionnels et résultent de circons- 
tances anormales. 

Et d'abord on voit se maintenir, dans le gouver- 
nement de Saint-André, la tradition administrative 
qui de tout temps avait voulu que le gouverneur 
convoquât les États et assemblées générales des 
provinces à lui confiées. En 1556 le roi Henri 
ordonna la tenue de l'assemblée des députés de la 
lieutenance-générale du Lyonnais, pour être con- 
sultée sur diverses questions. Le maréchal en 
conséquence convoqua à Moulins les représentants 
des provinces de Lyonnais, Forez, Beaujolais, 
Dombes, Auvergne, Bourbonnais, Marche et Com- 
braille. Cette réunion, assez extraordinaire, donna 
son appui à la politique royale touchant la rup- 
ture de la trêve de Vaucelles, et d'autre part elle 
sanctionna moralement deux édits, l'un concernant 
les mariages clandestins, et l'autre punissant de 
mort les mères, filles ou femmes coupables d'in- 
fanticide 2 . Plus tard, au commencement du règne 

1 Présidial de Lyon (P. Clerjon, Histoire de Lyon, t. V, p. 58) ; 
présidial de Riom (Arch. municip. de Riom, FF 9; Bibl. de 
Clermont, Registres consulaires année 1552). 

5 Joullietton, Histoire de la Marche, t. I, p. 321. — De cette 
réunion nous n'avons pu trouver aucunes traces dans les archives. 



246 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

de Charles IX. Saint- And ré tint une autre réunion 
des députés de son gouvernement, à Moulu 
« pour illec resouldre la responce qu'il convient 
faire de la résolucion du moyen de trouver de- 
niers pour satisfaire aux debtes du Roy 1 ». 

Au point de vue financier, les documents nous 
montrent bien le maréchal levant de véritables 
impôts sur ses provinces, mais au lieu que ce soit 
pour le compte du Roi, c'est à son profil personne] 
Pour ne citer que quelques exemples, nous savons 
qu'en looO, les habitants de La Marche lui fourni- 
rent mille livres 2 ; en L552, le petit pays de Dombes 
s'imposa de cinq cents livres pour lui en faire don : 
le 17 septembre 1559, François II concéda à Saint- 
André des lettres patentes l'autorisant à faire lever, 
à son profit, mille Livres sur le bas pays d'Auver- 
gne 4 . 

Il serait facile de multiplier les exemples, el 
nous aurons occasion d'examiner les redevai 
forcées qu'il sut tirer des villes 

1 Arch. municip. de Lyon. CC 10S4. — Sur cette assemblée, 
v. une lettre de Grôlier au consulat de Lyon [14 mars I 
Le Roux de Lincy, Jean Grôlier. p 

4 Quittance (20 mars 1550 . Arch Nat., K 90 d - 

3 L. Aubret, Mémoires de Dombes. t. 111, p. _ 
* Expédition collationnée le 13 octobre 1559 de 
qui permettent à M. le marquis de Fronsac, maréchal de Fi 
lieutenant-général en Auvergne et autres provin -. 
l.OUO livres dont lui a fait présent le bas pays d Auvergne et au 
dit pays d*en faire l'imposition (Arch. mun. «le Saint-Flour. 
ch. xvi, art. 3. n° 2). 

■■ Il est possible cependant que le gouverneur ait eu, au 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 247 

Un curieux cas <T intervention du gouverneur 
dans la police urbaine se produisit, en septembre 
1548, lors de l'entrée à Lvon du Roi etde la Reine. 
Le corps consulaire avait décidé que tous les en- 
fants de la ville se rendraient au devant des sou- 
verains. Mais des résistances se firent jour, et le 
consulat demanda au gouverneur, M. de Saint- 
André, de faire publier un ordre portant comman- 
dement « à tous les enfansdes maisons apparentes, 
inscrits sur le rôle..., qu'ils aient à faire leur 
devoir aux entrées du Roi, à s 'habiller et accoustrer 
dans la forme qui leur sera ordonnée; qu'aucun 
d'eux ne s'absente de la ville jusqu'après les 
entrées; que les absens aient à revenir; défense 
aux parens de les renvoyer aux champs, et injonc- 
tion d'avoir à les représenter, sous peine de mille 
livres d'amende contre chaque contrevenant 1 ». 

Depuis longtemps les attributions des gouver- 
neurs touchant la justice étaient en décadence 



royal, un rôle financier touchant les impositions à fixer sur ses 
provinces. Cf. un cas où Saint-André prend part aux délibérations 
du conseil destinées à fixer les tailles, crues et autres impôts 
(19 août 1559), Arch. mun. de Saint-Flour, ch. xvn, art. 2, n° 2 
(mention). Mais remplissait-il ce rôle en qualité de conseiller ou 
à titre de gouverneur? — Malgré toutes nos recherches, nous 
n'avons pu connaître quel était le traitement de Saint-André 
comme gouverneur. En 1770, le gouverneur du Lyonnais tou- 
chait 150.664 livres. Pour le xvn siècle, M. d'Avenel écrit: « Les 
appointements fixes des chefs de provinces sont uniformément 
de six mille livres, payés sur l'extraordinaire des guerres et 
compris dans le budget des garnisons. » {Richelieu et la monarchie 
absolue, t. IV, p. 122.) 
4 P. Clerjon, Histoire de Lyon, t. V, p. 24. 



248 LES PROFITS DE LA PAVEUR ROYALE 

marquée. On sait que Louis XII, par l'ordonnance 

de Blois de mars 1499, leur enleva les dern 
pouvoirs judiciaires qui leur restaient. L'article 
70 de cette ordonnance portait en effet qu<- i !••- 
gouverneurs ne pourront donner aucunes Lettrée 
de grâce, permission et pardon... n\ évocquer les 
causes pendantes par devant les juges ordinaires 
Et le Roi ajoutait catégoriquement : « Leur inter- 
disons la cognoissance d'icelles, et d'entreprendre 
aucune chose sur la justice ordinaire 1 ». Nous 
n'avons pas trouvé un seul document indiquant 
que Saint-André ait jamais fait précisément acte 
de juge. Cependant une occasion s'offrit à lui. en 
1556, d'avoir à trancher un différend, pur contlit 
•de préséance d'ailleurs. Le consulat et le cl< 
de Lyon se poursuivaient d'une haine ancienne et 
tenace. Les clercs prétendaient se soustraire aux 
impositions communes, et les franchises, qu'ils 
s'arrogeaient, n'allaient pas >an> un trafic qui tai- 
sait grand tort aux finances municipales. In pre- 
mier procès, né de ces disputes, s'était prol< 
fort longtemps. Le consulat axait même requis 
contre ses adversaires la force armée de M du 
Peyrat, lieutenant en l'absence du gouverneur 
Le clergé répondait aux réclamations des échevins 
par des insinuations très malveillantes, en deman- 
dant la vérification des comptes communaux, et 

' Laurière, Ordonnances, t. X\'f. p. 191 : [sambert, t. XI. p. 353. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 249 

M. de Saint-André, pire du maréchal, avait dû 
intervenir déjà une fois dans le conflit 1 . Les chi- 
canes et les procès entre les deux parties durèrent 
sans interruption. En juin 1556, à l'entrée à Lyon 
du cardinal Carlo Caraffa, la cérémonie fut troublée 
par une violente dispute de préséance entre le clergé 
et le consulat. Le maréchal de Saint-André prési- 
dait aux fêtes : il entendit être juge du différend, 
et donna gain de cause aux conseillers de la 
ville 2 . 

Ainsi, nanti d'une part d'attributions militaires 
qui n'avaient guère leur emploi en des provinces 
centrales, d'autre part n'exerçant qu'en des cir- 
constances exceptionnelles et comme extra-légales, 
des pouvoirs civils que rien ne précisait, il est per- 
mis de se demander à quoi s'occupa l'activité de 
Saint-André, gouverneur et lieutenant-général du 
Roi. Dans une charge que la faveur n'avait créée 
que pour en faire une source de revenus au profit 
de son titulaire, Saint-André agit pour lui-même 
et uniquement en vue de ses intérêts personnels. 
Toute son administration est comme tissue d'exac- 
tions ou de calculs honteux. Ce fait apparaît sin- 
gulièrement dans ses rapports avec les villes. Nous 
prendrons pour exemples ses rapports avec la 
ville de Lyon : l'histoire en est typique et édi- 
fiante. 

1 P. Clerjon, Histoire de Lyon, p. 39. 
- Ibidem, p. 80. 



250 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 



Saint-André entendit être honoré par ses admi- 
nistrés à l'égal d'un prince, presque d'un roi. Cha- 
que fois qu'il voulut bien visiter Les cités de son 
gouvernement, les corps consulaires durent payer 
chèrement le plaisir de le voir 1 . 

A peine son père fut-il mort, le 2x décembre 1 5 »'•. 
le maréchal fit savoir aux villes qu'elles eussent à 
prendre leurs dispositions pour honorer dig usinent 
les obsèques et funérailles de Jean d'Albon, Outre 
les services funèbres, qui devaient être célél 
dans les églises de chaque ville*, le nom eau gou- 
verneur ordonna que de^ délégations se rendraient 
en grande pompe, le 31 janvier 1550, à Saint- 
André en Roannais, où devaient avoir lieu les 
obsèques solennelles de son père. Lyon enva 
pour marcher à la tête des députés, deux de ses 
consuls, Claude Laurencin et Humbert de M 
vêtus de « riches robbes et chapperon de deuil . 
et porteurs de « deux douzeynes de torches avec 
les armoyries de la ville" ». 

1 Sur la vanité des gouverneurs, au commencem 

xvn e siècle, v. G. d'Avcnel. Richelieu et la monarchie absolue. 
t. IV. p. 119. 

2 Bibl. de Clermont-Ferrand, Registres consulaires, ann< 
(19 janvier); pour Lyon, v. Cl. Le Laboureur, Les maxuret 
Vile-Barbe, t. II, p. 162. 

3 Arch. municip. de Lyon. A A \ù. fol. 131 : Procès-verbal de 
délib. consul. (7-24 janvier 1550 . BB 71. fol. 121 et 13G: Ce - 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 251 

Cette obligation imposée aux villes pouvait 
sembler normale. Mais bientôt Saint- André allait 
exiger de ses administrés des honneurs plus coû- 
teux. 

On avait accoutumé, lorsqu'un nouveau gouver- 
neur arrivait pour la première fois dans une ville 
de son gouvernement, de lui présenter les souhaits 
et les hommages de la cité. C'était traditionnelle- 
ment une cérémonie assez simple, qui pouvait se 
terminer par une offrande faite au personnage. 
Ainsi naguère Lyon avait salué Jean d'Albon, père 
du maréchal, à sa première entrée, en 1540, et lui 
avait offert une coupe d'argent doré 1 . De même, 
lorsque Heuri II avait augmenté le gouvernement 
de Jean d'Albon en y réunissant de nombreux pays, 
la ville de Moulins, le 20 avril 1548, s'était plû à 
fêter avec une certaine solennité la venue de son 
nouveau chef 2 . 

Succédant à son père en la charge de lieutenant- 
général du Roi, Saint-André entendit faire dans la 
ville de Lyon une entrée, digne des prétentions 
du favori de Henri II. Les splendeurs et la magni- 
ficence de son entrée n'eurent d'égales que celles 
déployées, quelques années auparavant, lors de 
l'entrée des souverains. 

Pour donner tout loisir aux préparatifs, le maré- 
chal eut soin de faire connaître longtemps à l'avance 

1 Arch. municip. de Lyon, GC 940. 

- Arch. municip. de Moulins, Invent., 311. 



2o2 LES PROFITS de L\ faveur royale 

son désir d'être reçu avec pompe. Le 10 juin 1550, 
le receveur Martin de Troyes, sieur de La Fer- 
randière, annonça au consulat que le gouverneur 
se disposait à venir à Lyon. « auquel sera bien 
besoing et nécessaire faire bienvenue et se pré- 
parer pour le recepvoir à son premier et joyeux 
advènement 1 ». Cette proposition ne fut pas sans 
surprendre les conseillers. Ils présentèrent des 
objections : les annales n'offraient pas de pr< 
dent. L'usage était bien de faire des entrées solen- 
nelles aux Rois et Reines, aux princes, princesses 
du sang, aux personnages d'une très grande puis- 
sance et notoriété; mais rien n'indiquait qu'on eût 
jamais célébré par des fêtes extraordinaires la 
venue d'un nouveau gouverneur*. D'ailleurs un 
obstacle dirimant se présentait, c'était les frais : 
la ville, déjà endettée «le plus de deux cents mille 
livres, ne voulait pas se gre\ er davantage. On tint. 
pour discuter cette question, de nombreuses séan- 
ces consulaires, et les notables même furent con- 
voqués à délibérer. Les agents «le Saint-André s'ef- 
forcèrent babilement de mettre en relief le crédit 
et la faveur dont jouissait le gouverneur au: 
du Roi ; ils firent valoir qu'il serait factieux «l'ir- 
riter un seigneur « qui peult beaucopt faire de plai- 



1 Proc. verb. de délib. consul (10 juin 1550), Arch. municip. 
de Lyon, BB71, fol. 177. 

- Proc. verb. de délib. consul. (17 juin 15b0), Arch. municip. de 
Lyon, BB71, l'ol. 179: P. Clerjon. Histoire de Lyon. t. V. p. 4b. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNKUR 253 

sirs à la ville », et qu'il était avantageux de s'o- 
nérer, pour « tousjours de myeulx en myeulx 
capter la grâce et benyvolance de M. de Sainct- 
André 1 ». Le maréchal s'empressa d'ailleurs d'an- 
noncer que dans son voyage, il serait accompagné 
de quatre princes, le duc d'Ëngliien et le duc de 
Nemours, le prince delà Roche-sur-Yon et le maré- 
chal de La Marck. Sans enthousiasme, le consulat 
et les notables se résignèrent enfin à préparer une 
entrée solennelle à leur gouverneur. Pour en payer 
les frais, la ville fut obligée d'emprunter mille écus 
à change 2 . 

Deux mois suffirent à peine aux préparatifs : les 
rues furent tendues de riches tapisseries ; on dressa 
deux échaffauds « avec des ystoires », l'un à la 
porte de Bourneuf, l'autre au Change; des dispo- 
sitions considérables furent prises en vue du cor- 
tège, qui devait comprendre « les enfans de la ville 
en bon esquipaige, bien montez, habillez de casa- 
quin de vellours, ainsi qu'ilz verront, et ung bon 
nombre de gens de pied jusques à mil ou douze 
cens, qui seront choisis sur les bandes des Impri- 
meurs, Taincturiers, Tisseurs, Bouchers et aultres 
gens de mestiers de ladicte ville les myeulx en 
ordre et équipaige que faire se pourra, marchans 
tous soubz la charge du cappitaine de la ville ; les 

1 Procès-verbal de délib. consul. (18 juin 1550), Arch. municip. 
de Lyon, BB 71, fol. 180-181 (Pièce justificative n° VII). 
- Ibidem. 



254 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYAL K 

conseillers accompaignez des notables bourgi 
delà ville, montez sur chevaulx et mules hosa 
messieurs de la Justice et messieurs des aaii 
estranges 1 . » Les nochers de Saint-Vincent-du- 
Temple furent chargés d'exécuter des « triomphes 
et passe-temps et feu ci fussées sur la rivière de 
Saonne ». Barthélémy Aneau J , principal »lu col! 
de la Trinité, se vit désigné, comme poète, pour 
composer les « ystoires et die' □ L'honneur 

de Saint-André. Sur un arc « triomphant ». il 
inscrivit l'histoire à'Androcus*. Placé à la porte de 
la ville, bâti de « buys et or cliquant ». cet arc 
qu'ornaient de riches tapisseries, hit peint par 
Salomon Bernard. Les deux artistes reçurent l'un, 
pour ses poésies, six écus d'or soleil, l'autre, pour 
ses peintures, quatre-vingt-dix Livres 

Entre temps ou laissa entendre aux conseillers 
de la ville que le plus importanl «!<• la fête, c'était 



1 Arch. miinicip. de Lyon, lîli 71 fol. 180 L84. 

2 II devait être massacré le 2 aoùl 1561, cornu tnt mal 

de la l'oy ». 

:t Légende a la mode dans la Littérature du tempe atant 

un lion capté cl séduit par l'habileté du h. 
poésies dédiées par l>. Aneau au maréchal : 

llamio manu primas fertur tractasse Leonem, 

Pœnus, et artificii Du catus i 1 . 

Ast hune quein pênes est, Régis manne aique potestas 

Quam mirabilius posée l.eonlopolim 

l'osse Leontopolim Lugdi moderarier nrbem, 

Quœ aomen, Ke>t?* roce, Leonis babet. 

\Cité par Cl. Le LaboureOJ 
l'IU-Barbe, t. II, p. 174 

4 Areh. municip. de Lyon. BU 71. toi. 187. 196 et _ > 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 255 

les présents en espèces qu'on devait offrir au maré- 
chal et à sa suite. 

Le 24 août 1550, Saint-André fit son entrée 
solennelle dans la ville de Lyon, accompagné de 
Marguerite de Lustrac, son épouse. Un long cor- 
tège se rendit au devant du gouverneur pour le 
recevoir à la porte de Vaise. On lui présenta un 
poêle, mais le maréchal refusa d'aller dessous et se 
contenta de le faire porter devant lui 1 . Les fêtes 
dépassèrent en magnificence tout ce qui avait été 
prévu. Au nom de ses administrés, le consulat 
remit à Saint-André un présent de douze cents écus 
d'or soleil. 

La maréchale reçut deux cents écus. De la nom- 
breuse suite du gouverneur, personne ne fut 
oublié : M. de La Bessée, gentilhomme de sa 
chambre, reçut cinquante écus ; le maître d'hôtel 
quarante écus, ainsi que chacun des deux secré- 
taires du maréchal, MM. de Malatret et du Tron- 
chet ; leurs clercs six écus. Aux nombreux valets 
de chambre et barbiers, ainsi qu'aux écuyers de 
cuisine et sommeliers du gouverneur, la ville dis- 
tribua vingt écus. Le grand sommelier, à lui seul, 
fut gratifié de dix écus. Même les trompettes, four- 
riers et maréchaux de sa suite reçurent chacun 
quatre écus 2 . 

1 Cl. de Rubys, Histoii'e véritable de Lyon, p. 376. 

2 Procès-verbal de délibération consulaire (25 août 1550), Arch. 
municip. de Lyon, BB 71 fol. 206. 



256 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

Les frais de la réception s'étendirent hors de 
prévision : on constate que. seulement pour étan- 
cher la soif du gouverneur et de sa troupe. La ville 
dépensa quatre-vingt-deux livres quatre sous tour- 
nois J . La somme des dons faits en espèces g'élevaif 
à seize cent trente-neuf écus d'or soleil. Or on doit 
remarquer que Lyon était endetté, à cette époque. 
de plus de deux cents mille livres, par suite des 
emprunts qu'avait contractés le consulat pour 
payer les subsides des guerres récentes 

Mais l'amour-propre et l'avarice de Saint-André 
étaient satisfaits. Pour perpétuer le souvenir <!<• 
cette entrée presque royale, on fil dresser i <!••- 
pièces painctes en la grant salle du consulat », 
représentant la série des honneurs rendus au 
maréchal { . 

Avide d'honneurs, comme un parvenu, Saint- 
André ne négligea aucun des prolits innombrables 
qu'il pouvait tirer de sa charge. On peut même 
dire qu'il sut en varier la nature avec art. tout en 
les multipliant. 

Les Lyonnais eurent tout de suite maille à partir 
avec lui. Une première affaire surgit quinze jours 

1 Loc. supr. cit. fol. 821. 

5 1 bide m. 

3 Arch. municip. de Lyon, CC louT. — Il est bien entendu que 
nous prenons la ville de Lyon comme exemple. Saint-André eut 
des rapports analogues avec les autres villes de son gouverne- 
ment : Ainsi, le 14 août 1550. il avait t'ait à Clermont-Ferrand une 
entrée fastueuse et profitable (Bibl. de Clermont, Registres con- 
sulaires, année 1550, 14 août). 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 257 

à peine après la nomination du maréchal à la 
charge de gouverneur. Jean d'Albon, son père, 
avant de mourir, avait fait ériger à Lyon un 
office de « voyer ». Saint-André obtint du Roi que 
l'office fût donné à un certain Guillaume Cha- 
zottes, sa créature. Le consulat lyonnais fit dif- 
ficulté de recevoir et l'office et le titulaire. Le 
6 février 1550, le sieur du Tronchet, secrétaire 
du gouverneur, exhiba aux conseillers de la 
ville des lettres ordonnant et mandant que ledit 
Ghazottes fût mis sans retard en jouissance de son 
office. Du Tronchet, au nom de son maître, 
réclamait une réponse immédiate . Le consulat 
ne s'émut pas : il se contenta d'abord de faire 
remontrer à Saint-André « le grand dommaige 
et interestz que seroit à ladicte ville, si ledict 
Ghazottes estoit jouyssant dudict office , parce 
qu'il est incapable et insuffisant * » ; puis les con- 
seillers osèrent demander que « ledict seigneur 
mareschal ne soit marry et yrrité contre ledict 
consulat, si, en justice, Ton remonstre les droictz 
de la ville 2 » . 

Évincé une fois par la ténacité des Lyonnais, 
Saint-André n'en continua pas moins à vouloir 
imposer les candidats de son choix. Quelque temps 
après cette affaire, il écrivait aux conseillers pour 

1 Proc. verb. de délib. consul. (6 février 1550), Arch. municip. 
de Lyon, BB 71, fol. 140. 
- Arch. municip. de Lyon, BB 71, loi. 140. 

17 



258 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

faire donner la ferme vacante de la mercerie, dra- 
perie et autres adjacences à Christophe Burlet, 
Alexandre Carcaillon et Robyn Revenu, parenU de 
M. de Saint-Germain, abbé d'Ivry. Appuyée encore 
par des lettres de Montmorency et de Diane de 
Poitiers, la demande de Saint-André fut ag 
non sans répugnance 1 . 

Il n'était pas jusqu'à la sœur du maréchal. 
M me d'Apchon, qui ne se crût autorisée à placer 
ses protégés ou ses créatures dans les chargi 
fermes municipales -. 

Cependant la ville de Lyon ne se brouilla jamais 
complètement avec son gouverneur. Entre eux en 
eflet s'étaient établis des liens d'intérêt in>}> profi- 
tables à chacun pour que rien put Les briser. 

Certains gouverneurs, éloignés de Leurs admi- 
nistrés par le cumul et la non-résidence, déjà 
depuis longtemps avaient pensé que Le meilleur 
moyen de servir leur gouvernement était de l« j 
servir auprès du Roi et dans Le conseil privé, don! 
ils étaient membres : \ Saint-André porta ce système 
à son apogée; mais il Le transforma en une source 
de revenus considérables. 

Membre du conseil, favori du Roi, ayant a toute 
heure son oreille, quels services ne pouvait-il pas 
rendre à ses administrés"? Il les rendit, mais contre 

A Arch. municip. de Lyon, BB 71. fol. 166 v. 

'- Proc. verb. de délit», consul. (29 août 1550), Ibidem, fol - 

8 Doffuon. Institutions de Languedoc, Toulouse. 16i'ô. p. *53. 









SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 259 

argent. Dans le patronage de cet homme puissant, 
rien n'entra qui ressemblât au désintéressement. 
Ce n'était qu'un marché, où les services étaient 
tarifés, comme un courtage. Personne de son 
époque, plus que Saint-André, ne fut pénétré de 
cette idée que « les affaires sont les affaires » . 

On sait que les villes entretenaient à la cour de 
France, pour défendre leurs intérêts, des députés. 
Ils avaient pour office de prodiguer les présents 
aux personnages influents, membres du conseil 
royal ou seigneurs en crédit, afin de les intéresser 
à la cause municipale qu'ils représentaient *. C'est 
avec ces députés que le maréchal eut sans cesse 
affaire. C'est avec eux qu'il discuta le prix des 
faveurs qu'il put faire obtenir aux Lyonnais. Et 
ainsi un véritable trafic s'établit, dans lequel le 
gouverneur, puissant salarié, mettait son crédit et 
son habileté au service payant de ses riches admi- 
nistrés. Gabriel de Russy, le sieur du Périer, Jean 
Laurens furent les principaux négociateurs des 
marchés contractés entre Saint-André et les Lyon- 
nais 2 . Une fois le gain assuré, en cas de réussite, le 
maréchal travaillait, intriguait, écrivait des lettres 
de recommandation au Roi, à Montmorency, au 
cardinal de Lorraine, à ses amis et à tous les puis- 



1 V. une volumineuse correspondance des députés de Lyon à 
la cour, dans Arch. municip. de Lyon, AA 46. 

- Arch. municip. de Lyon, AA 26 ; AA 46, fol, 130 ; BB 72 : 
loi. 145, etc. 



260 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

sanls de la cour 1 ; des que le moindre succès cou- 
ronnait ses efforts, il s'empressait de réclamer la 
somme promise. Grande ville aux: intérêts multiples 
et complexes, on peut deviner combien Lyon eut 
à solliciter l'appui du favori de Henri II Quel profil 
Saint-André en tira, c'est ce que l'examen di 
quelques-unes des affaires négociées nou> fers 
entrevoir. 

Riche de son commerce, la ville de Lyon s'était 
vue dès longtemps exploiter par Les rois de Fran 
Les guerres de la première moitié du wi siècle 
furent des occasions sans cesse rena de 

frapper ses finances. La taxe dite de la tolde 
gens de guerre avait été imposée, par ôdil royal 
sur les villes closes du Lyonnais. Pour la seule 
année 1848, Lyon fut taxé de soixanteH»epl mille 
cinq cents livres. Le consulat entassa réclamati 
sur réclamations, étions les personnages Influents 
furent implorés tour à tour. 

La situation financière devenait grave, et la ville 
ne pavait plus la contribution que grâce s desemi 
prunts ruineux. Le conseil du Roi demeura intrai- 
table, et, devant l'inertie des échevins Lyonnais, le 
lieutenant Du Peyral reçut l'ordre de lai empri- 
sonner. Jean d'Albon, père du maréchal, alors 

1 Lettres de recommandation au connétable et au cardinal de 
Lorraine, non datées. Arch. municip. de Lyon. AA m\ n M ob 
et 57. 

2 L. Caillet. Les rapports de la commune de Charles \ Il 
et Louis XI au point de vue financier. Lyon. 8 mm. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 261 

gouverneur, plaida la cause de la ville, et fut gra- 
tifié, pour ce fait, de trois cents écus d'or 1 . L'en- 
trée solennelle des souverains, en septembre 1548, 
ne fit qu'augmenter les charges du consulat. Outre 
les frais de réception, les Lyonnais offrirent au 
Roi un don de huit cents écus d'or, et à la Reine 
un présent de six cents écus. 

Tous les expédients furent insuffisants à réparer 
le mauvais état des finances : droit établi sur l'en- 
trée du vin, du camelot, des épiceries, sur le poids 
des farines et du sel, droit d'un carolus par ânée 
de grains portée au moulin, imposition du pied 
fourché ou entrée sur la viande vivante et morte. 
Enfin on réunit une assemblée générale de la com- 
mune, où furent exposées et les dettes que la ville 
avait à payer et les obligations qu'elle devait rem- 
plir. L'assemblée prit alors une mesure énergique : 
elle décida qu'on imposerait une aide de six deniers 
par livre sur toute marchandise, qui entrerait dans 
la ville, tant pendant les foires que hors des foires. 
Mais le plus difficile restait à faire. En effet, quand 
les villes voulaient augmenter leurs ressources, il 
fallait qu'elles obtinssent du Roi « congié de s'im- 
poser » elles-mêmes 2 . Il s'agissait donc d'obtenir 
du Roi l'autorisation de lever les nouvelles impo- 
sitions votées, et c'est à quoi les Lyonnais s'exté- 

4 P. Clerjon, Histoire de Lyon, t. V, p. 22. 
2 G. Dupont-Ferrier, Les officiers des bailliages et sénéchaussées 
à la fin du moyen âge, p. 865. 



262 LES PROKITS DE LA FAVEUR ROYALE 

nuèrenl pendant plusieurs années 1 . Après de Loi - 
efforts, le conseil du Roi permit la levée, non de 
l'aide des six deniers par livre, mais seulement de 
petites impositions sur le vin et le pied fourché*. 
En 1550, le nouveau gouverneur, Saint-André, 
qui passait pour très influent auprès du Roi, fut 
vite informé des vœux du consulat lyonnais relati- 
vement à l'aide (1rs six deniers. Il \ a des raisons 
de croire que les conseillers de La ville ne s'étaient 
décidés à faire à leur gouverneur une entrée gran- 
diose et coûteuse, qu'en vue d'obtenir son appui 
dans leurs demandes. En effet, une fois Les céré- 
monies terminées, on avait vu le consulat se rendre 
au logis du maréchal et, en lui offrant Les présenta 
de la cité, le supplier de vouloir bien travailler 
« aux grans et urgens affaires » de la ville, « tant 
pour obtenir exemption de La soulde des gens de 
guerre que le Roy demande présentement, que 
pour faire commuer l'ayde el subside m\^ sus Le 
vin à ung subside de six deniers pour Livre sur 
les denrées et marchandises entrans dans la ville, 
pour promptement payer el acquitter les grands 
sommes de deniers que ladicte ville tient à chai 
et interestz 8 ». Saint-André avait fait, cette mène- 
année, bailler par le Roi cinquante mille livres 
employer aux fortifications de Lyon*. Les Lyon- 

1 P. Clerjon, Histoire de Lyon. t. V. p. 3". 

t Ibidem. 

3 Arch. municip. de Lyon. BB 71. fol. 180-181. 

* Ibidem. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 263 

nais espéraient qu'il obtiendrait aussi facilement 
l'aide des six deniers. Le 10 septembre 1550, ils 
députèrent à la cour M. du Périer, un des con- 
seillers de la ville, portant mandat de s'entendre 
avec le gouverneur pour l'obtention du subside des 
six deniers 1 . En janvier 1551, on fit comprendre 
au consulat de Lyon qu'il fallait stimuler un peu 
le zèle de Saint-André. La ville s'empressa de lui 
offrir « une chaîne à cent escus 2 ». Au cours de 
cette même année, un marché fut conclu : Du Pé- 
rier, au nom du consulat, promit de payer au 
maréchal une somme de dix mille livres, s'il pou- 
vait obtenir du Roi le subside des six deniers en 
faveur de la ville 3 . 

Mais bientôt des difficultés surgirent. Saint- 
André prétendit que la promesse, au lieu d'être 
conditionnelle, avait été purement et simplement 
faite « en récompense des plaisirs et services » 
antérieurs rendus par lui à la ville *. Le 30 octobre 
1551, Du Périer, sans doute aux gages du maré- 
chal, remontra au consulat « que ledict seigneur 
gouverneur s'est employé et a prins beaucoup de 
poyne pour l'expédition des affaires de la ville en 



1 A. Péricaud, Notes et documents pour servir à l'Histoire de 
Lyon, p. 11. 

2 Proc. verb. de délib. cons. (5 janvier 1551), Arch. municip. 
de Lyon, BB 71, fol. 242. 

3 Ibidem, BB 72, fol. 194. 
* Ibidem. 



264 LES PROFITS DE LA PAVEUB BOYALE 

court 1 ». En même temps il présentai! des Lettres 

patentes du Roi, octroyant aux Lyonnais un sub- 
side sur le louage des maisons, et confirmant le 
subside de l'entrée du vin el du pied foun 
« lesquelz aydes et subsides l'on n'eus! jamais 
obtenu que par le moyen,, ayde et faveur dudi<-t 
seigneur gouverneur ». Il termina en réclamant 
que les dix mille livres promises fussent p 
Saint-André-. Mais la promesse de cette somme 
considérable valait seulement à condition que le 
subside des six deniers par Livre eût été obtenu* 
Or Saint-André n'avait fait octroyer qu'une aide 
très minime. Le consulat protesta donc énergique* 
ment contre cette réclamation injustifiée, et rei 
de payer ce qui n'avait pas été gagné. Obséquieux 
par cupidité, Le gouverneur insista, tout en multi- 
pliant les assurances de dévouement aux intérêts 
des Lyonnais. « Le sieur Jean Laurens, qui 
de par deçà pour vos affaires, écrivait-il au con- 
sulat, vous aura, dès ces heures, faict entendre 
tout ce que j"a\ moienné envers Le Roy, pour Le 
soulaigement de vos dictes affaires, qui na ; 
esté sans grand'peine. pour estre Le temps, comme 
vous pouvez considérer, assez mal à propos pour 
l'expédition de telles eboses. Tant v a que j"a\ 
bien voulu vous monstrer en cela la bonne volunté 
que je continuera)- en tout ce qui concernera le 

1 Arch. mun. de Lyon, BB Ti. fol. 1 i."> 

2 Ibidem. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 265 

repoz et tranquillité de voz affaires, et vous prie 
croire et estre assurez que je m'y emploieray tous- 
jours d'aussi grande ou meilleure affection que 
pour les miennes propres 1 . » Cependant Jean 
Tignat, lieutenant de Saint-André, demanda au 
consulat de payer au moins ce qu'on pourrait, 
sans quoi on risquait de perdre un protecteur très 
zélé. De son côté le député Jean Laurens écrivait 
« que le gouverneur s'est libéralement employé 
pour les affaires de la ville en court, qu v il seroit 
bon lui entretenir ladicte promesse et luy faire 
ledict don- ». 

La ville persistait à répondre que, les conditions 
du marché n'ayant pas été remplies, la réclamation 
du maréchal demeurait non avenue. Le 15 janvier 
1552, les échevins présentèrent un mémoire « à 
ce qu'il plaise au lieutenant Tignat exceuser les- 
dicts sieurs conseilliers envers ledict seigneur 
gouverneur de leur impossibilité de pouvoir satis- 
faire à ladicte somme de dix mil livres, combien 
qu'ilz veullent bien faire leur debvoir et reco- 
gnoistre les plaisirs, peynes et vaccations prinses 
par ledict seigneur gouverneur pour les affaires 
de la ville, en sorte qu'ilz demeureront tousjours 
ses très humbles et très obéyssans serviteurs 3 ». 



1 Lettre de S. André au consulat de Lyon (10 janvier 4532), 
Arch. municip. de Lyon, AA 26, n e 8. 

2 Ibidem, BB 72, fol. 194. 

3 Arch. municip. de Lyon, BB 72, fol. 197 v°. 



266 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

En termes déguisés, c'était un refus catégorique. 
Mais, devant l'insistance tenace el persuasive de 
Saint-André, le consulat, après de Longues délibé- 
rations, se résigna à faire proposer au gouverneur 
une somme de quinze cents écus, qui fut acceptée 
comme acompte 1 . 

Saint-André réclama le surplus avec une cons- 
tance remarquable, et la cité lyonnaise dut B 
quitter peu à peu 2 . 

Cependant le conseil du Roi ayant (axé Lvon à 
soixante-neuf mille cinq cents Livres pour la soi«l«' 
des gens de guerre, en 1552, le Roi fut obli-« 
d'accorder enfin le subside des six deniers par 
livre, au grand contentement des Lyonnais, qui 
avaient tant attendu le « congir '!«• s'imposer 

Le gouverneur réussit à faire octroyer la com- 
mission de la Levée de ce nouvel impôt municipal 
au député Jean Laurens, qui l'avait soutenu avec 
zèle dans la réclamation des dix mille Livres Le 
consulat semble avoir vu revenir ce personne^ 
sans entbousiasme, et Saint-André «lut envo 
des lettres pour le recommander. « Vous diray, 
écrivait-il, comme le Roy a donné audict Jehan 
Laurens la commission de lever les deniers dudict 
octroy de six deniers pour livre, dont je vous prye 



* Arch. municip. de Lyon, BB 72. fol. 1HS. 
2 Arch. mun. de Lyon. BB 7;:. loi. 15 v° : P. Clerjon. Histoire 
de Lyon. t. V, p. 48. 
:î P. Clerjon. Loc. cil., pp. 100-101. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 2G7 

lelaisserjoyr, vous assurant qu'il mérite beaucoup 
meilleure chose que cela pour le bon devoir que je 
voy qu'il faict en tous voz affaires, où il prent 
beaucoup de peine ! ». Ainsi se termina cette affaire 
du « subside des six deniers pour livre ». Le désin- 
téressement du gouverneur de Lyon n'y paraît 
qu'assez médiocre 2 . 

Les Lyonnais étaient non moins ambitieux que 
récalcitrants aux réclamations injustifiées de leur 
gouverneur. Les dix mille livres que celui-ci avait 
réclamées sans pouvoir les obtenir, il offrit bientôt 
de les gagner par d'autres services à la cour. 

L'édit du roi Henri II, qui créa dans le royaume, 
en 1552, soixante sièges présidiaux, en établit cinq 
dans le gouvernement de Saint-André : Aurillac, 
Lyon, Moulins, Riom et Saint-Pierre-le-Moûtier, 
auxquels on joignit bientôt un siège à Clermont 3 . 

1 Lettre de S. André au consulat (14 mars 1553). Arch. mun. 
de Lyon, AA 26, n° 9. 

2 L'état des finances de Lyon ne s'améliora pas, tandis que les 
impositions royales croissaient toujours. V. encore, au sujet du 
rôle que joua Saint-André pour obtenir la réduction de ces impo- 
sitions, des lettres intéressantes dans Le Roux de Lincy, Recher- 
ches sur Jean Grôlier, pp. 426-432. 

3 « ... En la ville de Lyon, siège présidial, huit conseillers, et 
un greffier d'appeaux, auquel siège présidial ressortiront les 
sièges dud. Lyon, le siège de la conservation des foires dud. lieu, 
les bailliages de Màcon, Forests et Beaujollais... — En la ville 
de Moulins, siège présidial pour la sénéchaussée de Bourbon- 
nois, sept conseillers et un greffier d'appeaux, auquel siège res- 
sortiront le siège dud. Moulins, avec les enclaves et ressorts 
selon l'érection qui en a esté faicte en duché par le feu Roy 
dernier décédé, que Dieu absolve, et les sièges de la Haute- 
Marche... — En la ville de Saint-Pierre-le-Moûtier. siège présidial, 
sept conseillers et un greffier d'appeaux auquel ressortiront le 



268 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

Ils ressortissaient tous au Parlement de Parit 
Le ressort du présidial de Lyon comprenait le 
Forez, le Lyonnais, le Beaujolais e! le Maçonna 
et huit nouveaux conseillers devaient être institués 
en la sénéchaussée. L'installation en eut lieu Le 
7 juillet 1552. Cependant les Lyonnais semblaient 
ne pas vouloir se contenter de si peu. Ils s'appi <- 
taient à demander « que l'on eût à Lyon les appels 
du Lyonnais, Forez et Beaujolais en dernier n — 
sort ; de plus, que iceux conseillers pussent con- 
naître des gens quiont committimus, de sorte que si 
un gentilhomme quelqu'il soit dudicl pays devoil à 
un marchand de Lyon, il seroil tenu de répondre 
en cette ville ! ». 

L'occasion était propire : Le lieutenant Tignal 
intervint aussitôt, qui laissa entendre que, si l'on 
voulait bien vite complétera M de Saint-André Les 



siège du bailliage dud. s Pierre-Le-Moûtier, compris 
Sauraings, Gusset et le bourg Saint-Estienne de Ni vers... — Ko la 
ville de Riom, siège présidial pour la seneschauw - Au- 

vergne, huit conseillers el ung greffier d'appeaux, auquel n - 
liront le siège dudicl Rio m, les tferrand, I 

brailles, Montagu, Aigueperse, Clermont el Montpensier... — - En 
la ville d'Aurillac, siège présidial pour la sénéchaussée du haut 
Auvergne, huit conseillers el ung greffier d'appeaux, auquel - - 
ressortironi lé siègedud. Âurillac, les si SaintrFlour, • 

lat et Murât... » (Extrait du règlement de mars 1554 sur le* 
sidiaux, Areh. Nat., P 2308. fol. \'2l:\ o\ s 

1 E. Laurain, Essai sur les présidiaux [Nouv. Rev. Itist. d* 
fr. et étr., t. XIX. p. 382). Le pays de Doml.es possédait dus 
longtemps un petit Parlement. 

- Le Maçonnais fui distrait, dans la suite, du i • Bftorl de Lyon, 
auquel on joignit la prévoté de Charlieu. 

3 P. Glerjon. Histoire de Lyon, t. N, p. v 



SAINT-ANDRE GOUVERNEUR 269 

dix mille livres promises pour l'obtention du sub- 
side des six deniers par livre, celui-ci se faisait 
fort d'obtenir tous les avantages désirés, qui 
seraient d'un grand revenu à la cité. Il est probable 
que des pourparlers furent engagés avec le gouver- 
neur \ Mais un parti assez fort, dans la ville, s'op- 
posait à ce qu'on poursuivît les démarches sur ce 
terrain, et finalement on décida qu'il valait mieux 
« ne pas faire de promesses à Monseigneur de 
de Saint-André » 2 . Cependant l'ambition de cer- 
tains Lyonnais ne fut jamais complètement assou- 
pie à ce sujet, et, en 1557, le maréchal, dans l'une 
de ses lettres au consulat, agitait encore cette 
question 3 . 

Au xvi e siècle, la vie municipale de Lyon est 
intimement liée à sa vie économique. Ce sont les 
foires qui créent sa richesse et, en même temps, son 
luxe et son développement de civilisation. Les 
foires franches jouent, à cette époque, un rôle consi- 
dérable dans le progrès humain. Établies au 
xv e siècle, elles atteignent un siècle plus tard leur 
apogée, jouissent d'énormes prérogatives et 
d'exemptions particulières, possèdent une juridic- 
tion et une police spéciales 4 . Les privilèges concédés 

1 Lettre de Saint-André au Consulat (14 mars 1553), Arch. mu- 
nicip. de Lyon, AA 26, n° 9. 

2 P. Glerjon, Histoire de Lyon, t. V, p. 58. 

3 Lettres de S. André au Consulat (27 mai et 13 juin 1557), 
Arch. municip. de Lyon, AA 26, n° 6 ; AA 28, n° 46. 

4 Ordonnances de François I er , t. I, pp. 91-95, 345-348. 



270 LES PROFITS DE LA FAVEUB ROYALE 

par les rois de France aux grandes foires de Lyon 
servaient ordinairement de point de comparaison 
pour de semblables établissements ' 

Il n'est donc pas surprenant de voir le gouver- 
neur de Lyon entretenir des rapports fréquenta 
avec la population marchande de la grande cité 
cosmopolite. 

Le 29 août 1550, quelques jours après son 
entrée- à Lyon, Saint-André avait reçu une «Imputa- 
tion des marchands étrangers de la ville, présentée 
par le consulat. Elle venait le prier d'agir auprès 
du Roi, pour empêcher rétablissement . sur La place, 
du droit d'aubaine qui allait directement contre Les 
privilèges des foires 2 . Mis en zèle par les présents 
qui lui furent faits, le maréchal s'employa active- 
ment à satisfaire d'aussi riches clients, et le 1 r no- 
vembre 1350, il pouvait annoncer au consulat que 
ses vœux étaient exaucés . En effet, par Lettres 
patentes, données à Wateville, au mois de no- 
vembre 1550, Henri 11 fit une déclaration, qui pré- 
cisait l'interprétation de L'article 9 des anciens pri- 
vilèges des foires et qui les augmentait. Toutes les 
marchandises, or, argent, denrées, Lettres de 
change, cedules et autres biens meubles, de 
quelle provenance qu'elles fussent, envoyées aux 

1 F. Aubert, Le Parlement au XVI* siècle {Souv. rev. kùt. du 
dr. fr. et étr., t. XXIX, p. 787). 
s Arch. municip. do Lyon, BB 71, fol. 2U 
3 Arch. municip. de Lyon, AA '28. n° bO. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 271 

banquiers et marchands lyonnais, pour être trafi- 
quées dans les foires, devaient, en cas d'intestat, 
revenir aux héritiers naturels, sans qu'il y eût lieu 
d'y appliquer aucune saisie, mainmise, aubaine ou 
épargne *. Satisfaits, les marchands de Lyon s'em- 
pressèrent d'employer le zèle de leur gouverneur à 
la solution d'une affaire depuis longtemps pen- 
dante, qui gênait considérablement les transactions 
du marché lyonnais, savoir l'imposition de la rêve 
et de la foraine. 

On sait que la rêve et la foraine étaient des 
droits de sortie sur les denrées et marchandises 
transportées hors du royaume ou hors des pro- 
vinces où les bureaux en étaient établis dans celles 
où ces bureaux n'existaient pas 2 . On désigne par 
ces deux appellations différentes la quotité plus ou 
moins forte d'une même chose. Imposition dont on 
fait remonter l'origine jusqu'à Philippe de Valois, 
la foraine était assez différente en Lyonnais de celle 
perçue en Languedoc et en Provence. Une pre- 
mière fois, en 1536, la ville de Lyon avait acheté du 
Roi la taxe qui s'y levait, et pris à ferme les droits 
de rêve et de haut-passage. Mais, en 1551, le Tré- 
sor royal ayant besoin d'argent, Henri II créa de 
nouveaux offices de collecteurs. Les collecteurs 
levèrent la rêve et la foraine sur les marchandises 

1 Cl. de Rubys, Histoire véritable de la ville de Lyon, p. 376. 
- J. M. Guyot, Répertoire universel de jurisprudence, t. VII, 
p. 477. 



272 LES PROFITS DE LA PAVEUB ROYALE 

achetées en foires de Lyon par les commerçants 
étrangers 1 . Aussitôt de vives représentations furent 
faites à la cour. Le consulat envoya des députés 
porteurs d'un mémoire. Au début de L553, loi 
députés de Lyon vinrent trouver Saint-An. In'. 
pour qu'il fît valoir son crédit. Ils remontrèrent 
les mauvais procédés, dont les titulaires de* 
offices royaux avaient usé envers Les marchands, 
le préjudice fait au commerce de la ville, qui j 
sait à l'étranger, et le peu de revenu qu<- ces droits 
procuraient au Roi 2 . Saint-André s'employa avec 
d'autant plus d'activité qu'il tâchait alors d'obtenir 
du consulat lyonnais les dix mille livres, dont il a 
été parlé plus haut. On suspendit la perception de 
la foraine pendant quelque temps. Mais bientôt, 
malgré les protestations et L'opposition du procu- 
reur de la ville, les collecteurs s'installaient de nou- 
veau en pleine foire . Des réclamation- i 
furent présentées, de nouveaux dons offerts par la 
ville à son gouverneur et aux personnages influents 
de la cour. Enfin, après de Ion-- efforts, les 
députés rapportèrent .les lettres patentes, «loir 
au mois de mars loo^5. qui cédaient a la ville [*g 
droits de rêcc et de haut-passage sur toute- ospèees 
de marchandises, et lui restituaient la propriété 

1 P. Clerjon, Histoire de Lyon, t. V. p. 49 : J. M. Guyot, Loc. 
si/pr. cit. 

2 Proc. verb. de délib. consul. 16 avril LSâlf, Aivli. municip. do 
Lyon, BB 72, fol. 244. 

! P. Clerjon, Op. cit., p. 50. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 273 

la foraine, acquise dès 1536, à charge annuelle de 
deux mille cinq cents livres, et du remboursement 
des offices de finances précédemment établis pour 
la perception l . La ville payait cher ses droits, 
mais elle recevait satisfaction complète. Les certi- 
ficats et acquits de ses commis municipaux étaient 
déclarés valables dans tout le royaume, et un lais- 
sez-passer général était accordé à toutes les mar- 
chandises sortant de la ville et sénéchaussée de 
Lyon -. 

Pour échapper à l'envahissement et aux tracas- 
series des officiers royaux, dont le nombre se mul- 
tipliait sans cesse par la pénurie du Trésor, les 
Lyonnais n'avaient d'autre moyen que de les 
racheter à grands frais. Us s'étaient délivrés ainsi 
de la foraine. Ce fut encore le procédé employé 
pour détruire un nouvel obstacle mis au commerce 
de la cité. Par édit du 3 mai 1553, Henri II créa, 
dans chaque siège royal, capital, présidial ou par- 
ticulier, un greffier des insinuations. Tous contrats 
de vente, échanges, donations, cessions, transports, 
constitutions de rentes, garanties, déclarations et 
autres obligations excédant cinquante livres tournois 
ne purent dorénavant acquérir leur valeur qu'après 
avoir été insinués et registres aux bailliages, 
sénéchaussées, prévôtés et juridictions royales du 

1 P. Clerjon, Loc. supr. cit., J. M. Guyot. Dictionnaire, t. VII. 
p. 477. 
8 Ibidem. 



274 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

ressort 1 . Les marchands protestèrent encore contre 
cette nouveauté « destructive des foires et du 
crédit du commerce ». Des députations furent 
envoyées à la cour, et le zèle de Saint-André mis de 
nouveau à contribution. Tant en fiais d<- \.»\ 
qu'en présents faits au gouverneur et aux membre! 
du conseil, la ville dépensa plus de quatre mille 
livres 2 . Malgré toutes ces démarches, le consulat 
ne put sauver le commerce lyonnais qufn achetant 
l'office de greffier des insinuations au prix de d< 
mille livres tournois . Rien n'avait été épargné 
cependant pour gagner l'entourage du Roi. et dei 
tonneaux de vin de Malvoisie avaient été envoyés 
pour séduire le connétable, le garde des 
et Saint- André*. Ce dernier, alors absent de h cour 
et menant l;i guerre en Picardie, sut néanmoins 
l'aire payer des services qu'il n'avait rendus que <l«- 
très loin : le 8 juillet 1554, les échevins lyonnais; 
se résignèrent, à lui accorder un don de cinq cents 
écus d'or soleil r> . 

La vénalité et, la rapacité de Saint-André, _ 
verneur, paraissent encore en relief dans une 



1 Isambert. Anciennes loi* françaises, t. XIII. p. 

2 P. Clerjon. Histoire de Lyon, t. V, p. 51. 
;i Ibidem . 

* Arch. municip. de Lyon. CC 101o. 

5 « ... Bien que lediet s r mareschal fust contraint absenter lad. 
cour, pour aller en Picardie, pour les atïaires du R 
verb. de délib. consul. {'6 juillet L554), Arch. municip. d 
BB 76, fol. 120. 



SAINT-ANDRE GOUVERNEUR 279 

affaire qu'il négocia au conseil en faveur des mar- 
chands florentins de Lyon. Ceux-ci, désireux d'ob- 
tenir une déclaration de franchise, pour fréquenter 
les foires, promirent de lui payer dix mille écus 
d'or soleil. Quand le temps vint de s'acquitter, les 
marchands firent quelques difficultés, et demandè- 
rent une réduction. Alors le maréchal écrivit à son 
lieutenant une lettre terrible pour les relancer et 
les menacer des plus durs procédés, s'ils persis- 
taient dans leur dessein \ Ce document montre toute 
l'avarice d'un gouverneur, qui ne voulait connaître 
ses administrés que pour les exploiter. 

Une question capitale, pour l'administration con- 
sulaire lyonnaise, c'était la question des subsi- 
stances : la tâche semblait difficile de fournir du 
pain chaque jour à la population considérable que 
les transactions commerciales attiraient sans cesse 
au confluent du Rhône et de la Saône. Le paupé- 
risme, dans le cours même du xvi e siècle, avait 
déjà produit des crises aiguës à Lyon 2 . Dès Tannée 
1551, le consulat fit solliciter Saint-André, afin 
que permission fût donnée touchant la traite des 
blés d'Auvergne 3 . On sait quelles défenses rigou- 
reuses entravaient alors le commerce du blé. La 



4 Arch. municip. de Lyon, AA 28, n° 45 (Pièce justificative 
no XXV). 

* H. Hauser, Etude critique sur la Rebeine de Lyon (Revue his- 
torique, t. LXI, pp. 265-307). 

3 Proc. verb. délib. consul. (25 août 1551), Arch. municip. de 
Lyon, BB 72, fol. 83 v». 



276 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

crise la plus vive, sous le gouvernement du maré- 
chal, se fit sentir pendant les années I006 el 1557. 
La sécheresse très prolongée avait occasionné une 
excessive cherté des vivres. Or la duchesse de 
Valentinois, ayant acheté du blé en Bourgogne, Le 
faisait transporter hors du royaume, en vertu de 
lettres patentes du Roi : le consulat lyonnais pro- 
testa et voulut arrêter les hlés au passage de la 
ville. Un grave différend surgit, el l'appui du gou 
verneur fut requis, en cour, pour le résoudre 
L'appui de Saint-André lui encore demandé, à 
cette même époque, dans une affaire analogue. Le 
commandeur de La Tourelle faisail charrier, pour 
le compte de l'ordre de Malte, deux mille ânées de 
blé. Les Lyonnais n'en laissèrent passer que huit 
cent cinquante Anées et retinrent Le reste 5 

Il faudrait citer une infinité de questions muni- 
cipales que le gouverneur Saint-André, moyennant 
gratifications, s'employa à régler au profit des 
Lyonnais \ Il en tira lui-même d'énormes avan- 
tages pécuniaires. Malgré Le prix élevé qu'ils 
payaient ses services, les Lyonnais, gêna habiles, 
surent ne montrer jamais trop de mauvaise grâce. 
En 1555, lorsque le maréchal demeura toute une 

1 Lettre de François Grôlier à Saint-André [9 mars 

de Lyon. coll. Charavay, n« fc49 : P. Clerjon, op. cit., t. V. p 

2 Lettres de Saint-André au consulat (avril L556 et juin 1557 . 
Arch. municip. de Lyon. AA28, n«" 46 et 59. 

3 Cf. lettres multiples de Saint- André au consolât, ibidem, A A 
28, n 06 50. 51, 52. 53. 54, 58. 59. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 277 

saison en Picardie, les Lyonnais, non sans une 
secrète ironie, lui firent exprimer leurs craintes 
peinées de ne plus le revoir. Mais leurs espérances 
intimes furent déçues, et Saint-André, en bon ami, 
leur adressa cette lettre exquise : « Hz (ses lieu- 
tenants) m'ont faict entendre le regret que aviez 
de me perdre en vostre bonne ville de Lyon pour 
ung bruict qui a couru que le Roy me voulloit 
pourveoir de ce gouvernement de Picardye, si le 
Roy de Navarre feust mort (ce qu'il n'est), et, 
quant il le seroit, je ne vouldroys, pour un meil- 
leur gouvernement que cestui-cy, vous laisser, tant 
pour l'amytié que je vous porte, que pour beaucoup 
d'autres raisons. » i Ces autres raisons, c'était 
qu'aucun gouvernement du royaume n'eût donné 
à son chef tant de profits et si peu de peines. 

Quelques années après, le 10 août 1557, Saint- 
André ayant été fait prisonnier à Saint-Quentin, 
les Lyonnais purent croire un moment qu'on allait 
leur donner un nouveau gouverneur. Il n'en fut 
rien. Bientôt même, du fond de sa prison, le 
maréchal fit pressentir le consulat, pour obtenir 
de la ville une contribution à sa rançon. Au 
mois d'août 1558, les conseillers prirent une déli- 
bération en ce sens 2 , et, le 27 décembre, Saint- 



1 Lettre de Saint-André au consulat (12 mai 1555), Arch. muni- 
cip. de Lyon, AA 26, n° 7 (Pièce justificative, n° XVI). 

s Lettre de Saint-André par laquelle il remercie le consulat 
(H août 1558K Arch. municip. de Lyon, A A 28, n°61. 



278 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

André reçut du Trésorier municipal quatre nulle 
livres 1 . 



Ces quelques exemples, tirés de l'histoire de la 
grande ville de Lyon, montrent quel rôle singulier 
à Tégard des villes joua ce favori habile et ru 
nommé titulaire d'un immense gouvernement à 
seule fin de l'exploiter. Sous le règne de Henri 11 
surtout s'exerça cette administration lucrative. 
Plus tard les intrigues de La cour absorbèrent 
toutes les ressources d'énergie de Saint-André. 
Cependant nous le verrons, au début des guerres 
de religion, revenir dans sou gouvernement] mais 
alors ce sera en homme de eruerre et en dictateur. 
Qu'on ne pense pas <ln reste <|u<' Lyon ait été 
traité exceptionnellement: toutes les villes d< 
lieutenance connurent la rapacité du maréchal. Lei 
Moulinois, frappés d'impôts, exposés au pass - 
de troupes effrénées, ne purent se garder des pil- 
leries des gens de guerre qu'en payant six mille 
livres à leur gouverneur J . Il serait fastidieux «l' 1 
vouloir renouveler pour chaque ville l'énum< 
tion des dons, qu'en arracha Saint-André. Partout 
le caractère de l'homme se lit sentir le même : dans 
ses rapports avec Lyon, il est apparu plus en relie! 



Quittance originale (27 dée. 1558), ibidem \ \ - y n° 55. 
11. Faure, Histoire de Moulins. Moulins. 1900. t. I. p. 79. 



SAINT-ANDRÉ GOUVERNEUR 279 

à cause de l'importance de la grande cité mar- 
chande. 

C'est sans doute pour réagir contre de tels abus 
que François II, en juillet 1560, défendit à tous 
gouverneurs de recevoir des dons de quelque ma- 
nière que ce fût, même du plein gré des populations 
administrées \ 

Titulaire d'un gouvernement au cœur du 
royaume, où il ne pouvait être question de défense 
militaire, Saint-André ne devait qu'y commettre 
des exactions. Outre les profits qu'il retira de ses 
rapports avec les villes, il ne se trouvait pas une 
occasion de gain sur toute la surface de sa lieute- 
nance, que le maréchal ne sût habilement exploiter. 
Le Roi d'ailleurs favorisait ces mœurs. Don de 
trois mille trois cents livres, provenues des déchets 
des comptes du receveur particulier d'Auvergne, 
don de bois en la forêt de Marsenac en Bour- 
bonnais, don de cinq cents livres prises sur un 
nommé Boniface, ce n'était que dons de biens, 



1 « Défendons à tous nos gouverneurs, tant des pays où l'on 
tient et assemble les Estais que autres, et leurs lieutenants... de 
prendre et recevoir dons et prests d'or r argent ou autres espèces 
quels conques de nos dicts subjects, soit par l'orme de don, recom- 
pense, salaires, taxations de voyages et vacations... Sur peine du 
quadruple envers nostredict peuple, sur lequel tels deniers auront 
esté levez, et autre quadruple envers nous... ausquelles peines 
ils seront subjects encores que nostre dict peuple eust voulu et 
consenty tel don et octroy, lors, auparavant ou après, ou que 
les dicts preneurs eussent obtenu lettres de nous, devant ou après, 
afin d'estre dispensez de nostre dicte ordonnance. » [Code Henry, 

p. OOO.) 



280 LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

de terres, d'argent, consentis par le Roi au gou- 
verneur 1 . 

Brantôme a écrit quelque part : « J'ay ouv dire 
à un grant homme de justice, voire des plus grands 
de France, que je ne nommeray point de peur 
qu'on ne le maudisse, qui disoit qu'il De Bçavoif 
ny lieutenant de roy, ny gouverneur de province 
ou ville grande, qu'ayant demeuré deux ou trois 
ans en ceste charge, qu'il n'y trouvast de quoy pour 
lui faire son procès el luy faire trencher la teste : 
tant ces deniers du roy, ces concutions, contribu- 
tions, exactions, sont agréables et apportent aux 
doigts un doux prurix et douce demangéson. » - I 
jugement est attribué à Michel de L'Hospital. 

1 Mentions, i'.ibl. Nat., f. ïr., m s 3942 .loi. 4 V, 9, 11. 

* Brantôme, Œuvres, t. III. p. i'». Cf. le jugement 
d'E. Pasquier, Œuvres, t. Il, p. >_'4. Richelieu devait dire plu- 
lard « qu'il l'alloii considérer les gouverneurs, <\u\ estoienl plus 
aizés à faire faux bond à leur conscience et manqv 
devoir... » (Mémoire*, coll. Petitot. t. VII. p. l" t 



QUATRIEME PARTIE 
LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 



CHAPITRE PREMIER 

ORIGINES ET FORMATION DU TRIUMVIRAT 
CATHOLIQUE. 1559-1561 



Les compétiteurs du nouveau gouvernement : Anne de Montmo- 
rency, Antoine de Bourbon, François de Guise. — Puissance 
des Guise sous le règne de François II. — Inquiétudes de Saint- 
André. — Les victimes des Guise. — Saint-André menacé. — 
Pour se sauver, il offre sa fille en mariage aux Guise. — Nou- 
velle puissance du maréchal, allié des Lorrains. — Antoine 
de Bourbon à la cour. — Obsèques de Henri IL — Sacre de 
François IL — Saint-André reste l'ami du connétable. — Sa 
situation paraît rassurée. 

Difficultés financières du royaume. — Saint-André se met sous 
l'égide de l'Espagne. — Premières relations entre le maréchal 
et l'Espagne. — Les négociations relatives au mariage de 
Philippe H avec Elisabeth de Valois. — Philippe II et l'hérésie 
en France. — Arrivée de Perrenot de Chantonay, ambassadeur 
d'Espagne. Son caractère. — Relations de Saint-André avec 
Chantonay. — La reine-mère fait du maréchal son porte-paroles 
auprès de Chantonay. — Mesures contre la Réforme. — Signes 
avant-coureurs delà guerre civile. — Préliminaires du tumulte 
d'Amboise. — Saint- André à Tours. — Rôle du maréchal pen- 
dant le tumulte d'Amboise. — Condé accusé quitte la cour. — 
Saint-André lancé à sa poursuite. — Entrevue du Mas-d'Age- 
nais. — Assemblée de Fontainebleau. 

Tentative des Réformés pour s'emparer de Lyon. — Le prosély- 
tisme protestant à Lyon. — Mesures prises par Antoine d'Albon, 
lieutenant du gouverneur. — Entreprise de Maligny. — Saint- 
André vient à Lyon pour diriger la répression et faire une 
enquête. — L'affaire du portereau sur le pont de Saône. — 
Opposition des bourgeois de Lyon. — Résultats de l'enquête 
contre les Bourbon. — Mission de Saint-André pour ordonner 
aux Bourbon de se rendre aux Etats d'Orléans. — Arrestation 
du prince de Condé. — Projets criminels contre le roi de 
Navarre. — Mort de François IL 



284 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

Obsèques de François II. — Le nouveau Roi, Charles IX. 

Régence de Catherine de Médicis. — Situation dangereuse de 
Saint-André. — Il s'attache étroitement aux Guise. — Le maré- 
chal intermédiaire entre Catherine de Médicis et les Guise. — 
Correspondance de Saint-André avec Philippe IL — Réunion 
des Etats généraux. — Justification du prince de Condé. — 
Affaire des restitutions. — Préliminaires du Triumvirat. — 
Conversion de Montmorency au parti catholique. — Intervention 
de Saint-André. — Formation du Triumvirat. 



Henri II étant mort, il semblait, dit Théodore «1»' 
Bèze, que la faveur de Saint-André « ne devoit non 
plus durer que la neige devant la chaleur «lu 
soleil » \ 

Son sort dépendait des maîtres du nouveau gou- 
vernement. Quels allaient être ces maîlri 

Alors que commençait la période de minorités 
et de troubles, qui s'est terminée historiquement 
par la disparition des Valois, on pouvait déjà pré- 
voir quels hommes devaient diriger pour longtemps 
les événements. 

La mort soudaine de Henri II, suivie de l'avène- 
ment d'un Roi enfant, laissait L'héritage du gou- 
vernement à trois chefs possibles. 

D'un côté Montmorency, vaniteux solennel. 
tait un ton impérieux et hautain, qui lui avait 
aliéné tout le monde. Malgré ses Longs et fidèles 
services aux deux derniers rois, l'avenir ne sem- 
blait lui promettre que des déboires. D'autre part, 
Antoine de Bourbon, premier prince du sang, pou- 

* Th. de Bèze. Histoire ecclésiastique des églxteé réformée* A I 



ORIGINES ET FORMATION 285 

vait paraître destiné à une puissance d'autant plus 
souveraine qu'elle était légitime. Mais il marchait 
à l'aventure, sans principes lixes ni système arrêté. 
Les événements l'ont toujours surpris, et il a bien 
montré dans la suite qu'il n'était pas plus capable 
de les diriger que de les prévoir. Son ambition 
elle-même, qui était sa passion dominante, n'avait 
pas des vues précises et des prétentions décidées. 
En somme il a successivement attaqué et défendu 
tous les partis et il a paru souvent désirer une 
autorité royale : cependant il est impossible de 
savoir quels projets il avait conçus ou même s'il 
avait conçu quelque projet. 

Mais le véritable chef de toute la politique, ce 
devait être François de Guise. Celui-là se rendait 
compte au moins de son ambition, et il savait net- 
tement ce qu'il voulait faire. Le sentiment qu'il 
avait de sa valeur et de la médiocrité de ses rivaux 
lui donna la force d'entreprendre. Dans ce temps 
d'incertitude, on subit l'ascendant de cette volonté 
puissante, qui avait la pleine vue de ses projets, 
la conscience de ses forces et presque la certitude 
de la victoire. 

Le 10 juillet 1559, le jeune François II montait 
sur le trône et avec lui prirent le pouvoir François ' 
de Guise et Charles, son frère, oncles de la nou- 
velle reine de France. Ceux des courtisans, qui 
avaient souci de maintenir leur situation, se virent 



286 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

bientôt contraints d'unir leur voix à celles qui de 
toutes parts criaient : Vive Guise ! ! 

Pendant que les nouveaux maîtres de la politique 
emmenaient jalousement au Louvre le frêle suoces- 
seur de Henri II, Montmorency et Saint-André, 
restés presque seuls aux Tournelles, veillaient but 
le corps de celui qui avait fait leur fortune et qui. mal- 
gré tant de fautes, leur avait conservé un<* amitié 
fidèle et aveugle. Devant l'écroulement inattendu 
du seul appui qu'il eût au milieu des haines et dei 
jalousies amassées contre lui. Saint-André put un 
moment se croire perdu. Tout de suite en effet on 
montra envers lui les plus mauvais égards et, sur 
l'ordre du jeune Roi, M. de Ronquerolles s'empara de 
sa chambre au château '. Mais bientôt, pressé par l<- 
danger, l'ancien favori de Henri II allait mettre en 
activité tout ce que son expérience déjà longue <-t 
sa nature féconde en ruses pouvaient lui fournir de 
moyens audacieux ou retors, pour se sauver. Saint- 
André dût se hâter de prendre des mesures <!<' 
sûreté. Les victimes avaient à peine le temps de 
se retourner, sous les coups des Guise. Hardis et 
sûrs d'eux-mêmes, ils frappaient sans ménagements 
tous ceux qu'ils supportaient avec peine sous l'an- 



' Mémoires de Tavannes. p. 827. 

2 Lettre d'une personne de la cour au cardinal de Tournon 
(11 juillet 1559) dans G. Ribier. Lettres et mémoires <T Estât, t. II, 
p. 809 ; cf. une lettre de rambas>adeur Trockmorton à la reine 
d'Angleterre (11 juillet), dans Calendars of state Papers. 1559. 
p. 370. 



ORIGINKS ET FORMATION 287 

cien règne. Appliquant à autrui le précepte de 
Granvelle : obedientia conditio felicitatis , ils 
déblayaient le terrain avec rudesse et précipitation. 
Pour se gagner les bonnes grâces de la reine Ca- 
therine, ils renvoyèrent dans l'ignominie Diane la 
maîtresse royale, quelques obligations qu'ils lui 
eussent, et par une mesquine injure, on alla jus- 
qu'à lui réclamer les pierreries et les bijoux donnés 
par Henri II, tandis que la Reine-mère n'avait pas 
honte de disputer à son ancienne rivale la maison 
de Chenonceaux. En même temps la surintendance 
des finances était enlevée à Jean d'Avanson, et l'on 
retirait les sceaux à Bertrandi pour les donner à 
Olivier. Montmorency lui-même, qui portait l'il- 
lustration personnelle d'un prestige acquis au ser- 
vice de la royauté pendant près d'un demi-siècle, 
n'était pas à l'abri. Il se vit contraint de troquer sa 
dignité de grand maître contre une charge de 
maréchal de France donnée à son fils aîné, et il 
fut même question de lui enlever le gouvernement 
de Languedoc. Comme pour l'attaquer jusque dans 
sa situation privée, les Guise osèrent lui disputer 
le comté de Dammartin \ 

Quelles n'étaient pas les inquiétudes de Saint- 
André ! Maîtres absolus du gouvernement et de la 
fortune des particuliers, les Lorrains n'avaient 
aucune raison d'épargner un homme que toujours, 

1 Fr. Décrue, Anne de Montmorency... sous François II> pp. 263- 
208. 



288 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

malgré sa servilité, ils avaient méprisé, à qui ils 
reprochaient justement son rôle indigne pendant 
les négociations de Câteau-Cambrésis. Saint-André 
du reste avait montré en toute occurrence la plus 
profonde déférence au Connétable, leur ennemi : 
ils lui en gardaient une rancune tenace. Enfin ils 
ne voyaient aucun avantage à s'attacher un person- 
nage, dont le passé trouble et quelquefois criminel 
ne pouvait que nuire au bon renom de leur gou- 
vernement. « Venu de bas lieux », conduit par une 
avidité sans bornes, le maréchal avait contre lui 
une énorme poussée d'opinion publique. A cette 
heure, non seulement, il s'agissait pour lui d'échap- 
per à la ruine qui menace aux changements de 
règne, tous ceux qui n'eut eu pour cause de leur 
grandeur que la faveur ou le succès, mais on pou- 
vait prévoir que, dès l'instant où finirait sa puis- 
sance politique, il tomberait aux mains furieuses et 
vengeresses de ses innombrables créanciers et de 
lous les malheureux qu'il avait volés ou écrasés de 
son omnipotence. Pardessus tout, ce qu'il craignait 
le plus, c'était « de desgorger » : . Or justement, 
en octobre 1559, François 11 révoqua, cassa, annula 
toutes les aliénations du domaine royal faites par 
ses prédécesseurs. C'était un coup droit porté au 
maréchal, le plus gratifié des favoris de jadis J . 

Régnier de La Planche. Histoire de l'Est ut de France sons le 

règne de François II, p. 200. 

4 Lettre de Ghantonay à la duchesse de Parme. Arch. du Re-v. 
de Belgique à Bruxelles, cartul. et mss, vol. 189. fol. 57- 



ORIGINES ET FORMATION 289 

Quel sort allait lui advenir à lui qui n'avait ni le 
prestige ni l'influence du Connétable, que Ton dé- 
pouillait cependant ? 

Alors que tous le voyaient déjà condamné, Saint- 
André, par une manœuvre audacieuse, où se révè- 
lent à la fois son prodigieux génie d'intrigue et la 
bassesse de son caractère, releva sa situation, au 
moins pour quelque temps. Le point le plus faible 
et le plus exposé de sa grandeur était dans ses 
richesses et ses biens de toutes sortes, acquis sou- 
vent par les procédés les moins avouables. En 
butte aux haines et aux jalousies, cette fortune 
présentait une cause de péril certain. Le maréchal, 
par un coup d'adresse, en fit le moyen de son salut. 
« Il feit donc remonstrer à ceux de Guyse les 
grands terres qu'il possédoit et qu'il n'avoit qu'une 
seule fille, laquelle s'il leur plaisoit donner à l'un 
des puisnés du duc de Guyse, il leur en bailleroit 
dès lors la possession, en mariage faisant, et n'en 
retiendroit que l'usufruit, lequel dureroit peu, 
parce que il s'en alloit mourant; que, s'il surve- 
noit autres enfants, ils seroient pourveus en béné- 
fices »*. Par ces offres avantageuses il achetait le 
maintien et la sécurité de ses états et dignités, 
« leur promettant, en ce faisant, user de si bon 
mesnage, qu'avec leur aide il s'acquitteroit aisé- 
ment de ses plus liquides debtes et supprimeroit 

1 Régnier de La Planche, loc. supr.cit., p. 206. 

19 



290 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

les autres » '. Les Guise ayant accepté le marché, 
Saint-André se trouva rassuré pour le présent : il 
s'était sauvé en trafiquant de sa fille, la malheu- 
reuse Catherine d'Albon 2 . 

Le maréchal, fort de ce succès, put de nouveau 
hraver ses ennemis. Il resta membre du conseil 
royal 3 , et Marguerite de Lustrac. sa femme, fut 
nommée dame d'honneur de Marie Stuart '. Lu l'ait 
suffit à montrer le degré de puissance où, de par 
les Guise, Saint-André remonta. Comme un jour 
François II chassait à Yincennes. Claude de Bour- 
deille, baron de M as tas, se prit de querelle avec 
Gabriel d'Apchon, neveu du maréchal. D'Apchon 



1 Régnier de La Planche, loc. supr. ci/., p. 206. 

2 L'acceptation du marché par Les Gui>e. malgré La diffén 
desran^s, s'explique parce rail que le dm- était 'haï;.''- d'en! 
D'ailleurs le mariage De 8e lit pas. Saint-André ayant . 

1562 à la bataille de Dieux, la maréchale iit. dit-un. empoisonner 
sa fille, dans l'espérance d'épouser le prince de I Clé- 

ment-Simon, La maréchale de Saint-André ei ians Rev. 

desquest. histor., t. LIX, p. 103j. — Dan- un roman historique, 
publié au xvii 6 siècle, le Prince de Coudé par Boursanlt, œuvra 
qui eut un succès considérable, le maréchal de Saint-Andi 
femme et sa fille sont noircis ignominieusement. Ce roman décrit 
les amours de François II et de Catherine d'Albon, qu> 
accompagné du duc de Guise et d'autres seigneurs, surprend 
dans le lit du Roi. croyant saisir L'Amiraleen rendez-vous galant 
M. Clément-Simon (Art. supr. cil.) a montré l'invraisem blam 
ce récit qui, aU jugement de M. Le duc d'Aumale. est « de 
fantaisie » (Histoire des princes de Condé, t. I. p. 267 et s.). 

3 « Ha voluto sua iMaestà... che in questo principio sia anco 
bonorato del medisme honore che bonoro il Re suo padre il ma 
cial di Sant'Androa, non escludendo pero dal dette consiglio il 
marescialle... » (Dép. vénit.. 12 juillet 1559. Bibl. Nat.. t. dal.. 
ms 1720, fol. 201 v°). 

* L. Paris. Xéf/ociations- sous François II, p. 74j. 



ORIGINES ET FORMATION 2V>1 

assassina son adversaire. Malgré l'odieux du for- 
fait et la bonne renommée de Mastas, on n'inquiéta 
pas le neveu de Saint-André l . 

Sur ces entrefaites, Antoine de Bourbon, roi de 
Navarre, qui n'avait pas su prendre à temps le pou- 
voir, se décida enfin à vaincre son indolence pour 
venir à la cour. La présence au Conseil du premier 
prince du sang" allait singulièrement gêner les Lor- 
rains. Ils résolurent de l'accabler de tant d'affronts 
qu'il s'en retournât de lui-même. Aussitôt des 
mesures furent prises. L'usage voulait que la cour 
se rendît au-devant des princes du sang qui reve- 
naient d'un long voyage : sous l'inspiration des 
Guise, François II s'en fut chasser à l'opposé, et 
lorsque le roi de Navarre, arrivé à Saint-Germain, 
vint réclamer l'appartement réservé au premier 
prince du sang, le duc déclara qu'il perdrait la vie 
plutôt que de le céder 2 . Antoine, mis dans la situa- 
tion d'avoir « la basse-cour pour logis et le ciel 
pour poelle », rencontra heureusement Saint- 
André, qui par pitié ou par politique lui offrit l'hos- 
pitalité. Le maréchal, depuis de longues années, 
était en bons termes avec le roi de Navarre. Dési- 
reux de conserver une amitié qui pouvait un jour 
lui être précieuse, il s'efforça de calmer sa colère. 
Prenant la défense de la maison de Guise, il repré- 

1 Brantôme, Œuvres, t. VI, p. 378. 

2 N. de Bordenave, Histoire de Béani et Navarre, éd. P. Ray- 
mond, Paris. 1873, p. 75. 



292 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUI 

senta au prince « qu'elle n'avoit pu s'empêcher de 
retenir l'appartement qu'elle occupoit, parce qu 
l'abandonnant, elle auroit donné sujet une- 

mis de la mépriser, et se seroit d'elle-même décla- 
rée indigne de la lieutenance générale de L'Estai 
dont le Roy l'avoit gratifiée ». 11 a jouta « qu- 
elle n'avoit point esté au devant du Roy de Navarre, 
c'estoit parce qu'on ne l'avoit poinl avertie «l'- 
arrivée, ce qui sembloil luy estre deu .: que La 
chasse du Roi sur une route contraire avoit esté Le 
pur effet de l'inclination de ce prince qu'on n'avoit 
pas voulu contraindre sans nécessité » '. Ces rai- 
sons n'étaient même pas spécieuses. Antoine paru! 
s'en contenter et, grâce à La courtoisie de Saint- 
André, un conflit violent fut évité. 

Cependant il fallait procéder aux cérémonies 
officielles des obsèques «le Henri (I et du sacre de 
son successeur. Le 12 août 1559, à la tête du I 
cortège qui conduisit la dépouille mortelle .lu jeu 
Roi de Notre-Dame de Paris en L'église Saint-Denis, 
Saint-André chevauchait « en dueil, ebapperon en 
teste, portant le grand colier de l'ordre » . lu 
mois après, accompagnant le nouveau R<>i avec le 
duc de Guise, Saint-André faisait le _■ de 

Reims 3 . Au jour du sacre, le IS septembre, il 

1 Varillas, Hislo'n-e de François second, La Haye, 16 

2 Relation des obsèques de Henri 11. Areh. Nat.. X'» 1391, a la 
fin du volume. 

3 Lettre de Chantonay à la duchesse de Panne 15 sept 151 
Areh. de Belgique à Bruxelles. Cartul. et mss. vol. 189. lui. 17 



ORIGINES ET FORMATION 293 

forma l'escorte d'honneur avec le prince de La 
Roche-sur-Yon, le duc de Montpensier et Coligny. 
Au festin, Montmorency, grand maître, n'ayant pu 
se faire remplacer par son fils malade, pendant 
qu'il était retenu à la table des pairs laïques, fit à 
Saint-André l'honneur de le déléguer en sa charge 1 . 
En effet, pour s'être voué aux Guise afin de 
sauver sa fortune, le maréchal n'avait pas cessé 
d'entretenir d'étroites relations avec le vieux con- 
nétable. Saint- André demeure le confident de 
Montmorency et, sous les incartades des Guise, il 
lui conseille de céder. Le 17 novembre 1559, après 
que le Connétable humilié eût abdiqué sa charge 
de grand maître, le maréchal lui fait les offres de 
services les plus empressées, et, lui annonçant que 
François de Montmorency a prêté serment comme 
nouveau maréchal de France, il écrit : « Je n'ay 
failli de fere et de solliciter tout ce qui m'a samblé 
vous pouvoir contenter, comme aussy feray-je tant 
que je vivrey en tout ce qui vous appartiendra » 2 . 
Ainsi la situation était assurée pour un temps. 
Grâce à ses efforts de diplomatie de cour, Saint- 
André se trouvait le seul homme qui pût se vanter 
d'être l'ami à la fois du duc de Guise, du roi de 



1 Lettre de Ghantonay à la duchesse de Parme (15 sept. 1559), 
Arch. de Belgique à Bruxelles, Gartul, et mss, vol. 189, fol. 22. 

2 L. Paris, Négociations sons François II, p. 759. — Dans une 
lettre antérieure, datée de Blois le 8 novembre 1559, Saint-André 
appelle Montmorency son « père » (Bibl. Nat., f. fr., ms 3158 
fol. 19). 



294 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

Navarre et du Connétable. Sentant le danger tou- 
jours proche, son art tendait à gagner l'amitié des 
chefs, dans chaque camp. 



Les ditticultés financières du royaume devenaient 
de jour en jour plus pressantes, a Toute l'étude de 
maintenant, écrivait l'ambassadeur Chantonav. esl 
de remettre le royaume en avant d'argent dont il 
est merveilleusement épuisé, et toute In aobl< 
se retire, et se fait la cour de jour en jour j»l n > 
petite, et ne passe le Roy par aucune ville, afin 
que, pour ses entrées, Ton ne se mette en irais »'. 
Les grandes dettes laissées par Henri II étaienl la 
cause de cette pénurie d'argent, qui attirait toutes 
les colères sur les riches favoris «lu Roi. On pou- 
vait prévoir que. Lorsque La situation financière 
deviendrait désespérée, L'opinion publique exige- 
rait des exécutions. 

A demi l'assuré par son marché avec les Guise, 
soutenu par l'amitié de Montmorency et du roi de 
Navarre, Saint-André se voyait néanmoins à la 
merci du moindre incident politique C'est tlor> 
qu'il entreprit de se ranger sous l'égide de L'Es 
pagne, en se faisant, à la cour, comme le soldat 
de la politique de Philippe IL Les relations étaient 

' Lettre de Chantonav à la duchesse de Parme (~i oe< 
Arch. «1(> Belgiqueà Bruxelles. Cart. .-t mss. vol. 189, 



ORIGINES ET FORMATION 295 

déjà anciennes entre le maréchal et le roi d'Es- 
pagne ou ses représentants. Durant les longs pré- 
liminaires du traité de Cateau-Cambrésis, les 
Espagnols avaient pu connaître et apprécier les 
talents d'intrigue de Saint-André. On se souvient 
du jugement qu'écrivait à Philippe II l'ambassa- 
deur Simon Renard : « Quant au mareschal Sainct- 
Andrez, il ne se socie tant des affaires genéraulx, 
que s'i peult faire son prouffit particulier, il se lais- 
sera mener comme l'on voudra; car il est du tout 
à se faire riche » \ Ce renseignement ne fut pas 
oublié du Roi catholique, et, lorsqu'il conçut ses 
grands desseins sur la politique française, Saint- 
André se présenta comme une force à utiliser. 

Mêlé activement à l'exécution du traité de paix, 
chargé de diverses missions touchant la libération 
des prisonniers et le choix des otages, le maréchal 
se créa des relations nombreuses dans les milieux 
espagnols. Lorsque Philippe II, en juin 1559, 
envoya à la cour de France le duc d'Albe, le prince 
d'Orange et le comte d'Egmont, suivis de nom- 
breux seigneurs, afin d'épouser par procuration 
Elisabeth de Valois, fille de Henri II, Saint-André 
reçut à souper, au milieu d'un faste princier, les 
ambassadeurs étrangers, dans son hôtel de la rue 
des Filles-Pénitentes 2 . Quelques jours après mou- 
rait le roi de France. Dès qu'il eut appris la triste 

1 Papiers de Grânvelle, t. V, p. 227. 

2 À. de Ruble, Le traité de Cateau-Cambrésis, p. 235. 



296 le TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

nouvelle, Philippe II dépêcha le duc d'Arcos pour 
offrir ses souhaits au nouveau souverain. Parmi 
les lettres, dont était porteur l'ambassadeur extra- 
ordinaire, se trouvait une missive pour le maré- 
chal, que Philippe II avait lui-même da 
écrire '. 

A cette époque, la préoccupation commun.* des 
cours de France et d'Espagne était Le mariage du 
Roi catholique avec Elisabeth de Valois. Retardée 
pour des causes intimes, que cachait La reine-mi 
la consommation en était impatiemment désirée 
par Philippe II. Las d'attendre, il envoya en 
France, au commencement d'octobre 1559, un 
gentilhomme de sa chambre, Philippe de Acuna, 
comte de Buendia, afin de presser Le dépari de La 
jeune reine 2 . Buendia quitta Valladolid Le 11 octo- 
bre, porteur dune Lettre de son maître pour Saint- 
André. « Mon cousin, écrivait le roi d'Espagne, 
comme le comte de Bondia son va par delà pour 
visiter de ma part madame la Royne et toute la 
compagnie, je luy a y enchargé que, par la même 
commodité, il vous visite comme cellu] que j'ai 
en bien bonne recommandation, au surplus <ju"il 
vous déclare la cause de sa venue » . L'envoyé 
espagnol n'arriva qu'après un mois de voyage, au 

1 Minute (15 juillet 1559). Arch. Nat, K 1492, n° 5«i. 

s A. do Ruble. op. cit., p. 

8 Minute, datée du 7 octobre 1559, Àrch. Nat . K 1 i93. n° 1. 
Dans sos instructions au comte <\v Buendia 'Arch. Nat.. K t 
n° 5), Philippe TI lui recommande de visiter le maréchal 



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ORIGINES ET FORMATION 297 

commencement de novembre. Le roi François, II, 
qui revenait de chasser à Esclairon, s'était arrêté 
au château de Vallery, chez le maréchal de Saint- 
André, et y passait quelques jours durant les fêtes 
de la Toussaint. Une énorme quantité de vivres y 
avait été amassée pour nourrir la cour. Mais le 
Roi, apprenant l'arrivée prochaine de Buendia, se 
mit en route pour le recevoir à Blois, la plus 
luxueuse de ses résidences \ Suivant les prescrip- 
tions de son maître, l'ambassadeur extraordinaire 
de Philippe II se rendit auprès du maréchal, s'en- 
tretint avec lui du sujet de sa mission, et le pria 
d'intervenir pour qu'on pressât le départ d'Elisa- 
beth, la nouvelle reine d'Espagne 2 . Saint-André 
s'empressa d'écrire au Roi catholique, lui annon- 
çant qu'on allait faire droit à ses réclamations. 
« J'ay receu, écrivait-il, la lectre qu'il vous a pieu 
m'escripre par monsieur le conte de Bondia, et 
entendu de luy l'ocasion de son voyage et le désir 
que Vostre Majesté a de veoir en brief la Reyne, à 
quoy je m'asseure, Sire, que le Roy son frère et la 
Reyne sa mère satisferont en peu de jours et feront 
en sorte que Vostre Majesté congnoistra leur 
volunté du tout conforme à la vostre. » Et il ter- 
minait par ces déclarations : « Dieu me face la 



1 Lettres de Chantonay à la duchesse de Parme (5 et 22 octobre 
1559), Arch. de Belgique à Bruxelles, Gariul. et mss, vol. 189, 
fol. 28 et 33. 

2 Arch. de Belgique, loc. supr. cit., fol. 38. 



298 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

grâce de pouvoir, par services agréables, mériter 

quelque chose des infinies obligations que j'ay à 
Vostre Majesté » *. 

Cependant Philippe II nourrissait des projets 
plus dangereux. Dans cette sorte d'alliance catho- 
lique, qu'avaient contractée d'une façon plus Oïl 
moins précise les rois de France et d'Espagne, 
pour la destruction de l'hérésie, le zèle n'était pas 
égal des deux parts. Le roi de France, par fai- 
blesse plutôt que par tolérance, soufflait des ch< 
que n'eût pas supportées la rigidité cruelle de Phi- 
lippe II. De là des nuages cl des divergences de 
vues qui firenl que l'alliance des deux POIS n'eut 
jamais rien de cordial ni de franc. L'ambassadeur 
espagnol à la cour de Fiance axait mission 'h' 
l'appeler sans cesse le Roi Très Chrétien à l'obser- 
vation du devoir catholique, et ses reproches 
déroulaient sans lin. lorsqu'une mesure accordait 
aux Réformés un peu de Liberté. 

Au mois d'aoûl 1559, arriva le nouveau repré- 
sentant de Philippe II auprès du roi de fiance. 
Perrenot de Chantonay, frère >\r Granvelle. Doué 
de l'esprit d'observation le plus pénétrant, a 
extrêmement soupçonneux, ce personnage remar- 
quable semble s'être gardé de toute amitié qui put 
le trahir. Mal disposé envers la famille royale et la 
cour de France, il a noté dans sa correspondance, 

1 Lettre de Saint-André a Philippe II (!•« nov. \ 
Nat.,K 1492, n° 79. 



ORIGINES ET FORMATION 299 

avec une implacable malveillance, les plus mauvais 
bruits et les plus ignobles dénonciations. Homme 
d'intrigues émérite et fort intelligent, il devait jouer 
un grand rôle dans la politique française, et s'ins- 
tituer comme le gardien attitré du catholicisme 
dans le royaume. Ses observations devinrent même 
si insupportables que François II demanda son rap- 
pel ; Philippe II refusa. 

Avec ce personnage, Saint-André allait entrete- 
nir des relations suivies. Ils s'étaient connus en 
Flandre au cours des négociations de la paix : dès 
l'arrivée de l'ambassadeur à la cour, le maréchal 
vint le saluer, « pour m'offrir, écrivait Chantonay, 
si je le voudrois emploier à quelque chose » *. 
Saint-André tout de suite se déclara « lui en son 
particulier comme le plus obligé de ceux qu'avoient 
reçu bien du Roy catholique ». Il promit de don- 
ner à Chantonay tout le contentement possible 
pour ce qui le concernait ou même pour ce qui con- 
cernait la cour, et il poussa la politesse jusqu'à 
s'occuper de son logis et des détails de son état 2 . 
Grâce à ces prévenances Saint- André devint 
rhomme de France que Chantonay daigna recevoir 
avec le moins de froideur. 

La reine-mère Catherine allait utiliser ces bonnes 
relations, en faisant du maréchal son porte-paroles 

1 Arch. de Belgique à Bruxelles, Cartul. et mss., vol. 189, 
fol. 78. 
* Ibidem. 



300 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

auprès de l'ambassadeur espagnol. Le I jan- 
vier 1560, étant allé en cour pour féliciter le duc 
de Guise de la naissance d'un fils. Chantonav ren- 
contra Saint-André. Après beaucoup de pol, 
celui-ci découvrit au représentant de Philippe II 
qu'il était chargé par Catherine de s'entretenir 
aveclui de questions importantes touchant Le* inté- 
rêts des deux royaumes de France el d'Espagne. 
Une entrevue fui fixée au Lendemain et, le 2 jan- 
vier, une longue conversation s'échangea. Pour 
gagner aussitôt les bonnes grâces de son parte- 
naire, le maréchal, exagérant sans doute un peu 
les paroles de Catherine, déclara « que la reine- 
mère aimoil le IU>\ d'Espagne autant que s'il 
étoit son propre fils, el que, afin que Sa Mai 
vît le fondement que Ton mettoit sur son amitié 
du côté de deçà, l'on avoil délibéré lui envoier en 
Espagne une dépêche par laquelle il rerroil le pré- 
cis véritable de toutes les choses passées en 
royaume, et traitées dès la morl «lu R03 Henry, 
dont on vouloit donner audict seigneur Roj compte 
bien particulier, afin qu'il vit la manière comme 
l'on y procède » \ 

Puis le maréchal s'efforça d'amener l« i cours de 
la conversation sur les affaires d'Ecosse alors brû- 



1 Lotir.' de Chantonav à la duchesse de Parme \l< r janvic 
Arch. de Belgique à Bruxelles. Cartul. et mss, fol. TS. — C 
lettre de Chantonav a PhUippe ïl '2 janvier . 8 iol, qui 

contient les mêmes peuseignements (Arch. Nat.. K 1493, n* 3ê) 

(Pièce justificative. n°X\ll 



ORIGINES ET FORMATION 301 

lantes, mais le rusé ambassadeur esquiva la ques- 
tion et se pril à parler des progrès de la Réforme 
en France. Il laissa entendre que, si Ton n'y met- 
lait ordre, le royaume courrait les plus grands 
dangers. Saint- André, heureux de montrer son 
zèle, répartit vivement que la répression allait de- 
venir plus violente, et « que, dans peu de jours, 
l'on publierait certaines déffenses et manières pour 
procéder plus succinctement, pour ce que les 
termes de justice étoient trop longs, quand on pre- 
noitle fondement sur l'hérésie. » A cette cruelle dé- 
claration, Ghantonay ne put contenir sa joie : « Je 
lui répondis, écrit-il, que toute sorte d'abréviations 
de rigueur, en ce fait de religion, étoit grande- 
ment à louer en la nécessité présente, et qu'il y 
falloit montrer visage sans acception de personne, 
car c'étoit ce qui faisoit sonner le chatoi et trem- 
bler tous les sujets »*. Puis Ghantonay continua 
ses remontrances et fît à son interlocuteur un 
tableau effrayant des progrès rapides de la doc- 
trine évangélique à Paris, en Normandie, Bretagne, 
Guyenne, Lyonnais, Languedoc, Auvergne et Pro- 
vence. Il se plaignit que la fleur des gens du Roi 
« étoit la plus gastée ». 

Saint-André voulut le rassurer, et protesta que, 
pour ce qui concernait le Lyonnais, dont il était 
gouverneur, « il n'y avoit pas beaucoup à craindre, 

x Loc. supr. cit. 



302 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

si ce n'étoit à Lion même pour raison des étran- 
gers, mais que la noblesse ne laisseroit jamais de 
suivre ce qu'il plairoit au Roy Très Chrétien 

On pouvait prévoir déjà depuis longtemps la 
recrudescence de persécution contre les hérétiques, 
que Saint-André annonçait à l'ambassadeur espa- 
gnol. Le 23 décembre 1559, Anne Dubourg étail 
monté sur le bûcher. De toutes ses forces, Le ma- 
réchal soutenait et animait une politique qui. en 
frappant ses ennemis, occupai! L'activité du gou- 
vernement et détournait l'attention publique de La 
détresse financière qu'avaient créée Les Libéralités 
du roi Henri II. Au baptême du fils de M de Guise, 
dont le Roi fut parrain, Saint-Audi.-, fidèle servi- 
teur de La maison de Lorraine, porta l'enfant -. 

Gependanl tous les éléments d'une guerre civile 
étaient prêts dans le royaume Les Réformés, 
dont les masses populaires avaient d'abord fourni 
le plus grand nombre , s'étaient accrus d'une 
noblesse partie sincère, partie lntér< - Sous les 
coups de la persécution et à L'instigation de 
nouvelles recrues, ils commençaient à se i fascher 
de la patience chrétienne et évangélique . Dès le 
12 octobre 1559, Ghantonay écrivait à Marguerite 
de Parme: «La religion en ce royaume est en un si 
étrange tourment, que si Dieu n'y miel la main, je 

1 Loc. supr. cit. 

2 Lettre de Ghantonay à la duchesse de Panne 1 17 janvier 1j60). 
Arch. de Belgique. Cartul. et inss. vol. 189, fol B 



ORIGINES ET FORMATION 303 

ne vois comme sera possible d'obvier aux troubles 
dont je crains fort que devant peu on entende 
étranges nouvelles » \ 



Une suite de conspirations allait précéder la lon- 
gue période des guerres religieuses. Pressentant le 
danger, les Guise tentèrent de compromettre Mont- 
morency dans leur cause. Le Connétable s'était 
retiré à Chantilly, loin de la politique. 

C'est là que, le 26 février 1560, il reçut une 
lettre de Saint- André, le suppliant de revenir à la 
cour 2 . Le maréchal commençait à jouer ce rôle de 
conciliateur, dont le coup de maître devait être 
plus tard la formation du Triumvirat catholique. 
Faisant allusion aux dispositions favorables que 
montrait alors le roi de Navarre, il écrivait à Mont- 
morency : « Or, monsieur, puysque nous somes 
en sy beau chemyn, je vous supplie de vous enve- 
nir le plustost que vous pourrez » 3 . 

Le gouvernement des Lorrains était fortement 
menacé, et, dans toutes les grandes villes, écla- 
taient des troubles significatifs. 

1 Lettre citée par H. de La Ferrière, Lettres de Catherine de 
Médicis, t. I, introduction, p. LIX. 

2 L. Paris, Négociations sous François H, p. 286. — C'est dans 
cette lettre que Saint-André a écrit cette phrase, que presque 
tous les historiens ont relevée : « Au temps où nous sommes, le 
moins escripre est le meilleur. » 

? - Ibidem. 



304 l<E TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

Avertis d'un complot, les Guise emmenèrent hâti- 
vement le Roi de Blois à Amboise, d'où la défense 
et la répression pouvaient être plus facilement diri- 
gées. 

Bientôt on allait mettre à L'épreuve le zèle de 
Saint-André. En effet, Le LS mars 1560, la cour 
apprit que de graves événements se passaient a 
Tours. 

Le comte de Sancerre, qui y représentait Le Roi. 
avait été informé, le 14 au soir, de L'arrivée d'étran- 
gers suspects dans le faubourg de La Riche 11 s'j 
pendit avec quelques forces et trouva une bande 
armée, qui avait à sa tête 1»' baron de Castelnau- 
Chalosse, le capitaine Mazères et Le baron de Rau- 
nay. Sur le geste qu'il lit de vouloir Les arrêter, 
les conjurés se dégagèrent violemment, en tirant 
descoupsde pistolet en L'air. Sancerre s'enfuit dans 
la ville et appela : « Alarme! alarme! force pour 
le Roi! » Mais personne ne vint, et Les habitants 
se retirèrent chez eux sans s'émouvoir. Aussitôt il 
dépêcha un messager au Roi, qui devait L'informer 
de L'arrivée des suspects cl de L'inertie des Tou- 
rangeaux. Castelnau et ses compagnons, sansètre 
inquiétés, allèrent s'enfermer, «huant la nuit .lu 
14 au 15 mars, au château de Noisay, en amont 
sur la rive dfoite de la Loire. 

Dès que la nouvelle de ces événements parvint 
à la cour, Saint-André reçut mission de se rendre 
à Tours, pour barrer le passage de Loire à Castel- 



ORIGINES ET FORMATION 305 

nau, et pour informer sur le refus des habitants de 
secourir le représentant du Roi. 11 emmena, outre 
un grand nombre de gentilshommes de la cour, trois 
cents cavaliers, et reçut ordre de prendre cinq com- 
pagnies d'hommes d'armes des garnisons voisines. 

Lorsque le maréchal arriva à Tours, il était trop 
lard pour empêcher Castelnau de passer la Loire ; 
quant à l'enquête sur le refus des habitants, il pa- 
rut que Sancerre avait eu plus de peur que de 
mal, et la population s'empressa d'assurer Saint- 
André de sa fidélité au Roi. Après avoir ordonné 
aux juges, maire et échevins de la ville d'obéir à 
Sancerre, le maréchal reprit la route d'Amboise 1 . 

On connaît la sanglante victoire des Guise au 
tumulte d'Amboise. Saint-André se distingua à la 
poursuite des conjurés embusqués dans les bois 
voisins du château 2 . Durant les sinistres exécutions 
qui suivirent la défaite des Réformés, il assista ses 
protecteurs avec diligence. De tous les capitaines 
huguenots, un seul, le baron d'Aubeterre, fut épar- 
gné sur les instances du maréchal, dont il était le 
parent \ Victorieux, la reine-mère et les Guise pré- 

1 Dépêche de l'ambassadeur vénitien (16 mars 1560), Bibl. Nat., 
f. ital., ras 1721, fol. 11-13; Ch. Paillard, Additions critiques à 
VEistoire de la conjuration d'Amboise, d'après les lettres de Chan- 
tonay {Revue historique, t. XIV, p. 105) ; Régnier de La Planche, 
Histoire de i 'Estât de France sous François II, p. 251. 

2 Davila, Histoire des guerres civiles de France, trad. fr., Ams- 
terdam, 1757, t. I, p. 53. 

1 Ch. Paillard, loc. supr. cit., p. 344. — Ce serait, au dire de 
Brantôme, ce baron d'Aubeterre, qui suscita plus tard Polirol de 

20 



306 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQIK 

tendirent se targuer de leur triomphe auprès du 
représentant de Philippe II. Le 28 mars, L'ambassa- 
deur Chantonay fut mandé à la cour. En présence 
du Roi, des Lorrains et de Saint-André, Cathe- 
rine prit la parole et, s'adressant à Chantonay. 
lui déclara que. par retour do honne volonté en\ 
le roi d'Espagne, dont l'amitié était chaque jour 
mieux appréciée, elle voulait l'avertir de certaines 
menées secrètes tramées contre lui. Une heure 
avant d'être exécuté, Mazères avait demandé la 
Reine pour lui faire des révélations Avec le car- 
dinal de Lorraine et le maréchal de Baint-Àndré, 
elle s'était rendue à la prison, où le capitaine lui 
avait découvrit les détails d'une conjuration entre 
les grands d'Espagne. Chantonaj remercia la 
Reine avec hauteur cl répondit, non sans ironie, 
queles grands et le peuple d'Espagne étaient obéis- 
sants et fidèles 1 . 

Après la sanglante équipée d'Àmboise, les Guise 
voulurent que la responsabilité en retombai sur le 
prince de Condé. Toutefois ils n'osèrent pas porter 
leur accusation en face. On se rappelle la scène 
célèbre où, Condé ayant offerl la bataille à quicon- 
que l'accuserait, le duc de Guise, dans un geste 
bizarre, proposa de lui servir de second Quelques 

Meré. l'assassin du duc do Guise [Brantôme, Œinres. t IV. 
p. 251). 

1 Lettre de Chantonay à la duchesse de Panne (2S mars 1560), 
Arch. de Belgique à BruxeMo. Gartal. et mss, vol. ISS, fc 



ORIGINES ET FORMATION 307 

jours après, Condé quittait la cour en manifestant 
hautement son dépit. Ses desseins à venir inquié- 
taient fort les Lorrains. Comme son frère, le roi de 
Navarre, ne montrait aucune hostilité, pour le sous- 
traire à Tinlluence du Prince, ils l'invitèrent à venir 
à la cour. 

Antoine refusa poliment l'invitation. Anxieux, les 
chefs du gouvernement prirent alors le parti de 
faire « filer » Condé par une sorte de policier habile 
et astucieux. Pour remplir ce rôle, leur choix tomba 
sur Saint-André. Outre ses qualités propres de ruse 
et d'intrigue, le maréchal nourrissait, à l'égard de 
Condé, une haine amère et secrète. Compagnons 
de guerre, pendant les campagnes du règne de 
Henri II, leur amitié s'était changée en inimitié 
sourde depuis que Marguerite de Lustrac, femme 
de Saint- André, avait paru trop sensible au charme 
de Condé 1 . Serviteur intéressé des Guise, ennemi 
intime de Condé, quoique en bonnes relations avec 
le roi de Navarre, le maréchal s'offrait comme par- 
ticulièrement apte à remplir le rôle d'espion mal- 
veillant contre les Bourbon. 

Sous prétexte de visiter ses terres de Fronsac et 
de Coutras et de mettre ordre aux affaires de sa 
femme, Saint-André quitta la cour vers le milieu de 
juin 1560 et se mit en route vers la Gascogne. Lors- 



1 Mémoires de Castelnau avec additions par le Laboureur, t. I, 
p. 514 : A. de Rubie,. Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. II. 
p. 309. 



308 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

qu'il arriva à Bordeaux, le roi de Navarre el le 
prince de Condé s'y trouvaient encore. Ils délogèrent 
aussitôt sans le voir, prétextant un faux état de gros- 
sesse de Jeanne d'Albret 1 . Le maréchal ne se tint 
pas pour dépisté et se mit à leur poursuite à grandes 
journées, accompagné, outre ses gens, d'une escorte 
de cent-vingt arquebusiers à cheval. 11 les atteignit 
au Mas-d'Agenais dans le duché d'Albret. 

Tout de suite, avec une parfaite bonne grâce, il 
assurales princes de sa profonde amitié el fit enten- 
dre au roi de Navarre « qu'estant venu ses terres 
visiter au-delà, il n'avoit voulu approcher si près 
sans luy aller faire la révérence et au prince son 
frère » 2 . Il leur remontra la bonne volonté du Roi 
et de la reine-mère envers eux el les bons sentiments 
que le cardinal et le duc de Guise protestaient publi- 
quement leur avoir voués, « par quoy. disait-il, ils 
ne dévoient faire nulle difficulté de s'acheminer en 
cour, où ils estoient grandement desirez du Roj 
Les deux Bourbon firent au maréchal le plus mau- 
vais accueil. Ils lui reprochèrent durement d'avoir 
piétiné l'amitié qu'il leur portait, par servilisme 
pour les Guise, et ils lui déclarèrent le mépris que 
leur inspirait ce rôle d'espion qu'il s'était abaisc 
jouer. Les paroles du prince de Condé lurent sur- 

1 Sommaire des lettres de Chantonay (31 août-S sept. L5M), 
Arch. Nat., K 14'J3, n° 77. 

2 Régnier de La Planche. Histoire de l Estât de Fra* 
François II, pp. 313 el 344. 

:! N. de Bordenave. Histoire de Bearn el Navarre, p. Bt. 



ORIGINES ET FORMATION 309 

tout hautaines et blessantes. Très dépité, Saint-An- 
dré s'en revint à la hâte. En définitive sa mission, 
qui avait fait quelque bruit jusqu'à l'étranger, 
échouait piteusement 1 . 

Les difficultés intérieures du royaume s'aggra- 
vaient. La publication de l'édit de Romorantin, sui- 
vant de près l'avènement du chancelier de L'Hospi- 
tal, n'avait pu calmer les inimitiés religieuses. Aux 
prêches les Réformés se réunissaient en armes, 
malgré les ordonnances. Déjà les provinces étaient 
sillonnées de bandes guerrières, en Provence, en 
Dauphiné, en Guyenne. Pour aviser au plus pressé, 
on décida la réunion à Fontainebleau d'une assem- 
blée de grands personnages. Elle se tint le 25 août 
1560, et Saint-André y assista avec tous les mem- 
bres du conseil privé 2 . Le Roi invita les personnes 
présentes à donner leur avis librement, mais sans 
violence, sur les moyens de soulager ses sujets et 
de porter remède aux troubles de l'État. De nom- 
breux orateurs prirent successivement la parole; 
puis il fut décidé à la pluralité des voix que le Roi 
fixerait la tenue des États généraux à Meaux. Après 
quoi on arrêta de distribuer les compagnies d'ordon- 

1 Dép. vénit. (8 août 1560), Bibl. Nat., f. ital., msl721, fol. 152; 
lettre de Chantonay à la duchesse de Parme (5 août 1560), Arch. 
de Belgique à Bruxelles, Gartul. et mss, vol. 189, fol. 92; Régnier 
de La Planche, Histoire de l'Estat de France, p. 344; A. de 
Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. II, p. 310. 

2 Régnier de La Planche, Histoire de V Estât de France, p. 351; 
P. de La Place, Commentaires de Vestat de la religion et répu- 
blique, coll. Buchon. p. 53. 



310 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

nances entre les différents gouvernements, de sorte 
que celles qui paraissaient suspectes fussent e ma- 
drées par des troupes sûres. La compagnie du 
maréchal de Saint-André, dans le gouvernement de 
Lyonnais et Bourbonnais, reçut pour résidence La 
ville de Moulins avec en sous-ordre les compagnies 
de Damville, Bourdillon. La Fayette, Villari 
Monluc '. 



Bientôt Saint-André allait être touché par les 
événementsd'une façon plus directe et plus person- 
nelle. Au mois de septembre 1560, La cour lut infor- 
mée par Antoine d'Âlbon, lieutenant du maréchal 
au gouvernement de Lyonnais, qu'on avail tenté de 
surprendre la ville de L\<m J . Que s était-il pasi 

Depuis longtemps un fort parti protestant se 
recrutait parmi les bourgeois de la ville, lai jan- 
vier 1560, Saint André, dans une conversation a\ «•«• 
Chantonay, croyait pouvoir L'assurer de la fidélité 
des Lyonnais au catholicisme : il se trompait, lai 
effet, par les lettres elles députât ions que les é< lie- 
vins adressaient à la cour, ils s'efforçaient de ras- 
surer le Roi: la ville était, disait-on. paisible, 
dévouée à la cause royale et catholique, à 1 abri de 
toute sédition. On démentait soigneusement les 

1 Régnier de La Planche, op. supr. cit.. p. 364. 

i Régnier de La Planche, op. supr. cit.. p. 365 < t iaiv. 



ORICINES ET FORMATION 311 

rapports malveillants. Mais ces illusions ne devaient 
pas durer longtemps. Dès la fin de mars, le lieute- 
nant de Saint- André à Lyon lui fit savoir que l'agi- 
tation religieuse gagnait même le consulat et les 
chefs des nations étrangères. Préconisant la ter- 
reur comme moyen de répression, il réclamait qu'on 
lui envoyât des forces nouvelles 1 . Vers le mois de 
juillet, Saint-André s' adressant un jour à Jean Ca- 
mus, député de la ville en cour, lui déclara « qu'il . 
seroit marri d'avoir à annoncer au Roi qu'il y a dans 
Lyon plus de neuf cents maisons suspectes et plus 
de deux mille personnes fugitives » 2 . 

Le lieutenant-gouverneur, Antoine d'Albon, 
homme d'Eglise, cousin du maréchal, avait fait que 
rien ne balançât dans la ville l'inlluence du clergé. 
Néanmoins, après le tumulte d'Amboise, les chefs 
protestants, confiants dans le nombre de leurs 
adeptes lyonnais, projetèrent de s'emparer de cette i 
place et d'en faire le point d'appui de l'agitation 
réformée du sud-est. D'activés menées furent 
conduites à cette fin. Mis en éveil, Antoine d'Albon, 
brûlant de mériter la faveur des Guise, se disposa 



1 « Il governator di Lione fa intender al maresciale di Sant'- 
Andrea, che ne ha il governo principale, il mal stato di quella 
città. etcongrandissima instantianon assicurandosi délia provin- 
siani fatte da lui, et dalli consoli et capi di mercanti délie nationi 
forestière, damanda esser li datto maggior rimedio et ajuto per 
la paura che havuo, che sollevandosi il populo, non restino depre- 
dati et fanhegiati... » Dép. vénit. (28 mars 1560), Bibl. Nat., f. 
ital., ms 1721, fol. 35 v°. 

2 P. Clerjon, Histoire de Lyon, t. V, p. 135. 



312 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

à prendre des mesures énergiques de défense, et, 
soupçonnant la garde bourgeoise de connivence 
avec les Réformés, il retint à Lyon de nombreux 
gentilshommes de la compagnie de Saint-André, 
son parent. Obligé sur un ordre du Roi de les ren- 
voyer, il déploya d'autre part une activité considé- 
rable. Un détachement d'hommes d'armes fut posté 
en Forez sous les ordres de François d'Agoult, 
comte de Sault. Puis Antoine d'Âlbon convoqua la 
noblesse de Bourbonnais à Moulins, pour s'assurer 
de cette province. En attendant La réunion de cette 
assemblée, il prit à Lyon même des mesures radi- 
cales, dissipant les prêches < i t poursuivant les 
Réformés avec la dernière rigueur,de quoi il recul 
les félicitations du Roi et de la Reine-mère*. Con- 
fiant dans la terreur inspirée par le supplice de 
quelques huguenots, il se disposait a prendre la 
route de Moulins. Mais sur ces entrefaites il reçut 
un avis du maréchal dé Saintr-André, son supérieur, 
<jui lui ordonnait de contremander l'assemblée de 
la noblesse de Bourbonnais et de rester à Lyon 
gravement menacé 2 . 

En effet, Ferrières-Maligny, après s'être enfui 
d'Amboise où on l'avait vu à la tête des conjurés, 
s'était réfugié en Provence, pour y lever des troupes. 
Il se ménagea «les intelligences dans Lyon e1 réus- 
sit à y entrer. Puis, profitant de la foire du mois 

1 Lettres de cachot. Areh. du château d'Avance.-- (Rhône). 
'- Cl. Le Laboureur. Les masures de Vile-Barbe, t. II, p. H. 



ORIGINES RT FORMATION 313 

d'août, il introduisit dans la ville de nombreux par- 
tisans « deguizez en marchands, à qui une balotte 
partie de blanc et de noir servait de symbole pour 
avoir seur accez chez ceux de leur party » *. Mais 
des mercenaires, employés par les conjurés, trahi- 
rent le secret et avertirent Antoine d'Albon. Celui- 
ci fit cerner le lieu de réunion des Réformés par 
trois cents arquebusiers mandés en toute hâte. 
Trente personnes s'y trouvaient, qui firent feu et 
soutinrent l'attaque. A ce moment Maligny survint 
et, repoussant les arquebusiers, il réussit à s'em- 
parer d'une partie de la ville, comprise entre le 
Rhône et la Saône, et même du pont de Saône. 
Puis, sans espoir de renfort, il se retira en bon 
ordre, facilité, dit-on, par d'Albon lui-même, qui 
craignait l'arrivée aux protestants d'un secours 
décisif 2 . Aussitôt que la nouvelle de cette auda- 
cieuse entreprise parvint à la cour, des mesures 
extrêmes furent décidées. Gouverneur et lieutenant- 
général du Roi en Lyonnais, Saint- André avait 
dans les attributions de sa charge la défense de 
Lyon contre tout ennemi. Il put se réjouir intérieu- 
rement d'une occasion, qui s'offrait à lui, de mon- 

1 Ibidem, p. 12. — On conserve à la bibliothèque de Lyon un 
manuscrit (Cat. Delandine, n° 89) des plus intéressants pour 
l'histoire des guerres de religion. C'est un poème latin : De tris- 
tibus Francise (depuis la conjuration d'Amboise jusqu'à la prise 
d'Issoire en 1577). 11 renferme 39 dessins à la plume et au lavis. 

i Régnier de La Planche, Histoire de VEstat de France, p. 368 ; 
P. de La Place, Commentaires, p. 69 ; Cl. Le Laboureur, Les 
mazures de Vile-Barbe, pp. 12-13. 



314 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

trer son zèle, tout en profitant des confiscatioi 
venir. Le prétexte aussi était bon d'exercer sa ran- 
cune contre Condé, que Ton accusa aussitôt plus 
ou moins ouvertement d'être l'instigateur <lu coup 
de force. 

Le maréchal fit donc annoncer sa venue aux auto- 
rités lyonnaises : accompagné de bandes arnu 
des compagnies de Damville, Bourdillon et La 
Fayette, qu'il entendait être Logées aux frais des 
habitants, il devait procéder à une enquête 1 Des 
Guise il avait reçu mission de compromettre à tout 
prix Condé et son frère, le roi de Navarre. On 
envoya d'avance des lettres aux juges «le Lyon pour 
leur recommander de tenir prêtes, a L'arrivée ds 
Saint-André, les preuves contre les Princes . Le 
gouverneur arriva le 20 septembre L560, accompa- 
gné du cardinal de Tournon : plus qu'en enquêteur, 
\ c'est eu dictateur qu'il (il sou entrée dans la grande 
cité marchande et lettrée. Un dîner lui fut offert à 
l'hôtel de ville, auquel assistèrent Les échevii 
tous les officiers royaux el consulaires Pendant 
un mois le maréchal dirigea son enquête, et une 
véritable terreur régna dans la ville, Les Lyonnais 
cherchèrent à faire retomber tout le tort sur le» 
étrangers : mais ce fut aux riches bourgeois que 

1 Dép. veuit. (4 oct. 1560), Bibl. Nat.. t. ilal.. ma 17», fui. 117 
v° ; Régnier de La Planche, op. cit., p 369: Hu: • re de 

Lyon, pp. 387-388 ; P. Clerjon, Histoire de Lyon. t. V. y 

* Régnier de La Planche, loc. supr. cil. 

3 Arch. municip. de Lyon. CC 10*4. 



ORIGINES ET FORMATION 31o 

s'en prit le gouverneur, et des concussions innom- 
brables furent commises. On tenta d'adoucir Saint- 
André en lui offrant des « queues » de vin vieux 1 ; 
mais rien ne put arrêter son avidité ni son zèle à 
remplir la mission reçue des Guise. Il trouva des 
auxiliaires diligents dans les juges lyonnais, parmi 
lesquels il convient de citer le juge Néry de Tor- 
véon : ils n'épargnèrent pas leur peine à le secon- 
der, à lui fournir des preuves et même des faux 
témoins : . De tout ce travail odieux rien ne sortit 
qui pût compromettre les Bourbon d'une façon 
précise. Les chefs de l'entreprise, Maligny, La 
Rivière, Malleval, avaient disparu. Des malheureux 
obscurs, plus ou moins coupables, furent torturés 
affreusement et, dans les tourments, consentirent 
à déposer vaguement contre Gondé et le roi de 
Navarre. Un certain La Borde, ancien page de 
Gondé, subit Y estrapade , « telle que jamais homme 
ne reçut la pareille sans mourir », puis on lui mit 
les escarpins de feu, supplice affreux que l'on renou- 
vela jusqu'à ce qu'il eût fait une vague déposition 
contre son ancien maître 3 . 

Il fallait prendre des mesures pour empêcher toute 
nouvelle surprise. Durant son séjour, Saint-André 
visita soigneusement les murailles de Lyon, et y fît 



1 Arch. municip. de Lyon, CG 1087. 

- Régnier de La Planche, Histoire de VEsiat de France, p. 371 
et suiv., Rubys, Histoyre de Lyon, p. 388. 
3 Régnier de La Planche, loc. supr. cil. 



316 LE TRIUMVIRAT CATH0LIQU1 

opérer des réparations urgentes. La Saône, qui sépa- 
rait le quartier archiépiscopal du reste de la ville, 
était franchie par un pont non fortifié, donl Maligny 
avait pu s'emparer. Effrayé, le clergé suggéra à 
Saint-André l'idée d'une nouvelle construction, qui 
fut vivement repoussée par les bourgeois de Lyon. 
Néanmoins le maréchal donna des ordres pour qu'on 
édifiât une tour au milieu du pont de Saône, avec 
deux portes s'ouvrant sur chaque rive et destin 
à être fermées à clef pendant la nuit 1 L'opinion 
unanime des Lyonnais se révolta contre un pareil 
projet. Les plus pressantes remontrances furent 
adressées au gouverneur. Ce portereau eût part 
la ville en deux grands villages, dont l'un. Le quar- 
tier du Rhône, eût été gravement lésé, CODUme noté 
d'infamie et traité en ennemi. Les officiers de l'ar- 
chevêque eux-mêmes durent reconnaître que, à 
titre de particuliers, ils blâmaient le projet. Saint- 
André n'agréa aucune protestation et passa outre 1 . 
Cependant il quitta Lyon avant que L'exécution fût 
commencée. Alors le consulat députa en cour pour 
faire abolir les ordres donnés: le maréchal répon- 
dit, le 14 novembre 1560, par une lettre catég - 
rique, déclarant qu'il entendait être obéi immédia- 
tement 3 . Mais rien ne put vaincre L'opposition des 

1 Rubys, Ristoyre de Lyon, p. 388: P. Clerjon, Histoire de 
Lyon, t. V, p. 14j. 
- Loc. supr. cit. 
s Arch. municip. de Lyon. AA 46. fol. 177. 



ORIGINES ET FORMATION 317 

bourgeois. Au commencement de Tannée 1561, 
les rapports s'aigrirent tout à fait entre la ville et 
son gouverneur. Les Lyonnais multipliaient les 
démarches auprès de tous les personnages puis- 
sants : Saint-André, qui entendait être seul maître 
dans son gouvernement, en fut vivement irrité. 
Enfin, grâce à l'habileté du député de Lyon en ( 
cour, le célèbre bibliophile Jean Grôlier, après de 
longues conférences, le gouverneur consentit à con- 
tremander ses ordres relatifs à l'édification du por- 
tereau, sous la condition que les consuls et éche- 
vins rédigeraient une promesse de conserver la 
ville en l'obéissance du Roi, promesse signée de 
leur « nom et surnom » l . En conséquence, le 
12 mars 1561, Jean Grôlier, en présence du maré- 
chal de Saint-André, lut à genoux aux pieds du 

1 « J'ay de rechef parlé aud. seigneur [Saint-André] de la porte 
sur le pont, lequel m'a dit que. quant il verra ung acte de pro- 
messe, contenant le nom et surnom de messieurs les eschevins 
promettans conserver la ville soubs l'obéissance du Roy, qu'il 
fera ce que voulez. Et y a deux jours que je vous ay escript par 
la poste que, en qualité d'eschevins, ne debviés faire difficulté 
de faire telle promesse, car desja y estiez assez obligez par l'obli- 
gation naturelle et divine que debvons à nostre prince, tellement 
que telle promesse ne mord ne rue et ne sert que d'ung tesmoi- 
gnage de bonne volunté que vous portés au prince, et pour 
contenter le dict seigneur, qui veult avoir l'honneur de la con- 
tradiction qu'il nous a faict à Orléans : quoyque soit, suffit que 
puissiez obtenir ce que demandés et conserver l'amitié du dict 
seigneur, qui est fort bien voulu de la Royne mère, et que j'ay 
appaisé par tel expédient. J'ay cogneu qu'il a esté fort content 
de ce que je me suys addressé à luy seul, sans persister aux 
poursuites que j'avoys commencé au dict Orléans. Sa bonne 
grâce peut proffiter à la ville... » (Lettre de Jean Grôlier au con- 
sulat de Lyon, février 1561, dans Le Roux de Lincy, Recherches 
sur Jean Grôlier, p. 428). 



318 LE TRIUMVIRAT CATHOLIOUK 

Roi la déclaration suivante : « Sire, les esche 
« de vostre ville de Lyon ont eu de toute ancien- 
« neté des rois de France vos prédécesseur* I ; 
« garde des clefs de ladicte ville, et pour raison 
« cette garde, en chascune mutation dé règne, «ti 
« ont fait foy et hommaige. Et pour rostre nou- 
« veau advènement à la courone, les dicta • sche- 
« vins vous font, Sire, semblable hommaige, roui 
« promettans fidélité comme à leur souverain Rov 
« et prince, et de conserver la ville en toute obéis- 
« sance soubs vostre Majesté. » Le Roi répondit : 
« J'ay sceu (|u<' par le passé avez esté fidèles et 
« obéissans à mes prédécesseurs : en continuant 
« me trouvères bon prince » '. 

Telles furent 1rs suites locales du passage de 
Saint André à Lyon. Mais l'enquête qu'il était venu 
y diriger allait avoir des conséquences plus géné- 
rales. 
Le maréchal en effet étail rentré à la cour, mut 
l l'invitation pressantedes Lorrains. Les Etats _ 
raux ayant été convoqués à Orléans pour le 10 dé- 
cembre 1560, le Roi devait s'\ rendre, entouré de 
toutes les forces possibles, H l'on avait mandé h 
Saint-André de ramener ses troupes. Du retfc 
Guise avaient bâte de revoir le maréchal : au 
moment où les États allaient s'ouvrir, il leur fallait 
des preuves atout prix de la culpabilité des Bour- 

1 Lettre de Jean Grôlier uu consulat de Lyon ^13 ma; 
loc. supr. cit.. p. 429. 



ORIGINES ET FORMATION 319 

bon. L'enquête menée par Saint-André laissait voir 
une connexité entre la conjuration d'Amboise et 
l'entreprise de Maligny. Un grand complot semblait 
ainsi mis au jour, et le procureur général du Par- 
lement de Paris dépêcha à toutes les cours de jus- 
tice un formulaire d'interrogatoire rédigé dans ce 
sens 1 . A son retour de Lyon, le maréchal traînait 
dans sa suite une troupe nombreuse de prisonniers 
dont les révélations étaient destinées à confondre 
les Princes 2 . Il laissait dans la ville Antoine d'Albon 
avec mission de continuer l'enquête et de tout pré- 
parer afin que le gouverneur, dont le retour devait 
être prochain, pût achever l'exécution des mesures 
de représailles et de sûreté. Quant aux malheu- 
reux prisonniers, traînés à la cour, ils furent 
réunis à quelques autres, arrêtés ailleurs, en 
vue du procès que méditaient les Guise contre 
Condé 3 . 

Saint- André avait rempli avec diligence à Lyon 
une mission qui favorisait son avidité en flattant 
les rancunes de ses protecteurs politiques. 

Sur ces entrefaites, au mois d'octobre, le Roi 
partit de Paris pour se rendre aux États d'Orléans. 
François II se mit en route, entouré d'une véritable 
armée où se pressaient tous les gentilshommes de 



1 Copie authentique, Bibl. Nat., coll. Dupuy, vol. 322, fol. 141- 

2 Régnier de La Planche, Histoire de t'Estat de France sous 
François II, p. 382. 

3 Régnier de La Planche, op. cit., p. 382. 



320 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

la cour. Seuls les Montmorency s'étaient retiré 
Chantilly, hautains et prudents. 

Les princes de Bourbon, méfiants à juste titre, 
avaient d'abord refusé de venir aux États. Ils 
échappaient ainsi au piège que les Guise Leur 
tendaient. Mais bientôt le Roi leur dépêcha Saint- 
André, pour les sommer de se rendre à Orléans. 
Le maréchal leur déclara que les Etats n'avaient 
été convoqués que pour satisfaire à leurs plaintes 
et à leurs demandes; qu'on y devait délibérer sur 
les moyens de réformer le gouvernement el d'apai- 
ser les querelles religieuses, matières dont on ne 
pouvait décider qu'en présence des princes du 
sang. Leur refus sérail considéré comme une 
injure au Roi, qui se verrait obligé de les traiter 
en rebelles '. 

Le roi de Navarre et Condé, d'abord récalci- 
trants, se laissèrent entraîner à la fin par le cardi- 
nal de Bourbon, leur frère. Ils entrèrent à Orléans 
peu de temps après le Roi, et \ subirent dès leur 
arrivée les plus durs affronts. Les Guise tenaient 
leurs adversaires : en eflfet, à peine les Bourbon 
furent-ils arrivés en présence de François II. que 
celui-ci, dans un accès de colère, reprocha à Condé 
d'être l'instigateur de tous les complots et le lit 
arrêter. Excité par les Lorrains, convaincu par les 
preuves apportées de Lyon ; le Roi frappait un coup 

1 Davila, Histoire des guerres civiles en France, t. 1, p 



ORIGINES ET FORMATION 321 

violent. Et cependant aucun des témoins accusa- 
teurs ne fut confronté avec l'accusé l . 

Condé emprisonné, restait le roi de Navarre, 
dangereux non par lui-même, mais par sa qualité 
de premier prince du sang. Lassés des attaques 
sans cesse dirigées contre eux, les Guise, dit-on, 
résolurent de faire disparaître Antoine de Bour- 
bon 2 . Un seul homme leur sembla mériter d'être 
mis complètement au courant de leurs projets 
meurtriers : ce fut encore Saint-André, qu'ils des- 
tinaient ainsi aux plus odieuses besognes, dignes 
de son expérience et de son zèle 3 . On tenta d'abord 
d'empoisonner le roi de Navarre. Puis on voulut 
le faire surprendre et assassiner. Tous ces procédés 
ayant échoué, les Guise machinèrent une entreprise 
plus habile : ils résolurent de faire frapper Antoine 
par le Roi lui-même. François II, feignant une 
maladie, devait faire appeler dans sa chambre le 
roi de Navarre, en présence du cardinal de Lor- 
raine et du maréchal de Saint- André. Le jeune 
souverain lui chercherait alors une querelle d'alle- 
mand et le menacerait de sa dague : au premier 
mouvement que le prince ferait pour se défendre, 
il serait tué par les Guise et Saint-André. Après 
quoi on publierait qu'il avait voulu attenter à la 
vie du Roi. François II ne consentit pas, dit-on, à 

1 Régnier de La Planche, op. cit., p. 402. 
- Régnier de La Planche, op. cit., p. 402-405. 
3 Ibidem. 

21 



322 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

jouer le rôle sinistre que lui avaient assigné ses 
conseillers 1 . Sur ces entrefaites, une commission 
extraordinaire ayant été chargée de juger le prince 
de Condé, le 2G novembre 1560, elle prononça la 

| peine de mort. 

Mais, au milieu de ces sombres projets, c'était 
le jeune roi de France que la mort allait saisir. L<- 
21 novembre, il tomba très gravement malade. S 
chambre fut dès lors soigneusement gardée Seul, 
avec les Lorrains, Saint-André put y pénétrer. 
Quand il n'y eut plus d'espoir, les Gruise et ceux 
qui s'étaienl faits leurs valets tremblèrent devant 
la chute prochaine «le leur fortune. Au dernier 
moment, Ghantonay envoya son secrétaire à la 
Reine mère, pour lui promettre à l'avenir, si elle 
le jugeait utile, l'appui du roi d'Espagne. C était le 

, salut. Catherine accepta l'offre de l'ambassadeur 
de Philippe II 2 . 



François 11 mourut à Orléans, le S décembre 
1560, après n'avoir régné qu'environ dix-huit mois. 

Le cœur du Roi fut port.'-, le 8 décembre, 
cathédrale Sainte-Croix parle prince de La Roche- 



1 Régnier de La Planche, ibidem: A. de Rnble, Antoine de 

Bourbon et Jeanne d'Albret. t. II. p. i. 

- Lettre de Ghantonay citée par 11. «le La Perrière, Lettre* de 
Catherine de Médicis, t. I. introduction, p. LX\W 



ORIGINES ET FORMATION 323 

sur-Yon, entoure de Saint-André et des autres 
maréchaux de France. La reine Catherine avait 
d'abord décidé que les restes du Roi seraient dépo- 
sés par Saint-André dans les caveaux de l'église 
Notre -Dame-des-Champs à Paris; mais il ne fut 
pas donné suite à ce projet l . 

Le lendemain de la mort de son frère, le nou- 
veau Roi, Charles ÏX, reçut les membres du con- 
seil privé, les remercia du service qu'ils avaient 
fait à son prédécesseur, les pria de continuer et 
d'obéir dorénavant à la Reine-mère. Celle-ci se fit 
remettre, par le cardinal de Lorraine, le cachet 
royal. Ainsi, sur les ruines de la récente puissance 
des Guise, s'établissait le pouvoir nouveau de la 
Régente 2 . 

A la mort de Henri II, Saint-André avait pu 
sauver sa fortune par un honteux marché avec les 
Guise. La disparition de François II marquant la 
fin du règne de ses protecteurs 3 , il fallait contre 
le danger chercher de nouveaux expédients. La 
chose était difficile : le maréchal ne pouvait plus, 

1 Lettre de Chantonay à Philippe II (9 déc. 1560), Arch. Nat.. 
K 1493, n° 116 ; A. de Rublc, Antoine de Bourbon et Jeanne 
d'Albret, t. II, p. 439. 

8 F. Décrue, Anne de Montmorency... sous Charles IX, p. 285 et 
suiv. 

3 Un pasquil de cour, adressé au mareschal de Saint-André, 
commentait ces mots : Ubisunt dii tui in quibus habebas fiduciam? 
Où sont tes Dieux auxquels tu t'es fié ? 
Régnant lesquels, tu t'es glorifié. 
Mieux le vaudroit ton appu ; avoir rais 
En Dieu, qu'aux gran6 de leur siège démis. 

{Mémoires de Condé. Londres, 1743, t. II, p. 660.) 



324 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

comme tant de fois il l'avait fait, glisser parmi 
hommes et les passions, en les ménageant tous En 
effet la situation politique que Laissait François II. 
pour être périlleuse, n'en était pas moins 
claire : deux partis divisaient Le royaume, au sein 
desquels s'agitaient également «lu fanatisme, des 
pussions et «ïes cupidités ardentes. Par Leur rude 
gouvernement, les Guise avaient précisé les 1L 
de ces deux année, prêtes a s'attaquer, o,- main- 
tenant, le pouvoir passanl aux mains d'une femme 
sceptique, ambitieuse et jalouse de son autorité, la 
queslion majeure, qui se posai! à L'esprit de Saint- 
André, était de savoir a qui allait échoir la dél« 
lion du gouvernement. Antipathique dès Longtemps 
à Catherine, que deviendrait le maréchal, si d'autre 
part La Régente donnait sa confiance aux Bourb 
qu'il avait trahis ? 

Le coup ne se fit pas attendre, et le roi.de Navarri 
fut no. ...né presque aussitôt lieutenant-général du 

royaume. 

Dans ce péril. Saint-André jugea que le plus 
habile parti était ,1e suivre étroitement la io.tune 
des maîtres dont .1 s'était tait <■ Le serviteur à 
gages ». et. en attendant que par des manœu 
amicales il pût reconquérir la faveur d'Antoim 
Bourbon, de montrer « h. bonne mine en mauvais 
jeu »*. Pour n'avoir [.lus L'omnipotence dont ils 

« Th. de Bèae, Histoire ecclésiastique des e :i l<ses réform I 

p. 448. 



ORIGINES ET FORMATION 325 

jouissaient sous le feu Roi, les Guise n'en restaient 
pas moins très puissants. Devant, l'incurable fai- 
blesse du roi de Navarre, ils ralliaient sans peine 
à leur faction tous les gens de guerre, avides et 
ambitieux 1 . Ils possédaient encore la majorité au 
conseil et, par leur habileté politique, ils domi- 
naient de haut tous leurs adversaires. Saint-André, 
même dans cette passagère éclipse de leur fortune, 
se joignit sagement à eux et réussit ainsi à main- 
tenir sa place au conseil royal 2 . 

Le maréchal d'ailleurs ne tarda pas h multiplier 
les preuves de zèle envers les nouvelles puissances, 
Antoine de Bourbon et la Reine mère. 

Catherine n'était guère rassurée dans sa victoire. 
Ses procédés politiques n'ont jamais été violents 
ni francs. Craignant de trop risquer à rompre 
ouvertement avec les Guise, elle résolut de négo- 
cier. Une négociation si délicate et si épineuse ne 
devait être confiée qu'à d'habiles mains. La Reine 
fit appeler Saint-André : son attachement aux 
princes lorrains, la connaissance qu'il avait de 
leurs desseins les plus secrets, sa prudence et ses 
talents singuliers le désignaient pour cette mission 
de diplomatie de cour. Après avoir déploré le 
triste état des affaires, elle lui demanda ce qu'en 



1 Régnier de La Planche, Histoire de VEstat de France sous le 
règne de François H, p. 421. 

2 Isambert, Anciennes lois françaises, t. XIV, p. 55; A. de 
Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albrct, t. III, p. 0. 



326 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

pensaient MM. de Guise et quelles étaient leurs 
vues, protestant qu'elle voulait agir d'intelligence 
avec eux. Le maréchal répondit d'une manière 
ambiguë, en homme qui voulait plutôt pénétrer les 
desseins de la Reine, (jue lui découvrir Les secrets 
de son parti. Elle lui lit entendre que ses protec- 
teurs n'avaient rien à craindre, et que la régence 
nouvelle pouvait leur rire aussi profitable que h 
règne passé de François II. Saint-André ayant 
répété aux Lorrains les Insinuations bienveillantes 
de Catherine, le «lue de Guise ne se lit pas trop 
prier; le cardinal de Lorraine se décida moins 
vite 1 . Plus que tout autre, le maréchal avait 
intérêt à ce que ne se produisit j>a>. entre la 
Régente et les Guise, un duel politique, au cours 
duquel il pouvait être sacrifié. Désormais sa 
tactique consistera à réunir et à réconcilier, pour 
vivre de la reconnaissance de ces amitiés res- 
tituées. 

Mais sa plus grande sécurité lui venait du roi 
d'Espagne. Une véritable correspondance s'était 
établie entre Philippe 11 et Saint- André f . Celui-ci 
écrivait à son puissant protecteur, le 31 janvier 
1 T>(> 1 , une lettre significatif e. Votre Majesté, disait- 



1 Lettre de Chantonay à Philippe II (28 décembre 1560 

Nat.. K 1404. il" 12; Davila, Histoire </cn guerres civiles en Fruure. 
t. I. p. 00 etsuiv..; A. de Ruble, Antoine de Bourdon et Jeanne 
d'Albret, l. 111. p. 15. 

- Lettres de Philippe II à Saint- André (4 janvier, 14 avril. 
31 mai 1561), Arch. Nat.. K 1473, n- 12. 3 



ORIGINES ET FORMATION 327 

il, « a voulu avoir telle souvenance de moy de 
s'estre enquise de l'ambassadeur du Roy mon 
maistre du traictement que j'avoys en ce nouveau 
règne, luv ayant faict commandement d'en escripre 
à la Reine avec si expresse recommandation en ma 
faveur, que je n'en puys assez très humblement 
remercier Vostre Majesté » *. Et plein d'une ardente 
gratitude, le maréchal offrait ses services : « Tous 
ces bienffaicts, Sire, me rendent tellement obligé à 
Vostre dicte Majesté que sans cesse je prie Nostre 
Seigneur me fère tant de grâce que par ung bon 
service je puysse mériter quelque partie des biens 
que j'ey reçeus d'elle, et si ma vie y pouvoit satis- 
fère et qu'il pleust à Vostre dicte Majesté m'honorer 
en quelque chose de ses commandemans, je l'y 
exposerois de fort bonne volonté, et de la même 
affection que pour mon propre maystre et souve- 
rain seigneur » 2 . 

Philippe II ne pouvait trouver un plus zélé ser- 
viteur de sa politique à la cour de France. 

Cependant les états généraux du royaume, réu- 
nis à Orléans, délibéraient sur les plus graves 
questions politiques et religieuses. La séance d'ou- 
verture avait eu lieu le vendredi 13 décembre 1560. 
La situation financière du royaume s'imposa immé- 
diatement à l'attention de l'assemblée. Le déficit, 



1 Saint-André à Philippe II (31 janvier 1561), Arch. Nat, K 
1494, n° 30 (Pièce justificative, n° XXIII). 
- Ibidem. 



328 LE TfrfUMVIRAT CATHOLIQUE 

laissé par le règne précédent, s'élevait à quarante- 
trois millions et demi. 

Les députés se montrèrent intraitables et, mal- 
gré tous les efforts de la Régente, ils réfutèrent dé 
voter un pareil crédit, prétextant n'avoir pas reçu 
de pouvoirs suffisants el ils demandèrent à l 
renvoyés dans leurs provinces. Cette décision 
avant été prise, on convint <|ue chacun des treize 
' grands gouvernements élirait, le 21 mari 1561, 
trois députés, un clerc, un noble et un bourgeois. 
Des assemblées provinciales furent tenues, pour 
examiner la situation. Saint-André convoqua les 
députés des pays de son gouvernement a Moulina, 
« pour illec resouldre la responce qu'il convient 
faire de la resolucion du moyen de trouver deniers 
pour satisfaire aux debtes, proposée aux Estati 
tenus à < Irléans » l . 

La cour était partie d'Orléans, le 5 février 1561, 
d'où elle se rendit à Fontainebleau. On y manda le 
prince de Gondé. Les prisonniers amenéa de Lyon 
par Saint- André, malgré les tortures et la ques- 
tion, n'avaient rien déclaré de précis. Après que 
Coudé eut fait son apologie, 1»' chancelier lui 
répondit que, aucune preuve ne pouvant être allé- 
guée contre lui, on allait dresser des lettres 
patentes, qui proclameraient la fausseté de 1 accu- 
sation et l'autoriseraient à poursuivre L'enregistre- 

1 Arch. municip. de Lyon, CC 1084. 



ORIGINES ET FORMATION 329 

ment de sa justification 1 . Là fortune politique des 
Bourbon renaissait : Saint-André ne vit pas sans 
crainte cet événement qui coïncidait avec un regain 
d'ardeur chez ses propres ennemis. Dans la pénu- 
rie d'argent où s'énervait le royaume, toutes les 
pensées se portaient naturellement vers le passé de 
certains hommes. Aux états on avait vivement 
demandé la restitution'des dons excessifs octroyés 
aux favoris sous Henri II et François II. Les 
Guise et Saint-André étaient particulièrement visés. 
L'assemblée provinciale de l'Ile-de-France, réunie 
à Paris en mars 1561, proposa là motion suivante : 
« Monsieur le mareschal de Saint-André ne sera 
plus du conseil et rendra compte des dons exces- 
sifz qu'il a eu du feu roy Henry, et en paiera le 
reliqua » ~. La Reine-mère semblait elle-même 
montrer l'exemple de l'économie, en restreignant 
les frais de la maison royale. Quant au roi de 
Navarre, il déclara, non sans malice, qu'il était 
disposé à restituer sur ses biens personnels ce qui, 
après examen, serait jugé excessif 3 . On imagine la 
mauvaise grâce avec laquelle les Lorrains, Mont- 
morency et Saint-André entendirent cette proposi- 
tion. « Ils firent tant que le coup fut rompu, espé- 



1 Mémoires de Condé (Midi, et Pouj., l re série, t. VI, p. 591). 

2 Sommaire de ce qui a été accordé par les états tenus à Paris, 
Arch. Nat.. K 1494, n° 59 ; cf. lettre de Ghantonay à Philippe II 
(23 mars 1561), Arch. Nat., K 1494, n» 62. 

3 P. de La Place, Commentaires, p. 121. 



330 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

rant que 1(5 temps ferait parler d'autre chose que 
de rendre » l . 

La situation était en tous cas extrêmement cri- 
tique pour les anciens favoris. L'opinion publique, 
excitée contre eux, ne se lassait pas de réclamer 
leur a desgorgement » et tôt ou tard ils dei raient s'y 
résigner. Leur situation était d'autant plus dange- 
reuse que des rancunes anciennes ou des jalousies 
du moment les divisaient profondément entre eux. 
Quel serait l'homme assez habile pour réconcilier, 
dans un pacte de salut, Diane de Poitiers, Mont- 
morency et Guise, dont les inimitiés étaient encore 
toutes chaudes? Une lente agrégation d'éléments 
divers allait, malgré tout, se former, pour aboutir 
bientôt à la constitution solide du parti catholique 
et déchaîner la guerre civile. 

Les états généraux avaient manifesté leur sym- 
pathie aux piànces du sang, et exprimé le désir 
« que les cardinaulx et évesques fussënl envoy< 
leurs charges ecclésiastiques pour \ vacquer 
Devant le péril commun, tous ceux qui avaient 
combattu les Bourbon de quelque façon, s'unirent 
et ce fut le premier noyau d'un groupe qui allait 
grossir sans cesse. « de sorte que l'on voyait le 
connestable, le cardinal, l'admirai et le sieur d'An- 
delot se retirer tous de la pari du io\ de Navarre, 
et le duc de Nemours, le mareschal de Sainct- 

1 Mémoires de Melvil, t. I, p. 109. 

- P. de La l'iacv. Commentaire*, p. 122. 



ORIGINES ET FORMATION 331 

André et de Brissac, avec ceux de Guise et le car- 
dinal de Tournon, faire une bande séparée » i . 

Montmorency, on le voit, restait l'ami du roi de 
Navarre. L'alliance du premier prince du sang" et 
du plus illustre soldat du royaume risquait d'en- 
traîner à leur suite toute la noblesse de France. Le 
parti des Guise résolut à tout prix de brouiller les 
deux hommes, et Saint-André fut chargé de cette 
mission ardue. 

Le lien, qui rattachait Montmorency aux Bour- 
bon, était l'amiral de Coligny. On lui suscita un 
adversaire dans la maison même du Connétable : 
Madeleine de Savoie, épouse de celui-ci,, haïssait 
les Châtillon que Montmorency avait toujours pré- 
féré aux parents de sa femme. Catholique ardente, 
elle ne cessait de répéter à son mari qu'il devait 
être le défenseur de la Foi. D'ailleurs, devant 
l'adhésion formelle de ses neveux au calvinisme, 
le connétable sentait naître en lui des scrupules. 
Mais la haine qu'il avait des Guise, haine avivée 
par de récents affronts, le retenait loin d'eux. Diane 
fut employée à vaincre sa répugnance de ce côté. 
Vivement intéressée à ce que l'affaire des restitutions 
n'eût pas de suites, Diane, sortie de sa retraite, 
combattait sourdement le roi de Navarre, et, par un 
travail subtil, poussaitle Connétable vers les Guise 2 . 

1 P. de La Place, Commentaires, pp. 122-123. 

2 G. Guiffrey, Lettres de Dianne de Poy tiers, p. 179 ; De Thou, 
Histoire universelle, t. IV, p. 53-60. 



332 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

Alors intervint Saint-André, qu'une amitié an- 
cienne et habilement entretenue unissait à Mont- 
morency. Sous couleur <le bon service, il lui lit 
entendre que l'amiral était son ennemi - que 

si, dans l'assemblée récente de la prévôté de l'- 
on avait renouvelé la proposition d'obliger Les 
favoris des règnes précédents à restituer les 
sommes qu'ils avaient reçues, c'était L'amiral qui, 
pour gagner la faveur du peuple, avail attiré l'at- 
tention sur ce sujet : que, pourvu qu'il allât à son 
but, il ne se mettait pas en peine de jeter d 
L'embarras un oncle qui l'avait comblé de bien- 
faits 1 . Montmorency laissa d'abord parler Le maré- 
chal, puis se sentit presque convaincu. On le Battu 
du titre de « chef dv bon party •. Divers incidents 
achevèrent l'œuvre commencée. A Paris, Les 
prêches s'entendaient partout : ehea la princ< 
de Coudé, à la cour, chez L'amiral : en plein châ- 
teau royal, dans un sermon, Jean de Monluc sup- 
primait L'invocation à Dieu et aux saints» lé& car- 
dinal de Tournon se plaignit hautement au conseil 
de cet état de choses, et des paroles aigres lurent 
échangées entre lui et L'amiral : Montmorency, 
intervenant en « rabroueur », déclara à son neveu 
« qu'il se tiendroit pour excommunié >'il enten- 

doit (le tels prédieants, qu'il soubaitoit et prioit 
Dieu que, lorsque l'on se rassemblerait ;i 

1 P. de La Place, Commentaires, y. 123; [)■■ Tliou. îoe. 
cil. 



ORIGINES ET FORMATION 333 

prêches, la maison se pût abîmer et tuer ceux qui 
étoient dedans » \ Les paroles de Saint-André 
avaient fait leur œuvre. 

Cependant tout n'était pas gagné : Saint-André 
et les Guise eurent à lutter contre l'influence du 
fils du connétable, François de Montmorency, 
resté fidèle à Goligny et aux Bourbon. Il fit valoir 
à son père, quant aux dons reçus des anciens rois, 
qu'il faudrait peut- être rendre, des arguments qui 
avaient quelque force. Quand même, dit-il à son 
père, il serait vrai que l'Assemblée de Paris, en 
parlant de faire rendre compte aux favoris des 
règnes précédents, eût eu le dessein de ne pas l'ex- 
cepter, bien loin de se chagriner, il devait penser 
que personne n'ignorait les dépenses qu'il avait 
faites pour fournir aux besoins de l'État, que d'ail- 
leurs si l'on comptait exactement ce qui lui avait été 
accordé de gratifications, on trouverait qu'il n'avait 
pas reçu la septième partie de ce que les Lorrains, 
la duchesse de Valentinois et le maréchal de Saint- 
André, « ces gouffres de l'Etat », avaient englouti 2 . 

Un jour, à Fontainebleau, le connétable, le duc' 
de Guise, le duc de Montpensier et le maréchal de 
Saint-André, se rencontrèrent au sermon d'un 



1 Lettre de Chantonay à la duchesse de Parme (avril 1561), 
citée par H. de La Ferrière, Lettres de Catherine de Médicis, 
t. I, introduction, p. XGIII. 

2 P. de La Place, Commentaires, p. 123 ; De Thou, Histoire 
universelle, t. IV, p. 59-60 ; Tavannes, Mémoires, p. 246 ; Décrue. 
Anne de Montmorency... sous Charles IX, p. 302. 



334 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

pauvre Jacobin, dans les communs du château 
royal. Cette rencontre, en une circonstance comme 
mystique, rompit la glace et Ton échangea quel- 
ques paroles sur la politique du roi de Navarre. 
Montmorency semblait définitivement conquis. I H 
peu indécis encore, il n'osait rompre violemment 
avec ses neveux, et les arguments présentés par 
son fils combattaient dans son esprit \v* soupçons 
qu'y avaient semés les paroles malicieuses de 
Saint-André. Un hasard décida de la [victoire dans 
relie lutte morale : François de Montmorency, 
appelé près de sa femme malade, dut partir pour 
Chantilly. Aussitôt le Connétable, resté seul, lut 
pressé de se ranger dans L'armée de la Foi, contre 
l'hérésie que favorisaient la Reine-mère et -mi 
lieutenant, le roi de Navarre. Le jour «le Pâques, 
C> avril 1561, Anne de Montmorency, connétable 
de France, François duc de Guise, ^rand maître et 
pair de France, et .Jacques d'Albon, maréchal de 
Saint-André, communièrent ensemble dans la cha- 
pelle du château de Fontainebleau. L'alliance 
célèbre connue sous le nom de Triumvirat catho- 
lique, était scellée l . Le soir du même jour, Mont- 



1 I». de La Place, Commentaires, pp. L23-121 : De Thon. R 
universelle, t. IV, pp. .">b-GU : R. de Bouille. Histoire de* <//,. 
Guise, (. Il, p. 131 : II. Forneron, Les ducs de Guise et 
époque, t. I, p. 3;iS : A. de Rable, Antoine de Bourbon et Jeanne 
d'Mbret. t. III. p. 71: Fr. Décrue. Anne de Montmorency.. 
Charles IX. Brantôme [Œuvres, t. V. p. 36] dit à pi Saint- 

André : « Et disoit-OD que ce fut luy le premier qui lit L'ass 
tion du Triumvirat. » 



ORIGINES ET FORMATION 335 

morency reçut à sa table le due de Guise et Saint- 
André, comme pour donner une sorte de publicité 
au pacte conclu entre ces trois hommes. 

C'était la victoire et le salut pour Saint-André, 
victoire de son habileté politique, salut de sa for- 
tune tant de fois compromise. Mettant admirable- 
ment à profit un concours de circonstances et d'in- 
quiétudes, il avait pu, avec toute la souplesse de 
son art de courtisan, opérer raccommodement le 
plus invraisemblable entre deux hommes qui, 
durant toute leur vie passée, s'étaient haïs et 
jalousés. Arrivé au but, le négociateur était devenu 
membre de Falliance, membre principal, car il 
était le nœud de la combinaison. 



CHAPITRE II 

LE TRIUMVIRAT MILITANT. MORT DE SAINT-ANDRÉ 
1561-1562 



Insolence (les Triumvirs ii l'égard de la Reine-mère. — - 
et influence de Saint»André. — Arrêt d'innocence du pi in< 
Condé. — Première idée du colloque de Poissy. — Viol( 
opposition de Saint-André. — Sa dispute avec le i 

— Le maréchal quitte la cour. — Echec «lu colloque de P< 

— Le parti des Triumvirs esl éloigné de la cour. 

du mi de Navarre à la cause du Triumvirat — M 
cette conversion. 
Assemblée de Saint-Germain. — Edil de janvier I - Saint- 
André intermédiaire entre le roi de Navarre el L'Espagm 
La reine-mère veul éloigner Saint-André. — l; • 
celui-ci. — [ntervention d'Antoine «!<■ Bourbon el «lu cardinal 
de Ferrare en faveur «lu maréchal. — Rôle <!<• S 
dans les démêlés «lu roi «le Navarre avec Jeanne d'Albret. — 
Menées (lu Triumvirat. — Massacre de Vassy. — En! 
nelle des Triumvirs à Paris. — Coup d'étal <!«• Fontainebleau. 

— Hésitations «lu roi de Navarre. — Manifeste de < 
Réponse des Triumvirs à Condé. — Satisfactions doni 

roi de Navarre. — Prise de Lyon par les - > :- 

veau manifeste «le Gondé. — Vaines tentatives pacifi | 
Catherine de Médicis. 

L'année du Triumvirat quitte Paris. — ï*i is.- de Blois — Les 
Protestants en Lyonnais. — Saint-André dans 1«' sud-ou 
Prise de Poitiers. — Soumission d'Angoulême et 
Rochelle. — Siège de Bourges. — Saint-André se rend en 
Champagne pour barrer le passage à D'Andelot. — L« m i 
à Etampes. — 11 défend Gorbeil contre Condé. 

Bataille de Dreux. — Assassinai de Saint-André par Perdri< 
Bobigny. 



La formation du Triumvirat était un affront à la 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 337 

Reine-mère, et les chefs catholiques montrèrent 
aussitôt leur insolence. Le duc de Guise lui dit 
brutalement « qu'il ne falloir pas boire à deux 
fontaines, et qu'elle devoit se déclarer d'un côté ou 
de l'autre » ! ; et il laissait entendre que la guerre 
était prochaine. A la vérité Catherine ne savait 
rien de précis sur le pacte conclu par les Trium- 
virs. Au retour du sacre de Charles IX, qui avait 
eu lieu à Reims le 15 mai 1561, elle s'arrêta à 
Nanteuil, chez le duc de Guise, pour obtenir des 
éclaircissements : posant de front la question épi- 
neuse, elle demanda nettement si, au cas qu'elle 
changeât de religion, le nouveau parti lui refuse- 
rait obéissance. Crûment Guise répondit que oui 2 . 
Ainsi s'exprimait la pensée révolutionnaire des 
Triumvirs, qui dès lors « s'entendoient si bien, 
que ce que l'un vouloit, l'autre l'approuvoit, et 
n'avoient nulle contestation ensemble ; ce qui est 
fort rare » 3 . 

Après un long effort d'intrigues, Saint-André, 
lié par un pacte aux deux plus puissants seigneurs 
du royaume, jouissait d'une influence et d'une sécu- 
rité recouvrées. D'abord ses biens étaient assurés, 
à l'abri des créanciers et même des édits royaux 
de réunion. Sa terre de Saint-Seine-sur-Vingeanne 



1 Lettre de Chantonay (avril 1561), citée p. H. de La Perrière, 
Lettres de Catherine de Médicis, t. I, introduction, p. XGIV. 

2 Lettre supr. cit. 

3 Brantôme, Œuvres, t. V, p. 37. 

92 



338 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

en Bourgogne ayant été saisie , : t La requête <lu 
procureur du Roi, en vertu de L'édit de réunion 
générale du domaine, Ja Régente dut écrire au 
Parlement de Dijon, pour que fût donnée main- 
levée l . 

D'autre part Saint-André, devenu le défenseur 
de la Foi catholique, semblait s'être acquis ainsi 
des titres particuliers d'honorabilité Le Pape, 
reconnaissant son zèle, lui envoyai! une bénédic- 
tion spéciale, par l'intermédiaire du nonce Viterbe, 
et celui-ci se faisait son confident -. L< maréchal 
prenait son rôle au sérieux, ne perdant aucune 
occasion de montrer son ardeur religieuse : a pro- 
pos de « folies et scandailes » survenus à Lyon, il 
félicitait les échevins de La vigueur de leur repres- 
sion. « Ce m'a esté, écrivait-il. bien grand plaisir 
(jue vous y ayez si bien et prumptemant pourveu, 
vous priant de continuer et tenir tousjours m bien 
la main » 8 . 

Toutefois le ciel n'était pas sans nuages Le 
13 juin -K>(>1, l'arrêt d'innocence du prince de Condé 
fut solennellement proclamé Ce soufflet touchait 



1 Lettre de Catherine de Médicis au Parlement de Dijon 
loi 1561). dans 11. de La Perrière, Lettres de Catherine M 
t. I, p. 210. 

* Lettre du cardinal Borromée au noue»' Viterbe (-5 ma 
et instruction de Viterbe pour Gipriano Saracini 
dans J. Susta. Dierômische Curie und dus Concilvon Tneut unter 
PiùslV, Wien, 1904, p. 188 et 250. 

8 Lettre de Saint-André au consulat lyonnais ii juin 1561), 
Arch. municip. de Lyon, A A 26, q« 11. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 339 

moins les (luise, qui s'étaient dérobés comme accu- 
sateurs, que Saint-André, le pourvoyeur de faux- 
témoins. Celui-ci fit néanmoins bonne contenance 
pendant la cérémonie et au festin qui suivit *. Sur 
ces entrefaites, les élats généraux, d'abord convo- 
qués pour le mois de mai, s'étaient réunis le 
1 er août à Pontoise. La question financière parut 
encore la préoccupation principale des députés : 
on sait qu'elle fut résolue au détriment du clergé. 
Au milieu des difficultés de gouvernement et des 
périls qui menaçaient le royaume, le chancelier 
de L/Hospital poursuivait son rêve de pacification 
religieuse par des concessions mutuelles des deux 
partis. L'idée d'un colloque, où se débattraient 
dans le calme les divergences des deux cultes, avait 
rallié la grande majorité des modérés. Les hommes 
politiques ne s'y opposaient pas, sachant bien qu'il 
ne pourrait en sortir que plus de trouble et plus 
de rancune. Seul, avec le cardinal de Tournon, 
Saint-André fit une opposition violente à l'idée de 
conférences entre les ministres des deux religions. 
Il sentait que, du jour où une pacification inter- 
viendrait, son œuvre, — le Triumvirat — crou- 
lerait et, avec elle, le support de sa fortune tant 
de fois menacée. Au conseil royal du 3 septembre, 
le roi de Navarre reprocha vivement au maré- 
chal le zèle fanatique, que montrait contre les 

1 P. de La Place, Commentaires, p. 140. 



340 LK TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

Réformés Antoine d'Albon, son cousin el son 
lieutenant au gouvernement du Lyonnais. >;iint- 
André s'emporta et, changeant le sujel d<- la dis- 
pute, attaqua violemment son adversaire sur le 
terrain du colloque, soutenant ave*- feu qu'il n'étail 
pas permis au Roi Très Chrétien d'abouchi r des 
princes de l'Église romaine avec des moines apos- 
tats-. De paroles en paroles, les deux hommes vin- 
rent aux injures et aux menaces, el le roi de 
Navarre s'étant couvert de sa dignité «le Lieutenant- 
général, Saint-André répondit audacieusemenl 
qu'il ne le reconnaissait pas comme tel. In duel 
semblait imminent. Mais le maréchal tomba ma- 
lade : la Reine-mère vint le visiter et le décida 
à se retirer, pour quelque temps, dans Bon châ- 
teau de Yallerv en Senonais l . Le 25 septembre, 
Gravier, député de la ville de Lyon en cour, écri- 
vait aux consuls : « Monsieur le maréchal «le Saint- 
André n'est plus des affaires ni du conseil : au 
moins il n'y est entré, depuis quelques propos 
fâcheux que le roi de Navarre eut avec lui 

Sur ces entrefaites, Antoine d'Aï bon, qui avait 
été le sujet de la dispute de Saint-André avec 1«' 
premier prince du sang, fut nommé archevêque 
d'Arles. Sous les apparences d'une laveur, c'était 

1 Lettre de Trockmorfcon (11 sept.), dans Calent p 301; 
Lettres «I.' Chantona} (4, «2, 15 el H sept), Vrch. Nat, K 

n os «»T. 101, 102, K 1493 q«70; A. de Ruble, le colloqu* 
[Mémoires delà société de l'Histoire de Paris, I. XVI. | 

2 P. Clerjon, Histoire de Lyon. t. V. j». 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 341 

une véritable disgrâce, qui l'éloignait de son 
champ d'influence et libérait les protestants lyon- 
nais de ses répressions brutales. La Régente mit 
en son lieu, à la lieutenance de Lyon, un homme 
plus sympathique aux huguenots, François d'A- 
goult, comte de Sault f . 

Resté assez longtemps absent de la cour, où, le 
13 novembre, il n'était pas encore rentré 2 , Saint- 
André put voir, de sa retraite, échouer, avec la 
dernière conférence du colloque de Poissy, la 
noble entreprise du chancelier de L'Hospital. 
Charles IX publia un édit portant défense aux Ré- 
formés d'usurper les bénéfices, de s'emparer des 
églises, aux catholiques de troubler les exercices 
de la nouvelle religion, aux deux partis d'employer 
les dénominations iusultantes de huguenots et de 
papistes. Cet édit, adressé sous forme de lettres 
patentes à Saint-André et aux autres lieutenants- 
généraux, n'apportait que des remèdes anodins et 
sans effet 3 . Le champ était grand que laissait l'ave- 
nir aux ambitions et aux passions des Triumvirs. 

Cependant, à cette fin d'année 1561, le parti 
catholique perdait tout crédit auprès de la Reine- 
mère, dont le tempérament autoritaire se plai- 
sait à prendre pour auxiliaire le faible et ondoyant 

1 Lettre de provision (26 sept. 1561), Bibl. Nat., coll. Clairam- 
bault, vol. 958, fol. 179. ' 

- Lettre de Chantonay à Philippe II (13 novembre), Arch. Nat., 
K 1494, n<> 108. 

3 A. de Ruble, Le colloque de Poissy, p. 49. 



342 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

roi de Navarre. Bientôt tous les chefs catholiques 
quittèrent la cour : le duc de Guise. Les princes de 
Montpensier, de Nemours, d'Aumale s'éloignèrent ; 
Saint-André demeurait toujours à Vallery l . 

Toutefois l'activité des Triumvir- tiechômail pas, 
môme de loin. Aidés par L'ambassadeur espagnol, 
ils allaient tenter une intrigue audacieuse, dont in- 
succès devait assurer le triomphe de leur parti : ils 
entreprirent le conversion du roi de Navarre. Dans 
cette œuvre de persuasion subtile et rouée, Saint- 
André, comme il était naturel, joua un rôle pré- 
pondérant. Par l'intermédiaire de Chant» nay, une 
(•('conciliation axait été ménagée entre les deux 
adversaires, vite oublieux «le leur recrute querelle 1 . 
Le maréchal étant l'homme le plus en crédil auprès 
de Ghantonay, il importail qu'il redevînt L'ami 
d'Antoine de Bourbon. Celui-ci d'ailleurs semblait 
vouloir réveiller l'affaire des restitutions, qui déjà 
avait hâté l'alliance «les Triumvirs : le danger 
réapparaissant, il fallait se presser d'attaquer 
l'adversaire par une habile manœuvre Le roi de 
Navarre lut donc circonvenu : nu lui lit sentir qu'il 
n'était chef des protestants que de nom. que Les 
vrais maîtres du mouvement étaient son frère, 
Condé, et l'amiral de Coligny. Habilement aussi on 

1 Cl. Haton. Mémoires, éd. Bourquelot, Paris, 1857, t. I, 
•-• Ghantonay à Philippe II (5janvi< t > " 

n° 1. 

:! Mémoires de Guise, p. 528. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 343 

lui laissa entendre qu'en soutenant des sujets accu- 
sés d'être rebelles, il s'exposait à être déclaré 
indigne de succéder à la couronne. 

Comment furent faites ces insinuations, et par 
qui ? Ce point reste obscur. Un auteur du xvn e siècle 
d'ordinaire bien informé, Claude Le Laboureur, 
donne Saint-André comme l'agent le plus actif 
de cette conversion 1 . Mais l'intérêt de l'affaire était 
trop grand pour que la politique espagnole, inspi- 
ratrice et protectrice du Triumvirat, n'intervînt pas 
directement. Le Navarrais poursuivait depuis très 
longtemps le rêve d'un royaume. Quelles terres 
Philippe II lui fit-il espérer? La Sardaigne, Tunis, 
Sienne ? Le berça-t-on d'illusions politiques ou 
matrimoniales ? Nous ne pouvons le dire. La con- 
version du roi de Navarre demeure un fait mysté- 
rieux. « Cette négociation, écrivait le nonce Pros- 
per de Sainte-Croix, s'est faite d'une manière si 
secrète, que la reine ne sait pas elle-même toutes 
les intrigues de ceux qui travaillent pour cela » 2 . 
Toujours est-il que la manœuvre réussit à souhait : 
Antoine de Bourbon apporta son zèle et son bras 
à la défense de la Foi. « Celui que Catherine avait 
essayé d'opposer aux Triumvirs, s'associait lui- 
même aux Triumvirs et laissait la dynastie des 
Valois sans défense devant les tracasseries du Con- 

1 Cl. Le Laboureur, Les mazures de Vile-Barbe, t. II, p. 180. 

2 Cimberet Danjou, Archives curieuses de l'Histoire de France, 
l re série, t. VI, p. 42. 



344 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

nétable, les perfidies du maréchal de Saint-André 

et les exigences insondables du duc de Guift 



En présence des difficultés politiques, relig Ieuses 
et financières, devenues inextricables. Le Roi avait 
convoqué à Saint-Germain un certain nombre <le 
Présidents et Conseillées de tous Les Parlements 
du royaume. Appelés à cette assemblée, Les Guise 
n'y vinrent pas; Montmorency et Saint-André, 
représentants du Triumvirat, assistèrent à la pre- 
mière séance, qui s'ouvrit le 3 janvier 1562, et 
Saint-André intervint même dans les débats [>our 
donner son avis-. Un sait que de cette consulta- 
tion, le chancelier de L'HospitaJ tira Le t. mieux 
édil. de janvier ; , qui, favorable aux Réformés, 
semblait devoir être un premier acheminement 
vers la reconnaissance de la Liberté «lu culte. Il 
fallut trois lettres de jussion pour déterminer le 
Parlement de Paris à recevoir cel édit. Au bas des 
lettres patentes envoyées à la cour souveraine, on 
n'est pas peu surpris de Lire les noms des cardi- 
naux de Bourbon et de Tour non, et surtout celui 
de Saint-André '. 

1 A. do Rultlc. Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albre t. ( IV. 
p. 2. 

2 Et. Pasquier, Œuvres, t. II. coll. 94 et suiv. 

3 17 janvier 1562. 

1 Do Thou, Histoire universelle, t. IV. \>. 162. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 3i5 

Réconcilié avec le roi de Navarre, le maréchal 
tendait à devenir son ami le plus empressé. Le 
parti catholique se sentait singulièrement affermi 
par l'adhésion d'Antoine de Bourbon. « Depuis que 
les catholiques furent avertis, dit Gastelnau, que 
le roy de Navarre avoit esté distrait du party des 
Protestans, et leur estoit plus contraire que favo- 
rable et qu'il estoit uni avec ceux de Guise, le 
Connestable et le mareschal de Sainct-André, ils 
commencèrent à se tenir plus asseurez qu'aupara- 
vant » l . Par l'intermédiaire de son ambassadeur, 
Philippe II faisait déclarer « qu'il étoit satisfait et 
que Vendôme suivoit le meilleur chemin pour mé- 
riter sa bonne grâce ». Saint- André fut parmi les 
plus fervents soutiens de l'amitié nouvelle qui 
s'établit entre le roi de Navarre et le roi d'Espagne. 
Le 1 er février 1562, l'ambassadeur Ghantonay dîna 
avec le prince, en compagnie du maréchal, et le 
loua « de continuer ses bonnes œuvres » 2 . Intime- 
ment mêlé à toutes les négociations qui se pour- 
suivirent entre Philippe II et Antoine de Bourbon, 
Saint-André sut enflammer le zèle catholique de 
son ancien adversaire, devenu son ami. 

Le 22 février, Goligny, lassé des faiblesses et 
des tergiversations de la Reine-mère, quittait la 



1 Mémoires de Castelnau, Bruxelles, 1721, t. I, p. 80. 

2 Lettres de Ghantonay à Philippe II (février), Areh. Nat., K 
1496, n° 34, et K 1497, n° 8. Cf. A. de Ruble, Antoine de Bourbon 
et Jeanne d'Albret. t. IV. p. 39-45. 



346 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

cour, bientôt suivi d'Andelot et du cardinal de Cha- 
tillon. Exaspérée parles difficultés où elle se débat- 
tait, Catherine résolut de frapper un grand coup. 
Des Triumvirs, Montmorency s'étant retiré à Chan- 
tilly et Guise en Lorraine, seul Saint-André assis- 
tait régulièrement aux séances du Conseil. 
intrigues perpétuelles, qui enserraient la Reine, 
comme pour faire échouer ton- ses desseins, lui 
devinrent insupportables. Les relations secrètes et 
suivies qu'il entretenait avec le roi de Navarre 
achevèrent de pousser à bout Catherine. Elle ren- 
voya d'abord du conseil privé le cardinal de Tour- 
non, Tarni intime et le plus ferme Boutien de Saint- 
André dans ses négociations politiques. Puis, axant 
convoqué à Saint-Germain le maréchal lui-même, 
et s'appuyant sur ce qu'il avait été question 
naguère de renvoyer les gouverneurs dans leurs 
provinces, elle lui intima 10r. lie de quitter la cour 
et de se retirer aussitôt en Lyonnais. Touraon 
avait obéi; Saint-André refusa. Tombant dans une 
violente colère, il se plaignit hautement que l'on 
voulût, sous de marnais prétextes, l'éloigner du 
Roi. Il se laissa aller à des paroles très vives 
unit par dire « qu'il se démettoil de Bon gouverne- 
ment, et que Sa .Majesté en disposas! comme il luy 
plairoit » 4 . Catherine, offusquée par ce lang _ 
put cependant contenir sa colère. En présence du 

1 Lettre du cardinal de Ferrare (3 mars I m Bipp. 

d'Esté, Négociations, Paris, 1658. p. 102. 




CATHERINE DE M E D I C I S , REINE DE FRANCE 
(Bibliolliciiuc Nationale, département des manuscrits). 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 347 

péril, Saint-André usa de toutes les influences dont 
il disposait. Le roi de Navarre, alors absent, fut 
immédiatement prévenu de ce qui s'était passé. 
Antoine, dont le maréchal était le précieux inter- 
médiaire dans ses négociations intéressées avec 
l'Espagne, se sentit touché au plus vif, à l'annonce 
d'un renvoi. Il accourut à Saint-Germain et, le 
jour même, il reprocha insolemment à Catherine 
« son éloigneraient pour les gens de bien ». Avec 
amertume, la bouche pleine de menaces, il criti- 
qua la politique de la Reine, qui reléguait loin des 
affaires des hommes de la valeur du duc de Guise 
et de Saint-André. Puis, faisant l'éloge des Trium- 
virs, il déclara dans sa colère : « Lorsque je serai 
accompagné par ces hommes honorables, vous 
n'aurez même pas avec vous des personnes qui 
vaudront les domestiques de leurs domestiques. » 
En sortant, il appela quelqu'un des gens du maré- 
chal, et l'envoya dire à Saint-André qu'il voulait 
vivre et mourir dans sa compagnie l . 

Tel fut cet incident violent, où le roi de Navarre, 
pleinement reconquis par celui qui naguère l'avait 
insulté, prit sa défense avec une énergie qu'il 
semble n'avoir connue jamais en d'autres circons- 
tances. 



1 Lettres de Chantonay à Philippe II (25 février 1562). Arch. 
Nat., K 1497, n° 12. Cette lettre a été résumée et analysée par 
A. de Rublc, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. IV, 
p. 387. 



348 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

Antoine de Bourbon ne fut pas seul à interve- 
nir pour empêcher le renvoi de SaintrAndré. Hip- 
polyte d'Esté, cardinal de Ferrare, légat du pape 
en France, était lui aussi un ami du maréchal 1 . 
Parlant de l'ordre de s'éloigner qu'avait donné La 
Reine à celui-ci, il écrivait au cardinal Borromée : 
« Nous trouverons bien quelque invention pour 
empêcher qu'il ne s'en aille, ou quelque moyen de 
le faire rappeler bientost, après qu'il sera partj 
Soutenu par un parti aussi puissant, Saint-André 
pouvait oser toutes les arrogances. 

Triumvir, forl de l'alliance de Montmorency el 
de Guise, appuyé sur L'influence «lu roi de Navarre 
et du légat du Pape, le maréchal bravait la Reine- 
mère et multipliait les intrigues. 

Il eut occasion, à ce moment, de jouer un pôle 
peu honorable dans les affaires <le famille d'An- 
toine de Bourbon. Celui-ci, vraiment possédé par 
Saint-André, l'introduisait dans sa vie la plus 

1 Négociations d'Rippoly te d'Esté, p. 104 : lettre, « 1 a 1 < ■ «lu 3 mars, 
à propos de l'incident : « De quoj sans mentir j'aj 
le suis encore. Car, comme ce mareschal es! homme <!<• bien et 
vray catholique, je me proposois que, se conservant dans la 
faveur où il estoit auprès de la Reine, il pourroil pur cette confi- 
dence avec Sa Majesté produire plusieurs effets très utiles et très 
considérables. Mais depuis qu'il s'esl réconcilié à tel point 
le Roy de Navarre, qu'il a maintenant de secrettes familiarités 
avec iuy el tasche mesme de se l'acquérir plus fort par tonte 
sorte de bons offices, la Régente n'a pas esté bien satisfaite de 
voir qu'il s'estoit jette si avant dans ce party-là et qu'il sembloii 
ainsi l'aire plus d'estat des autres que d'elle-même. Tellement que 

le déplaisir qu'elle en reçoit n'e-t pas Chose qui se puisse dissi- 
muler aisément... » 
* hoc. supr. cit. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 349 

intime. On connaît les criminelles manœuvres par 
lesquelles le roi d'Espagne incitait Antoine à con- 
vertir ou à répudier sa femme, la protestante 
Jeanne d'Albret l . A ce sujet de violentes querelles 
éclataient entre les deux époux, dont l'un voulait 
forcer l'autre à abjurer sa religion. Commensal 
assidu de la maison, le maréchal assistait à ces 
scènes pénibles, et en faisait un fidèle rapport à 
l'ambassadeur de Philippe II, Chantonay, qui ne 
cessait d'encourager le roi de Navarre dans sa 
méchante entreprise 2 . Enfin, le 1 er février 1562, 
une scène odieuse se passa : sur l'invitation pres- 
sante de l'Espagne, le Navarrais, en présence de 
deux témoins, le cardinal de Bourbon et le maré- 
chal de Saint- André, promit à l'ambassadeur 
Chantonay de renvoyer sa femme le plus tôt 
possible 3 . 

Cependant les chefs du parti catholique tenaient 
des conciliabules. Au mois de mars, des confé- 
rences eurent lieu chez le Connétable, auxquelles 
assistèrent le roi de Navarre, Saint-André, Termes 
et Brissac. Dans ce conseil, on délibéra des choses 
de l'État, et en particulier il fut question de faire 
un édit contraire au dernier publié, « attendu qu'il 



1 A. de Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret. t. IV, 
p. 78 et suiv. 

2 Lettre de Chantonay à Philippe II (3 janvier 1562), Arch. Nat., 
K 1497. il» 3. 

3 Lettre du même au même (3 février), ibidem, n° 8. 



350 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUI 

contient des choses peu convenables à la reli- 
gion » l . 

Les Guise étaienl toujours absents «1»' la cour. 
Mais, depuis qu'ils en étaient partis, ils n'avaient 
pas perdu leur temps : d'habiles négociations, me- 
nées avec le duc de Wurtemberg, privaient d 
l'avenir les Réformés français des secours de I" Ule- 
magne protestante. Après ce beau résultat, ils 
étaient revenus, le cardinal de Lorraine à Reims et 
le duc de Guise à Joinville. Sur ces entrefaites, An- 
toine de Bourbon manda au duc de revenir à Paris, 
où lui-même résidai! presque continuellement, de- 
puis sa liaison avec les chefs catholiques. Le chemin 
du duc était de passer par Yassv. Le [•' mars 1562, 
eut lieu le sanglant épisode, que les uns appelèrent 
Je massacre, les autres L'échauffourée, le duc de 

Guise l'accident de Yassv. 

La Reine-mère, qui se trouvait alors à .Monceaux 
dans le diocèse de Me aux, avec le Roi et le prii 
de Gondé, manda aussitôt le dur : il ne vint p 
.Mais, arrivé le 1:2 mars, par petites étapes, à 
château de Nanteuil. il \ reçut, le 13, les deux 
Triumvirs, ses collègues, Montmorency et Saint- 
André -. Le 16 mars, accompagné «le tous les chefs 
du parti catholique, suivi de trois mille chevaux, 
le duc faisait une entrée triomphale à I'. - par 

1 Lettres de Prosper de Sainte-Croix, dans Qmber et Donjon, 
Arc/tires curieuses de V histoire de France, t. VI. p. 53. 
- Lettres de Sainte-Croix, p. 47. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 351 

la porte Saint-Denis. Le prévôt des marchands, 
Guillaume de Marie, et les échevins le complimen- 
tèrent au nom de la ville et lui offrirent vingt mille 
hommes et deux millions d'or, pour pacifier le 
royaume \ Gomme pour outrager encore davan- 
tage la Reine-mère, les Triumvirs, dès leur arri- 
vée à Paris, « commencèrent à tenir tous les jours 
conseil particulier entre eux, sans y appeler mon- 
sieur le prince de G onde estant audict lieu » 2 . 
Gondé en effet se trouvait lui aussi dans la capi- 
tale et y recrutait des soldats; devant la désobéis- 
sance des chefs catholiques, Catherine lui avait 
recommandé le Roi et le royaume. Une bataille 
semblait imminente entre les deux partis dans les 
rues mêmes de la ville. 

Le 17 mars, les Triumvirs écrivaient au Roi une 
lettre collective pour s'excuser de ne pas se rendre 
à Monceaux 3 . Puis ils s'organisèrent dans Paris, 
comme un véritable gouvernement : le dimanche 
des Rameaux, la procession traditionnelle se chan- 
gea en fête triomphale du Triumvirat *. 

On connaît les événements qui suivirent. Les 
Triumvirs voulaient que le Roi fût avec eux, pour 

1 Lettre de Trockmorton (20 mars 1562), dans Calendars -!.ï6l- 
1562, pp. 558-559 ; Et. Pasquier, Œuvres, t. II, coll. 95 ; A. de 
Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. IV, p. 118 et 
suiv. ; F. Décrue, Anne de Montmorency .. . sous Charles IX, p. 323. 

- Ibidem. 

3 Lettre publié par A. de Ruble, op. supr.cit., t. IV, p. 121. 

4 Sources supr. cit., et Journal de Vannée 1562, dans la Revue 
rétrospective, t. V, p. 87. 



352 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

écraser ensuite, en son nom, leurs adversaires. Ils 
résolurent de I enter un coup d'Etat. La Régente et 
le Roi avaient quitté Monceaux et s'étaient rendus 
à Fontainebleau. Le vendredi 27 mars. Les chefs 
catholiques, accompagnés de quatre mille chevaux, 
se présentèrent au château. Charles IX. devenu 
comme prisonnier, prend la route de Paris et 
Catherine, cédant à la force, 1»' suit en pleurant. 

«Un bien qui vient d'amour ou de turc-, disail 
Guise, ne laisse pas d'être toujours un bien » '. 
Après avoir tenté de s'échapper, la Reine-mère «lui 
promettre à ses ravisseurs tout ce qu'ils voulurent. 
Saint-André, dans ces circonstances, faisait montre 
d'une ardeur outrée et prônait parfois dr singuliers 
moyens : devant la résistanee de Catherine, il avait 
osé dire qu'il fallait la jeter à la rivière, si elle per- 
sistait dans son opposition. « II avoil debatu qu'il 
la faloit jeter en un sac dans L'eau, Laquelle opi- 
nion fut trouvée fort, voyre plus qu'estrange d'opi- 
ner ainsi la mort de sa reyne, femme dr son r 
et qui L'avoyt tant aymé et favorisé, et elle eltoul 
jusques là que quasi ordinairement il la mehoit 
danser le grand bal » -. 



1 Lettres de Sainte-Croix [Archives curieuses, L VI. 
Lettre de Trockmorton (34 mars), Calendars 
Journal de Vannée 156Î [Rev. rétrosp., t. V. |>. 89-90 . M 
de Tavannes, p. 249; Davila, l. I. p. 105 et >ui\. 

- Brantôme, Œuvres, t. V. p. 39, et t. VII. ; 
de Castelnau, t. 1. p. S6 : De Tliou, Histoire universelle, t. IV. 
p. J 70 et suiv. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 353 

Une ombre vint passagèrement obscurcir les 
succès du Triumvirat. Après s'être compromis 
dans le coup de force de Fontainebleau, après s'être 
montré le plus insolent et le plus rude des chefs 
catholiques, Antoine de Bourbon sentait encore 
une fois fléchir ses convictions et refroidir son 
ardeur. La jalousie l'envahissait : à lui qui, néo- 
phyte zélé, avait tout sacrifié à ses amis catho- 
liques, on ne semblait donner que le second rang-, 
derrière l'impérieux et énergique duc de Guise. 
Peu s'en fallut que l'harmonie entre le Navarrais 
et les Triumvirs ne se rompît. Mais Saint-André 
veillait : il prévint et adoucit les amertumes d'An- 
toine, lui ménagea, avec la complaisance du Con- 
nétable et de Guise, quelques honneurs d'apparat, 
lui prodigua les hommages. Grâce à ces efforts, 
rien ne parut troubler, pour un temps, la sainte 
alliance conclue pour la défense du royaume et du 
catholicisme f . L'entente était plus que jamais 
nécessaire entre les chefs catholiques. En effet 
Gondé, qui avait quitté Paris, le 24 mars, à la nou- 
velle du coup d'Etat exécuté par les Triumvirs, 
s'était rendu à Orléans, d'où il lança son fameux 
manifeste du 8 avril 1562 2 . De plus, pour se jus- 
tifier, il livra à l'opinion publique les lettres par 

1 Lettre de Chantonay à Philippe II (8 avril 1562), Arch. Nat., 
K 1497, n°21. 

i Manifeste imprimé dans Mémoires de Condé, t. III, p. 222. Cf. 
Lettre de Trockmorton. Calendars 1561-1562, p. 587; De Thou, 
Histoire universelle, t. IV, p. 180. 

23 



334 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

lesquelles la Régente avait mis naguère 
sauvegarde le royaume; et son jeune souverain 1 . 
A eet affront, Catherine tomba dans une violents, 
colère et traita Condé de fou". L'indiscrétion du 
Prince faisait s'écrouler toutes les espérances que 
la Reine-mère avait mises en lui. Par dépit, elle 
allait maintenant se donner à ><■> ennemis, aux 
Triumvirs. 

De concert, Saint-André et Chantonay lui ti- 
rent la chose : ils circonvinrent Catherine d 
ce moment de désillusion pour lui faire La leçon . 
Elle ne résista pas et, prisonnière des chefs catho- 
liques, elle tit bientôt bande commune avec eux . 
On publia dans Paris un édit, par Lequel Le Roi el 
la Régente déclaraient faux Le bruil de leur capti- 
vité, et assuraient qu'ils étaient venus de leur plein 
gré dans la capitale du royaume . 

Cependant Coudé se fortifiai! dans Orléans. Il 
répondait à toutes les propositions de paix en exi- 
geant que fût exécutée la décision des Etats d Or- 
léans louchant la restitution des dons octroyés par 
Henri II au Connétable, à Guise et à Saint-André. 

1 Chantonay à Philippe II (il avril 1501), Arch. Nat, I 

n° 22. 

°- Lettres de Sainte-Croix [Archives curieuses, t. VI. p. v 

3 Lettre de Chantonay supr. cit. 

1 A. de Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne cTAlbret, t. IV, 
p. 472: F. Décrue, Anne de Montmorency... sous Charles fi, 
p. 329. 

: ' Ibidem. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 355 

C'était mettre le fer sur la plaie et envenimer les 
haines. 

Le Triumvirat voulait dissiper les accusations 
dont l'accablait Condé : le 4 mai 1562, Guise, 
Montmorency et Saint-André adressèrent au Roi 
la justification de leurs actes, sous forme d'une 
requête impérieuse. Loin de vouloir la paix ils y 
suppliaient le Roi « de n'approuver, ne souffrir en 
son royaume aucune diversité de religion ». Dans 
une seconde déclaration, présentée le même jour 
à la Reine-mère, ils offraient de se retirer, à la 
condition que Condé mît bas les armes 2 . 

Parmi les menaces de guerre, qui se levaient de 
tous côtés, Catherine ne savait qui prier de faire 
la paix. Bien que liée aux Triumvirs, ses préfé- 
rences secrètes allaient, malgré elle, à Condé, et 
cette situation était si énervante qu'un jour, au 
conseil, lassée d'entendre Saint-André prêcher 
sans cesse des moyens de discorde, Catherine « luy 
fit une si grande rebuffade qu'il fut presque sur le 
point de verser des larmes » 3 . 

La préoccupation absorbante du maréchal était 
alors d'empêcher le roi de Navarre de retourner à 



1 Original signé, Bibl. Nat., f. fr., ms 6611, fol. 27; imprimé 
dans Mémoires de Condé, t. III, p. 388 ; cf. lettre d'Hotman (7 juin 
1562;, publiée par R. Dareste dans Revue historique, t. XGVII, 
p. 304. 

- Mémoires de Condé, t. III, p. 392. 

3 Lettre de Prosper de Sainte-Croix (29 avril 1562), dans Archives 
curieuses, t, VI, p. 94. 



356 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

la Réforme. Antoine de Bourbon, estimanl qu'on 
avait mal payé son zèle au catholicisme, commen- 
çait à se fatiguer d'attendre la réalisation des pro- 
messes de l'Espagne ; et bientôt il parut décid« 
regagner le camp protestant, où l'appelait son I 
Gondé. Saint-André suppliait Chantonaj deretenir 
le prince, en accomplissant 1«'- promesses fa 
naguère à Antoine par Philippe I! Vers 1«' 15 avril, 
une conférence eut lieu entre le maréchal et l'am- 
bassadeur espagnol : ils parcoururent ensemble la 
carte des possessions del'Espagne, et cherchèrent 
où trouver un appât pour le mari de Jeanne «1 Al- 
bret. La Sardaigne, la Flandre, le Milanais, le 
royaume «le Naples furent loin- à tour passés en 
revue el écartés. Chantonay, malicieux et pince- 
sans-rire, proposa enfin la régence de Tunis à 
conquérir au profit du Navarrais. Saint-André 
veux el inquiet, sentait menacées sa toi tir 
vie, si Ton ne gardait Antoine de Bourbon. Par- 
lant du maréchal, l'ambassadeur de Philippe II 
écrivait : « .1»' vois qu'il esl m défiance, disant que 
si cette planche de salut vient à manquer, BOD 
parti et lui sont perdus » l . 

Le sort semblait, à ce moment, srouloir accabler 
lancier favori de Henri II : le coup plus sensible 
le surprit à l'improviste. 

Saint-André, le dernier jour d'avril, apprit 

1 A. de Ruble, Antoine de Bourbon el Jeanne d'AlbreL t. IV. 
pp. 210-211. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 357 

que la ville de Lyon, capitale de son gouverne- 
ment et centre de son influence provinciale, était 
tombée aux mains des Protestants. Ni les ordres 
que le maréchal adressait de loin au consulat 1 ni 
les mesures de rigueur prises un an auparavant 
n'avaient pu empêcher cette catastrophe. Le 
28 avril 1562, les Protestants s'étaient approchés 
de la ville, sous le commandement du baron des 
Adrets ; le 30, des affidés réussirent à s'emparer 
des principaux postes, et le lendemain matin le 
coup de main était mené à bonne fin, sans que la 
ville eût le temps de se défendre ni qu'aucune vio- 
lence fût exercée 2 . On accusa François d'Agoult, 
comte de Sault, lieutenant du gouverneur à Lyon, 
de complicité avec les Réformés. 

Dans ce même temps tout le gouvernement de 
Saint-André semblait en proie à des convulsions 
menaçantes : la Marche, où commandait, en qua- 
lité de lieutenant, Jean de La Roche-Aymon, s'agi- 
tait 3 ; en Auvergne et en Forez, les d'Apchon, 
parents et lieutenants du maréchal, devaient sévir 
avec la dernière rigueur pour empêcher ces pays 
de passer à la Réforme 4 . 



1 Lettre de Saint-André au consulat (21 février 15G2), Arch. 
municip. de Lyon, AA 28, n° 60. 

3 V. les récits détaillés de cette surprise, dans Gimber et Dan- 
jou, Archives curieuses, t. IV, pp. 165 et 215, et dans Mémoires 
de Condé, t. III. p. 339. 

"- Joullietton, Histoire de La Marche, t. T. p. 323. 

4 A. Bernard. Histoire du Forez, t. II, p. 117, 



358 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

Ces sombres nouvelles, qui arrivaient sans 
des provinces à la cour, ne faisaient qu'exaspérer 
les intrigues du Triumvirat el encourageaient l'in- 
transigeance <le Condé. La captivité du Roi el «le 
laReine-mère entre les main- des Triumvirs 
le prétexte de toutes les rébellions des Protestants. 
Pour démentir le bruit de cette captivité, le 1^ mai, 
on fit sortir Catherine el Charles IX de Paris, d'où 
ils allèrent s'installer à Monçeaux-en-Brie. Mais la 
délivrance n'était que fictive : Les chefs catholiques 
se hâtèrent de suivre la troupe royale el vinrent 
s'établir eux aussi à .Monceaux, malgré l'insuffi- 
sance et l'exiguité du logement l . 

Personne ne fut la dupe de cette comédie man- 
quée, Condé moins que quiconque Le 1») mai.il 
publiait un nouveau manifeste, OÙ ^'exprimait la 
plus méprisante fierté. Il accusait les trois chefs 
catholiques d'être les valets du pape et de Phi lippe II. 
«Oui, disait-il. avec rudesse, je retournerai bientôt 
joindre le Roi, et nous examinerons si un éti 
et deux petits compagnons ont droit «le faire la 
loi à un prince du sang... C'est un «lue <le Guise, 
un sieur de Montmorency et un sieur «le S ai net- 
André, qui font une ordonnance contre l'édicl de 
janvier, accordé par le Roy et la Royne sa mère, 
le Roy de Navarre, les princes du sang, avecques 
le conseil du Roy... ». Puis, répondant à l'accusa- 

1 Journal de l'année 1562, dans la Revue rétrospective, t. V. 
p. 104. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 359 

tion de révolte année portée contre lui : « Les 
armes, ajoutait-il, sont prises contre la maison de 
Guise, conestable et mareschal de Sainct-André, 
et encores c'est avec telle modestie que nous ne 
demandons leurs biens, leurs vies ny leurs es- 
tats »\ 

Malgré les apostrophes haineuses que s'adres- 
saient les deux partis, la reine Catherine ne déses- 
pérait pas de la paix et elle négociait avec Gondé. 
Le seul moyen de pacification était l'institution 
d'une sorte d'égalité entre les deux cultes. Les 
Triumvirs firent échouer toutes ces tentatives, ne 
les laissant se prolonger que pour donner à leur 
armée le temps de grossir. Le 6 juin, à Toury, eut 
lieu une entrevue décisive entre Gondé d'une part, 
Catherine et le roi de Navarre de l'autre : l'accord 
ne put se faire 2 . Alors la guerre parut inévitable : 
une ère terrible et néfaste commençait pour la 
France. « Il n'y a pas, écrivait Hubert Languet, 
un coin de terre qui échappe à la dévastation ; je 
quitte la France à regret, et, si elle doit périr, je 
voudrais m'ensevelir sous ses cendres » 3 . 



1 Mémoires de Gondé, t. III, p. 395. 

- Mémoires de La Noue, 1. I, ch. ni ; A. de Ruble, Antoine de 
Bourbon et Jeanne d'Albret, t. IV, p. 245 et suiv. ; F. Décrue 
Montmorency... sous Charles IX, p. 338. 

3 Arcana seculi decimi sexti. Halte Hermandurorum, 1709, t. II, 



3G0 LE TMl'.UYIUAT CATHOLIQUE 



Le 1 er juin 1502, l'armée <lu Triumvirat quitta 
Paris, l'avant-garde commandée par le roi de 
Navarre et le duc de Guise ; au centre était .Montmo- 
rency ; Saint-André dirigeai! L'arrière-garde. i Les- 
quels partirent louis dune mesme volonté, 
accompagnés de grande noblesse de France, pour 
aller contre les rebelles, qui s'estoienl emparés des 
villes du royaume et avoient pillé les églises : . Il 
semblait que les deux armées, qui marchaient 
l'une au devant de l'autre, allaient en venir rapide- 
ment aux prises. Mais Catherine veillait encore : 
elle n'avait pas perdu l'espoir d'empêcher le «h» »<• 
des armes. Durant tout le mois de juin, avec une 
inlassable patience, la Reine-mère négocia. Condé 
réclamait énergiquemenl qu'on éloignât les Trium- 
virs. Le 2$ juin, les trois chefs catholiques con- 
sentirent àquitter le camp. Mais ils revinrent bien- 
tôt : après la vaine entrevue de Talcy, tout espoir 
de réconciliation entre les deux partis fut perdu. 
Les opérations <le la guerre civile vont commen- 



1 Mémoires de Coudé, t. I. |». NT ; Journal de l'uni. 

rétrosp., t. V. p. 1 1 1) : Lettres de Prosper de Sain. i chioes 

curieuses, t. VI, p. 100) : A. de Ruûle, op. cit., p. 237 
Décrue, op. cit., p. 338. 

2 Le 16 juin, le bruit de la mort du maréchal <!<• Saint-André 
avait couru dans Paris. « L'on tint tout ce jour et !»• lendemain 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 361 

L'armée royale se dirigea d'abord sur la ville do 
Blois, qui fut saccagée, le 4 juillet. 

Saint-André avait assisté à la prise de Blois. 
Mais il parut bientôt qu'il ne devait pas l'ester 
longtemps parmi le gros de l'armée royale. En 
effet de graves devoirs rappelaient dans son gou- 
vernement. Des le milieu de juin, on avait mis en 
projet de l'envoyer reprendre Lyon, avec trois 
mille lansquenets du Rhin grave, deux cents pisto- 
liers, six mille Italiens qui devaient être fournis 
moitié par Philippe ILet moitié parle duc de Savoie, 
vingt enseignes françaises, les compagnies de 
Tende, de Tavannes, de La Fayette et de Suze, les 
arquebuziers de son neveu d'Apchôn et deux cents 
cavaliers du duc de Savoie ; en outre le maréchal 
devait prendre en Bourgogne l'artillerie de d'Es- 
trées. Avec ce formidable appareil militaire, il lui 
serait facile de recouvrer la capitale de son gou- 
vernement 1 . 

Vers le 15 juillet, des événements sinistres 
vinrent exaspérer encore la colère et la haine de 



xvn e que il y avoit eu une escarmouche, où avoit été tué M. le 
maréchal de Saint-André et M. d'An ville. Ce même jour, sur le 
soir, arriva M. Du Fresne, secrétaire des commandemens, qui 
disoit qu'on no s'étoit pas encore hattu ; mais les doux camps 
étoient l'un à la vue de l'autre. » (Journal de 1562, p. 115). 

1 Les remèdes nécessaires qui semblent au roi de Navarre et 
aux seigneurs qui sont avec luy soubz le bon plaisir de la Royne 
(Bibl. >'at., f. fr., ms 15877, fol. 84), imprimé dans A. de Ruble, 
Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. IV, p. 422 ; lettre de 
Chantonay à Philippe II (31 juillet 1562) dans Mémoires de Condé, 
t. II, p. 50 ; Lettres de Sainte-Croix, p. 106. 



302 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

Saint-André contre les huguenots. Le baron : 
Adrets, quittant Lyon, s'était emparé de Mont- 
brison, capitale du Forez, etse disposai! a conduire 
plus loin le triomphe de son armée protestante. 
Ces nouvelles touchèrent d'autant plus Je maréchal 
que les Réformés, lors de la prise de Montbrison, 
s'étaient livrés à des excès odieux. Arthaud d'Ap- 
chon, beau-frèrede Saint-André, étanl morl récem- 
ment, les religionnaires avaient tiré son cadavre 
du cercueil et traîné à travers champs : ces hor- 
reurs étaient les représailles de l'arrestation des 
ministres protestants opérée quelque temps aupa- 
ravant par les lils d'Arthaud 1 . A la nouvelle de 
ces événements, il semblait qu'il n'\ «-ùt plus à 
hésiter, etqu'une armée devait venger en Lyon- 
nais les crimes commis par les troupes du baron 
des Adrets contre la loi catholique et le Triumvirat. 
Le roi de Navarre parut même un moment dis] 
à diriger toutes les loi-ces royales dececôt< 

Mais (''«'lait ailleurs en définitive que Saint-André 
allait recevoir mission d'écraser L'hérésie. Le plan 
stratégique, simple et habile, que le duc de Guise 
parvint à l'aire adopter, consistait à séparer les 
défenseurs d'Orléans des réserves que !<■> protes- 
tants delà Guyenne, animés par Jeanne d'Albret, 



1 A. Bernard. Histoire du Forez, t. II. p. 

- Lettre du roi de Navarre à la reine-mère (88 juillet 
Bibl. Nat.. f.fr., ms 45876, a» 301 : lettre du cardinal de I 
(19 juillet 1562), dans Bipp. d'Esté, Négociations, \> -' 



LE TRIUMVIRAT MILITANT .363 

accumulaient dans les provinces de l'ouest. Celait 
donc vers l'ouest ({lie devait porter l'effort principal 
du parti catholique. Ce plan s'imposait d'autant 
plus que la guerre civile dans l'ouest et la Guyenne 
avait intercepté les communications entre les cours 
de France et d'Espagne, et les courriers de Phi- 
lippe Il tombaient aux mains des Protestants 1 . 

La plus importante ville de l'ouest, Poitiers, 
avait été prise par les Réformés, qui régnaient sur 
tout le Poitou. C'est à Poitiers que le conseil des 
chefs catholiques décida, à la fin de juillet 1562, 
d'envoyer Saint-André. 

Le maréchal, parti de Blois avec le comte de 
Yillars, des troupes de cavalerie et huit ou dix 
pièces d'artillerie, soumit sur sa route quelques 
petites villes révoltées, et battit même un groupe 
de huguenots fort de douze cents hommes et de six 
à sept pièces d'artillerie 2 . Le 29 juillet, Villars 
était devant Poitiers. Saint- André arriva seulement 
le 1 er août et prit aussitôt le commandement des 
troupes assiégeantes. Il était résolu à faire un 
exemple terrible. La ville ayant été investie, les 
autorités furent sommées de se rendre. Après 
quelques hésitations, le maire Jacques Herbert 
lit répondre que, le sieur de Sainte-Gemme, qui 
commandait la place, avait les clefs des portes ; 

1 A. de Rublo, op. supr. cit., t. IV, p. 282. 

- Répétition des choses advenues en Vannée 1562 {Registres du 
bureau de la ville de Paris, t. V. p. 109). 



364 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

qu'il s'était caché, et qu'on le cherchait en vain : que 
du reste les habitants étaient fidèles sujets du Roi. 
Saint-André donna aussitôt le signal de l'assaut, 
et les troupes catholiques, conduites par Le béarnais 
Pierre de Lague, s'élancèrent sur la brèche de La 
porte Saint-Lazare, d'où elles fuient repousfi 
deux fois de suite par les soldats de Sainte-Gemme. 
Mais les protestants n'étaient pas maîtres du châ- 
teau, <lont Le commandant, Pineau, receveur géné- 
ral du Poitou,, (it pointer le canon sur les trou 
assiégées : prises entre deux feux, celles-ci durent 
bientôt céder à la force \ 

Sainte-Gemme et l'un de ses lieutenants, nommé 
Mangot, soutinrent héroïquement L'attaque à tra- 
vers les rues de la ville. .Mais rien ne put arrêter 
l'armée de Saint-André, et les débris de la garni- 
son protestante s'enfuirent, pour rejoindre les com- 
pagnies que la Rochefoucauld amenait trop tard au 
secours des assiégés J . Le maréchal perdit environ 
cent vingl hommes, parmi Lesquels Le capitaine de 
Lague, qui avait conduit L'assaut La ville fut 
abandonnée à la fureur de la soldatesque, qui se 
livra au pillage et au plus effroyable massacre : 

1 Jownal de Brilhac [Archives historiques du Poitou, I 11 

[i. ±2\ : A. de Ruble, Jeanne d'Albret et la guerre civile, t. I. 

p. 275. 
-' .Journal de l'année l-'>6-2 [Rev. rétrosp., t. V. p. 188 
3 Loc. supr. cit.: Mémoires de Castelnau, t. I. pp. I 

Thou, Histoire universelle, t. IV. pp. _ î ' Brantôme ;l 

vainement essaye d'alléger sur ce point la mémoire de Saint- 

André (Brantôme, Œuvres, t. V, p. 39 , 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 365 

hommes et femmes, sans distinctions de condition, 
d'âge ni de religion, tombèrent sous les coups des 
troupes catholiques exaspérées. Jacques Herbert, 
maire de Poitiers, fut pendu le 7 août. L'armée du 
maréchal, composée d'aventuriers mal disciplinés 
et mal soldés, se livra aux excès les plus effrénés. 
Tous les historiens du temps ont manifesté haute- 
ment l'indignation de la population honnête , en 
présence de ces débordements sanguinaires, que 
Saint-André ne fit même pas signe de modérer. ;$ 

Cependant, quand le désordre fut un peu calmé, 
le maréchal procéda à des exécutions moins som- 
maires. Le 8 août, il lança une ordonnance de prise 
de corps contre cinquante-deux bourgeois de la 
ville, dont les biens, meubles et immeubles, furent 
immédiatement saisis \ 

Le 9 août, craignant que les excès des soldats, 
qui duraient toujours, ne vinssent à pousser les 
habitants aux dernières extrémités, il voulut bien 
prendre des mesures de modération. « Défenses sont 
faites, disait l'ordonnance qu'il publia, à tous capi- 
taines, soldats et autres gens de guerre de ne pren- 
dre les meubles, gerbes, vins et autres fruits de 
maisons tant de cette ville que du pays de Poitou.. . 
ni de semblablement retenir aucuns des habitants 
de ladite ville comme prisonniers en maisons pri- 
vées, ains de les amener incontinant par devers 

1 Archives historiques du Poitou, t. XXVII, p. 64. 



366 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

nous, pour y être ordonné ce qu'il appartiendra » l ; 
Pendant huit jours le massacre et le pillage avaient 
pu s'exercer en toute licence. 

Après avoir dompté Poitiers de cette cruelle : 
il fallait procéder, dans le pays, à la soumission 
des autres villes sympathiques à la Réforme et dont 
quelques-unes avaient déjà franchement abandonné 
le parti du Triumvirat. Les châteaux de Ghauvig 
La Trémoille, Moilleron el Saint-Savin succombè- 
rent sous les forces catholiques. Toul le pays étail 
terrifié par les représailles qui avaient suivi la 
prise de Poitiers, Angoulême se soumit à la pre- 
mière sommation. Triomphant, Saint-André écri- 
' vait, le 7 août, à la Reine-mère : «« Vostre Magesté 
entandra <le cedict porteur que la prise de i 
ville a tellemenl estonné tout le pays que les re- 
belles et désobéissons à Vos Magestez commansenl 
à cognoystre leur faulte, et y en a desjà qui deman- 
dent grâce. » Dans sa joie, il ajoutait: « J'espère, 
avec l'ayde de Nostre-Seigneur et le bon service de 
tous vos bons et fi délies serviteurs, que la Magesté 
du Roy et la vostre seront bientôt en repostz, et 
avec aultant d'obéissance que vous l'avei veue 
randre aux feus Roys vos beau-père et seigneur, et 
lors, Madame, vostre Magesté cognoystra ceulx 
qui n'ont jamais heu davant les yeulx que l'hon- 
neur de Dieu, l'obéissance du Ro\ el la conservation 

'Archives historiques du Poitou, t. XXVII, p. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 367 

de vostré authorité » ! . Par ordre du maréchal 
toutes les villes et tous les châteaux du pays reçu- 
rent des garnisons catholiques 2 . 

La ville de La Rochelle était fortement suspecte 
aux Triumvirs. Mais, à la nouvelle de la prise de 
Poitiers, les consuls, dans la crainte que le maré- 
chal, qui s'avançait, ne fît subir à leur cité un sort 
semblable, se hâtèrent de lui envoyer une humble 
supplique, où ils faisaient protestation du zèle le 
plus vif à l'endroit de la cause royale et catholique 3 . 
Le II août, Saint-André annonçait au roi de 
Navarre leur soumission complète : « Sire, ce 
jourd'huy deux des habitants de la ville de la Ro- 
chelle me sont venuz trouver de la part de tous 
ceulx de la dicte ville, lesquelz, pour responce d'une 
lectre que je leur a vois cy-devant escripte, m'en 
ont envoyé une autre, que je n'ay voullu faillir de 
vous faire incontinant tenir, affîn que par icelle 
vostre Majesté voyela bonne et continuelle volunté 
en quoy ilz sont et l'offre qu'ilz font de rendre au 
Roy la fidélité et obéissance qu'ilz luy doibvent » \ 

Saint-iVndré quitta Poitiers le 13 août, pour se 
rendre, avec le plus gros de ses troupes, à Bourges, 



1 Saint-André à Catherine de Médicis (Poitiers, 7 août 1562), 
Bibl. Nat., f. fr., ras 15876. fol. 361 (Pièce justificative, n° XXII). 

2 État des garnisons du Poitou, ordonné par le maréchal de 
Saint-André, ibidem, ras 15877, fol. 82. 

3 Supplique originale (9 août 1562), ibidem, ms 15876, fol. 377. 

4 Saint-André au roi de Navarre (11 août 1562), Bibl. Nat., f. 
fr.. msl587fi. fol. 392 



368 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

où se dirigeait pareillement l'armée du Conné- 
table partie de Blois. le I 1 août. 

Les soldais du maréchal traversèrenl [ssoudun, 
où ils se livrèrent aux plus grossiers désordn 
A Pleinpied, Saint-André fil traverser la rivii 
du Cher à son artillerie, et, le 19 août, il arrivait 
devant Bourges avec toute son armée, aguerrie el 
fîère de ses récentes victoires en Poitou. Son artil- 
lerie fut placée dans lui petit pré en avant de La 
porte Charlet, le reste des troupes campant entre 
Charlet el le moulin de Vauzelles '. Les assit - 
saluèrent aussitôt l'arrivée de ces nous «aux assail- 
lants par le l'eu de deux pièces braquées sur la 
plate-forme de la grosse Tour -. 

Le siège de Bourges fui de plus longue durée 
qu'on ne l'avait prévu. L'armée royale en vint 
même à manquer de munitions «■! d'argent, »•! 
Saint-André dut faire ramener <!«' Poitiers l'artille- 
rie qu'il y avait Laissée . De plus l«-> chefs cath - 
liques craignaient l'arrivée aux protestants d'un 
secours de six mille Allemands que d'Andelol était 
allé quérir, tandis que les Anglais menaçaient la 
Normandie. Mais la garnison fut bientôt à boni de 
forces et de ressources, du commença à négocier 
et la ville capitula, le 31 août 1562 . 

1 L. Ray nul. Histoire du Berry, t. IV. p. 55. 

• Ibidem. 

3 Chantonay à Philippe il 28 août 1562), lana II 
Condé, t. II, pp. 65-67. 

* Il était question à ce moment, dans le conseil d - 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 369 

En quittant Bourges, les forces catholiques vin- 
rent à Gien, où elles passèrent la Loire, pour se 
rendre à Montargis, puis à Etampes : dans cette 
dernière ville, on délibéra sur le parti à prendre. 
Saint-André était d'avis qu'on attaquât Orléans, la 
place la plus forte des Réformés, commandée par 
son ennemi Gondé. Pour appuyer son avis, il sou- 
tenait que, si l'on pouvait y faire prisonniers le 
Prince et Coligny, on ôterait « au corps des pro- 
testants les deux nerfs, qui seuls le faisaient mou- 
voir », et il ajoutait que la plupart des troupes 
auxiliaires attendues par les Réformés s'étant arrê- 
tées sur la frontière pour attendre les événements, 
dès qu'elles apprendraient qu'Orléans était investi, 
elles retourneraient en arrière. Enfin le maréchal 
faisait ressortir que la ville n'avait pas d'ouvrages 
extérieurs, que les fossés n'étaient ni profonds, ni 
bien revêtus, et que le système général des fortifi- 
cations était faible. 

Malgré toutes ces raisons, le conseil se rallia en 
majorité à l'avis d'attaquer d'abord Rouen, avant 
que les secours, envoyés par la Reine d'Angleterre 
au parti protestant, fussent arrivés. Il fut donc 
décidé que le gros de l'armée catholique prendrait 

catholiques, de faire venir des troupes de Guyenne pour renforcer 
l'armée royale. Saint-André soumit un projet à ses collègues, et 
Monluc fut chargé de l'exécution. — Ce projet conservé à la 
Bibl. Nat. (f. fi\, ms 1587G. fol. 38), quoique non signé, nous a 
paru devoir être attribué à coup sûr au maréchal, tant à cause 
des caractères de l'écriture, que par les caractères intrinsèques 
de l'acte. 

24 



370 LE TIUUMVIRAT CATHOLIQUE 

la route de Normandie. Quanl à Saint-André, il 
reçut mission de se rendre en Champagne, avec le 
reste des troupes, pour barrer le passage à d'An- 
delot, qui amenai! des secours d'Allemagne aux 
défenseurs d'Orléans. 

On connaît le sort de l'armer qui alla 
Rouen, où les Anglais étaient entrés le 29 août. Au 
cours de l'assaut extrêmement violent qui fut livré 
le 15 octobre, Antoine de Bourbon, roi de Navarre, 
tomba mortellement atteint d'un coup d'arquebuse 
C'était la première fois que la mort touchai! le 
grand conseil catholique. Pour le parti du Trium- 
virat, la perte n'était pas irréparable : Antoine de 
Bourbon, dit Agrippa d'Aubigné, « s'était ployé a 
tous changements, plus par faiblesse de cervelle 
(jue de cœur ». 

Mais Saint-André ne vit pas disparaître 
crainte celui qui était devenu le plus enthousiaste 
de ses protecteurs ' 

Cependant le maréchal s'occupait d'accomplir la 
tâche difficile qui lui avait été dévolue. !>• 1 1 octo- 
bre lo()2, il quittait Paris avec seulement huit cents 
hommes d'armes. Il «levait renforcer son armée en 

1 Après la mort d'Antoine de Bourbon, Catherine de M 
songea à nommer lieutenanl de roi en Gnyenne, en r 
jeune prince de Navarre, le maréchal de Saint-Andr< 
« avoit espérance d'estre sous luy ». La mort Ju maréchal à 
Dreux fit échouer cette combinaison. La désignation de Saint- 
André, avec Moulue en sous-ordre, prouvait qu.- la reine était 
décidée à envoyer «mi Guyenne un homme énergique (Paul Cour- 
teault, Biaise de Monluc historien, p. 475). 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 371 

Champagne avec les troupes des légionnaires, et 
de P arrière-ban ; de plus, trois mille Italiens 
devaient venir se joindre à lui, ainsi que deux mille 
Suisses no#vellement levés *. Le 18 octobre, on 
publia dans Paris l'ordre à tous les gentilshommes 
champenois de se joindre à l'armée de Saint-André, 
qui s'en allait au-devant de d'Andelot 2 . Le même 
jour fut publié un mandement du Roi accordant par- 
don à tous les volontaires qui voudraient servir 
contre les Anglais ou les Allemands 3 . Enfin ordre 
fut donné à toute la cavalerie qui surveillait les 
abords d'Orléans, de venir se ranger sous le com- 
mandement du maréchal 4 . 

Celui-ci ignorait complètement où se trouvaient 
les Allemands de d'Andelot et quelle direction ils 
suivaient. Saulx-Tavannes, gouverneur de Bour- 
gogne, devait mettre ses forces à la disposition de 
Saint- André et lui prêter tout l'appui nécessaire. 
Mais juste à ce moment, le gouvernement de Bour- 
gogne était dépourvu, la plus grande partie de ses 
troupes [étant retenue devant Lyon, sous les ordres 
du duc de Nemours. D'autre part les secours envoyés 
de Suisse se faisaient attendre 5 . Le 23 octobre, on 
apprit que les Allemands de d'Andelot arrivaient à 

1 Lettre de Ghantonay (18 octobre 15G2) dans Mémoires de Condé, 
t. II. p. 95; Journal de l'année 156*2 (Rev. rétrosp., t. V, p. 195). 

2 Ibidem. 

3 Mémoires de Condé, t. IV, p. 43. 

* Dép. vénit. (oct. 1562), Bibl. Nat., f. ital., ms 1722, fol. 568 v°. 
u L. Pingaud, Correspondance des Saulx-Tavannes, p. 114. 



372 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

Ghaumont et à Châteauvillain, et se disposaient à 
prendre le chemin de Ghâtillon. 

Aux objurgations dumaréchal, Tavannes impuis- 
sant à fournir aucun renfort, répondafl désespéré- 
ment : « Monsieur de Nemours m'a fort bien retenu 
ma compa^nye.... Occasion que je suys tout seul. 
De ma part je partiray incontinant après avoir 
donné ung peu d'ordres a ces villes, qui sonl eu 
merveilleuse craincte pour le peu de force qui 5 
est 1 ... Tant que vous serez près de ce gouverne- 
ment, je ne bougeray d'auprès de vous pour vous 
faire service: mais si vous vous en esloignez, je 
seray contraincl vous ^abandonner, pour le soupson 
et le hasard que je voys aux susdictes villes •' !><■ 
tous côtés les demandes de secours arrivaient a 
Tavannes qui ne pouvait) répondre !><• 25 octobre, 
les habitants d'Auxerre, craignant L'approche <1<- 
d'Andelot, réclamaient du renfort pour leur -ami- 
son: « Je sçay, écrivait Tavannes a Saint-André, 
que congnoissez de quelle importance est la dicte 
ville d'Auxerre, si l'ennemy s'en emparoit, a cause 
de la rivière, cl que c'est lieu propre pour assem- 
bler ung camp ». 

Les Allemands de d'Andelot avançaient tou- 
jours. 



1 11 ^*a,uil des villes de la BourgO{ 

- L. Pingaud, Correspondance des Saulx-Taoannu, \>. 1 1 « ■ 

:; L. Pingaud, Correspondance des Saulx-Tavannes, p. 118. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 373 

Le 25, ils avaient passé la Seine au-dessus de Châ- 
tillon, d'où ils se dirigeaient vers Mailly-le-Château, 
pour delà traverser la rivière d'Yonne et rejoindre 
les quelques troupes envoyées d'Orléans à leur 
rencontre 1 . Saint-André se trouvait alors àBar-sur- 
Seine avec dix enseignes de légionnaires de Picar- 
die. Les huit enseignes de Suisses, qui devaient 
renforcer son armée, étaient, malgré leur retard, 
assez proches pour se réunir en temps voulu aux 
troupes catholiques et empêcher le passage desrei- 
tres allemands. Mais Saint-André ne fut pas informé 
à temps de l'arrivée de ce renfort de Suisses et, 
n'osant opposer ses faihles forces à Farmée de 
d'Andelot, il laissa celle-ci passer sans coup férir. 
L'échec était déjà grand, il fallait éviter qu'il devint 
un désastre ; le maréchal se hâta de mettre de bon- 
nes garnisons dans les villes d'Auxerre et de Sens, 
qu'il visita le 21 octobre 2 . Le même jour il écrivit 
à M. d'Equilly, gouverneur de Chartres, pour le 
mettre en garde contre une surprise que pourraient 
tenter les Allemands joints aux Orléanais 3 . Mais 
ce qu'il fallait protéger avant tout contre les entre- 
prises de Condé uni à d'Andelot, c'était les abords 
de Paris. A la nouvelle du passage des Allemands, 

1 Dom Plancher, Histoire générale et particulière de la Bour- 
gogne, t. IV, p. o62. 

2 Saint-André à Saulx-Tavanncs (27 oct. 1562), Bibl. Nat., f. fr., 
ms 4641, fol. 6. 

3 L. Merlet, Lettres des rois de France... (Mém. Soc. Arch. de 
l'Orléanais, t. III, p. 54). 



374 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

toute la cavalerie de l'armée de Rouen avait été 
envoyée à Saint-André 1 . 

Celui-ci, demeuré à Sens jusqu'au dernier jour 
d'octobre, en partit alors pour se rendre à Etam] 
« Ayant esté présentement adverti, écrivait-il à 
Tavannes, que les Aile m ans, après avoir passé La 
rivière d'Yonne à Crevant, ont pris le chemin de 
Gien..., pour empescher l'entreprise qu'ils pour- 
roient fere du cousté de La Beausse ou bien de tirer 
vers Paris, j'av advisé d'aller avec lc> forces que 
j'ay droict à Estampes où j'attendray de Bçavoir le 
parti (ju'ilz tiendront pour, selon cella, m'ache- 
miner soit du costé dudict Paris ou bien \ 
Orléans » £ . 

Ainsi l'entreprise que le maréchal avait reçu 
mission de mener à bien étail manquée 

Saint-André s'était laissé surprendre assez' incon- 
sidérément, et, le 6 novembre, d'Andelot pénétrait 
dans Orléans avec ses reitres allemands, sans que, 
durant son long voyage, il eut rencontré la moin- 
dre résistance. Le maréchal lui très mortifié de cel 
échec, el il n'eut pour consolation que les remar- 
ques fort justes que lui écrivit Tavannes : Je suys 
d'opignion, sauftoutesfoysl'advis des plus - 
que vous avez esté dépesché fort tard, veu le I - 



' Lettre de Chantonay (i ei dov. 1562), dans Mémoir i 
t. II, pp. 103- lOi. 

4 Saint-André à Saulx-Tavanncs (31 octobre 1562), Bibl. Nat.. 
f. fr., nis 4641. lui. 8. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 375 

temps qu'il y a que l'on est adverty des Allemans, 
et qu'il eust esté bien nécessaire de laisser quel- 
qu'une des aultres entreprises pour eeste-cy, qui 
importe tant» *. C'était le blâme de la tactique des 
Guise, tactique qui avait séparé l'armée catholique 
en deux tronçons, dont le plus important était 
retenu au siège de Rouen. 

Saint-André, pour réparer en quelque manière 
son insuccès, se hâta de barrer la route de Paris 
aux protestants. Afin de grossir son armée, il vou- 
lait même dégarnir les villes de la Bourgogne, à 
quoi Tavannes s'opposa : « Il m'a semblé, écrivait 
celui-ci, veu les affaires qui sont en ce pays-cy, ne 
le devoir si facilement désemparer; car je vous 
puis assurer que je suis en ung merveilleux soup- 
son de toutes les villes, d'aultant que tous ceulx 
de la nouvelle religion lié vent fort les oreilles » 2 . 

Le 1 er novembre, le maréchal quittait Sens et se 
dirigeait vers Etampes, non sans avoir pourvu à la 
sécurité du château de Fontainebleau, confié à une 
garde 3 . 

Renforcés par les reitres et les lansquenets de 
d'Andelot, les protestants avaient pris l'offensive. 
Le 8 novembre, Condé quittait Orléans et prenait 
la route de Paris. L'armée du Prince arriva bientôt 



1 L. Pingaud, Correspondance des Saulx-Tavannes, p. 124. 
- L. Pingaud, Correspondance des Saulx-Tavannes, p. 124. 
3 Saint-André à M. de Gonnor (6 nov. 1562), Bibl. Nat., f. fi\, 
ms 3219, fol. 10«J. 



376 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

devant Etampos, où se trouvait Saint-André avec 
dix enseignes de pied et une compagnie de gendar- 
merie assez ma] équipée. Le roi de France, revenu 
à Paris, envoya dire à Saint-André qu'il eût 
retirer sur Corbeil ; Saint-André obéit, laissant 
seulement à Étampes une escouade qui, logée dans 
le château, assista à la prise de la ville el se rendit 
bientôt après '. 

D'Etampes Condé, à la tête des troupes protes- 
tantes, se dirigea vers Corbeil. La place avait de 
la valeur à cause du pool et du passage de la Seine. 
Le maréchal opposa au Prince la plus belle résis- 
tance, el Gondé, las d'un siège qui n'aboutissait 
pas, commençait à s'impatienter, lorsqu'il recul 
une lettre amicale de la Reine-mère l'invitant 
rapprocher d'elle pour conférer de la paix Le feu 
cessa aussitôt devant Corbeil et, le 23 noveml 
l'armée protestante se mil en marche sur la rive 
gauche de la Seine, tandis que Saint-André suivait 
la rive droite pour gagner Paris. On échan§ 
quelques coups d'arquebuse sans grand effet d'une 
rive à l'autre '. 



1 Registres du bureau de la ville de Paris, t. V. p 

1 Dép. \ cuit. (18-25 nov. 1562), Bil-I. Nni.. 1. it u l.. m IK 

fol. 593-97; lettre de Trockmorton (19 novembn I . 

Calendars 1562, p. 561 : Fr, de Belleforest, les gran 

fol. 1638; Mémoires de Guise, p. 196. 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 377 



Toutes les nouvelles tentatives pacifiques de la 
Reine restèrent vaines, et Catherine dut se résigner 
à ce que le sort des armes décidât entre les adver- 
saires. Les Triumvirs reçurent avec joie l'autorisa- 
tion formelle de combattre, car c'était à la bataille 
qu"« ils concluoient toujours » 1 . Peut-être ces négo- 
ciations n'avaient-elles été qu'un leurre habile : 
elles avaient permis aux catholiques de rallier plus 
de deux mille Gascons et trois mille Espagnols 2 . 

Le 10 décembre, au premier matin, Condé leva 
son camp établi entre Montrouge et Gentilly, et se 
dirigea vers la Beauce par Palaiseau, Limours et 
Saint-Arnoult. De là il prit le parti de gagner la 
Normandie pour se joindre aux Anglais. L'armée 
royale le suivait de près, et quelques escarmouches 
eurent lieu, à la sortie de Paris, au cours desquelles 
Gabriel d'Apchon, neveu de Saint-André, fut fait 
prisonnier par les protestants 3 . Condé se laissa 
devancer par les chefs catholiques qui arrivèrent, 
le 18 décembre, à Mézières-sur-1'Eure, tandis que 
leur adversaire se trouvait encore à trois lieues en 
arrière, à Néron. 

L'armée du Triumvirat traversa la rivière pen- 

1 Mémoires de Castelnau, t. I, pp. 109-120. 
- Monluc, Commentaires, t. III, p. 57. 
3 Journal de Vannée 1562, p. 201. 



378 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

dant la nuit, et, au jour, elle avait gagné un coteau, 
non loin de Dreux, «lieu plein de vignes par le a 
droict, et parle devant il y avoit une plaine unie et 
bien espacieuse, qui s'estandoit en baissant un bien 
fort peu vers la venue de monsieur le Prince» 1 , Sur 
cette position l'armée royale prit ordre <!<• bataille. 

S'il faut en croire Brantôme, ce fut Saint-André 
qui conçu! l'ordre <le bataille « qui fui en mode de 
croissant, mettanl entre chaque bataillon de gens 
de pied un régimenl de gendarmerie, estant par- 
tout en baye » 2 . Guise et Muni iiioicikv trouvèrent 
relie disposition " bonne et belle ». et se rallièrent 
à l'avis du maréchal, « parce qu'il/, le tenoient de 
bon esprit ei advisé capitaine o . 

Le H) décembre au malin, avant que I»- joii 
parût, Saint-André vint trouver M de Guise d 
sa chambre, et, en entrant, il demanda à un jeune 
gentilhomme, nommé Tranchelion, ce que le duc 
faisait. On lui répondit qu'il venait d'entendre la 
messe et de communier, et qu'il se disposait à 
déjeuner pour mouler ensuite a cheval. « Ab Dieu ! 
s'écria Saint-André, je suis bien malheureux que 
je n'en aie autant lait, et ne me sois mieux pré- 
paré : car le cœur me «lit que j'aurai aujourd'hui je 
ne sais quoi » v . 

1 Mémoires de Guise, p. i'.'S. 
s Brantôme, Œuvres, l. V. \>. .'!". 
:: Brantôme, Œuvres, t. V. p. 3ii. 

* Brantôme qui raconte ce l'ail [Œuvres, t. V. p. .;7 . ajoute : 
« Je l'ouïs ei y étois. » 



r 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 379 

On connaît les péripéties de la bataille de Dreux. 
L'aile droite de l'armée royale, qui formait avant- 
garde, composée de dix-neuf compagnies de gen- 
darmes, quatorze enseignes d'Espagnols, vingt- 
deux de vieilles bandes françaises et onze de 
lansquenets, et couverte de front par quatorze 
canons, fut placée sous les ordres de Saint-André. 
Le Connétable, qui commandait au centre la grosse 
phalange de six mille Suisses, fut, comme on sait, 
écrasé et fait prisonnier. Alors Guise lança contre 
l'infanterie de Gondé les enseignes espagnoles de 
Saint- André. Successivement les gens de pied et 
les reitres de l'armée protestante furent enfoncés 
par le marécbal : le Prince tomba prisonnier. De 
tous côtés fuyaient les troupes protestantes sous 
les charges de Saint-x\ndré, qui «ce jour là lit tout 
ce qu'un grand capitaine pouvoit, fust à combattre, 
et fust d'aller de çà de là à commander où il fal- 
loit »\ 

Vers le soir, alors que la victoire des catholiques 
semblait définitive, parut une troupe de cinq cents 
cavaliers huguenots, qu'avaient ralliés La Noue et 
d'Alvaret pour tenter la fortune dans un dernier 
combat. Saint-André reçut de Guise l'ordre de les 
refouler. Il fit alors chercher une nouvelle mon- 



1 Brantôme, Œuvres, t. V, p. 37. — V. les gravures de Tortorel 
et Perrissin qui représentent la bataille de Dreux. Cf. la biblio- 
graphie des sources de cette célèbre journée donnée par A. de 
Ruble, L'assassinat de François de Lorraine, p. 78. 



380 LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

ture, la sienne étant à boul rie forces : on ne pul 
trouver ce qu'il demandait, el il engagea La chî 
sans changer de selle. 

Au milieu du champ de bataille, son cheval 
s'abattit; aussitôt entouré, le maréchal fut fait 
prisonnier. Le mauvais sort voulut qu'il tombal 
aux mains d'un individu « <lc haute stature, portant 
une petite barbe Monde ou rousse ■>. qu'il reconnut 
sans doute avec effroi. C'était Jean Perdriel de 
Bobigny, jadis seigneur de Mézières, son (du- mor- 
tel ennemi, celui dont il avait brisé !<• bonheur de 
jeune époux, qu'il avait fait condamnera mort par 
coiilumace, et dont il détenait les Im-ns COnÛsquéfl 
à son profit. La première pensée <!<• Bobigny fut 
généreuse : pensant peut-être par cette prise pou- 
voir recouvrer sa fortune et sa situation, il accepta 
la foi (jue lui jura Saint-André prisonnier. Mais 
juste à ce moment passait le prince de Porcien, 
grand seigneur prolestant connu du maréchal. 
S'approchanl du prince, Saint-André trahit g 
première loi et s'engagea de nouveau à lui 
Furieux. Bobigny déchargea son pistolet dans la 
tète du maréchal, qui tomba raide mort '. 



' Dép. vrint (22 déc. 1562), Bibl. Nat, f. ital-, ma 17», fol. (12 

v : Interrogatoire de Pull rot de Méré, dans M 

pp. 500-;»2(i ; Brantôme, Œuvres, I. V. . rhou, // i 

universelle, t. IV, p. 4SI. Cf. Tortorel ri ! 

tableaux..., louchant les guerres, massacres et troubles, tableau 

XXI : la iy» charge de la bataille <!<• Dreux, où M l< maréchal 

de Saint André lui lue le il» décembre I - 



LE TRIUMVIRAT MILITANT 381 

Après l'avoir longtemps cherché; les catholiques 
découvrirent enfin le cadavre de Saint-André dans 
un fossé à l'entrée du bois près duquel s'était livrée 
la bataille '. La nouvelle de cette mort ne parvint 
qu'assez lard à la cour royale, et, le 21 décembre, 
on ignorait encore si le maréchal avait été tué ou 
pris ; on savait seulement qu'il avait disparu le soir 
du combat 2 . Lorsque la réalité fut connue, il ne 
semble pas que des regrets aient été exprimés. 
Toutefois Charles IX, écrivant à M. de Saint- Sul- 
pice, son ambassadeur en Espagne, lui annonça 
en ces termes la mort de Saint-André : « En ce 
combat a esté tué mon cousin le marescbal de 
Saint-André, après avoir fait une grande preuve 
de valeur, qui m'est une grande perte pour m'estre 
un grand et digne serviteur » 3 . 

Les Protestants saluèrent avec joie la mort du 
plus cruel et du plus avide de leurs ennemis, et ils 
lui dédièrent des épitapbes injurieuses *. 

1 Plus tard un magnifique tombeau fut élevé à Jacques d'Albon 
de Saint-André sur le champ de bataille de Dreux. Ce monu- 
ment est aujourd'hui au château d'Anet. 

2 Chantunay à la duch. de Parme (21 déc. 1562), Arch. de Bel- 
gique à Bruxelles. Papiers d'Etat et de l'audience, vol. 240, 
fol. 264. 

3 Lettres de Catherine de Médicis, t. 1, p. 453, note. 

* V. Quelques-unes de ces pièces dans le recueil de Basse des 
Nœuds, Bibl. Nat., f. fr., ms 22560, fol. 72 et 119. 



CONCLUSION GÉNÉRALE 



Après avoir examiné dans ses différentes phases 
la vie de Jacques d'Albon de Saint-André, il faut 
essayer de déterminer sommairement la valeur <lu 
personnage. Nous tâcherons de le faire sans nous 
laisser gagner par ce furor biographicm que rail- 
lail spirituellemenl Macaulay. 

Saint-André ne peul être placé ni dans la série 
des grands ministres comme Montmorency, ni 
parmi les grands chef de parti comme l»- duc <!<• 
Guise : il lui avanl tout, — cl ce trail demeure 
caractéristique du personnage — . un favori, mais 
un favori qui cul une valeur H qui Mil jouer un 
rôle autre que celui <lc mignon. 

D'assez médiocre naissance, il employa à L'édiG- 
calion.à l'accroissement et au maintien «le sa for- 
tune un véritable talent . 

Dès sa jeunese, au milieu de la brillante cour de 
François I er , on le voit séduire le dauphin Henri 
au point que rien, durant trente ans, ne put briser 
Jeur liaison. Et déjà son esprit, avisé H souple, lais- 



CONCLUSION GÉNÉRALE 383 

sa il percevoir les germes d'un égoïsme aigu qui, 
paré du lustre de la jeunesse, semblait n'êtreencore 
que de l'ambition. 

Comblé d'honneurs, de charges, de faveurs et de 
dons par Henri H, Saint-André, jeune favori, avec 
une hâte effrénée de parvenu, se jeta dans le luxe, 
les plaisirs, les vices et les dépenses de toutes 
sortes, gardant néanmoins comme une peur lanci- 
nante que celte fortune rapide ne s'écroulât subite- 
ment : pour nourrir son faste et garantir son ave- 
nir, tous les moyens lui parurent bons. Il s'est 
acquis ainsi une louche réputation, parfois trop jus- 
tifiée. 

Avide et rapace, il l'a été presque dans tous les 
actes de sa vie. Ce trait fondamental de son carac- 
tère explique son rôle soit comme gouverneur, soit 
comme homme politique, soit même le rôle bril- 
lant qu'il remplit à la guerre. 

Homme de guerre, il fut parmi les plus remar- 
quables du xvi e siècle. En effet l'estime de cette 
époque n'allait guère aux vertus privées ou 
publiques : le champ de bataille était en même 
temps le champ d'épreuve où s'acquéraient les 
faveurs, la considération et la gloire. Il n'a manqué 
à Saint-André que l'occasion pour qu'il fût un des 
plus illustres soldats. Doué de cette décision qui 
fait le chef, de cette rapidité dans la conception 
des moyens et leur mise à exécution sans laquelle 
il n'y a pas de victoire, il accomplit de véritables 



384 CONCLUSION GÉNÉRALE 

tours de force militaires; d'ailleurs on ne doit pas 
oublier que, si son avis eut été suivi, le désastre 
de Saint-Quentin se fui changé en victoire. 

Les exploits du maréchal lui rapportèrent d'in- 
nombrables faveurs : il monnaya sa gloire. 

C'est encore son intérêt particulier qui le poussa 
à l'attitude néfaste que nous avons vu qu'il tint 
pendant les négociations de Câteau-Cambréc 
Favori prisonnier loin <le son maître, privé «lu 
pouvoir familier que lui donnaif l'amitié du souve- 
rain, exposé, durant Bon absence, à être discrédité 
par ses ennemis auprès d'un Roi dont il connais- 
sait mieux que personne la faiblesse de volonté et 
d'esprit, Saint-André, comme dévoré par le besoin 
du retour, se (il l'auteur plus ou moins responsable 
des désastreuses stipulations du traité <l<- 1559 

Celle préoccupation absorbante «le l'intérêt per- 
sonnel, qui paraîl dans toute sa vie publique, - 
ruse avec un singulier relief dans ses agissements 
de gouverneur. Il n'est pas besoin de rappeler l'avi- 
dité qu'il déploya dans ses rapports avec ses admi- 
nistrés : ce n'est qu'une longue série de marchan- 
dages, de trafics el d'extorsions. A ce point de \ ne, 
l'élude de son rôle administratif est intéressante : 
elle confirme ce fait, sur lequel on n'a pas ins le 
savoir que la charge de gouverneur, au wi siècle. 
fut bien moins un office administratif qu'une faveur 
pécunière concédée par les rois à leurs parents ou 
à leurs créatures. 



CONCLUSION GÉNÉRALE 38^ 

En politique, le rôle de Saint-André est original 
et curieux. Il n'a jamais occupé, aux yeux du 
public, que le second rang; mais on peut dire que, 
si Ton ne connaît ses intrigues et ses manœuvres, 
des événements de premier ordre restent inexpli- 
cables dans leurs causes et leurs résultats. 

Ainsi le Triumvirat catholique serait une énigme, 
si Ton ne savait que c'est l'extraordinaire puissance 
d'intrigue de Saint-André, qui a jeté dans une 
alliance étroite et .mystique deux hommes, Mont- 
morency et Guise, adversaires aigris par une 
longue rivalité de cour, ennemis tenaces et fourbes, 
qui, quelques jours avant de se donner le baiser 
de paix, étaient prêts à tout pour se détruire 
mutuellement. On reste émerveillé devant les 
efforts que le maréchal dut dépenser, après que ce 
pacte extraordinaire eût été conclu, pour calmer 
ces deux vanités irritables, toujours prêtes à s'em- 
porter et que le sort semblait prendre plaisir à 
exciter encore davantage en les opposant sans 
cesse Tune à Fautre. Ce fut le chef-d'œuvre poli- 
tique de sa vie, à quoi il s'était préparé par de 
multiples intrigues. 

Capable de se faire des amis de ses pires adver- 
saires, comme il advint de ce roi de Navarre qui le 
prit pour confident intime deux mois après l'avoir 
accablé d'injures, il sut merveilleusement sauve- 
garder sa fortune et son intérêt dans les pires tra- 
verses. Entre toutes les ambitions et les haines, il 



386 CONCLUSION GÉNÉRALE 

formait un lion commun. Poussé par la peur, il 
allait sans cesse de l'un à l'autre, comme une 
sorte d'ambassadeur pacifique, cherchant à lea 
rapprocher et à les unir. Lorsque lui-même avait 
en jeu des intérêts vitaux, il dépensait de prodi- 
gieux efforts de souplesse et d'habileté : il Bavait 
dissiper les soupçons les plus fondés. Inspirer à dea 
hommes rivaux ou ennemis le désir de se voir et 
de se lier, et, si un différend dangereux B'élevait, 
en habile intermédiaire, il amenait des explicatif 
qui renouaient tout. 

En vérité ni les document- ni les faits ne nou; 
donnent de quoi expliquer l'extraordinaire pouvoii 
que ce personnage exerça sur l'esprit de loua 
qu'il approchait. Il v avait sans doute en lui autri 
chose que ce que nous pouvons savoir, et il 
faut qu'il ail possédé une sorte d'attrait personnel, 
qui tenait uniquement à lui el <l<>nt il 
d'ailleurs d'une façon déplorable. 

Il avait d'abord beaucoup d'esprit, tout le n 
en est d'accord, a Son visage ne portoit i 
aucune façon cruelle, car il estoit fort beau el <1» 
bonne grâce, la parole belle H l'esprit gentil, et 
bon jugement et bonne cervelle •» ! . Vif, avenant, 
extrêmement adroit et brillant, ce qu'il avait d» 
plus singulier, c'était l'art de convaincre et an 
séduire. ïl ne trouvait d'adversaire si malveillant. 

1 Brantôme, Œuvres, t. V. p. 10. 



CONCLUSION GÉNÉRALE 387 

qui, après une entrevue, ne devînt son ami. On est 
stupéfait de constater que des personnages rompus 
aux intrigues, déliants par nature et par fonction, 
aient refusé de croire que cet homme, qui tant de 
fois a trahi ses amitiés, fût capable de les trahir 
une fois. Anne de Montmorency et Antoine de 
Bourbon furent les dupes candides de ce prodi- 
gieux trompeur. On ne saurait par contre trop 
admirer la pénétration politique du duc de Guise : 
sans jamais se compromettre familièrement avec 
Saint-André, il sut utiliser à son profit les facultés 
de celui qui, par peur et par nécessité, se faisait 
son valet. 

Il ne semblait pas que la fortune du maréchal 
dût sombrer. Mais cet homme, si insinuant et si 
aimable envers les grands, accablait les petits sans 
pitié et sans prudence. Une de ses innombrables 
victimes obscures, par une sorte de fatalité, le ren- 
contra sur le champ de bataille de Dreux et le tua. 



APPENDICES 



APPENDICE N° I 

GÉNÉALOGIE DE LA MAISON DE SAINT-ANDRÉ 



(Sources: Bibl. Nat.. Pièces originales, vol. 23; Dossiers bleus, 
vol. IX; Cl. Le Laboureur, Les Mazures de ï Ile-Barbe, t. II, 
passim.; P. Anselme, Histoire généalogique, t. VII, p. 194 et s.). 

André d'Albon, s 1 ' de Curis (vers 1250-1290),. 
épouse Sibille de Moiffons. 

Gui d'Albon, s r de Curis (vers 1300), 
épouse Marguerite d'Oingt (28 déc. 1288). 

Henri d'Albon, s r de Curis et de Saint-Forgeux (-f- 1361;, 
épouse Blanche de Saint-Priest (24 nov. 1327). 

Guillaume d'Albon. s r de Curis et de Saint-Forgeux (-f- 1404), 

épouse Alix de L'Espinasse, fille de Hugues de L'Espinasse, 

s 1 ' de Saint-André, laquelle étant héritière de cette terre, 

il fut stipulé par son contrat de mariage (1373) que le second fils 

qui en proviendrait porterait les noms et armes de L'Espinasse 

et aurait pour son partage la terre de Saint-André. 

Jean d'Albon, dit de L'Espinasse. s r de Saint- André (1374-4442), 
épouse Guillemette de Laire. 

r — ! 1 

Guichard d'Albon Gillet d'Albon, s r de Saint-André 

s r de Saint-Forgeux et 'd'Ouches, (-(- av. 1480) 

et de Curis, épouse Jeanne do La Palisse (1436). 

tige de la maison d'Albon | 

de Saint-Forgeux. Guichard d'Albon, s r de Saint- André 

et d'Ouches (-f- 4502), 
épouse Anne de Saint-Nectaire (4466). 

Jean d'Albon, s r de Saint-ANDRÉ, 

(1472-1549), épouse 

Charlotte de La Roche-Tournoël 

(22 janvier 4540). 

I i I 

Marguerite d Albon- Jacques d'Albon, François d'Albon (?) 
Saint-André, s r de Saint-André, 

épouse maréchal de France 

Arthaud d'Apchon (1542-4562), 

(40 juin 4549). épouse Marguerite 

de Lustrac 
(27 mai 1544). 

Catherine d'Albon. 



392 APPENDICES 



APPENDICE N° II 

LA COMPAGNIE D'ORDONNANCES DU MARÉCHAL 
DE SAINT-ANDRÉ 

(Sources : Montres, Bibl. Nat., f. fr.. ms 21520, 21521, 21521 
21524; n. a. fr., 8622, 862*. — La guerre de 1557 en Picardie 
(exposé et documents), S. Quentin, 1806, in-* : Fleury Vindry, 
Dictionnaire de V Etat-major français au XVI* siècle, t. I, Gen- 
darmerie. Bergerac, 1901, in-4 : Pinard, Chronologie historique- 
militaire. Paris. 1760-1 767. 7 vol. în-4). 

Les gens d'armes du xvi' siècle étaient i- ompa- 

gnies d'ordonnances créées en 1445 par Charles VII. 

Sous Henri 11, l'effectif de la plupart des comp 
d'ordonnances s élevait à cinquante laines: mais quelques 
compagnies privilégiées, commandées par des personn - 
considérables, avaient gardé L'effectif normal de la création, 
soit cent lances : parmi ces dernières se rangeait la compa- 
gnie de Saint-André. Pour avoir une notion e\ I im- 
portance de ces unités de cavalerie, il faut se souvenir que 
chaque homme d'armes était accompagné de deux arehi 
d'un coutillier et d'un page, — groupe formant ce qu'on 
appelait une « lance garnie » — «le sorte que la compag 
de cent lances comptait en réalité cinq cents combattants. 
Elle équivalait donc à un régiment ou demi-régiment de 
notre cavalerie actuelle. 

Le mode de solder les gens d'armes a varié suivant les 
époques. Vers 1550, la solde des compagnies d'ordonnai 
était payée en espèces, et prélevée par un imp< I 
appelé le taillon, que des fonctionnaire- particuliers perce- 
vaient dans les mêmes formes que la taille. 

Jusqu'à l'année 1549, les hommes d'armes recevaient 
120 livres tournois par an. les archers 90 livres. L'ordon- 
nance du 12 novembre 1549 porte que « dorénavant 
hommes d'armes auront 400 Livres par an. les archers 
200 livres; que, en augmentation de solde, le capitaine aura 
par an 800 livres, le lieutenant 400 livres, l'enseigne et le 
guidon, chacun 200 livres, et le maréchal des logis 100 li- 
vres, non compris leurs états accoutumés et places d*hommes 
d'armes à ladite raison de 400 livres tournois par an Les 






APPENDICES 



393 



montres des compagnies d'ordonnances étaient passées, sous 
la surveillance d'un contrôleur des guerres, par un commis- 
saire des guerres ou un commissaire à ce commis par le Roi 
ou les maréchaux de France. On conserve à la Bibliothèque 
Nationale des séries de montres innombrables. 



LISTE DES OFFICIERS DE LA COMPAGNIE DE SAINT-ANDRE 

(La date indiquée entre crochets est celle de la première mention 
de ces officiers avec le grade correspondant). 



Capitaine. 

Jacques r'Alron. 

s r de Saint-André 

(27 juin 1559). 



Lieutenants. 

Francis 

dk Scépeaux, 

s r de Vieilleville 

(27 juin 1550). 

Je a:s 

DE GoNTALT, 

s r de Biron 
1 29 juillet 1554). 



Enseignes. 

Jean 
de Hautemer, 
s r deFervacques 
(27 juin 1550). 

Antoine 

de chazeron, 

(29 juillet 1554). 



Guidons. 

Antoine 
de chazeron, 
(27 juin 1550). 



Jean 
de Balaguier, 
s r de Montsallcs 
(29 juillet 1554). 



Maréchaux des Logis. 

Pierre -Sebille 
de moizaudières 
(27 juin 1550). 



Charles 

de Rabeau 

(15 août 1557). 



APPENDICE N° III 

NOTE SUR SAINT-ANDRÉ DANS LA LITTÉRATURE 

11 va sans dire que nous n'entendons pas énumérer ici 
toutes les œuvres romanesques, où Saint-André apparaît 
comme personnage plus ou moins historique. Sa vie louche, 
la renommée défavorable dont son nom s'entoura assez 
vite, désignaient le favori de Henri 11 à une fortune littéraire, 
qui s'est attachée particulièrement aux figures du xvi e siè- 
cle, époque pleine de convulsions. Les feuilletons les plus 
modernes vivent encore de ces légendes. 

Nous voudrions nous arrêter à deux seuls romans du 
xvii e siècle, dont l'un est un des chefs-d'œuvre de notre lit- 
térature, et dont l'autre a joui d'un grand succès : nous 
voulons parler de La Princesse de Clèves de M me de La 
Favette, et du Prince de Condé de Edme Boursault. 



M me de La Fayettte fut sans contredit le maître du roman 
au siècle de Louis XIV. Sa Princesse de Clèves, parue en 4678, 
et qui existait en manuscrit dès 1672, domine de haut toutes 
les œuvres similaires du xvu c siècle. On s'est peut-être jus- 



394 



APPENDICES 



quici attaché trop exclusivement a 1 apprécier au point de 
vue psychologique et littéraire. Cette œuvre mériterait une 
étude approfondie sur sa valeur historique. On est Grappe 
de la fidélité et même de l'exactitude avec Laquelle l'au- 
teur a représenté la cour de Henri II et des derniers 
Valois, le milieu où vivaient ses personnages, et ces per- 
sonnages eux-mêmes, qui sont presque tous historiques. 
Romancière de premier ordre. M m ' de La Fayette pourrait 
presque compter parmi nos meilleurs historien- 
Le maréchal de Saint-André est un des pers< 
plus importants de la Princesse de Clèves. II y parait sous 
des traits d'une remarquable exactitude. C'est d'abord 
ostentation, son amour du faste, qui s'étalent au milieu 
fêtes, des bals et des divertissements, qu'il offre - 
mesure au Roi et aux prim très avertie, M 

Fayette note jusqu'aux moindres détails, par exemple 
trait précis et juste de Saint-André i bâtisseur 

Le maréchal de Saint-André, <\u\ cherchoit tout. 
de faire voir sa magnificence, -upplia le Roi, ^ur le pn 
lui montrer sa maison qui ne venoil que d'être achevée, de lui 
vouloir taire l'honneur d'y aller souper avec 
chai étoit bien aise aussi de faire paraître aux yeui de M"" de 
Clèves cette dépense éclatante, qui allait jusqu'à la profusion. 

(Éd. E. Picard, 1898, p. I 

Une des particularités du caractère de Saint-Andr 
laquelle M me de La Fayette insiste le plus, c'est m soun 

série méchante et débauchée. Le maréchal a 
cesse en prétendant au cœur de M™ de Clèves, contre le due 
de Nemours : et L'auteur, avec une exactitude presque his- 
torique écrit : 

Quoique L'assemblée de Gercamp eût été- rompu. 
tions pour La paix avoient toujours continué, el 
disposèrent d'une telle sorte que. but la lin de lévrier, 
sembla à Château-Cambrésis. Les mêmes députés y retournèrent 
et l'absence du maréchal de Saint-André défit 
rival qui lui étoit plus redoutable par l'attention qu'il avoil a 
observer ceux qui approchaient _M mo d e clèves que par le pn - 
qu'il pouvoit faire auprès d'elle... 

(ibidem, p. 52, cf. p. 153 



APPENDICES 



395 



Enfin notons ces paroles, mises dans la bouche de Cathe- 
rine de Médicis, qui, nous le savons, n'aimait guère le maré- 
chal : 

Le maréchal de Saint-André* est un jeune favori audacieux 
qui n'en use pas mieux avec moi que les autres. 

(p. 120). 

On peut se demander à quelle source historique M me de 
La Fayette a emprunté ces traits précis et justes. 11 nous 
parait incontestable que c'est Brantôme, qui a fourni la 
plus grande part de renseignements. Une comparaison entre 
les deux textes ne peut guère laisser de doute : 



Le maréchal de Saint-André 
étoit le seul dans la cour qui 
n'eût point pris de pefrti ; il étoit 
un des favoris, et sa faveur ne 
tenoit qu'à sa personne : le Roi 
l'avoit aimé dès le temps qu'il 
étoit Dauphin ; et depuis il l'a- 
voit fait maréchal de France, 
dans un âge où l'on n'a pas 
encore accoutumé de prétendre 
aux moindres dignités. Sa fa- 
veur lui donnoit un éclat qu'il 
soutenoit par son mérite et par 
l'agrément de sa personne, par 
une grande délicatesse pour sa 
table et pour ses meubles, et 
par la plus grande magnificence 
qu'on eût jamais vue en un par- 
ticulier. La libéralité du Roi 
fournissoit à cette dépense. 
{La Princesse de Clèves), p. 8). 



Estant jeune, il fut estimé des 
gallans de la cour en tout, si 
qu'il fut esleu de M. le Dauphin 
pour un de ses plus grandz fa- 
vorys... 

Il fut faict mareschal de 
France, et s'estonna-on à la 
cour comment il eut ceste char- 
ge si jeune, laquelle ne se don- 
noit qu'aux plus anciens cheva- 
liers. 

11 estoit fort, beau et de bonne 
grâce, la parole belle et l'esprit 
gentil... Il a esté fort subject 
de tout temps à aymer ses aises, 
ses plaisirs et grandz luxes de 
table. Par les superbetez et 
belles parures de beaux meu- 
bles très rares et très exquis, il 
en a surpassé même ses roys. 
(Brantôme, Œuvres, t. V, 
p. 30-47). 



La première édition du Prince de Condé de Edme Bour- 
sault parut en 1675. L'auteur a voulu peindre, comme 
l'avait fait M me de La Fayette, la cour des derniers Valois, 
mais on ne trouve pas dans son roman la fine et minu- 
tieuse analyse de caractères, qui fait le charme de la Prin- 
cesse de Clèves. Par contre, Boursault donne des aperçus 



396 APPENDICES 

sur les intrigues politiques, que semble avoir dédaignés 
M mc de La Fayette. 

Saint-André et sa fille, la malheureuse Catherine d'Albon, 
paraissent dans le Prince de Coudé sous des traits extrême- 
ment odieux. Fiancée au fils aîné du duc de Guise, Cathe- 
rine d'Albon, la plus belle des filles d'honneur de la Reine, 
devient la maîtresse de François il. Or, les Bourbons 
« avoient dessein de rompre l'union qui étoit entre le maré- 
chal de Saint-André et le duc de Guise ; et l'infaillible moyen 
de réussir étoit de ruiner la réputation de Mademoiselle de 
Saint-André pour en dégoûter le prince de Join ville •. I J ar 
une suite de machinations, il arrive que le duc de Guise et 
Saint-André, croyant surprendre l'Amirale de Coligny en 
rendez-vous galant, trouvent M 11 ' de Saint-André dans le 
lit de François II. Le maréchal se montre honoré que sa 
fille soit la maîtresse royale. 

L'intrigue est un peu grossière et les caractères manquent 
de finesse. Saint-André apparaît comme un mari sénile 
auprès d'une jeune et volage épouse, Marguerite de Lustrac. 
Quant à Catherine d'Albon, Boursault lui prête des goûts 
médiocres et une psychologie rudimentaire. 

Elle avoit une passion si forte pour la pêche, qu'en arrivant a 
Saint-Cloud elle pria un page de la reine de lui faire trouver un-' 
ligne à quelque prix que ce lût. et de l'attendre sur le bord du 

grand canal qui étoit dans le jardin... 

(E. Boursault, le Prince de Coude, roman historique, éd. J. I> 

de La Borde avec note?. 1792. 2 vol. in-16 . 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



TABLE DES PIÈCES JUSTIFICATIVES 



I. — Lettres de provision de gouverneur de Lyon en faveur 
de Jean d'Albon (Il octobre 1539) 401 

IL — Contrat de mariage entre Jacques d'Albon de Saint- 
André et Marguerite de Lustrac (27 mai 1544) 403 

III. — Lettres de confirmation et d'augmentation de la charge 

de gouverneur en faveur de Jean d'Albon (21 juin 1547) . 405 

IV. — Lettres de jussion au Parlement de Paris (2 septem-, 
bre 1547) '409 

V. — Lettre de Jean du Bellay à Saint- André (10 juin 1549) . . 411 

VI. — Lettres de provision de la charge de gouverneur en 
faveur de Saint-André (15 janvier 1550) 414 

VIL — Délibération du corps consulaire de Lyon (18 juin 1550). 415 

VIII. — Délibération du corps consulaire de Lyon (15 jan- 
vier 1552) 417 

IX. — Lettre de Saint-André à la duchesse de Guise (16 dé- 
cembre 1552) 418 

X. — Lettre de Saint-André à la duchesse de Guise (29 dé- 
cembre 1552) 419 

XL — Lettre de Saint-André à la duchesse de Guise (1 er jan- 
vier 1553) 421 

XII. — Lettre de Saint-André à la duchesse de Guise (3 jan- 
vier 1553) 422 

XIII. — Mandement du maréchal de Saint-André (12 avril 1554) . 423 

XIV. — Donation de Saint-André au poète Mellin de Saint- 
Gelais (15 juin 1554) 424 

XV. — Donation de Henri II à Saint-André (septembre 1554). 426 

XVI. — Lettre de Saint-André aux échevins de Lyon 

(12 mai 1555) 427 

XVII. — Érection du marquisat de Fronsac (décembre 1556). 428 

XVIII. — Lettre de Saint- André au connétable de Montmo- 
rency (17 avril 1558) 430 



400 PIÈGES JUSTIFICATIVES 

XIX. — Lettre de Saint-André à la duchesse de Montmoren- 
cy (11 juillet 1558) 431 

XX. — Lettres de provision de lieutenant en faveur d'An- 
toine d'Albon (8 décembre 1558) v.j-j 

XXI. — Lettre de Saint-André à Henri II (3 mai 1559). ... *33 

XXII. — Lettre de Perrenot de Chantonay à Marguerite de 
Parme (1 er janvier 1560) 135 

XXIII. — Lettre de Saint-Andréa Philippe II (31 janvier 1561). 439 

XXIV. — Lettre de Saint-André à Catherine de Médicil 

(7 août 1562) 44u 

XXV.— Lettre de Saint-André à M. Tignat, lieutenant (s. d.i. 441 

XXVI. —Mémoire au sujet de la vente des meubles de Saint- 
André . •♦ 

XXVII. — Épigramme 

XXVIII. — Épitaphe '*'*'■> 



1539, 11 octobre, Compiègne. 

Lettres de provision de gouverneur et lieutenant géné- 
ral du Roi dans la ville de Lyon et le pays de Lyon- 
nais EN FAVEUR DE JEAN d'AlBON, SIEUR DE SAINT-ANDRÉ. 

Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 958, fol. 151. 
Copie du xvii siècle. 

François, par la grâce de Dieu roy de France, à tous ceux 
qui ces présentes lettres verront, salut. 

Sçavoir faisons que nous, considérans les grans vertus, 
agréables et très recommandables services que nostre amé 
et féal conseiller et chambellan, le sieur de Saint-André, 
chevalier de nostre Ordre, séneschal de Lyon, nous a par cy- 
devant faits, fait et continue chacun jour et esprouve que 
plus fera cy après, à iceluy, pour ces causes et autres 
bonnes considérations à ce nous mouvans, avons donné et 
octroyé, donnons et octroyons par ces présentes lestât et 
office de nostre lieutenant-général et gouverneur en ladicte 
ville de Lyon et pays de Lyonnois, que soloit avoir et tenir 
le feu sieur Pomponio de Trevolce, dernier paisible posses- 
seur d'iceluy, vacant à présent par son trépas, pour ledict 
estât et office de lieutenant-général et gouverneur de nostre 
dicte ville de Lyon et pays de Lyonnois avoir, tenir dores- 
navant, exercer par ledict sieur de Sainct-André aux hon- 
neurs, authorités, prérogatives, prééminances, pouvoirs, 
puissances et facultés, gaiges, pensions, droits, profits et 
émolumens acoustumés et qui y appartiennent et semblables 
que ses prédécesseurs aud. estât de lieutenant-général et 
gouverneur ont toujours prins et perçus. 

Sy donnons en mandement par ces mesmes présentes à 

26 



402 PIECES JUSTIÏICATN ES 

nostre amé et féal chancelier que, prins et oui dud. Biem 
Sainct-Andïé le serment pour ce deub et en tel cas requis 
et acoustumé, iceluy mette et institue ou face mettre et 
instituer de par nous en possession et saisine dud. estât et 
office de lieutenant-général et gouverneur, et ensemble des 
honneurs, autorités, prérogatives, prééminences, pouvoirs, 
puissances et facultés, gaiges, pensions, droicts. proufil 
émolumens susdicts, le face, souffre et laisse jouyr et 
plainement et paisiblement, et à luy obéy et entendu de 
tous ceux et ainsy qu il apartiendra es chouses touchans Led 
estât et office, osté et débouté d'ieeluy tout autre ilicite 
détenteur, nous ayant sur ce nos lettres de don précéda ns 
en datte présanté. Mandons en outre à nos aînés et féaulx 
les trésoriers de France et de nostre espargne que. par 
celuy ou ceux que les gaiges. pensions et droits auu 
office appartenais ont acoustumé payer, ils facenl ieeui 
payer, bailler et deslivrer doresnavaut par chacun an aus 
termes acoustumés. Et par raporiant ces dictes présentes ou 
vidime d*icelles faict soubs scel royal par quittance dud 
sieur de Sainct-André, comme seulement nous voulons I 
gaiges ou pensions et droicts estre passéa et alloua • 
comptes et rabatus do la recepte de celuy ou ceux qui 
les auront, ausquels nous mandons ainsj I est 

nostre plesir. Fn tesmoing de ce nous avons faict mettre 
nostre scel à ces dictes présentes. 

Donné à Compiègne, le unzieme jour d'octobre, I an de 
grâce mil cinq cens trante neuf et de nostre régne le ringt 
sixiesme. Par le Roy. le sieur de Montmorency, connectable 
et grand Maître de France, présent Bavard. 

Prestitit juramentum solitum in manibus dominî i 
larii ac die vicesima octava mensis jugnii, aune Domini 
millesimoquingentesimo quadragesimo, me présente Clausse. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 403 

II 

1544, 27 mai. 

Contrat de mariage entre Jacques d'Albon de Saint- 
André et Marguerite de Lustrac. 

Bibl. Nat., f. fr.. ras 2748, fol. 107. Copie du xvn e siècle*. 

Entre messire..., notaire et secrétaire du Roy, procureur 
de messire Jean d'Albon, chevalier de l'Ordre, sieur de 
Sainct-André, et Jacques d'Albon, gentilhomme ordinaire de 
la chambre de Monseigneur le Dauphin, fils du dict messire 
Jehan, dune part, — et Anthoine de Lustrac, sieur et baron 
dudict lieu et de Gavaudun, Gondeville, La Cour, Terrasson 
et La Bastide, et demoiselle Marguerite de Lustrac, sa fille 
et de damoiselle Françoise de Pompadour, d'autre. 

Ledict messire Jehan donne audict Jacques le chasteau, 
terre et seigneurie de Sainct-Germain-des-Fossés en Bour- 
bonnois, et les seigneuries de Mably en Roannois et Crespin 
en Casseaux, réservé l'usufruit des dictes deux dernières 
terres au dict messire Jehan. Veult ledict messire Jehan que 
Jacques hérite de tous ses biens, après son trespas, et Fran- 
çois, son second fils, des biens de la mère deffuncte, dame 
Charlotte de La Roche, à quoy consent ledict François à ce 
présent 2 . Ladicte Margueritte sera douée de mille livres de 



4 Cette copie est très altérée. 

- Ce passage du contrat de mariage de Jacques de Saint-André 
nous indique nettement l'existence d'un frère de celui-ci, nommé 
François, existence qu'aucun généalogiste n'a jamais mentionnée. 
Le seul autre renseignement, que nous ayions sur ce personnage 
se trouve dans une lettre de Saint-Mauris (juin 1547) : « ... Le 
jeune Saint-Andrey accroist en grand crédit, se fyant beaucoup 
de luy led. seig r Roy, ayant naguères donné à son frère l'eveschié 
de Lymoges, laquelle avoit esté de nouveau consentie au cardinal 
de Meudon. puis la mort du Roy, moyennant l'abbaye de Vendôme 
qu'il avoit délaissée. » (Rev. hislor., t. V, p. 114). Suivant ce texte 



404 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

revenu avec maison meublée selon ledicl revenu, pour 
jouir sa vie durant, au cas que douaire ait lieu, sur la terre 
de Frétet en Bourbonnois. et, où elle n<- if usante, 

sur celle de Sérézac audict Bourbonnoi-. 

Ledict sieur de Lustrac donne en mari - fille la 

moittié de ses biens, réservé l'usufruit d'iceui sa vie durant, 
et de l'autre moittié il en pourra disposer en faveur d< 
enfans masles, s'il en a de sa dicte femme, et, où i! n'en 
auroit, il luy donne encores ladicte seconde moittié, pour en 
jouir après son treapas, réservé sur icelles deux mille cinq 
cens livres de rente et la moittié «le ses meuble- et une mai- 
son, pour en disposer, dont, -il n'avoit disposé, tout revien- 
dra à ladicte Margueritte, en payant ses dentés, legs et 
obsèques. Donne dès a présent l'usufruict de cinq cens H 
de rente et une maison meublée pour en jouir par ledict 
Jacques d'Albon tant qu'il vivra. 

Sj de ce mariage il j a enfans masles 1 , cekrj d'eulx qui 
sera esleu par l'un des deux conjoincts, su la moit- 

tié des biens de l'eslisant, et, où il n'y auroit eslection, 
d'aisné en aisné a qui dès a présent il- font donation de 
ladicte moittié. Et s'il o'y a que filles a ml. lubie. 

Mais se l'un d"eulx avant dicts convollera en secondes ao] 
s'il en vient enfans masles. il demourera en sa liberl 
disposer de ses biens en laveur desdicts masles Mais a il n y 
a que filles du second mariage, celle qui sera nommée du 
premier mariage sera héritière de la moittié desdicts I 

Or si ledict Jacques meurl avant ladicte ftfargueritl 
enfans, la moittié des bien- dud. sieur de Lustrac reviendra 
à luy, et si lad. Margueritte précedde, tous les biens revien- 
dront aud. sieur de Lustrac, en payant les debfc - 
obsèques. 

Les meubles et acquests, qu'ils acquerront en pays di 
communauté, lad. Margueritte en aura la moittié pour en 
jouir durant sa viduité : et, où elle se remariera, pourront 
les héritiers dud. Jacques luy laisser la moittié desd. mou- 



François d'Albon aurait pu être abbé de Vendomi orne 

Sanguin, cardinal de Meudon, et avant le cardinal Chair 
Bourbon, qui fut pourvu en juin 1048 Le Gallia Ch>-istiaria ne dit 
rien de cela (t. VIII, col. 1378). Ce Fia. mort jeune. 

1 De ce mariage naquit une seule fille, Catherine d'Albon 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 405 

bles ou la somme de quinze mille livres : et, où elle meuroit 
première, le semblable sera aud. Jacques. 

Fut présent à ce messire Jehan de Lustrac, abbé de Saint- 
Morin, frère dud. Anthoine. lequel en faveur de lad. Margue- 
rite, sa niepce, renonce à tous droicts qu'il a en ladicte 
maison, soit par substitutions, testamens, donations, aliéna- 
tions ou autre moyen quelconque. 

[Le contract est datte du vingt-septiesme may mil cinq 
cens quarante quatre] *. 



III 

1547, 21 juin, Anet. 

Lettres de confirmation et d'augmentation en faveur de 
Jean d'Albon de Saint-André, gouverneur et lieute- 
nant-général DANS LES PAYS DE LYONNAIS, BEAUJOLAIS, 

Dombes, Forez, Haute et Basse Auvergne, Bourbon- 
nais, BAILLIAGE DE SAïNT-PiERRE-LE-MouTIER, HAUTE ET 

Basse Marche et Combraille. 

Arch. Nat., X 1 * 8616, fol. 37. Enregistrement. 

Henry par la grâce de Dieu roy de France, à tous ceux qui 
ces présentes lectres verront, salut. 

Comme dès pièea nostre amé et féal conseiller et cham- 
bellan ordinaire, Jehan d'Albon, chevalier de nostre Ordre, 
seigneur de Sainct-André, eust esté pourveu des estât, 
charge et office de gouverneur et nostre lieutenant-général 
es pays de Lyonnois, Beaujoloys et Dombes, esquels il nous 
a très humblement supplié et requis le vouloir confirmer et 
continuer, en tant que, par le trespas du feu Roy nostre 
très honnoré seigneur et père, ils pourroient estre dicts vac- 
cans. 

Sçavoir faisons que Nous, considérant les grandes et 
importantes charges que ledict seigneur de Sainct-André a 

1 Ajouté par le copiste. 



406 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

par cydevant eues du temps de feu nostre dict seigneur et 
père, tant en exploicts de guerre, où il a esté diverses I 
son lieutenant-général, que aussi en plusieurs aultres lieux 
et endroicts, où il a esté employé, en toutes lesquelles 
charges il s'est tousjours si bien vertueusement, vaillam- 
ment et prudemment conduict et acquitté, qu'il en a gagné 
et acquis grande et louable réputation, au moyen de quoy 
nostre dict seigneur et père l'avoit en telle estime que. 
nos jeunes ans, il le mist auprès de nous, pour estre l'un de 
ceulx qui dévoient avoir l'œil, soing et regard au gouverne- 
ment de nostre personne, où il a despuys tousjours quasi 
continuellement résidé, et pour ceste longue habitude noua 
avons par effect congneu ce que par parolles nous avoit 
rapporté de luy, dont nous sommes si bien édiffiés et tant 
satisffaicts de ses bons, grans, continuels et labourieulx ser- 
vices, que nous voulions non seullement le confirmer en 
dicts estats et offices, mays encores luy bailler augmenta- 
tion de charges honnorables, dignes de La grande et parfi 
confiance que nous avons de ses personne, sens, suffisai 
vertus, vaillance, longue expérience au faict des arme-, et 
en conseil loyauté et diligence. 

Pour ces causes et autres bonnes et justes considérations 
à ce nous mouvans, en iceluy confirmant et continuant 
esdicts estât, charge et office de gouverneur et nostre lieu- 
tenant-général esdicts pays de Lyonnoys, Beaujoloys et 
Dombes, nous luy avons eslargy et augmenté son gouverne- 
nement sur nos pays de Forests, Hault et Bas Auverg 
Bourbonnoys, bailliage de Sainct-Pierre-le-Moûtier, la Haulte 
et Basse Marche, et Combraille. esquels nous le fais 
ordonnons, instituons et establissons par ces présentes 
nostre lieutenant-général et gouverneur, luy donnant pou- 
voir, puissance, auctorité et faculté de faire obeyr. ainsi 
qu'il appartiendra, les sentences, jugemens et appoincte- 
mens. qui seront donnes par nos juges desdicts païs de 
Lyonnoys, Beaujoloys. Dombes, Forests, Hault et Bas Au- 
vergne, Bourbonnoys. bailliage de Saint-lMerre-le-Moutier. 
la Haulte et Basse Marche et Combraille. de demander et 
faire assembler les nobles, barons, vassaux et subjects a nos 
ban et arrière-ban de nos dicts païs pour nous venir servir 
selon le debvoir de leurs fiefs, quant besoing sera, et en 
faire faire les montres et reveues, et pourveoir à la con- 
duicte d'iceulx. d'avoir regard, superintendance et correction 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 407 

sur tous et chacuns les capitaines et gens de guerre, tant de 
nos ordonnances, gens de pied, morte-payes, prévosts de 
nos mareschaulx et aultres estans de présent et qui pour- 
ront estre cv-après esdicts pais, de iceulx employer à la 
garde, conservation et deffence desdicts pais et chose pu- 
blicque diceulx, ainsi que besoing sera et que l'affaire le 
requerra, et pour ceulx faire mander et faire venir devers 
luy iceulx capitaines et gens de guerre, ou les envoyer en 
telles villes, places et lieux qu'il congnoistra estre à faire et 
en icelles les faire tenir ensemble ou les départir par les 
garnisons qu'il leur fera establir et ordonner, de les faire 
vivre en bon ordre, justice et pollice selon et en ensuivant 
nos ordonnances sur ce faictes, et les leur faisant garder et 
inviolablement observer, et si aucuns desdicts gens de guerre 
dessus dicts enfreignent nos ordonnances le leur faire répa- 
rer, et aussi par eulx ou aucuns d'eulx, durant qu'ils seront 
en nos dicts pais aucunes rébellions, désobéissances ou 
aultres maulx, pilleries, exactions et insollences estoient 
faictes, commises et perpétrées, en faire faire la justice, 
pugnition, correction et réparation, en sorte que les aultres 
y puissent prendre exemple, d'entrer, aller et venir dedans 
toutes et chacunes les places fortes des dicts pais fort et 
foible toutes et quantesfoys que bon luy semblera, et si 
aucuns des dicts capitaines alloient de vye à trespas durant 
qu'il sera en iceulx, nous entendons qu'il puisse bailler la 
garde de par nous d'icelles places à bons et notables per- 
sonnages seurs et féables jusques à ce que par nous autre- 
ment en soit ordonné, et qu il puisse croistre, augmenter 
ou diminuer le nombre des mortes payes, qui sont ou pour- 
ront estre cy après en icelles places, ainsi qu'il verra et 
congnoistra que l'affaire le requerra, de faire ou faire faire 
les monstres et reveues de tous et chacuns nos dicts gens 
de guerre et, pour cest effect, commectre et députer bons et 
suffisans commissaires et controlleurs ordinaires de nos 
guerres, quant besoing sera, de veoir et faire veoir dedans 
nos villes, places et chasteaux desdicts pais quelles muni- 
tions tant d'artillerie, pouldres, boullets, équipaige et vivres, 
il y aura, de icelle artillerie ensemble lesdictes munitions et 
vivres faire transporter de lieu en aultre, ainsi qu'il sera 
besoing et nécessaire de faire pour le bien, conservation et 
deffence desdicts pais, de faire advitailler les villes, chas- 
teaux et places diceulx et les pourveoir des autres choses 



408 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

nécessaires pour là conservation d'icelles, ainsi que verra 
que faire se devra, de faire faire les inventaires des vivres 
et provisions desdictes places, afin de donner ordre qu'il- 
ne se perdent, gaslent ou deppérissent et les faire refreschir 
et renouveller selon que l'affaire le portera, d'ordonner du 
faict de toutes et chacunes les réparations, fortifficationi 
et ernparemens qu'il sera besoing de faire en nosdicts pais. 
et en icelles réparation- et pareillement en tous les affaires 
qui surviendront pour la force, conservation et deffi . 
dicts pais faire employer les deniers, qui seront pour ce 
par nous ordonnés, dont les rolles et ordonnances seront 
signés par luy et contrerollés par celui ou ceulx qui par lu} 
y seront commis, rapportant lesquelles par celluy ou • 
qui auront tenu le compte desdicts déni les quic- 

tances des parties, nous en ferons expédier les acquicts en 
forme tels qu'ils seront nécessaires pour leur servir a la red- 
dition de leurs comptes partout où bea ing - »ra, i t général- 
lement de faire par icelluy nostre cousin le sieur de Sainct- 
André en toutes et chacunes les choses 
concernans le faict dudict gouvernement et lieutens 
genéralle, leurs circunstances et déppendances, tout ce qu'il 
verra et congnoistra estre a faire pour le bien de nous, 
soullaigement, conservation et utillité desdicts pais <-t de 
nos subgeds d'iceulx, jaçoit <|u il y eust chus [uisl 

mandement plus espécial. 

Si donnons en mandement par ces mesmes pr< 
nos aînés et féaulx les gens de nostre court de Parlement et 
Chambre de nos Comptes a Tari- et de nosti 3 de 

Dombes, et à chacun d'eulx endroicl soy, que icelluy nostre 
cousin le sieur de Sainct-André, duquel nous avons prii 
reçeu le serment pour ce deu et en tel cas requis, et icelluy 
mis et institué en possession et saisine dudict estai 
verneur et nostre lieutenant-général en m>- dicts 
Lyonnoys. Beaujoloys. Dombes Forests, llault et Bas Au- 
vergne, Bourbonnoys, bailliage de Saint- Pierre -le-N 
tier. la Ilaulte et Basse Marche et Com braille, ils foeent en 
toutes et chacunes les choses dessusdictes et deppendans de 
sa dicte charge et pouvoir, obéyr et entendre de tous ceulx 
et ainsi qu'il appartiendra, selon et ainsi que dict est ey- 
dessus. et à tous baillis, seneschaulx. capitaines. jug 
esleus ou leurs lieutenans et à tous nos aultres justiei 
officiers et subjeets desdicts paîs, que a icellui ou- 



PIECES JUSTIFICATIVES 409 

sin le sieur de Sainct-André, ils ayent chacun en son regard 
à obévr et aussi faire obéyr et entendre de tous ceulx et 
ainsi qu'il appartiendra en sa dicte charge, pouvoir, gouver- 
nement et lieutenance generalle, sans y l'aire difficulté, car 
tel est nostre plaisir. 

Et pour ce que de ces présentes l'on pourra avoir affaire 
en plusieurs endroits et divers lieux, nous voulions que au 
vidimus d'icelles collationné foy soit adjoustée, comme à ce 
présent original, lequel, en tesmoing de ce, nous avons 
signé de nostre main et à icelluy faict mectre nostre scel. 

Donné à Ennet, le XXI e jour de juin, l'an de grâce mil 
cinq cens quarente sept, et de nostre règne le premier. 
Ainsi signé, Henry, et sur le reply : Par le Roy, Gausse. Et 
scellé en double queue de cire jaulne. 



IV 

1547, 2 septembre, Gompiègne. 

Lettres de jussion au Parlement pour recevoir et insti- 
tuer Jean d'Alronde Saint-André en l'office de lieute- 
nant-général. 

Arch. Nat, X*« 8616, fol. 39. Enregistrement. 

Henry par la grâce de Dieu roy de France, à nos amés et 
féaulx conseillers, les gens tenant nostre court de Parlement 
à Paris, salut et dilection. 

Comme, pour la parfaicte congnoissance que nous avons 
de la personne, vertu, vaillance, expérience au faict des 
armes, prudence en conseil et bonne diligence de nostre 
cher et bien amé cousin Jehan d'Albon, chevalier de nostre 
Ordre, seigneur de Sainct-André, et mesmement en considé- 
ration des bons, grans, continuels et labourieulx services 
par luy faicts tant à feu nostre très honnoré seigneur et 
père en exploicts de guerre, où il a esté diverses foys son 
lieutenant-général, et en plusieurs aultres lieux et endroicts, 
où il a esté employé, et desquelles charges il s'est vertueu- 
sement et louablement acquicté, que aussi à la conduicte de 



410 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

nostre personne en nostre jeune âge et aultres no- affaires 
principaulx, nous luy ayons, par nos lectres patentes 

attachées soubs le contre-scel de nostre chancellerie, non 
seulement confirmé et continué lestât de gouverneur et 
lieutenant-général pour nous es pais de Lyonn ujo- 

lojs et Dombes, duquel il avoit esté pourveu par feu m 
honnoré seigneur et père, mais aussi eslargy et augmenté 
son dict gouvernement sur nos pais de Forests. Bault et Bas 
Auvergne, Bourbonnoys, bailliage de Sainct-Pierre-le-Mou- 
tier, la Haulte et Basse Marche et Combrailles, e -quels 
pais nous l'avions estably nostre lieutenant-général et gou- 
verneur, comme il est plus à plain contenu au^dictes lectres 
Néantmoins pour aultant que par lectres patentes de di 
ration de feu nostredict seigneur et père, «lu sixiesrne maj 
mil cinq cens quarante cinq, publiées en nostredict Court 
de Parlement le onziesme dudict moys ensuivant, nostre- 
dict seigneur avoit déclaré qu'il ne vouloyl et a'entendoyl 
que nul eust, portast ou prinst le tiltre. nom. préhéminai 
auctorité et qualité de son lieutenant-général, fors Bâille- 
ment es pais et provinces qui >ont de frontière, qu il 
déclaira estre Normandie, Bretaigne. Guyenne, Languedoc, 
Provence, Daulphiné. Bresse. Savoye, Pymont, Bu 
Champaigne, Brie, Picardie et Flsle de France, et que 
dict gouvernement n'est spéciallement comprins mmé 

aus dictes lectres, nostre coussin doubte que vous feis 
difficulté de le recevoir et instituer ou dict nom. tiltre et 
qualité de nostre lieutenant-général, sans avoir sur i 
lectres de provision, humblement requérant icelles. 

Pour quoy nous ayans esgard tant a la qualité de la per- 
sonne de nostre cousin et de ses bonnes et Louables vertu-. 
antiquité et noblesse de sa maison, qu.' a la grandeur 
dudict gouvernement, qui n'est de moindre estendue que 
l'un des aultres specilfiés ausdictes lectres de nostredict 
feu père, et pour plusieurs aultres bonnes et grand 
dérations à ce nous mouvans, vous mandons, coinmectons 
et expressément enjoignons, que nostredict cousin vous 
recepvez et instituez audict estât de nostre lieutenant géné- 
ral et gouverneur es pais dessusdicts. sans en faire difficulté 
aulcune, ne vous arrêter au contenu desdictes lectres de 
déclaration, ausquelles, pour les considérations dessus- 
dictes. nous avons pour le regard de nostredict cousin des- 
rogé et desrogeons de nostre certaine science, grâce espécial, 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 411 

plaine puissance et auctorité royal par ces présentes, car tel 
est nostre plaisir. 

Donné à Compiengne le deuxiesme jour de septembre 
l'an de grâce mil cinq cens quarente sept et de nostre règne 
le premier. 

Ainsi signé : par le Roy, vous présent, Gausse. Et scellé 
sur simple queue de cire jaulne. 



1549, 10 juin, Rome. 

Lettre du cardinal Jean du Bellay au maréchal 
de Saint-André 

Bibl. Nat„, f. fi\, ms 5150, fol. 31. Original. 

Monsieur. Depuis troys jours vostre solliciteur me a 
encores parlé de l'abbaye que vostre parent faict séculariser 1 , 
en quoy nous n'avons encores sceu prendre résolution, je 
diz quant à la composition qui en dépend, car entendez 
qu'il y a icy une court aussi peu libéralle que nulle aultre 
qui soyt au monde. Et quant à lad. composition ne susmes 
encores venuz aux lances baisser, vous asseurant que, quant 
nous en serons là, je me monstreray bon homme d'armes. 

Cependant je ne veulx faillir à vous remercyer en toute 
affection des tant honnestes offres que me faictez par toutes 
les lectres qui me viennent de vous, et le semblable me 
confirme vostre ancien serviteur M. Berruyer. 11 y a trop 
longtemps que vous sçavez l'estime que fayz de vostre amy- 
tié pour reffuser cesdicts offres. Avant que nostre maistre 
feust en son trosne, toutes et quantesfoys qu'il luy a pieu 
me donner le choix, et, mesmes au retour de Parpignan, de 
tous les siens pour adresse de ce que je luy vouldroye faire 
entendre, j'oubliay le sang, comme en Dampierre, et es 
aultres les aultres qualitez, pour en suyvre en vous une 
seulle qui estoyt la sincérité, que je veoys en vous meslée 
d'une pure affection envers Vostre Majesté sans reguarder 
aultre que luy. De ceste élection je me trouvay dez lors si 



412 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

bien qu'estant le dict seigneur appelle a son heureul ri gne 
et m'ayant faict cest honneur de incontinent me 1ère 
demander, vous sçavez que le premier homme a qui 
m'envoiay adresser, ce lut à vous, et, arrivé que je fuz, je 
vous ouvriz tout mon cueur en la chambre de monsieur le 
connestable, pour le mectre en toute sa pureté dedans les 
mains dudict seigneur, vous faisant semblable présent 
que la fortune m'avoyt plus en tant de nantira. 
de chier, qui estoyt mon frère. Depujs, pour avoir peu 
appelé, je vous ay peu requis, joinct que la chose du m< : 
que tousjours j'ay plus voulu éviter ce a esté d'estre onér* 
a mes amys, non pour crainte que j'aye eue de porter Le 
pour eulx, comme en aulcuns avez peu veoir l'exemple au 
temps que vous mesmes avez tant et tant enduré pour eulx. 
Aussi mainctenant ne le veulz guèrez estre en r< 
endroict, mais bien vous veulx déclarer que, après tant de 
moyens que j'ay cherchez, de ma retraicte. à la fin madame 
de Valentinoys me a mandé qu'elle me conseillât, comme 
amye, que pour ceste heure j'oublya sollicitation, 

chose à quoy je me suys résolu, car, quant je seroye aux 
Indes, je ne demanderoye mon retour. > il desplaisoit a mon 
maître : mais de deuil choses vous veulx pryer, l'une que 
vueilliez tenir la main aux endroietz ou vous trouve] 
qu'il ne me soyt plus donne de traverses, car je 
estre si sensitif en celles qui me sont données en l'endroict 
dudict seigneur, que, a la première que je ve 
le plus sain du monde, je tombe incontinent tout a plat Et 
depuys mon partement, il m'en a tant esté donné et <t-' sî 
cruelles que, si vous les sça\ lez, vous ae treui ■ : 
se j'av tant «le foiz esté pour en mourir L'aultre reqi 
que je vous t'ai/, c'est que, présupposant ma demoure, il vous 
plaise néantmoings peu a peu. aux i 
teront, ayder à acheminer mon congié quant il sera temps 
et lieu : deulx raisons me y meuvent, l'une est qu'ayant eu 
les traverses susdictes, sans avoyr faict la moindre l'aulte du 
monde, je conclu/ par la que, -'il m advenoyt d'en faire 
aulcune par inadvertance, ««une a la longue peu d'hommes 
s'en peuent exempter, je seroye festoyé en enfant de bonne 
maison. Touttefoiz, Dieu sçayt, si c'est chose que j'ay in- i 
envers personne ! Mais patience ! L'autre raison qui me 
meut est que, dez le temps du feu Roy. ma vraye résolution 
estoyt. comme sçayt le Roy, de me retirer a mes est l 






PIÈCES JUSTIFICATIVES 413 

estant après si long service temps de penser à quelque aultre 
chose. Asseurez-vous, monsieur, que, tant pour l'occasion 
susdicte que pour toutes bonnes considérations, si lors 
j'avoye ceste envye d'uni; doy, j'en ay maintenant une 
brasse, et, si je puys une foiz avoir acquis ce paradis ter- 
restre, d'une chose me tiendz-je seur, c'est que je ne seray 
envyeulx à personne d'une aultre. Ceulx qui sout maistres 
du mestier m asseurenl. je ne sçay si c'est par llatterie ou 
aultrement. c'est que si je me veulx applicquer à laisser par 
escript la mémoyre de mes maistres, seigneurs et amys, elle 
sera bien reçeue et pour durer bien longtemps, et. puysque 
je veoy ceste opinion, comme dict est, en eulx qui se y 
cognoissent, voilà en quoy je vouldroye passer le demourant 
de mes jours. Je vous ay, ce jour donné au Saint-Esperit, 
faict ma confession par escript, me voyant frustré de l'es- 
poir que j'avoye de la povoir 1ère à bouche, espérant que, 
quant je ne vous diray pis de moy que cela, vous ne me 
donnerez grande pénitence. 

Des affaires ne vous feray grand récit, en estant la matière 
si petite qu'elle est : d'ung costé nous actendons ce que le 
Roy nous envoyra pour les accordz de ces différents et 
indultz, de l'aultre ce que apportera Mons r S 1 Julio Ursin. 

Et me recommande à tant de tout mon cueur en vostre 
bonne grâce. Je prieray Dieu, monsieur, vous donner toutes 
les siennes. 

De Rome, le jour de Penthecoste. 

Vostre vray, pur et ancien amy et serviteur. 

Jean Cardinal du Bellay. 
Au dos : A Monsieur le marchai de Sainct- André. 
Le X e de juing 1349, par l'ordinaire. 



414 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

VI 

1H50 (n. st.), 15 janvier, Fontainebleau 

Lettres de provision de l'office de gouverneur et LIEUTE- 
NANT-GÉNÉRAL DANS LES PAYS DE LYONNAIS, DûMBES, FoREZ. 

Beaujolais, Haute et Basse Auvergne, bailliage de 
Saint-Pierre-le-Moutier, Haute et Bas>e Marche et 

COMBRAILLE EN FAVEUR DE JACQUES d'ÀLBON. 

Arch. Nat., X*" 8616, loi. 391. Enregistrement. 

Henry, par la grâce de Dieu rov de France, a tous reulx 
qui ces présentes lettres verront, salut. 

Savoir faisons que nous, voulans pourveoir a lestât, 
charge et office de gouverneur et nostre lieutenant-général 
en nos pays de Lyonnoys, Bombes. Forests. Beaujollovs. 
Hault et Bas Auvergne. Bourbonnoys, bailliage de Saind- 
Pierre-le-Moustier, Haulte et Basse .Marche et Combraille. 
naguères escheu et demeuré vacant par le trespas de feu 
nostre aîné et féal cousin Jehan dAlbon. en son vivant 
chevalier de nostre Ordre, s r de Sainct-André. de person- 
naige de grande qualité et à nous congneu fidelle et agréable 
et qui sache en telle charge s'acquitter au bien, utilité et 
conservation de nos dicts pays, subjects et chose publicque 
d'iceulx ainsi que singulièrement désirons. A ces causes 
congnoissans par longue expérience les sens, raillai 
vertu, prudence, bonne conduire, lovaulté, fidélité, preu- 
d'homie et grande diligence de nostre très cher et amé 
cousin Jacques d'Albon. a présent s r dudict Sainct-Andre. 
lequel a, dès ses jeunes ans. prins nourriture près et alen- 
tour de nostre personne et en nostre service, ou il a tous- 
jours fàict si bon et loyal devoir tant au faict de la suerre 
et des armes près nostredicte personne en sesdicts estât- 
que autrement en plusieurs louables manières, comme il 
fait et continue de faire chacun jour, qu il en est diene de 
singulière louange, rémunération et recommandation, icel- 
luy avons faict, constitué, ordonné et e-tablv, faisons, mns- 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 415 

tituons, ordonnons el establissons par ces présentes gou- 
verneur et nostre lieutenant-général en nosdicts pays de 
Lyonnois, Dombes, Forests, Beaujoloys, Hault et Bas 
Auvergne, Bourbonnoys, bailliage de Sainct-Pierre-le-Mous- 
tier, Haulte et Basse Marche et Combraille, etc. (Ut supra. 

V. Pièce justificative, n° III) Car tel est nostre plaisir. 

Nonobstant certaines lectres patentes du feu Roy nostre 
très honoré seigneur et père du sixiesme de may mil cinq 
cens quarente cinq, publiées en nostre dicte court de Par- 
lement à Paris le douzeiesme jour du dict moys en suyvant, 
par lesquelles il auroit déclairé qu'il ne vouloit et n'enten- 
doit que nul eust, portast ou print le tiltre, nom, préémi- 
nence, auctorité et genérallité de son lieutenant-général, 
fors seullement es pais et provinces qui sont de frontière, 
qu'il déclaira estre Normandie, Bretaigne, Guyenne, Lan- 
guedoc, Provence, Daulphiné, Bresse, Savoye, Pymont, 
Bourgongne, Champaigne, Brie. Picardie et l'Ile-de-France. 

Donné à Fontainebleau le seizeiesme jour de janvier, Tan 
de grâce mil cinq cens quarente neuf, et de nostre règne le 
troisiesme. Ainsi signé, soubs le reply : Henry, et sur le 
reply : par le Roy, Glausse. 



VIL 

1550, 18 juin. 

Extrait de délibération du corps consulaire de la ville 
de Lyon, au sujet de l'entrée future du maréchal de 
Saint-André, gouverneur. 

Arch. municip. de Lyon, BB 71, fol. 180-181. Registre consulaire. 

Lesd. s rs conseillers se sont transportez au lougis de 
M. Hugues Dupuy, lieutenant de la sénéchaussée de Lyon, où 
estoient présens led. s r Dupuy, M e Mathieu de Vauzelles, 
advocat, M c Pierre Bullioud, procureur du Roy en lad. senes- 
chaussée. et M. Martin de Troyes, s r de La Ferrandière, en 



416 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

présence desquelz a esté mys en tenu— la venue de Mgr I- 
mareschal de Sainct-André, séneschal. gouverneur et lie 
nant-genéral pour le Roy en lad. vil! de Lyoni 

et si, à sa première venue, l'on luy fera entrée, sur quoy, 
après avoir amplement délibéré par lesd. s", a esté a. 
que, sans le tirer à conséquence, actendue la qualité dud. 
s r mareschal de Sainct-André, qui peult beaueopt foin 
plaisirs à lad. ville, tant envers le Roy que nos seigneurs 
son conseil, ou il a grant accès et pouvoir, mesm 
grans et urgens affaires que lad. ville ;i à présent, tant pour 
obtenir exemption de ta soulde des gens de guerre (rue Le 
Roy demande présentement a lad. ville, que pour faire 
commuer l'ayde et subside mys sus le vin a ung Bubrid 
six deniers pour livre sur Les denrées et marchai] 
entrans dans lad. ville, hormis vivres et victuailles, \>^nr 
promptement payer et acquicter les grans somme* 
deniers que lad. ville tient a change et intér 
aussi que led. s r mareschal de Sainct-André a faicl bailler 
ceste présente année par le Roy nostre sire La somme 
cinquante mil livres pour employer aux fortiffieatiom 
réparations de lad. ville, cl pour plusieurs aultres bonnei 
grandes considérations, pour aulcunemenl s'acqniter ••! 
tousjours de myeulx en myeulx capter la grâce el ben 
lance dud. s' de Sainct-André, il -.'mit bon luy faire entrée 
et bienvenue, lorsqu'il arrivera «ai lad. ville : assavoir luy 
faire tendre les rues, au lieu ou il passera et entrera, de 
tappisserie, faire dresser deux eschaffaulx avec deux ystoires, 
ainsi qu'il sera advisé, l'une a la port.- de Bourneuf et 
l'aultre au Change, luy présenter nng poyle ;• la porte 
Vèze, et s'il le veult accepter, le porter ivoir l'- 

en fans de la ville en bonne esquipaige, bien montez, babil- 
lez de casaquin de vellours ou aultrement, ainsi qu il/, ver- 
ront, et ung bon nombre de gens de pied jusques à mil ou 
douze cens, qui seront choisis sur les bandes des imprimeurs, 
taincturiers, tisseurs, bouchers et aultres - r en> de mestiers 
de lad. ville les myeulx en ordre et équipage que t'ai:- 
pourra, marchans tous soubz la charge du cappitaine de la 
ville, les conseillers accompaignez des notable- boni. 
lad. ville montez sur chevaulxet mules hossés, messieurs 
la justice et messieurs des nations estranges, avec quelques 
triomphes et passe-temps et l'eu et tassées que feront sur la 
rivière de Saonne les nochers de Saint-Vincent du temple et 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 417 

aultres, et de faire lad. entrée le plus honnorablement que 
faire se pourra, actendu que led. s r de Sainct-André vient 
accompaigné de quatre princes, et quant au présent que luy 
conviendra faire, il sera besoing et nécessaire que iceulx 
s rs conseillers advisent de le faire beau et honnorable, au 
contentement dudict seigneur, et pour ce qu'il n'y a deniers 
communs ni aultres pour fournyr ausdicts fraiz, sont d'advis 
de les prendre à change et intérestz jusques à ce qu'on aura 
moyen de les lever soit par subside ou aultrement. 

Après lequel advis iceulx s rs conseilliez ont ordonné sabdi 
prochain mander en l'hostel commun et consulat de lad. 
ville ung bon nombre des notables et apparans de lad. ville, 
pour avoir leur advis sur le faict de lad. entrée et leur con- 
sentement où l'on prendra deniers pour fournyr ausd. fraiz. 



Vil! 

1552 (n. st.), 15 janvier. 

Extrait de délibération du corps consulaire de la ville 
de Lyon, au sujet d'une somme de dix mille livres pro- 
mise AU GOUVERNEUR. 

Arch. municip. de Lyon, BB 72, fol. 194. Registre consulaire. 

...A esté faicte lecture entre lesd. s rs conseilliez de la 
lectre missive dressée par le s r Dupré pour excuser le consu- 
lat envers Mgr le mareschal de Sainct-André de la promesse 
qu'il prétend luy avoir esté faicte par M. Dupérier, pour et 
au nom du consulat, de luy faire don et présent de la 
somme de dix mil livres en récompense des plaisirs et ser- 
vices qu'il a faict à la ville, laquelle promesse le consulat 
n'a jamais entendu faire, synon à la charge que led. s r mares- 
chal Sainct-André feroit obtenir à la ville un subside de six 
deniers pour livre sur toutes les denrées et marchandises 
entrans en lad. ville. Et pour ce que Jehan Laurens, depputé 
pour les affaires de lad. ville en court, a escript que led. 
s r gouverneur s'est libéralement employé pour les affaires 
de la ville, qu il seroit bon luy entretenir lad. promesse et 



418 PIECES JUSTIFICAIIX ES 

luy faire led. don et présent, et que à présent le consulat 
ne peult faire, obstant les grans deniers que la ville doibt 
et qu'elle tient à change et interestz, lesd 
sont transportez au lougeis de .M M e Jehan 'lignât. Lieutenant- 
général du d. s r gouverneur et seneschaJ «le Lyon, auquel 
ilz ont remonstré les choses dessusdictes, mesmes que h 
présent la ville ne pourroit satisfaire à icelle promet 
laquelle ilz n'ont jamais entendu faire ny avoir esté faicte, 
svnon à la charge que led. s' gouverneur feroit obtenir ung 
subside de six deniers pour livre sur toutes denrées el mar- 
chandises entrans en ceste ville, et n'eust jamais led 
Dupérier charge de faire lad. promesse, synon ■ lad 
dition, — à ce qu'il plaise aud. s r lieutenant 1 i_ 
lesd. s rs conseilliers envers led s 1 gouverneur de leur Un 
sibilité de pouvoir satisfaire a lad somme de dix mil li 
combien qu'ilz veullent bien faire leurdebvoiri - istre 

les plaisirs, peynes el vaccations prinses par led. s r gou 
neur pour les affaires de lad. ville en sorte qu ilz demeure- 
ront tousjours ses très humbles et tr< 



IX 

[1552], 10 décembre, Verdun. 

Lettre de Saint-André a la duchesse de Gdisi . kn sujet 
do siège di Metz 

Bibl. Nat, f. IV.. ms 3200, fol. 123. Original. 

Madame. J'ey différé jusques a cest'heure a vous escripre. 
actendant tousjours le retour d'un homme d'armes de ma 
compaignie, que j'avois envoyé devers monsieur \ 
marv : et îneinlenant que j'ey moyen de fous en mander de 
bonnes nouvelles, j'avoys délibéré de vous envi 
homme exprès n'eust este que Maro-Anthoine, présent por- 
teur, m'a dit que. s en retournant a Paris, il passeroit par 
Reyns, par lequel, madame, je vous envoyé vna paquet de 

1 Anne d'Esté, duchesse de Guise. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 419 

mondict seigneur vostre mary, lequel, oultre ce que vous 
entendrez de luy, je vous puys assurer estre en si bonne 
santé et toutes choses, dont il a la charge, en tel estât que 
le Roy recepvra grand contentement d'entendre ce que luy 
en dira celuy que je luy avoys envoyé, car de toutes les 
louenges que Ion puysse donner à prince et seigneur de ce 
monde, cestuy-là les mérite et luy en sera fidèlement et véri- 
tablement fait le rapport par ledict homme d'armes, que 
j'ay aujourd'hui expressément depesché devers Sa Majesté, 
affin que myeulx il puisse cognoistre et entendre le bon et 
grand debvoir que mondict seigneur vostre mary fait pour 
son service, dont de ma part je ne suys moings resjouy que 
vous serez d'estre assurée de sa bonne prospérité, laquelle 
je suplie Nostre Seigneur luy vouloir continuer et me fère la 
grâce, madame, que à vous et à luy je puysse aultant fère 
de service, comme vous sçavez que en a tousjours heu de 
bonne voulante celluy qui en cest endroict présente ses très 
humbles recommandations à vostre bonne grâce et veult 
demeurer 
Vostre très humble et obéissant serviteur, 

Sainct-André. 
De Verdun, ce XVI e jour de décembre. 

Je vous suplie, madame, me permettre que, par ceste 
lectre, présente mes très humbles recommandations à la 
bonne grâce de madame vostre belle-mère 1 . 

Au dos : A madame, madame la duchesse de Guyse. 



X 

[1552J. 29 décembre, Verdun. 

Lettre de Saint-André a la duchesse de Guise au sujet du 

siège de Metz 

Bibl. Nat., f. fr., ms 3200, fol. 117. Original. 

Madame. Je ne vous puys assez très humblement remer- 
cier de Thoneste et bonne lectre, qu'il vous a pieu m'escripre, 

1 Antoinette de Bourbon, duchesse douairière de Guise. 



420 PIECES JUSTIFICATIVES 

et de ce que vous me faictes tant de bien d'estre assurée de 
la fidelle servitude que je porte a monsieur vostre mary et 
à vous, et afin que le Roy puysse souvent avoir playsir d'en- 
tendre de ses nouvelles, je luy ay faict depuis huict jaurs 
quatre depesches, et n'est possible, madame, que bientost 
par quelqu un de ceux que je y ay envoyé je ne saiche a la 
vérité de ses nouvelles et de son bon portament et a 
comme toutes choses vont a Metz, dont incontinent je ne 
fauldray vous advertir par homme exprès, saichant bien que 
pour le présent je ne vous sçauroys fere service plus agréable, 
à quoy toute ma vye je tascheray et n'y espargneray chose 
qui soit en ma puyssance. Au demeurant, madame, je n'ay 
voullu faillir vous dire que, par tous les advertissemens que 
j'ay du camp des ennemys, ils ne sçavent plus ou ils en sont 
de leur entreprinse et n'ont aucune espérance de pouvoir 
rien fère à Metz, ayans fuilly toutes leurs iuyne< et. dcj 
quelques jours, ils Qe tirent plus guières. Leur année est 
tellement ruynée tant de la mortalité qui y a esté «-i 
est enquorcs plus forte que jamais, que pour ceuli qui j'en 
vont ordinèrement de leur camp, tant lansquenets que ita- 
liens, desquels il en vient icy chacun jour se rmdre. et en 
vint enquores hyer dix ou douze qui sont tous conformez ;i 
ce que je vous escrips de la mortalité et nécessité qui est en 
leur armée. Et c'est tout ce que je vous puys escripre pour 
cest heure, si n'est présenter mes très humbles recomman- 
dations à vostre bonne grâce, priant Dieu, madame. vou> 
donner en très bonne santé longue vye. Je ne veulx faillir 
vous remereyer très humblement des bons fromages qu'il 
vous a pieu m'envoyer. — De Verdun, ce WI.V jour de 
décembre. — Madame. Ainsi que ce porteur estoit prest a 
partir, jay su nouvelles de monsieur vostre mary. qui se 
porte. Dieu mercy. aultant bien que le sçauriez désirer, et 
sont toutes choses à Metz, par sa bonne conduiete. en aussi 
bon estât qu'ils sont plus forts de toutes choses qu'ils n es- 
toient quand l'Empereur y arriva, vous pouvant assurer 
qu'il garde tousjours l'advantage qu'il a prins dès le com- 
mencement sur les ennemys. ainsi que vous verrez par le 
double de la lectre qu'il escript au Roy, que je vous envoyé 
après l'avoir faict deschiffrer. Et après avoir receu sadicte 
lectre, j'ay esté adverty par deux ou troys endroietz que 
l'Empereur a faict lever une partie de son artillerie, et que 
le bruit commun est par son camp que. avant la tin de la 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 421 

sepmaine qui vient, il lèvera le siège de Metz, et est chose 
seure que meintenant ils ne tirent plus que quelques coups 
perdus à des clochers, par quoy, madame, vous devez louer 
Dieu, demeurer contente et en repoz de mondict seigneur 
vostre mary, qui a tant faict de service au Boy, et acquis si 
grande réputation en la charge qu'il ha, qu'il en sera à 
jamais mémoire par tout le monde, vous supliant, madame, 
croyre que pour ma part j'en ay en mon cueur aultant ou 
plus de joye que serviteur qu'il aye. Je soay bien, madame, 
que vous ferez part à madame vostre belle mère de ces 
bonnes nouvelles, et qu'il vous plaira bien que je présente en 
ceste lectre mes très humbles recommandations à sa bonne 
grâce. 
Vostre très humble et obéissant serviteur, 

Sainct-André. 
Au dos : A madame, madame la duchesse de Guvse. 



XI 

[1553], 1 er janvier, Verdun. 

Lettre de Saint-André a la duchesse de Guise, au sujet du 
siège de Metz 

Bibl. Nat., f. fr., ms 3200, fol. 119. Original. 

Madame. Depuys le partement de vostre homme, par 
lequel je vous ay envoyé amples nouvelles de monsieur 
vostre mary, m'en est revenu ung aultre de Metz, qui m'a 
apporté ung pacquet, lequel je n'ay voulu faillir de vous 
envoyer incontinent, estant assuré que vous prendrez grand 
playsir d'entendre la bonne prospérité de mondict sieur 
vostre mary. Gelluy qui l'a apporté estoit party devant 
l' aultre, par qui j'avoys receu la dernière depesche que je 
vous ay envoyée par vostre dict homme, mais il a prins 
plus long chemin et a sesjourné quelques jours à Nancy, qui 
est cause qu'il n'est arrivé que présentement, vous advisant au 
demeurant, madame, que le bruyt, duquel je vous ay escript, 
de la retraicte du camp de l'Empereur de devant Metz con- 



422 PIÈGES JUSTIFICATIVES 

tinue si fort que je n'en faiz plus de double, mesmement 
pour l'avoir certeinement entendu par quatre ou cinq que je 
y avojs envoyez expressément, qui m ont assuré que •• 
ils avoient retiré la plus grande part de son artillerie, pre- 
nant le chemin de Thion ville. De tout ce qui en viendra, je 
ne fauldrai vous en advertir incontinent. Et cependant. 
madame, je présentera^ mes très humbles recommanda- 
tions à vostre bonne grâce, supliant le Créateur vous donner 
en très bonne santé longue vje. 

De Verdung ce premier jour de l'an. 

Vostre très humble et obéissant serviteur, 

Sain 
Au dos : A madame, madame la duchesse de Gui 



XII 

1553], 3 janvier. Verdun. 

Lettre de Saint-André a la duchesse de Guise ai sujet du 
siège de Metz 

Bibl. Nat, f. iï., ma 3200, fol. 121. original. 

Madame. AfTin que vous cognoissiez que les advertisse- 
mentz que je vuus a\ par cydevant l'ait/, sont véritable - 
vous envoyé par un de nie- gène le double <l ni)-.' lecire que 
j'ay présentement reçeue de monsieur vostre marj, par où 

vous verrez le deslogement de I Empereur et la retrai I 
son armée. Je sçaj bien, madame, que je ne voua 

mander nouvelles plus agréable- et que en récompense rous 
me tiendrez, s il vous plaist, toujours ainsi qu il tous a pieu 
fèrejusques icy, le meilheur île vu/ très humbles serviteurs. 
ne voulant oblver de vuu- dire que je part/ présentement, 
avec la cavalerie que j'av icy. pour essayer de 1ère quelque 
entreprinse sur ceste retraicte. et après cela je ne l'auldray 
de m'en aller incontinent à Metz, pour vejir mondiet sei- 
gneur vostre marv et me resjouyr avec luy de ses bonne 
heureuses fortunes et de la louable victoire qu il a pieu a 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 423 

Dieu luy donner, dont de ma pari je le remercye, et le 
suplie, madame, après mes très humbles recommandations 
à vostre bonne grâce, vous donner en parfaicte santé très 
longue et heureuse vie. 

De Verdun, ce troisième jour de janvier. 

Je vous suplie très humblement, madame, me pardonner 
si tant de fovs je prendz la. hardiesse de mectre en mes 
lectres mes très humbles recommandations à la bonne grâce 
de madame vostre belle-mère. 

Vostre très humble et obéissant serviteur, 

Sainct-André. 
Au dos : A madame, madame la duchesse de Guyse. 



XTIT 

1554, 12 avril, s. I. 

Mandement du maréchal de Saint-André concernant les 
roles a dresser des hommes qui doivent faire le guet 

Bibl. Nat., f. fr.. ms 3128, fol. 6o. Original. 

De par le seigneur de Sainct-André, comte de Fronssac, 
chevalier de l'Ordre et mareschal de France et lieutenant- 
général pour le Roy en Picardye. 

11 est mandé au premier sergent roial ou de justice subal- 
leterne fere commandement de par nous aux habitans de 
Caix 1 , Lyons 2 , Frameville 3 , Danviller 4 , Raincourt 5 , Proyart 6 
et Chingnolles 7 qu'ilz ayent à venir avecq ceulx de Bray 8 

1 Caix, canton Rosières (Somme). 

2 Lyons, commune Outreau, canton Samer (Pas-de-Calais). 

3 Frameville, canton Chaulnes (Somme). 
* Danviller, canton Arras (Pas-de-Calais). 
5 Raincourt, canton Combles (Somme). 

c Proyart, canton Chaulnes (Somme). 

7 Chingnolles? 

8 Bray, chef-lieu canton (Somme). 



424 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

fere le guect de nuict au dict Bray et le Long de la Cochie 

ainsi qu'il leur sera commandé par le majeur dudict Bi 
et pour ce fere adviser par ceulx des villaiges susdicta de 
dresser ung roolle des noms des habitans de chacun lieu, 
affin de les y envoyer chacun ez leur ranc et tour et par cha- 
cun jour, assavoir dudict Caix quatre hommes, i Mil 
Frameville deux, Danviller trois, Raincourt un. 
quatre et Chingnolle troys. Et ce sur les peji . rti- 
nentes. Faict soubz noz sein- et scel d'armes, le XII e jour 
d'avril mil V e cinquante quatre 



[Cachet). 



Sainct-Aïïdri 



\IY 

15:»i, 1S juin. I.aon. 

Jacques d'Albon, chevauer de l'Ordre, maréchal di 
France, fait donation au poète Mej.in DE Sawt-Gelais, 

AUMONIER ORDINAIRE DU Roi, DUNE RENTE VIAGERE DI 
1400 LIVRES TOURNOIS. 

Arch. Nat., Y 99, loi. 297. Enregistrement au ChAtelet. 

Par devant nous notaires royauh soubzsignez, demourans 
à Laon, fut présent en sa personne hauli et puissant 
gneur, messire Jacques d'Albon, chevalier de l'ordre, m 

chai de France, conte .le Fronsac, lequel, désirant recon- 
gnoistre, comme il disoit, les mérittes, plaisirs et très 
agréables services a luy ey devant faictx et que luy continue 
faire par chacun jour .M' Melin de Sainct-Gelais, auim 
nier ordinaire du Roy, et. espèrent led. seigneur qu'il con- 
tinuera à l'advenir, pour l'en récompenser et rémunérer, 
donne et octroyé des maintenant a tousjours, par donation 
entre vifz et irrévocable, aud. .M Melin .le Sainct-Gelais 
aussi présent, acceptant, pour luv, -a vie durant, la somme 
de quatorze cens livres tournoys par chacun an. a icelle 
prendre sur tous les biens meubles et immeubles dud 
gneur présens et advenir, et d'abondant pour prompte exé- 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 42;i 

cution de sond. voulloir, à présont baillé aud. M c Melin de 
Sainct-Gelais, qui du d. seigneur a receu ung blanc-signé 
servant de quictance et pour la somme de trois cens cin- 
quante livres tournois envers le trésorier payeur des pentions 
des gentilzhommes de la chambre dud. Sire, pour recepvoir 
la somme par led. de Sainct-Gelais à son proffict, pour le 
temps qui eschèra jusques au dernier jour de décembre pro- 
chainement venant, soy tenant led. seigneur de Sainct- 
Gelais pour bien payé et contant du surplus pour led. temps 
qui eschera jusques aud. dernier de décembre prochain. Et 
constitue et ordonne en oultre led. seigneur led. M Melin 
de Sainct-Gelais son procureur irrévocable pour et en 
nom dud. seigneur constituant recepvoir dud. trésorier la 
somme de douze cens livres tournoys pour Testât dud. 
seigneur de gentilhomme de la chambre, par chacun an, la 
première année commençant le premier janvier prochaine- 
ment venant, et dès lors en avant par chacun an, et 
recepvoir les deux cens livres faisant par paie de la somme 
de quatorze cens livres tournois, par chacun an, du Tréso- 
rier de l'Espargne ou son commis, sur les pensions accor- 
dées par le Roy aud. seigneur, et partout que mestier sera 
en promet led. seigneur bailler aud. seigneur de Sainct- 
Gelais ses blancs-signez servans de quictances par chacun an 
desdictes sommes de douze cens livres d'une part et deux 
cens livres tournois d'aultre, et sans ce que ladicte assigna- 
tion déroge ou innove en aucune chose aux obligations et 
ypothèques susdictes. Et pour consentir insinuation du pré- 
sent don pardevant tous juges qu'il appartiendra, constitue 
led. seigneur son procureur le porteur de ces présentes, 
ensemble pour icelles faire enregistrer aux greffiers des insi- 
nuations partout où il appartiendra, et veult que là. où la 
présente dispence ne vauldroit à tiltre de dons entre vifz, 
qu'elle vaille et porte effect à titre de dispence de dernière 
volunté, de legs particulier ou par tout aultre meilleur tiltre, 
forme et manière, que valloir pourra. Promettant led. sei- 
gneur donateur en bonne foy, soubz l'obligation de tous ses 
biens meubles et immeubles présens et advenir, tenir, entre- 
tenir et avoir agréable à tousjours ladicte donation conte- 
nue cy-dessus, sans jamais es choses susdictes aller ou venir 
au contraire, sur peine de rendre et paier tous coustz. 

Passé audict Laon par devant nous Anthoine Du Gloistre 
et maître Estienne, notaires royaulx, demourens à Laon, du 



426 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

quinzeiesme jour de juing l'an mil cinq cens cinquante 

quatre. 

Ainsi signé : Estienne et De Gloistre. 



XV 

1554, septembre, Compiegne. 
Donation par Henri II a Saint-André 

DES VINS PRODUITS DANS LE DOMAINE DU MONTILS-SOUS-Bu>IS 



Bibl 



Nat., Pièces originales, vol. 23. pièce 61. Original 



Henry par la grâce de Dieu roj de France, à nos a me/, et 
féauz les gens de nos comptes à Blovs, salut. Nous von 
et vous mandons que par nostre receveur ordinaire dud. 
Blojs vous l'aictes bailler et délivrer à notre aîné et 
cousin, le sieur de Saint-André, mareschal de Frai 
et chacun les vins tant blancs que clairets qui riendron! et 
y seront ou qui sont jà venus et yssua de Di 
Montilz-soubz-Bloys, eeste présente année, deaqueli 
avons i'aict et faisons don par ces présentes, pour la pi 
sion et despence de sa maison de Yallery pn mai- 

son de Fontainebleau. Et par rapportant 
signées de nostre main et quictance de aostrediel cousin 
sur ce suliivau- soullement, nous voulons Lesdicts fins, 
selon qu'ilz seront contenus cl déclairei en ladicte quic- 
tance, estre passés et alloués es comptes de a >eur 
et rabbatus de sa recepte par vous ^en> de nos coin, 
ausquelz nous mandons ainsi le faire. Car tel e>t D 
plaisir. Nonobstant quelconques ordonnances, restrinc- 
trions, mandemens ou déffences a ce contraires 

Donné à Compiegne. ... septembre, l'an de grâce mil cinq 
cens cinquante quatre et de nostre règne le buiti 

Hknhy. 
Par le Roy : 

Dl" ÏH1KR. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 427 

XVI 

1555, 12 mai, Abbeville. 

Lettre de Saint-André aux échevins de Lyon relative 
au bruit, qui avait couru, qu'il allait être nommé 
gouverneur de plcardie. 

Arch. municip. de Lyon, AA 26, n° 7. Original. 

Messieurs, ayant entendu par M. le lieutenant Tignat et 
Labbessée, mon secrétaire, la bonne et coutumière volunté 
qu'avez en mon endroict, j'ay bien voullu vous faire ce mot 
de lectre pour bien fort vous en remercyer et vous prier de 
croire qu'en tous les lieux et endroicts, où j'auray moyen de 
m employer pour vous generallement et particulièrement, 
je le feray d'aussi bon cueur que amy que vous ayez et con- 
gnoistrez que je préfereray toujours le bien et repos de vostre 
ville à toutes aultres choses. Hz mont faict aussi entendre 
le regret que aviez de me perdre en vostre bonne ville de 
Lyon pour ung bruict qui a couru que le Roy me voulloit 
pourveoir de ce gouvernement de Picardye, si le Roy de 
Navarre feust mort (ce qu'il n'est), et, quand il le seroit, je 
ne vouldroys, pour un meilleur gouvernement que cestui-cy, 
vous laisser, tant pour l'amytié que je vous porte que pour 
beaucoup d'autres raisons que je vous diray quelquefoys, 
Led. s r lieutenant vous dira l'espérance en quoy je suys 
d'aller bientost faire ung tour pardela. Par quoy vous advi- 
serez si, avant mon partement, vous avez affaire où je me 
puisse employer, car je le fera}' d'aussi bon cueur que je me 
voys recommander à voz bonnes grâces, supliant le Créateur 
vous donner, messieurs, santé et longue vye. 

D'Abbeville, ce XII e jour de may 1555. 
Vostre entièremant meilheur et plus sûr amy, 

Sainct-André. 

Au dos : A messieurs les conseillers et eschevins de la 
ville de Lvon. 



428 PIÈCES JUSTIFICATIF ES 

XVÏI 

1556, décembre, Blois 

Erection du marquisat de Fbonsac en faveih 
du maréchal de s a int-a.nur.i 

Bihl. Nat., coll. Dupuy, vol. 500, fol. 14. Copk 

Henry, à tous présens et advenir, salut Nos pré 
seurs roys et nous recognoissans les grandz et vertueuli per- 
sonnaiges qui ce sont entièrement dédiez à nostre terri 
sur lesquels ilz se sont reposez de la conduicte et direction 
de noz principaux affaires, les ont et non- semblablement 
par plusieurs bienffaicts et libéralité/ gratifiiez, et esleuz ta 
plus haultz degrez, estatz, tiltres et dignitez, pour par telle 
rétribution d'honneur les incitter à tousjours continu 
leur exemple et imitation les autres vertueux et 
personnaiges fère le semblable A ; cj 

devant mis en considération Les grandz et recommandables 
services que nostre très cher et bien amé i que- 

d'Albon, sieur de Sainct-André, mareschal de France, che- 
valier de nostre ordre, gouverneur et nostre lieutenant- 
général en noz pays de Lyonnois, Bourbonnois, Auvergne, 
Forests, Beaujollois et Dembes, nous a voit de son 
l'aictz tant près et alentour de nostre personne que depuis 
aufaict des guerres et a la défence, augmentation, grandeur 
et conservation de droictz de nostre couronne, 3 liant 
tueusement employé ses personne et biens s .voir 

espargné aucune chose, non- l'avions, en l'aveu: 
mérites et vertus, esleu aud. estât de mareschal de 
et autres estats. quallitez, tiltres et dignitez dessus dits 
commis des premières, principalles et plus importantes 
charges selon que les ocasions se sont présentées tant de- 
dans que hors nostre royaume, esquelles il s'est très pru- 
demment conduict et acquitté a nostre très grand con 
tement, de sorte que nous désirons recognoistre ces dicts 
services et mérites non seulement envers luv. mais aussi 



PIECES JUSTIFICATIVES 429 

envers sa postérité et lignée par accroissement de son nom 
et seigneurie, et pour ces considérations avions érigé la 
viconté de Fronsac, par nostredict cousin acquis, en di- 
gnité, tiltre, nom et prééminances de comté, vollu et or- 
donné que luy et ses successeurs en jouissent au dict tiltre, 
nom et dignité de conte, ainsi que les autres contes de 
nostre royaume, et que les apellations qui seroient inter- 
jectées du seneschal dudict conté de Fronsac, et qui aupa- 
ravant de leur nature ressortissoient pardevant le seneschal 
de Guyenne, ressortissent directement en nostre court de 
Parlement de Bourdeaux, laquelle avoit faict lire et publier 
nos dictes lectres patentes d'érection et nostre dict cousin 
joir dudict conté, comme il faict encores, et cependant il 
auroit pareillement acquis la terre, seigneurie et chastelle- 
nie de Gubzagues adjacente et contigue audict conté de 
Fronsac, à ceste cause et que, par le moyen de ladicte 
acquisition et junction de ladicte terre et seigneurie de' 
Gubzagues, ladicte conté sera grandement augmentée tant 
en revenu, estendue de pais que grand nombre de vassaulx 
et subjects, de sorte qu'il peut à présent estre tenu pour 
l'un des beaux et grands contés de nostre royaume et auquel 
y a plusieurs forteresses, chasteaux et places muniz et dé- 
fensables, bien construictes et ediffiées, et dont dépendent 
et sont tenus et mouvans plusieurs beaux fiefz, arrière-fiefz, 
seigneuries, chastellenies et baronnies et autres grands biens 
et possessions tenus et possédés par nostre dict cousin. Sça- 
voir faisons que nous deuement informez que le dict conté 
de Fronssac est l'une des plus anciennes marchez et fron- 
tières de nostre royaume, situé sur les fleuves de Dordogne 
et de l'Isle, faisant embouschement en la grand mer Océane, 
et en laquelle, comme il est rapporté par les anciennes his- 
toires et croniques de France, ont esté si de longue mémoire 
exécutez plusieurs haultes et grandes entreprises et faictz 
darmez par les contez dudict Fronssac, premièrement à 
la louange de Dieu, pour l'extirpation des païens et barbares 
et infidèles, qui pour le temps usurpoient et occupoient le 
pays, et despuis pour la tuition et desfence de Testât de 
nostre duché de Guyenne, réduction d'icelluy à nostre obéis- 
sance, et que de présent il est de revenu suffisant pour en- 
tretenir et soustenir à lestât de marquis. Pour ces causes et 
autres bonnes considérations à ce nous mouvans et, après 
avoir heu sur ce l'advis de plusieurs princes et seigneurs de 



430 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

nostre sang et gens de nostre privé conseil, avons de n< 
propre mouvement, grâce spécial'', plejne puissance * ' aue- 
torité roynl uny et incorporé, unissons et incorporons la 
dicte terre, seigneurie et chastellenie de Cubzaf 
appartenances et deppendances quelconques audict • 
de Fronsac. et icelluv ensemble les dictes bai 
et seigneuries en déppendens et adjacent/, décoré, 
érigé et eslevé, décorons, créon-, érigeons et esle 
ces présentes en dignité, tiltre, nom et prehemin 
marquizat, pour estre doresnavant dict, nommé et appelle 
le marquizat de Fronsac, et tenu de nous à cause de n 
duché de Guyenne à une seulle foy et homm - - au- 

cune continuation, ne mutation, ne accroissement 
quelconques, oultre celles qui nous sont deubz d'anciei 
et au dict tiltre de marquis, et en joir et user piainement, 
paisiblement et perpétuellement par nostre dict c 
hoirs, successeurs et aians cause, masles et femelles, et 
soient tenu/, censez, reputez et appelles tant en jugement 
que dehors marquis d'icelluy marquisat de I 

Donné à Bloys, ou moys de décembre, I an de grâce mil 
VGLV1 et de nostre règne le n- 



WIN 

1558], 17 avril. Bréda. 

Lettre de Saint-André 
au connétable de montmorknct i : 

Bibl. Nat, 1. IV.. ms .5139. foi * .. inal. 

Monseigneur. La peyne en quoy je suys d'estre -i I 
niant sans sçavoir de voz nouvelles et de rostre bon» 
me faict vous escripre ceste lectre pour très humblemant 
vous suplier m'en vouloir mander et me 1ère entandre si 
vous estes bien guéry de rostre blessure. vous p< 
rer, monsieur, que je ne sçarojs recepvoir plus gran 
que de sçavoir que soyez en bonne disposition, pour la con- 
servation de laquelle je vous suplirey ne vous donner aul- 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 431 

cune mélencolie ny travail d'esperit, mays vous resjouyr et 
consoler avec Dieu, uzant de vostre prudence et vertu acous- 
tumée. Vous croyrez bien, monsieur, que si j'avoys moyen 
de vous fere quelque service, tout ce peu qui est en ma 
puissance y seroit employé, d'aussy bonne volunté que je 
présente mes très humbles recommandations à vostre bonne 
grâce. 
De Bréda, ce XVII e d'avril. 

Vostre très humble et affectionné serviteur. 

Sainct-André. 

Au dos : Monsieur le duc de Montmorency, pair et cones- 
table de France. 



XIX 

1558, 11 juillet, Paris. 

Lettre de Saint-André a la duchesse de Montmorency 
relative aux nouvelles du connétable prisonnier 

Bibl. Nat,, f. fr., ms. 3139, fol. 61. Original. 

Madame. Le peu de temps que j'ey à demeurer par deçà 
et les grans affères que je y ey trouvez mont gardé de vous 
aller fère la réverance, ce que sans cella.je n'eusse failly de 
fère, tant pour vous offrir tout le service qui est en ma 
puissance que pour pouvoir, à mon retour, dire bien ample- 
ment de voz nouvelles à Monseigneur le Connestable, lequel 
j'espère veoyr aussytost que je serey en Flandres; vous pou- 
vant assurer, Madame, que, lorsque mon congé me fut ac- 
cordé, je feiz tout ce qu'il me fut possible pour avoir ce bien 
de le veoyr, mais je ne sceuz tant fère qu'il me feust accordé, 
dont je receuz ung merveilleux dépleisir. Au demourant, 
Madame, je ne faudray avant partir d'envoyer homme ex- 
près devers vous pour savoir s il vous plaira me commander 
quelque chose, et sy vous voudrez escripre à mondict sieur 
le Connestable, auquel je ferey sy seuremant et fidellemant 
tenyr ce que vous luy envoirez, que vous pouvez estre cer- 
teyne qu'il ne tumbera en autres mains que aux siennes 



432 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

ainsy que plus amplement vous fera entendre ce . 
homme présent porteur, lequel je vous suplie croire de ce 
qu'il vous dira de ma part, et me voulloir tenir en 
bonne grâce, à laquelle je présente mez très humbles recom- 
mandations, et suplie le Créateur vous donner longue et 
heureuse vie. 

De Paris, ce XI e jour de juillet. 
Vostre très humble serviteur. 

Sainct-Akdbé. 

Au clos : Madame la Connestable. du- h, — !•■ Montmo- 
rency. 



\\ 

1558, « décembre, Saint-Germain-en-Laje. 

Lettres de provision de lieutbnant-gkhbral poi b li Koi 
es pays de Lyonnais, Fobbz, Biadjolais, Haute n 

Basse Marche, en faveur d'Antoine d'Albon, ahuk m 
Savigny, au lieu du maréchal de Saint-Axdrk pu- 

SONNIER. 

Bibl. Nat, coll. Clairambault, vol. 9:.s. fol. 173. Copie. 

Henry par la grâce de Dieu poj de Pran 
qui ces présentes lettres verront, salut. Gomme par la 
faite par nos ennemis de notre très cher et très amé cousin 
le sieur de Saint-André, marquis de Pronsac, mareschal de 
France, gouverneur et notre lieutenant-général en ; 
de Lyonnois, Forests et Beaujollois, Bourbonnois, Haute et 
Basse Marche, et pour l'emprisonnement et détention d 
personne, nous eussions <\ -devant établv le sieur de Gri 
gnan notre lieutenant-général es sus «lit- pars, lequel seroil 
depuis peu de jours en ça décédé et allé de vie a trépas, au 
moyen de quoy soit besoin choisir quelque bon et notable 
personnage pour tenir son lieu et place, — sçavoir Eau 
que nous à plein coniians de la personne de notre amé et 
féal Antoine d'Albon. sieur de Savigny, et de ses sens, vail- 
lance et expérience, sage conduite et grande diligence, iee- 
luy, pour ces causes et autres a ce nous mouvans. avons l'ait. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 433 

ordonné et établv, faisons, ordonnons et établissons par ces 
présentes notre lieutenant-général es dits pais de Lyonnois, 
Forests et Beaujollois, Bourbonnois, Haute et Basse Marche, 
pour faire vivre les mânans et habitans des dits pais en 
union et concorde et en la vraye et deue obéissance qu'ils 
nous doivent, leur commander et ordonner ce qu'ils auront 
à faire pour nôtre service, pourvoir à la seureté et conser- 
vation des villes, châteaux et places d'iceux et donner ordre 
à toutes choses touchant et concernant notredit service et 
des habitans des dits pais, avec mesrae pouvoir, puissance 
et autorité qu'à nostredit cousin le sieur de Saint-André, et 
tout ainsi qu'il feroit et faire pourroit s'il y estoit en per- 
sonne ; encore que lesdits pouvoir, puissance et autorité ne 
soient cy spécifiez et déclarez. Si donnons en mandement 
aux seneschaux de Lyonnois, Bourbonnois et la Marche, 
bailly de Beaujollois ou leurs lieutenans, capitaines des 
villes, citez et châteaux, maires, consuls et eschevins, et 
autres nos justiciers, officiers et subjects desdits pais, et à 
chacun d'eux endroict soy, que audict seigneur de Savigny 
ils donnent toute aide, faveur et assistance, et lui obéissent 
et fassent obéir en ce qu'il sera besoin pour notre service, 
tout ainsi qu'à notre propre personne. Car tel est notre plai- 
sir. En témoin de ce, nous avons signé ces présentes de 
notre main et à icelles fait mettre et apposer notre scel. 

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le huitième jour de dé- 
cembre, l'an de grâce M.D.LIIX, et de notre règne le dou- 
zième. 

Signé : Henry. 

Et sur le reply : Par le Roy, Bourdin. 



XXI 

[1559], 3 mai, Bruxelles. 
Lettre de Saint-André a Henri II, relative 

AUX OTAGES DE LA PAIX 
Bibl. Nal., f. fr. ; ms 3139, fol. 43. Original. 

Sire. Je vous eusse plus tost renvoyé ce porteur et fait 
responce à ce qu'il vous a pieu m'escripre, sans la difficulté 

28 



434 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

qui s'est trouvée sur le faict des prisoniers. pour lesquels 
vous verrez par ce que j'escrips à Monsieur le Connectable 
et par l'accord que je luy envoyé signé du Roy. rostre beau- 
filz, que les principaulx poinctz sont, sellon l'intention de 
Vostre Majesté, à laquelle je diray que, ayant déclairc au 
comte de Melite ce qu'il luy a pieu me commander sur le 
faict hostaiges, ledict comte m'a dit cejourd'huy que 
maistre ne pouvoyt assez louer l'honnesteté et court, 
dont Vostre Majesté avoit usé envers la sienne, monstrant 
par cella la fiance que vous avez en luy estre au tout con- 
forme à celle qu'il a on vostre endroict, qu'il assure e 
telle que, par bonnes et suffisantes preuves, vous la pourrez 
cognoistre, et que encorez qu'il vous ayt pieu remectre en 
luy l'eslection de quatre hostaiges sur les dix personn 
contenuz en vostre mémoire, il n'a touteflbys voulu changer 
ceulx que vous avez choysiz, d'aultant qu'il dit que, estant 
en France, ilz luy feront aultant de service que -il/ estaient 
auprès de luy, estimant aussi tous voz serviteurs et les Biens 
n'estre qu'à ung mesme seigneur Maya bien il désirerait 
ayant envoyé le comte de Feria en lieu ou il ne peult es 
si tost de retour, vous voulussiez en faveur de luy l'excuser 
et vous contenter des trois aultres, qui sont le duc d Ah 
prince d'Orenges et le conte d'Ayguemont. 11 eust bien voulu 
en nommer ung aultre au lieu dudict tonte de Feria. maya 
il a pencé que celluy, qui seroit mys en sa place, se tiendroit 
otîensé pour n'avoir esté prins que a faulte de luy. J a 
cella respondu audict conte de Melite que je ne faill- 
ie faire entendre à Vostre Majesté, mays que bien 
certain qu'elle avoyt plus de sûreté et de fiance en La parole 
de son dict maistre qu'en tous le- hostaiges qu il luy pour- 
roit envoyer, et pour ce. que le dit conte de Melite monstre 
par les propoz qu'il m'a tenuz que le Koy son maistre 
vra cella à singulier playsir. Vostre Majesté m'excus 
prens la hardiesse de la suplier très humblement «l 
vouloir accomoder, ne voyant qu'il en puysse advenir au- 
cune chose préjudiciable à vostre service, et, - il vous plaist, 
sire, je sçauray bientost quelle sera en ce faict vostre inten- 
tion, pour après en l'ère la responce au dict conte de Melite, 
qui monstre avoir grande volunté de vous poui 
quelque agréable service. Le surplus sera remys 
j'escrips à Monsieur le Connectable. Mays, avant finir 
lectre, je remercieray tant et si très humblemant qu'il m ect 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 435 

possible Vostre Majesté de l'honneur qu'il luv plaist me 1ère 
continuellemant et de la bonne fiance qu'elle a en moy, qui 
estime plus ce bien, avec vostre bonne grâce, que toutes 
aultres choses de ce monde. Sire, je suplie le Créateur vous 
donner très longue et heureuse vie. 

De Brucelles, ce lll me jour de ma}'. 

Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur, 

Sainct-André. 
Au dos : Au Roy, mon souverain seigneur. 



XXII 

1560 (n. st.), 1 er janvier, Blois. 

Extrait d'une lettre de Perrenot de Chantonay, ambas- 
sadeur du roi d'Espagne en France, a Marguerite de 
Parme, régente des Pays-Bas. 

Arch. du Roy. de Belgique à Bruxelles, Cartulaires et manuscrits, 
vol. 189, fol. 78 et suiv. — Copie. 

Entrevue de Çhantonay avec Saint-André : relations de la 
France avec l'Espagne ; état du Royaume ; développement du 
Protestantisme en France ; affaires d'Ecosse. 

...Le fait est que le jour de l'an je fus en cour, pour y 
gratuler à M. de Guise la naissance de son fils, duquel 
Madame de Guise étoit accouchée le jour devant, et en 
doit être le parrainée Roy Très Chrétien et Madame Margue- 
rite, sa sœur, maraine. Et de là j'allai voir la Reine mère, 
le Roy et tous les Princes qu'étoient en sa chambre. Mon- 
sieur le maréchal de Saint-André m'y trouva, et après qu'il 
eut longuement parlé, en compagnie de M. le cardinal de 
Lorraine et de M. de Guise, avec le Roy et les Reines, me 
vint entretenir et, à mon départ, me voullut accompagner 
jusques à la cour du palais, et enfin me dit qu'il me vouloit 
venir voir en mon logis le lendemain et qu'il avoit à parler 
à moi. Je le priai qu'il ne prist pas cette peine, et que je le 






436 PIÈCES JUST1FICATIVKS 

viendrois trouver en son logis, ou la ou il voudrait. Enfin il 
conclud quil falloit qu'il fût, et qui lui étoit aussi com- 
mandé par la Heine mère, et que cette fois il feroit loi 
pour la charge qu'il en avoit, et une autre foi- il 
en son privé nom pour me mémorer L'amitié 'que .je lui 
avois montré en Flandres et pour L'obligation qu il avoit h 
vous et m offrir si je le voudrois emploier a quelque 
chose. 

Comme il avoit délibéré, ainsi lit-il Le jour après, et fut 
longtemps avec moi en rua chambre, parlant en courtois 
et traitant combien le Roy Très Chrétien e( 
mère, désiroient me faire toute faveur pour respect du Roj 
mon maitre et pour être qui j'étois ei les miens si 
ment connus en ce royaume, et lui en son particul 
comme le plus obligé de ceui qu'avoient reçu bien du 
mon maitre, et pour votre respect et le mien, et désiroit me 
faire plaisir, portant, si je désirois chose donl le 
Chrétien et la Reine me puissent gratifier ou lui en son par- 
ticulier, je me pouvois tenir assuré que L'on me donnerait 
tout le contentement possible, ''t. si en logis ou autrement 
je n'étois traité comme je désirois, que je ne recouruss 
autres que à La Reine mère, car elle-même rouloit tenir la 
main particulièrement en ce que me concernoit et 3 donner 
tels ordres que j'en connoitroia l'effet. 

Je lui répondis ce qu'il me -.•ml. but convenir pour 11 
charge en laquelle je sui-. comme pour mon particu- 
lier. 

Et de là vint de propos en propos a dire comme La Rein* 
mère aimoit le \ioy (Philippe 11 autant que > il étoil 
propre fils, et que, afin que Sa Majesté vit le Fondement «pie 
l'on mettoit sur son amitié du rot.' de ça, L'on avoit délibéré 
lui envoier en Espaigne une dépêche par Lequel il verrait 1<- 
précis véritable de toutes Les choses paas iume 

et traitées dès la mort du Roy Henry, dont on routait don- 
ner audict Sb' r Roy compte bien particulier, afin qu'il 1 
manière comme l'on y procède, et nomément en ce que 
touche l'Ecosse, blâmant et exagérant beaucoup la rébellion 
des Ecossois, du chatoy, duquel le Roy ni autre pour 
pourroit dire quil ne lut raisonnable, et combien que l'on 
entendît qu'il en déplaisoit a quelqu'un, si ne pouviit-o« 
dissimuler une si grande outrecuidance et mépris contra 
Dieu et ledict Hov. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 437 

Je lui répondis que sans point de faute il étoit très juste 
tenir les sujets en obéissance et les faire mettre en la loi 
qu'ils doivent, et qu'il pourroit voir que de cela le Roy 
n'en pourroit recevoir déplaisir, considéré ce que lui-même 
faisoit et avoit fait en ses pays pour le remède de la Religion. 
Et quant à ceux qu'il disoit en avoir mécontentement, je fis 
semblant de ne l'entendre pour ceux qu'il entendoit, qu'é- 
toient les Anglais, et lui dis que, s'il y avoit quelqu'un à qui 
il déplût de cela, ce seroit les sujets du Roy Très Chrétien, 
lesquels entroient en ces erreurs fort ouvertement, de 
manière que ce que je craignois le plus étoit que, si l'on me 
donnoit ordre en ce que touche le roiaume de France, 
comme en ce d'Ecosse, il y auroit danger qu'on ne se trou- 
vai gêné et empêché. 

11 me dit que l'on étoit après cela et que, deans peu de 
jours, l'on publieroit certaines déffenses et manière pour 
procéder plus succinctement, pour ce que les termes de jus- 
tice étoient trop longs, quand on prenoit le fondement sur 
l'hérésie, car il en pouvoit avoir qui fournissoient une part 
de l'autre ; avant que. l'on vînt à connoitre si une proposi- 
tion étoit hérétique ou non, il se passoit un long temps, et 
pourtant l'on vouloit procéder en ceci par forme de placcart. 
Car l'on feroit deffense générale, à grosse peine, que nul ne 
se osât trouver aux assemblées de nuit ni de jour, prêter 
maisons pour les tenir ou receler, à peine de mort. Ainsi 
subit que l'on auroit été convaincu de ce fait, Ton y procè- 
deroit sommairement, comme contre infracteurs des ordres 
du Roy Très Chrétien... 

Je lui répondis que toute sorte d'abréviations de rigueur, 
en ce fait de religion, étoit grandement à louer en la néces- 
sité présente, et qu'il y falloit montrer visage, sans accep- 
tion de personne, car c'étoit ce qui faisoit sonner le chatoi 
et trembler tous les sujets. 

Il me dit que, en ce que touchoit le roiaume, l'on y don- 
neroit bon ordre. Sur quoi je lui répondis qu'il n'y avoit pas 
peu à faire, car la fleur de leurs gens étoit la plus gâtée, 
tant de pied que de chevaux, et la plupart de la noblesse 
fort fondée sur cette liberté évangélique, et qu'il voit claire- 
ment ce que passoit à Paris, Roan, Normandie, Bretagne, 
de manière que, si la cour s'approchoit plus près de la 
Guyenne, ce que dessus ne seroit pas fort assuré, et, s'éloi- 
gnant pour s'approcher de près de Paris, Dieu sait comme 



438 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

se portera la Guyenne, Lionnois, Languedoc, Auvergne et 
Provence 1 . 

Il me dit que du Lionnois et Provence il n'y avoit pas 
beaucoup à craindre, si ce n'étoit à Lion même pour ra 
des étrangers, mais que la noblesse ne laisseroit jamai 
suivre ce qu'il plairoit au Koy Très Chrétien. 

Je lui dis que, comme lesdits nobles ont plus trait 
les nations étrangères, il étoit à douter qu ils seroient les 
plus enracinés en ces hérésies. 

Voiant ledict sieur maréchal que je ne venoia point au 
compte de ce qu'il vouloit entendre, et que je ne fa 
semblant quelconque des Anglois, il me dit clairement que 
le plus grand de tout bien que leur seroit venu en • 
tant pour le roiaume que Ecosse, seroit les Anglois, - il- bc 
vouloient joindre avec les Ecossois à titre de la relie 
Sur quoi je lui répondis que la charité n'étoit pas t - 
entre les Protestans, ni l'amour tant enraciné entre lesdicts 
Anglois et Ecossois. Il me dit toutesfois que les Anglois 
s'arment; à quoi je lui répondis que ce n'étoit merveille, 
s'ils se tenoient sur leur garde, et que ce qu'ils faisoient 
devait être plus de peur que de nuire et faire mal Mais si 
les François se doutoient de quelque chose de ce Côté là, il 
seroit raison assurer avec tous offices la reine d'Anglefc 
afin qu'elle eût occasion de faire L-nir a repos étant 

ses bateaux sur mer, et avant lvii- au côfc .il 

seroit impossible de tenir le tout tant en discipline qui 
François aux Anglois ou les Anglois aux François ne fus* 
quelque .jour, dont pourroit sortir grand inconvénient Et 
tôt plus, ayant donné Notre-Seigneur paix universelle, 
laquelle se devroit emploierait remède de la Chretienneté 
par un concile ou autrement, lequel ne se pouroit tenir - 
la paix universelle, car. a quelque titre qu'il y eût mau-. 
intelligence entre les François et Anglois, difficilement se 
rendroient les parties à un accord, même quant a l'accepta- 
tion du concile. 

11 me dit que j'avois raison, convenant avec une grande 
politesse et préambule de cette sorte, qu il devoit beaucoup 
au Roy son maître pour le bien et souvenir qu'il en a reçu, 
et que, en ce que le secret lui seroit enchargé, pour chose du 
monde il ne le découvriront Aussi tenoit-il pour menteur 

' La cour était alors a Hlois. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 439 

celui qui se taisoit d'une chose qui éclairoit la vérité. Aussi, 
pour non tomber en la seconde faute, sachant qu'il ne 
défailloit au premier, il m'assuroit que le Roy son maître 
ne désiroit en sorte quelconque innover chose que ce fût ni 
avec le Roy, ni avec les Anglois, ni avec aucun de ceux qui 
ont traité avec le feu Roy son père et luy, ains désiroit 
enl retenir et observer le tout perpétuellement, tant pour ce 
qu'il le de voit que pour ce qu'il emportoit, et pour les rai- 
sons que je lui avois dit. 

Je lui répondis qu'il se devoit croire ainsi d'un si grand 
prince, et de tels personages qu'il avoit à l'entour de lui, 
lesquels du bien et du mal dévoient emporter la plus grande 
charge et honneur, et que si quelque chose altéroit les 
Anglois, comme j 'avois dit, et leur donnoit la crainte, 
c'étoit peut-être l'argument qu'ils prennent des quartiers 
d'Angleterre, que la reine de France avoit mêlé avec ceux 
d'Ecosse, et le titre que ledict seigneur Roy Très Chrétien et 
la Reine se donnoient d'Angleterre et d'Irlande, présuposant 
ceux Anglois que, avec ce fondement, l'on prendroit tôt 
occasion de les fâcher... 



XXIII 

[1561], 31 janvier, Orléans. 
Lettre de Saint-André a Philippe II pour lui faire 

DES OFFRES DE SERVICE 

Arch. Nat., K 1494 n» 36. Original. 

Sire. Après tant de biens, honneurs et faveurs que j'ey cy 
devant receuz de Vostre Majesté, elle ne s'est voulu conten- 
ter de l'obligation grande en quoy elle m'avoit mys, mays a 
voulu enquores avoir telle souvenance de moy de s'estre 
enquise de l'ambassadeur du Roy mon maystre, du traicte- 
ment que j'avoys en ce nouveau règne, luy ayant faict com- 
mandement d'en escripre à la Reyne mère, avec si expresse 
recommandation en ma faveur, que je n'en puys assez très 
humblement remercier Vostre Majesté, ny aussi de ce qu'il 



440 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

luy a pieu commander au seigneur dom Jehan Menriqui 
communiquer sa charge. Tous ces bienftaictz, Sire, me 
rendent tellement obligé à vostredicte Majesté que 
cesse je prie Nostre Seigneur me fère tant de gra< •• que par 
ung bon service je puysse mériter quelque partit- des 
que j'ey reeeuz d'elle, et si ma vie y pouvoit satisfere el qu'il 
pleust à vostredicte Majesté m'honnorer eu quel<| 
de ses commandemans, je l'y ex poser ois de fort bonne 
volunté et de la mesme affection que pour mon pr 
maystre ci souverain seigneur, ainsi, Sir.-, que plu- ample- 
mant j'ay prié le seigneur dom Jehan déclairer a V< 
Majesté, à laquelle je suplie le créateur, Sire, donner en par- 
faicte santé très longue et Ire- heureuse ne. D'Orléans, le 
dernier jour de janvier. 
Vostre très humble et très obéissent serviteur, 

Sawct-Akdré. 

Au dos : Au roy i\r- Espaignez. 



WIV 

1562], 7 août, Poitiers. 

Lettre de Saint-André a la Hkinf.-mkrk poui lui 

ANNONCER LA SOUMISSION d'ÀNGOULÊIU 
Bibl. Nat., f. lr.. ms 15876, loi. 361. Original. 

Madame. Despuys ce que j'ey ce matin escripf a \ - 

Mageslé par Camille, j e\ sceu, ['ar ce qu ipt mon- 

sieur de Gonnort, que ceulx d'Angolesme, sur la sommation 
que je leur ay faict fere par ung trompeté, boni habandonné 
la ville et le chasteau, el est meintenant !<■ tout eu P< 
sance du Roy et de vous, et le chemyn de la Guyenne sûr el 
ouvert jusques à Bordeaulx. Vbstre Magesté entandra de 
cedict porteur que la prise de ceste ville a tellemant 
estonné tout le pays que les rebelles et désol \ 

Magestez commansent a cognoystre leur t'aulte. et y en a 
desjà qui demandent grâce et entre aultres ceux de Sainrt- 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 441 

Séverin, beaus-frères de cedict porteur, sur lequel. Madame, 
je remectrey le surplus des nouvelles de ce pays et ne vous 
ennuyrey de plus longue lectre que pour dire à Vostre 
Magesté qu'estant de toutz coustez les choses en si bon 
chemyn, j'espère, avec l'ayde de Nostre-Seigneur et le bon 
service de tous vos bons et fidelles serviteurs que la Magesté 
du Roy et la Vostre seront bientost en repostz et avec aultant 
d'obéissance que vous l'avez veue randre aux feus Iloys voz 
beau-père et seigneur, et lors, Madame, Vostre Magesté 
cognoystra ceulx qui n'ont jamays heu davant les yeulx que 
l'honneur de Dieu, l'obéissance du Roy et la conservation 
de vostre authorité. Et pour ce, Madame, que Dieu m'a 
faict de ce nombre et des plus fidelles et affectionnez à 
vostre service, je suplirey Vostre Magesté pour la plus 
grande faveur et bien que je puysse désirer, qu'il luy plaise 
me conserver et continuer en sa bonne grâce, et je suplirey 
le Créateur, Madame, donner à Vostre Magesté parfaicte 
santé et très longue vye. A Poytiers, ce VII e jour d'aoust. 
Vostre très humble et très obéissent subject et serviteur, 

Sainct-André. 
Au dos : A la Reyne, ma souverayne dame. 

XXV 

S. d., 2 juin, Estaing. 

Lettre de Saint-André a Monsieur Tignat, lieutenant 
du gouverneur de Lyon, au sujet d'une somme due au 
maréchal par les marchands florentins 

Arch. municip. de Lyon. AA 28, n° 45. Original. 

Monsieur le lieutenant. Depuis la dernière lectre que vous 
m'avez escripte, on m'a adverty de Paris que le duc de Flo- 
rance a faict dépesche aux marchands de Lyon pour satis- 
fère à la partie de Lermier Delaube, chose que je ne puis 
aisément croire, m'assurant que, si ainsi estoit, vous n'eus- 
siez failly de m'en advertir incontinant. Tant y a que j'ay 



442 PIECES JUSTIFICATIVES 

advisé vous faire encores ceste dépesche pour vous prier, 
suyvant ce que je vous ay cy-devant escript, m'envoier le 
plus tost qu'il vous sera possible la lectre des marchans 
florantins fréquentans les foyres de Lyon, par laquelle il/ 
me prieront obtenir du Roy la déclaration qu'ilz demandent 
là-dessus, suyvant leur privilège, affin que, aussitost que je 
vous auray envoie ladicte déclaration, de laquelle je suis 
desjà assuré, je puisse recepvoir contant les cinq mil es 
que sçavez, et bientost après les autres cinq mil. comme il/ 
le vous ont offert et promis. J ay veu au demeurant ce que 
vous m'avez mandé de la partie de ceuli de la ville, qui 
m'est fort grand plaisir, et vous prie que. incontinent 
qu'elle sera preste, vous l'envoiez a Paris au chanoine 
Fournier, suyvant mes premières lectres. cap je la 
là, pour chose qui m'est de telle importance, que pour l 
du monde je ne vouldroys faillyr au temps que j'ay promu 
et assuré, et me remectant de toute> choses âmes pi 
• lentes et plus amples dépesches, et dont la dernière • •-■ 
d'hier seullement, je feray fin a la présente par mes recom- 
mandations de bon cueur à vostre bonu suppliant 
le Créateur. Monsieur le lieutenant, vous donner ce que plu- 
désirez. Du camp d'Estaing, ce Il me juing. 

Monsieur le lieutenant. Depuis la présente escripte. j'ay re- 
çeu celle de Loys Delaube avec la vostre du XV e jour d'avril, 
par lesquelles j'ay veu comme le duc de Florence a certaine 
ment envoyé lectres de banque, pour satisfaire entièrement 
la partie de trente mil escuz, mais que Les marchans diffèrent 
de la payer, et taschenl composer jusqu'à ringt cinq mil 
escuz, pour en gaigner cinq mil sur toute ladicte parti 
quoy voluntiers entendroit ledict Delaube. pour la i 
en quoy il est, pourveu que je voulusse porter ma part 
de ladicte composition sur ce qui m'est deu de ladicte par 
tie, et pour vous respondre a cela : tous >< ave/. Monsieur le 
lieutenant, la peine que j'ay mise en cest'afiaire, et comme 
ma faveur et support ont aydé a l'esclaircissement de 
bon droict, et que sans moy il estoit tant esgaré que diffici- 
lement il y fust jamais parvenu, par quoy je ne suis pas 
délibéré de riens perdre de ce qui m'a esté proim ~ 
assuré, et veulx avoir entièrement mes cinq mil escui, s 
en rabattre ung seul denier. Car je ne vous veulx poinct 
celer que hyer le Roy. pour quelques raisons .nie vous pour- 
rez ung jour entendre, me permist et accourda de faire 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 443 

exécuter sur lesdicts marchans les lectres de marque, si, 
pour tout ce mors de juing, ilz n'ont satisfaict entièrement 
à ladicte partie de trante mil escuz, et vous assure que tout 
cedict moys passé, et dèz le premier jour de juillet, je man- 
deray audict Delaube de fère exécuter lesdictes lectres, s'ilz 
diffèrent de paver jusques alors. Mais c'est chose, Monsieur 
le lieutenant, que je vous prye tenir secrète et vous vouloir 
bien garder d'en riens déclairer audict Delaube ny à per- 
sonne qui vive, pour quelque grande raison important le 
service du Roy, que je ne vous puys pour cest'heure escripre, 
et, sans la parfaicte et entière fiance que j'ay à vous de 
toutes choses qui me touchent, je me fusse bien gardé de 
vous en rien mander. Une chose pourrez-vous bien faire, 
c'est que, pour le désir que j'ay de recouvrer bientost ma 
partye de cinq mil escuz, pourrez-vous bien faindre audict 
Delaube que, désirant l'advancement de ses deniers, je suis 
content entendre pour ma [part à ladicte composition, et 
cependant moyenner, comme de vous mesmes, avec les 
marchans qu'ilz me facent ma partie entière, car, comme 
je vous ay dit, je n'y veulx perdre ung seul denier. Mais 
encores y gaigneront-ilz quatre mil escuz, si à cela ledict 
Delaube veult consentir, vous voulant bien dire et assurer, 
comme je vous prie aussi en assurer lesdicts marchans, que, 
pour leur faire plaisir, je suis content de faindre perte sur 
ma partye, affin que ledict Delaube porte plus voluntiers la 
sienne et que chacun demeure content. Mais là où ilz ne 
vouldroient entendre, et continueroient à gaigier entière- 
ment lesdictz cinq mil escuz, ne vous en formalisez autre- 
ment, car pour le plus tard je suis assuré que toute la par- 
tie sera entièrement payée le premier jour de juillet, où ce 
jour mesmes ilz seront sans poinct de défaulte exécutez, 
ïouttefois, si aultrement et plus gracieusement il se peult 
conduire et que je puisse bientost recevoir ma partie 
entière, ce me sera merveilleusement grand plaisir. Et vêla, 
Monsieur le lieutenant, tout mon vouloir et intention en 
cest'affaire, lequel je vous recommande encores une fois. 
Vostre entièremant meilheur amy, 

Jacques d'Aluon. 
Au dos : Monsieur Tignat, lieutenant-général de Lyon. 



444 



PIECES JUSTIFICATIVES 



XXVI 



Mémoire au sujet de la vente des meubles de maréchal de 
Saint-André après sa Moin 

Bibl. Nat., f. fr., nos 15881, fol. 453. 
Minute ou copie contemporaine. 

Monsieur de Fresne se souviendra, s'il luj plaist, de dire 
à ia Royne que la mareschalle de Sainct-André n'a roullu 
et ne veult exposer en vente les meubles prétieui d< 
monsieur le mareschal, sans savoir premièrement ceulx qu'il 
plaist à Sa Magesté avoir pour le Roy et pour elle. 

Et sera besoing -avoir «Je sad Magesté B*il lu\ plaist 
avoir la grande cuvette d'argenl qui es! si balle ei excel- 
lente, qu'il n'y en a poincl de telle en ceroyaulme, laquelle 
cousta à feu mond. seigneur le mareschal dix mil livre* 
sy elle vouldra aussi prendre plusieurs autres ; 
buffet d'argent, qui sont grandes ei excellentes I! j a aussi 
des tapisseries façon de Bruxelles fort exquises, rehaul 
d'or, d'argent et de soie : - des tapis de Turquie quaifins 
et persiens des plus beaulx qui ce puissent recouvrer; — 
des tapisseries de drap d'or et de velours par t. de 

plusieurs autres sortes, qui soni fort riches : - des lietz, 
dais et tappis de tables de diverses sortes fort beaux et 
riches; — des fourures de martres et loups 
excellentes; — des tapisseries en broderies qui sont rai 
— des marbres fort excellens ; — du linge de plusii 
sortes qui est Tort beau. 

Et s'il plaist a Sa Magesté en avoir, décommander a lad. 
mareschalle sa volunté, elle s'estimera trop heur - 
luy obéir et taire très humble sen 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 445 



XXVII 

Épigramme au mareschal de Saint-André 

Bibl. Nat., f. fr., ras 22560, fol. 72. 

Poisson d'apvril friant en sa saison, 

Hors de son temps puant s'il n'est salle ; 

Qui t'auroit fait longtemps à la raison, 

On te verroit au gibet estallé, 

Et le prévôt des marchans empallé 

Marcel et six parisiens marchands 

Seroyent aussi beaux évesques des champs 

Donnants du pied la bénédiction. 

Va, macquereau, tu es roy des médians, 

Auteur de mal et de sédition. 



XXVIII 

Épitaphe du mareschal Sainct-André 

(Bibl. Nat., f. fr., 22560, Recueil de Basse des Nœuds, fol. 419). 

Je te pry, va, passant, ne t'arreste pour lire 
Ce que ce monument engravé te veult dire. 
Il dit qu'à son regret il couvre dans un coffre 
Un Sardanapalus, lequel de soy feit offre 
A vile volupté et pute paillardise, 
Et son souverain bien fut gloutte gourmandise. 
Vray est qu'ayant servy de Ruffien en France 
Il fut fait mareschal et ce pour récompense ; 
De petit qu'il estoit devint grand et haulsé. 
Mais sa grandeur enfin à la mort Ta poulsé. 
Contre Dieu se banda et contre son église, 
En suyvant le party de l'estranger de Guyse. 



446 PIÈGES JUSTIFICATIVES 

Toutteffoys le destin luv fut tant favorable 

Que, bien qu il s'enfuyt, ravit lame damnablf 
A ce pauvre fuyart au milieu de la guerre, 
Et son sang délicat fut humé par la terre ; 
Ce sang vermeil si beau, ce corps si bien nourrv 
Est fait fumier de terre et sur les champs pourry. 









TABLE GENERALE 



DES 



NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 



Acuna (Philippe de), comte de 
Buendia, 296. 

Adrets (François de Beaumont. 
baron des), 357. 

Agoult (François d'), comte de 
Sault, 192, 212, 236, 341, 354. 

Ainay (Saint-Martin d'), abbaye 
de Lyon), 54. 

Aire, chef-lieu de canton (Pas-de- 
Calais), 29, 102. 

Albe (Ferdinand-Alvarez de To- 
lède, duc d'), 88, 91, 146, 147, 
159, 295. 

Albert, margrave de Brande- 
bourg-Gulmbach, 88. 

Albon (Antoine d'), abbé de Sa- 
vigny et de lTle-Barbe, lieute- 
nant du gouverneur de Lyon, 
puis archevêque d'Arles, 151, 
202, 203, 207, 235, 236, 313, 340. 

Albon (Catherine d'), fille du ma- 
réchal de Saint-André 200, 290. 

Albon (Claude d"), 204. 

Albon (Guillaume d'), 202. 



Albon (Marguerite d'), sœur du 
maréchal de Saint-André, 
épouse de Arthaut d'Apchon. 
204, 232, 258. 

Albon de Saint-André, v. Saint- 
André. 

Albret (Jeanne d"), 308, 349, 356. 

Amboise, chef- lieu de canton 
(Indre-et-Loire), 179, 304, 305, 
311, 312. 

Amiens, chef-lieu de département 
(Somme), 97. 

Ancre, commune de Bourbourg, 
canton de Bourbourg -Ville 
(Nord), 94. 

Andelot (François de Coligny. 
sieur d'), 122, 330, 346, 368, 370. 
370, 372, 373, 374, 375. 

Andouins (Jean de Grammont, 
sieur d'), 25, 165. 

Aneau (Barthélémy), humaniste, 
254. 

Anet, chef-lieu de canton (Eure- 
et-Loir), 217. 

Anglure (chef -lieu de canton 
(Marne), 183. 



448 



TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 



Angoulême, chef-lieu de départe- 
ment (Charente), 35. 54, 366. 
Anguien (François de Bourbon, 
comte d'), 29,30, 31, 37. 2 

Annebault (Claude d'), amiral de 
France, 29, 35, 44, 49, 87, 172. 

Antoine de Bourbon, roi de Na- 
varre, 168, 169, 320. 324. 329, 
339, 342, 345, 347, 353, 
370. 

Apchon (Arthaut d'), époux de 
Marguerite d'Albon, 188. 204, 
232, 233. 

Apchon (Gabriel d). fils du pré- 
cédent, 58, 205, 290, 361, 377. 

Aragon (Ferdinand, roi d' 

Ardres, chef-lieu de canton Pas- 
de-Calais), 104. 

Ai'les, chef-lieu d'arrondissement 
(Bouches-du-Rhône), 203, 

Arschol (Philippe de Groy, duc d*), 
25, 99. 120. 

Attigny, chef-lieu de canton (Ar- 
dennes), 121. 

Aubeterre (baron d'), 305. 

Aubeten-e. chef-lieu de canton 
(Charente), 183. 

Aurillac, chef-lieu de départe- 
ment (Canlal), 267. 

Auxerre , chef-lieu de départe- 
ment (Tonne), 372, 373. 

Auxy- le -Château, chef-lieu de 
canton (Pas-de-Calais), 101, 102. 

Avanson (Jean d'). garde des 
sceau v. 287. 

Avaret (N. de Béziade d'), 192. 

Avesnes-le-Comte . chef-lieu de 
canton (Pas-de-Calais), 103, 104, 
106. 

Avignon, chef-lieu de départe- 
ment (Vaucluse), 23. 24. 



Baker (sir John), chancelier de 
l'Échiquier. 69. 



Bardetz (Claude et Franco! 

gneurs du Borcq, 1 3 
Bayonne, chef-lieu d'arron 

roc-nt (Basses-Pyrén 
Beaufort-Blavincourt.aih 

tresnes-le-Com 

lais), 103. 
Beaujeu (Ann< 
njeu (Piern 
Beaurevoir, canton de L 

(Aisne), 103, 
Becquet, commune d< 

canton de Doudevî 

inférieure . 195. 
Bernard Salomon), peintre lyon- 
nais, - 
Berthereau(NicoJ 

Montmorency, puis du l; _ 
Bertrand! , cardinal -arch< réque 

l héodore de . - 
Billon(Fran .n.2uo 

Binche, province de Bainan 

Inique . 110. 
Biron M 

Blois, chef-lieu de .]• . 
/ ■-■ 

Bobigny, canton de Pan 

Bocholt (M. de . IM. 

Gonfler, 

de), 57. 
Bo/tain. chef-lieu de cantuii 

(Aisi 
Bomy, canton deFanquemfa 

Bonifac< si 

Bordeaux, chef-lieu de départe- 
ment (Gij 

Borromée cardinal'. 34S. 

Bouillon (Roberl IV !, i. ;i Marek, 
duc de), maréchal : 
241 

Boulogne, chef-lieu d'arron 
ment (Pas-de-CalaU - 3 

Bourbon «Antoine de). V. Anl 



TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 449 



Bourbon (Charles de), connétable 
de Francr. S. 200, 212. 

Bourbon (Charles, cardinal de), 
54, 320. 

Bourbon (Louis, cardinal de), 17, 
344. 

Bourbon-Lanoj. chef-lieu de can- 
ton (Saône-et-Loire), 6, 212. 

Bourdillon (N. de), 310, 314. 

Bourdeille (N. de), baron de Mas- 
tas, v. Mastas, 290. 

Bourdin (Jacques), sieur de Vil- 
laines, secrétaire d'état, 73, 236. 

Bourg-en-Bresse, chef-lieu de dé- 
partement (Ain), 52. 

Bourges, chef-lieu de départe- 
ment (Cher), 367, 368, 369. 

Bvannay, canton de Chéroy 
(Yonne), 183. 

Brantôme (Pierre de Bourdeille, 
sieur de), 19, 37, 127, 132, 185, 
225, 280, 378. 

Bréda (Hollande), 131, 132, 139. 

Brezons (Charles de), 233. 

Briandas. fou de cour, 38. 

Brion (Philippe de Chabot, sieur 
de), v. Chabot. 

Brissac (René de Cossé, comte de) , 
gouverneur des Enfants de 
France, 18. 331. 

Brissac (Charles de Cossé, comte 
de), fils du précédent, maré- 
chal de France, 38, 40, 136. 172r 
173, 206. 

Brunswick (Eric, duc de), 131,133. 

Bruxelles (Belgique), 137, 150, 
158, 186. 

Buendia, V. Acuna. 

Bugnicourt (Pontus de Lalaing, 
sieur de) , capitaine impérial, 96. 

Burlet (Christophe), 258. 



Caen. chef-lieu de département 
(Calvados), 27. 



Cahi/zac, canton de Castilïonès 
(Lot-et-Garonne), 183. 

Calais, chef-lieu de canton (Pas- 
de-Calais), 66, 67, 130, 147, 148, 
155. 

Cambrai, chef-lieu d'arrondisse- 
ment (Nord), 115, 137, 152, 153. 

Camus (Jean), député de Lyon à 
la Cour, 311. 

Caraffa (cardinal Carlo), neveu 
de Paul IV, 242, 243, 249. 

Carcaillon (Alexandre), 258. 

Carnavalet (Charles de), écuyer 
tranchant des Enfants de 
France, 13. 

Castelnau (Michel de), 345. 

Castelnau-Chalosse (baron de) . 
304, 305. 

Câteau-Cambrésis , chef-lieu de 
canton (Nord), 114, 115, 129, 
143.152,153,158, 159, 288,384. 

Câtelet (Le), chef-lieu de canton 
Aisne), 94. 

Catherine de Médicis, reine de 
France, 16, 46, 54, 56, 206, 241, 
287, 299, 300, 306, 322, 346, 352, 
354, 355, 360, 377. 

Cercamp, commune de Frévent, 
canton d'Auxy-le-Chàteau (Pas- 
de-Calais), 148,149, 150, 152. 

Cerisoles, province de Coni, dis- 
trict d'Alba (Italie), 30, 37. 

Cernoy, canton de Saint-Just-en- 
Chaussée (Oise), 135. 

Cervières, canton de Noirétable 
(Loire), 183. 

Chabot (Philippe), sieur de Brion, 
amiral de France, 35. 

Chantilly, canton de Creil (Oise), 
303, 320, 334. 

Chantonay (Thomas Perrenot, 
sieur de), ambassadeur d'Es- 
pagne à la Cour de France, 293, 
298, 299, 300, 301, 302, 306, 310, 
322, 342, 354, 356. 

Charles, duc d'Orléans, troisième 
fils de François I", 25, 35, 36. 

29 



450 



TABLE DES NOMS DE LIEUX ET Dl. PERSONNES 



Charles IX, roi de'Francc, 240, 323, 

334, 341, 352. 380. 
Charles-Quint, empereur des Ro- 
mains, roi d*Espagne, d'Alle- 
magne, etc., 23, 24, 26. 36, 12, 
58, 62, 67, 73, 78, 89, 90, 91, 06. 
Chartres (François de Vendôme, 
vidame de), prince de Chaî- 
nais, 114. 
Chartres, chef-lieu de départe- 
ment (Eure-et-Loir), 373. 
Chateaubriand, chef-lieu d'arron- 
dissement (Loire-Inférieure), 65 
Château~Poroien, chef-lien de can- 
ton (Ardennes), 117. 
Châtellerault, chef-lieu d'arron- 
dissement (Vienne). 35. 
Châtillon, V. Andelot, Goligny. 
Chat i lion (cardinal de), 
Châlillon- sur- Seine, ohef-lieu 
d'arrondissement Gôte-d'Or . 
372, 373. 
Chauvirjny , chef-lieu de canton 

(Vienne), 366. 
Chazottes (Guillaume), 259. 
Chemaull 'Jean Pol de Rhode.sire 
de), ambassadeur de Henri II. 
65, 60. 72. 
Chenonceau.i , canton de Bléré 

(Indre-et-Loire), 2S7. 
Chieri (Piémoni |, 157. 
Chivasso (Italie), 157. 
Christine (Marie-), duchesse douai- 
rière de Lorraine). 79. 
Cipierre (Philibert de Marcilly, 

sieur de). 57. 
Clermont (Antoine de). 12. 
Clermont-Ferrand. chef-lieu de 
département (Puy-de-Dôme), 
222, 267. 
Clinton (lord), amiral d'Angle- 
terre, 69. 
Closmorin, commune de Burey, 
canton de Conches (Eure), 135. 
Coligny (Gaspard dei. amiral de 
France, 30, 87,113. 121. 123, 154, 
171, 29:5, 331, ;ï33. 342. 345, 369. 



Commune-aux-DemùiselU 

ton I. - 

Marne), 195. 
Condé (Louis 11 de Bourbon, 

prince de,, 08. 00, 111. 122 

: j ,06, 307, 308, 315, _ 

M->, 350. 

379. 
Corbeil, chef-tien d' 

men( Seû 
Coroie, chef-lien d'- cantal 

- mme), '.«;. lu:;. 
Coucy (Jacques de), si»ur 

vins, 33. 
Coucy-aujo-Loget, canton 

thiviers Loire( 
Coutrat, chef-lien de cant 

rond-. IX i. 185, 189. 
Crécy-tn-Laonnaù, chef-lien de 

canton Aisne 
Creepin, commune d 

le-Vienx, canton d. 

lier), 32, 183. 
Crozet (Le), canton de La I' 

dière (Le 
Crussol Antoine, comte d< 

comte d'Uzës, m. 
Ci/bzac. canton de Baint-Andcw 

de-Cubza 
Cussel. chef-lien de canton (Al- 
lier . _ \% 



Daigne, apothicaire, 

Dampierre Claude de Clenu-mt. 

sieui 25, i 

Dampierre, canton 

sur-L l. 

Dam vil le Henri do Montmorency, 

comte de), 111. 31 ». 
Dammllers, chef-lieu de canton 

M us . 157. 
Dandolo, ambas.-adeur vénitien, 

16. 
Ddavc Jac 



TABLK DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 451 



Des Ormeaux (N.), 192. 

Deux-Ponts (Wolfgang de Ba- 
vière, duc de), 80. 

Diane de Poitiers, duchesse de 
Valentinois, fille de Saint-Va- 
lier, femme de Brézé, grand- 
sénéchal de Normandie, 22, 33, 
34, 35, 50, 55, 79, 81, 165, 166, 
167, 168, 198, 241, 258, 276, 331. 

Dieppe, chef- lieu d'arrondisse- 
ment (Seine-Inférieure), 66, 67, 
73. 

Dijon, chef-lieu de département 
(Côte-d'Or), 338. 

Douai, chef-lieu d'arrondissement 
(Nord), 137. 

Doullens. chef-lieu d'arrondisse- 
ment (Somme), 98, 99, 100. 

Douvres. 67. 

Dreux, chef- lieu d'arrondisse- 
ment (Eure-et-Loir), 195, 197, 
378. 379. 

Du Bellay (Jean, cardinal), 167, 
207. 

Du Bois (Françoise), 6. 

Du Bourg (Anne), conseiller au 
Parlement, 301. 

Du Périer (N.), député de Lyon à 
la cour, 259, 363. 

Du Peyrat (Jean), lieutenant du 
gouvernement de Lyon, 232, 
248, 260. 

Dussat (N. de), 192. 

Du ïronchet. secrétaire de Saint- 
André, 255, 257. 

Duval (Etienne), trésorier de 
l'Épargne, 179. 

Du Val (Etienne), grainetier de 
Caen, 27. 



Edouard VI, roi d'Angleterre, 64, 
65, 68, 69, 70, 71, 72, 73. 

Egmont (Philippe d'), comte de 
Buren, 125, 295. 



Elbcuf (René de Lorraine, mar- 
quis d), 111. 

Eléonore d'Autriche, reine de 
France, sœur de Charles- 
Quint et femme de François I er , 
22 42. 

Elisabeth de France, fille de 
de Henri II, reine d'Espagne, 
71, 156, 159, 295, 296, 297. 

Elisabeth Tudor, reine d'Angle- 
terre, 150. 

Emmanuel-Philibert, prince de 
Piémont, puis duc de Savoie, 
111, 120, 121, 125, 159. 

Enghien, canton de Montmoren- 
cy (Seine-et-Oise), 132. 

Enghien. V. Anguien. 

Equilly (M. d'), gouverneur de 
Chartres, 373. 

Erasme, littérateur et philologue, 
203. 

Escars (François de Peyrusse, 
comte d'), 25, 165. 

Esclaron, canton Saint-Dizier 
(Haute-Marne), 297. 

Escrennes, canton de Pithiviers 
(Loiret), 196, 197. 

Essigny-le-Grand, canton de Moy 
(Aisne), 123. 

Este (Ippolito d'). V. Ferrare. 

Este (Lucrèce d'), 205. 

Etampes, chef-lieu d'arrondisse- 
ment (Seine-et-Oise), 369, 574, 
375, 376. 

Etampes ( Anne de Pisseleu 
d'Heilly, duchesse d'), 27, 34, 
33, 51. 

Etreaupont, canton de La Ca- 
pelle (Aisne), 81, 106. 

Evaux , chef- lieu de canton 
(Creuse), 222. 



Ferdinand I er , frère de Charles- 
Quint, archiduc d'Autriche, 



452 TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 



puis roi, enfin empereur des 

Romains. 147. 
Fère (N. de). 192. 
Ferrare (Ippolito d'Esté, cardinal 

de), 56, 348. 
Ferrières-Malignv. 312. 31 3. 315, 

310. 
Feurs, chef-lieu de canton (Loire). 

241. 
Florct (Jean). 176. 
Folernbray , canton de Coucy 

(Aisne). 110. 
Fontainebleau, chef-lieu d'arron- 
dissement (Seine-et-Marne), 52, 

59, 92. 114. 158. 180. 183. 187. 

22!). 309, 333. 334. 
François 1 er . roi de Franc, li. 

23,24, 25. 27. 28. 29. 30, 3:;. 34, 

39,41, 42. 43. 44. 45. 48, 49,51, 

78. 165, 171. 195, 211, 214. 215. 

216. 218. 220. 225, 227. 228, 230, 

23G. 237. 
François, ûls de François l' 

premier dauphin, mort en 1.'.:;'-. 

22. 23. 
François 11, roi de Fiance. 2Hi. 

27'.). 288, 321. 32 i. 
Frëgose (Paul-Baptiste), lieute- 

nanl de Nemours, puis de 

Damville, 98. Ml. 
Frétet, commune de Montel-de- 

Gélat, canton de Pontaumur 

(Puy-de-Dôme), :i2. 
Fronsac chef-lieu de canton <ii- 

ronde), 120. 181. 1S2. 18:; 



Gada^ne (Guillaume .le). 230,243. 
Gadagne (Thomas de), 230. 
Galland (Pierre), 164. 
Gand (Belgique), 132. 139. 
Gavaudun canton de Montflan- 
quin (Lot-et-Garonne), 31. 183. 
Genève (Suisse), 182. 239. 
Qerminy, canton de Colombev- 



Ies-Belles (Meurthe-et-W 

117. 
Gié f Guillaumi giron . 

sieur de 
Gien. chef-lieu d'arroi 

(Loiret . I 
Givet. cheûlieu de canton (Ar- 

dennes .117. 120. 
Gondeville, canton de Sei'onzac 

(Cha: 
Granvelle (Antoine Perrenot de . 

évèque d'Arr&s, puis eardinal. 

134, 138. 1 i'.. 1 ;:. 1.4. i: - 
Graves-end, comté de- Kent (An- 

gleterre . 69. 
Gravier (sieur . dépub 

à la Cour, 
Grignan A. .'le mai- .!•• Monteil. 

conite de 
Grimaldi (Etienni 

Uni, I 

Grôli< ibliophile, " 

Guère t, chef-lieu de dépai tt 

222 
Guise, chef-lien decan 

llf>. 121. I 
Guise (Claude d< L 

mier duc et paû i . 170. 

Guise (François, d'abord due 

d'Aumale, puis de . fils d 

cèdent, i 

81. 84, 8 il 

lit. 113. 116, 127 

14!i. 150, 155, :>:■ ' ' . 

285. 



H 



Ham, chef-lieu de canton S 

me. 103, 122. 

Hampton-Court. comté >\<- Mil i - 

lesex Angletei i 
llatiield (Thom - 

Durham, 

Henri II. Iil> >\a Francoi- I< . 



TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 453 



d'abord duc d'Orléans, puis 
Dauphin, enfin roi de France, 
15, 18, 19, 20, 22, 23, 24, 25. 26, 
28. 29,34,39. 40. 41,44, 47,49, 
50, 51. 52, 53, 54. 55. 56, 57, 58, 
C.0. 62, 64. 60, 71, 72, 73. 78,79, 
82, 92, 96, 97, 100, 186, 109, 114, 
116. 118, 120,127, 131, 132, 133, 
137, 140. 143.147. 148. 151, 155, 
156, 157. 158. 100. 163, 104. 165. 
166,168, 169, 170, 171, 173. 173, 
174. 175. 176. 177. 178. 180. 187, 
188, 193, 197, 204, 206, 207, 216, 
217. 218, 219, 220, 226, 229, 230, 
232. 235. 230. 238. 241. 242, 245, 
251. 260. 267, 270, 271, 278, 284, 
292, 300. 382. 
Herbert (Jacques), maire de Poi- 
tiers, 365, 
Herment, chef-lieu de canton 
(Puy-de-Dôme), 182, 183, 227. 
Hesdin, chef-lieu de canton (Pas- 
de-Calais), 84, 96, 97, 101, 104, 
114. 
Honoré I er , prince de Monaco, 62, 

63, 64. 
Humières (Jean III d'), gouver- 
neur des enfants de France, 
conseiller privé de Henri 11,15, 
17, 52. 
Humières (Jean IV d'), fils aîné 
de Jean III, gouverneur de 
Péronne, 93, 94, 95, 102, 103, 
122. 



Issoudun, chef-lieu de l'arrondis- 
sement (Indre), 368. 



Jarnac (Guy Chabot, sieur de). 

30, 51. 
Jeanne d'Albret, fille de Henri, 



roi de Navarre, épouse de An- 
toine de Bourbon, 168. 
Joinville, chef- lieu de canton 

(Haute-Marne), 79. 
Juvignat (N. de), 192. 



Kernevenoy. V. Carnavalet. 



La Bastide, canton de Bouglon 
(Lot-et-Garonne), 32, 183. 

Labbé (Louise), poétesse lyon- 
naise, 225. 

La Borde, page de Condé, 315. 

La Capelle, chef-lieu de canton 
(Aisne), 116. 

La Chambre, commune de Saint- 
Haon-le-Vieux, canton de Saint- 
Haon-le-Chàtel (Loire), 183. 

La Châtaigneraie (François de 
Vivonne, sieur de), 29, 40, 51, 
52, 165. 

La Châtre (Claude de), 192. 

La Cour, commune de Javeilhac. 
canton de Nontron (Dordogne), 
32, 183. 

La Fayette (N. de), 310, 314, 361. 

La Fère, chefdieu de canton 
(Aisne), 83, 87, 121, 122. 

La Ferlé, canton de Chàteauvil- 
lain (Haute-Marne), 32. 

Lague (Pierre de), capitaine béar- 
nais, 366. 

La Guiche (Gabriel de), 50. 

Lalaing. V. Bugnicourt. 

La Marck. V. Bouillon. 

Lambin (Denis), 164. 

Lane (famille de), 182. 

Lanques (Jean de Choiseul, sieur 
de), 111. 

La Riche, faubourg de Tours, 323. 

La Rivière (N. de), 315. 



454 TABLE DES NOMS DE LIEUX El DE PERSONNES 



La Roche (Charlotte de), mûre du 

maréchal de Saint- André. 6. 
La Roche (Jean de), père de la 

précédente. 0. 233. 
La Roche-Aymon (N. de;. 357. 
La Rochechalais (famille de). 

182. 
La Rochefoucauld (François III. 

comte de). 364. 
La Roche-Guy on, Canton de Ma- 

gny-en-Vexin (Seine-et-Oise) . 

37. 
La Rochelle, chef-lieu de dépar- 
tement (Charente-Inférieure 

367. 
La Roche-sur-Yon (Charles de 

Bourbon -Montpensier . prince 

de). 253, 273. 
Las, commune de Chiddes, can- 
ton de Lu/y (Nièi re . 183. 
La Tourette (commandeur de . 

276. 
LaTrémoille (Louis II. sieur de . 

6. 14, 366. 
L'Aubespine (Claude de), sieur de 

Châteauneuf, secrétaire des 

finances et «ridai. 96, 145. 
Laurencin (Claude), échevin de 

Lyon. 250. 
Laurens (Jean), député de Lyon 

à la cour. 259. 264, 265, 260. 
Lautrec (Ode! deFoix, sieur de), 

14. 
Laval (Gui de), 29. 
Le Laboureur (Claude), historien. 

174. 343. 
Lcnoncourt (Henri de), 102. 
Le Pignon (Biscaye), 7. 
Lesparre (André de Poix, sieur 

de). 7. 
Le Verdier, commune de Saint- 

Bonnet-le-Coureau, canton de 

Saint-Geo rgcs-en-Couzan 

(Loire). 183. 
Le Yeniay. commune de Saint- 

Polgues, canton de Saml-Ger- 

main-Laval (Loire), 183. 



Liffré, chef-lien de canton 

et-Vilaine 
Lille, chef-lieu de départ 

Kord), 138. 
Limoges, chef-lieu de d< 

ment (Haute-Vienne , 1 1 
Limon r s, chef-lien de i 

Seine-et-Oise . 377. 
Lingen. province du Hanovre 

(Prusse . 131. 
L'Hospital Michel d< 

lier de Franc- 2S 

341. 
L'Orme (Philibert de), ani. 

190. 
Lorraine (Charles, cardinal de 

Guise, puis de . archei • 

Reims et conseiller prii 

45. 46.53 3 14. 14 

143, 150, 155. 158. 1 I _ 
l ,344. 
Louis XII. roi de Frai. 

211. 
Louise de Savoie, nu: 

I . ". 21. 212, 213. 
Lucé, canton de Chai 

etd. 

Lames, canton i M 

dei 
Lunéville, chef-lien d 

menl Meurto 
Lustrac, commune d 

canton de Penne (Lot-et-Ga- 

ronne), 183. 
Lustrac (Antoin in-père 

du maréchal de Saint- \ 

31. 202. 
Lustrac Marguerite 

du maréchal de Saint-Aj 

31. 32, 1"-. _ 
Lyon, chef-lien de dépaitemenl 

(Rhône . 10, 21. 54. 

151,494,203,213,22 -- 

229, 23 ii. •_ ; . . - 8 - 

241, 242,247.2 2.257 

200. 262, 267, 268 -"- 278 

31b. 320. 



TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 455 



Mably. canton de Roanne (Loire), 
183. 

Mâcon, chef-lieu de département 
(Saône-et-Loire), 7, 212. 

Madeleine de Savoie, iille du 
comte de Tende, épouse du 
connétable de Montmorency, 
331. 

Maggi (Cesare), dit César de Na- 
pies. _<i. 

Maligny. V. Ferrières. 

Marguerite d'Autriche, fille natu- 
relle de Charles-Quint, épouse 
d'abord le duc de Florence, 
puis le duc de Parme, régente 
des Pays-Bas, 302. 

Marguerite de France, sœur de 
Henri II, épouse du duc de Sa- 
voie, 159. 

Marie d'Autriche, sœur de Char- 
les-Quint, reine douairière de 
Hongrie, régente des Pays-Bas, 
67, 81, 110. 

Marie Stuart. reine d'Ecosse, 
épouse de François II, 204, 290. 

Marie Tudor, reine d'Angleterre, 
fille de Henri VIII, 118, 119, 
149, 150, 156. 

Mariembourg, province de Namur 
(Belgique). 105, 106, 108. 109, 
110,113, 115, 118, 157. 

Marie, chef-lieu de canton (Aisne), 
106. 

Marie (Guillaume de), prévôt des 
marchands de Paris, 351. 

Martin de Troyes, sieur de La 
Ferrandière, 252. 

Mas-ci Agenais (Le), chef.lieu de 
canton (Lot-et-Garonne), 308. 

Masone (John), ambassadeur an- 
glais à la cour de France, 72. 

Masso 'Humbert de), échevin de 
Lyon, 250. 

Maubert-Fontaine, canton de Ro- 
croi (Ardennes). 107, 117. 



Mazères (capitaine), 305, 306. 

Maya (Biscaye), 7. 

Meaux, chef-lieu d'arrondisse- 
ment (Seine-et-Marne), 32, 309. 

Melito. V. Ruy-Gomez. 

Messimy, canton de Saint-Triviei 1 - 
Moignans (Ain), 233. 

Metz (Lorraine), 79, 80, 83. 85, 86, 
87, 88, 89, 90, 91, 92, 147, 204. 
208, 

Me'zières, chef-lieu de départe- 
ment (Ardennes), 105, 106, 117, 
195. 

Mézières-en-Dvouais, canton de 
Dreux (Eure-et-Loir), 195. 

Mézières-sur-VEure, canton d'É- 
cos (Eure), 377. 

Newtas (Sir Peter), 68. 

Miremont, commune de Moutiers 
canton d'Argenton (Deux-Sè- 
vres), 183. 

Moges (Nicolas), procureur du 
Roi à Caen, 27. 

Monaco (principauté de), 62, 63. 

Monceaux, canton de Meaux 
(Seine-et-Marne), 352. 

Monluc (Biaise de), lieutenant en 
Guyenne. 29, 30, 310, 332. 

Montargis, chef-lieu d'arrondis- 
sement (Loiret), 369. 

Montbrison, chef-lieu d'arrondis- 
sement (Loire), 241. 

Montcornet, canton de Rozoy 
(Aisne), 115. 

Monteil. V. Grignan. 

Montferrand, commune et canton 
de Clermont (Puy-de-Dôme), 5, 
238. 

Montilz-sous-Blois, canton de 
Contres (Loir-et-Cher), 177. 

Montmorency (Anne de), duc et 
pair, connétable de France, 11 , 
12, 17, 18, 22, 23, 24,34, 40,45, 
46, 47, 52, 65, 79, 84, 98, 106, 
119, 123.125,126,130,132,134. 
138, 139, 145, 148, 149, 151, 152. 
154,155,156, 166, 169, 170,175, 



456 TABLE DES NOMS DE LIEUX Kl DE PERSONNE! 



198, 209, 258, 259, 284, 287, 293, 
303, 329, 330, 332, 344, 340, 382. 

Montmorency (François de), fils 
aîné du connétable, maréchal 
de France, 293, 334. 

Montmorency (M mc de). V. Made- 
leine de Savoie, 2<J0. 

Montpensier (Louis de Bourbon, 
duc de). 211, 223, 333, 342. 

Monlreuil-.su r-Mer, chef-lieu d'ar- 
rondissement ( Pas-de-Calais;, 
32, 113. 

Montrond, canton de Saint-Gal- 
mier (Loire), 188, 2 41. 242. 

Montrouge. canton de Sceaux 
(Seine). 377. 

Montsallès (N. do. 192. 

Morvilliers (Jeunde) évêque d'( hr- 
léans, ambassadeur, conseiller 
privé. 71, 73. 145, 15s. 

Moulins, chef-lieu de département 
(Allier), 188. 222, 245, 246, 251, 
207. 310, 312. 322. 

Myon, canton deQuingiv (Doubs), 
259. 



N 



Vailly 



Nanleuil, canton di 
(Aisne), 337. 

Nemours (Jacques de Savoie, duc 
de), 31. 98. 99, 114, 205. 241, 
253, 330, 342. 571. 372. 

Néron, canton de Nogent-le-Roi 
(Eure-et-Loir). 377. 

Nevers (François II de Clèves, 
duc et pair de), comte d*Eu, 
duc de Rethel, 113, 117. 118. 
119. 121. 

Nicolav (Nicolas de . géographe. 
190/ 

Northamplon (marquis de), am- 
bassadeur du roi d'Angleterre, 
64, 65, 71. 

Novelli (François de), ambassa- 
deur de la maison d'Esté. \~26. 



Olivier, chancelier d'Al< 

puis de Fi 
Orange (Guillaume 

prince <! 

147. 150. 152, . 
Orléans, chef-lieu de dépai I 

(Loiret), 66, 145, 319, - 

35:; 
Ouche.s. canton de Roanne !. 

4. 
Oudenarde, province E 

orientale Belgique 



Palaiseau, chef-lieu de i 

- 
Papou Jean . ju 
Paradin [Guillaume , In-' 

191. 
Pardaillan (Hector de Gonduin, 

sieur de), 192. 
Paré Ami/i oise . chi 

126. 
Paul IV, pa 
l'un/coït, commune 

Georges -du- Beia . canto 

Surg.Tr> Cha: 

Perdrii . J ua ûeui 

380. 
Perdriel [Pierre . >i> ur de Bubi- 

gny, père du . 195. 

196, 197. 
Périgueux t chef-lieu <le départe- 
ment Dordogne ,178 
Pernes, cantou de lleuclu: 

de -Calais), 102. 
Péronne. chef-lieu d'arron - 

ment (Somme). '.'5. 'û. 95. 103. 
Philippe II d'Autriche, lils de 

Charles-Quint, roi d'Angleterre 

(par sa femme . roi 

etc., etc.. 134, 



TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 457 



141, 142, 143. 146, 150. 152, 156, 
158, 294, 295, 296, 297, 300,327, 
343. 345. 356. 361. 

Pierrepont, canton de Marie 
(Aisne), 121. 

Pierre-Scize, commune et canton 
de Lyon, 238. 

Pignerol (Piémont), 157. 

Pineau, receveur général du 
Poitou, 364. 

Ploërmel, chef-lieu d'arrondisse- 
ment (Morbihan), 28. 

Poissy, chef-lieu de canton^Seine- 
et-Oise),3il. 

Poitiers, chef-lieu de département 
(Vienne), 54, 365, 366, 367, 368. 

Pôle (Reginald) , prince et cardinal 
anglais, 116. 

Pompadour (Françoise de), belle- 
mère du maréchal de Saint- 
André, 31, 202. 

Pont-Audemer, chef-lieu d'arron- 
dissement (Eure), 5. 

Pont-Authou, canton de Mont- 
fort (Eure), 5. 

Pontevès (Jeanne de), mère de 
Honoré I er . prince de Monaco, 
62. 

Pontoise, chef-lieu d'arrondisse- 
ment (Seine-et-Oise), 399. 

Popla, gentilhomme du roi de 
Navarre, 168. 

Poyet, tiers président au Parle- 
ment, 26. 

Puisieux (Jacques de), 180. 



Quinsac, canton de Gréon (Gi- 
ronde), 183. 



Rambouillet, chef-lieu d'arrondis- 
sement (Seine-et-Oise), 42. 



Rance ou Renzo de Ceri, condot- 
tiere romain à la solde de 

François I er , 11. 
Ravenel (Jean de), gouverneur 

du prince de Talmont, 14. 
Raunay (baron de), 304. 
Raymondo de Vence (Antonio) 

juriste, 62, 63. 
Renaison, canton de Saint-Haon- 

le-Châtel, 183. 
Reims, chef-lieu d'arrondissement 

(Marne), 48, 52, 83, 208, 292. 
Renard (Simon), ambassadeur de 

l'Empereur en France, 146, 295. 
Renty, canton de Fauquembergue 

(Pas-de-Calais), 112. 
Revenu (Robyn), 258. 
Rhingrave (Philippe de Salm, 

comte du Rhinou), colonel des 

Allemands du Roi, 114, 117, 131. 
Richmond, comté de Surrey (An- 
gleterre), 70. 
Riom, chef-lieu d'arrondissement 

(Puy-de-Dôme), 222, 267. 
Rocroy, chef-lieu de canton (Ar- 

dennes), 107, 120. 
Rome, (Italie), 167. 
Romero (Julian), condottiere, 108, 

109. 
Ronquerolles (N. de), 286. 
Ronsard (Pierre de), poète, 128. 
Rouen, chef-lieu de département 

(Seine-Inférieure), 22, 370, 374, 

375. 
Russy (Gabriel de), député de 

Lyon à la cour, 59, 60, 259. 
Ruy Gomez de Silva, comte de 

Melito, prince d'Eboli, 138, 141, 

146. 
Rye, comté de Sussex (Angleterre) , 

68. 



Sains (Charlotte de), 195. 
Sains (Jean de), 196. 



458 TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 



Saint-André (Guichard d'Albon 
de), 4. 5. 

Saint-André (Jean d'Albon de). 5, 
6, 8, 9, 10, 11, 12,13, 14,20,21, 
22, 20, 27, 32, 41, 51, 53, 54, 56, 
59, 60. 

Saint-André (Jacques d'Albon de), 
passim. 

Saint-André-d'Apchon, canton de 
Saint-Haon-le-Chàtel (Loire), 
57, 183, 184. 

Saint- Arnoult, canton de Dour- 
dan (Seine-et-Oise;. :i77. 

Saint- Aubin-du-Cormier (Ille-et- 
Vilaine), 28, 183. 

Saint-Brice (N. de). 192. 

Saint-Christophe, canton de La 
Palisse (Allier). 183. 

Saint-Denis, chef-lieu d'arrondis- 
sement (Seine), 22, 19, 292, 351. 

Sainte-Croix (Prosper de), nonce 
du pape, 343. 

Saijites, chef-lieu d'arrondisse- 
ment (Gharente-Inférieui 

Saïni-Etïenne. chef-lieude dépar- 
tement (Loire). 242. 

Saint-Forgeux, canton de Tarai e 
(Rhône). 188. 

Saint-Galmiei-, chef-lieu de c an- 
ton (Loire). 242. 

Sainte-Gemme (sieur de), com- 
mandant de la place de Poi- 
tiers, .">(ii. 

Saint-Gelais (Mellin de), poète, 
100. 190. 201, 204. 

Saint-Germain (N. de), abbé 
d'Ivry. 258. 

Saint-(iermain-des-Fossés, canton 
de Varennes (Allier). 183. 

Saint-Germain-en-Laye, chel'-lieu 
de canton (Seine-et-Oise). 4i. 
164, 182. 340. 

Saint -Haon -le -Châ tel, chel'-lieu 
de canton (Loire). 183. 

Saint-Maurice-sur-Loire, canton 
de Roanne (Loire), 183. 

Saint-Mauris (Jean de), ambassa- 



deur impérial en Fra 

44, 48, 
Saint-Omer, chef-lien d'an 

sèment (Pas-de-Cala' 

114. 
Sainl-l'ierre-le-Moûtier, chef-lien 

de canton 

223, 226, _ _ ' 
Saint-Pol (Jean de Bourbon, 

corn '. 38, 

Saint-Priest (Gabri.-ll _ _ 

Saint-Queniin, chef-lien d'arron- 

dissement ■ Ai- 

116. 121, 122, :. 

277. 
Saint'Savin, chef lien 

Vienne . 
Saint-Seine-eur-Vingeanne 

ton de Pontaine- Français* 

Saint-Sernii 

Saint-Sulpice Ebrardde . ambas- 

sadeur en Esp - 
Sainl-Valier. frère d< 

P tiers, 50. 
Sallezart (Bernarde 
Sancen N 
Sansac | Louis ! 

99. 
Sauiet, commune d( B 

canton de Tournoi- L 

Savoie. V. Emmannjsl-Philil 

M ideleine. 
Sanlt. V. agonit 
Sanlx-Tavannes. V. 

206, 37. 
Saxe Ifaurio d( . 81. 

Man 
Sens, chef-lien d'arroo 

(Yonn 
Serézac, commune do S 

Salvadonr, canton de Seilhae 

(Corrèie), 32. I 
Seuie M. de . ambassadeur de 

Henri II en Portugal. 13u. 
Sipierre. V. Cipierre. 



TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 459 



Solesmes, chef-lieu de canton 

(Nord), 110, 118. 
Suze (François de la Baume, 

comte de), 111, 361. 



Taix (Jean de), maître de l'artil- 
lerie, 38. 

Talcy, canton del'Isle-sur-Serein 
(Yonne), 360. 

Talleyrand (Julien de), prince de 
Chalais et vicomte de Fronsac, 
181. 

Tavannes (Gaspard de Saulx-}, 
lieutenant général, puis maré- 
chal de France, 25, 30, 40, 57. 
74, 88. 07, 111, 173, 361, 372, 
374, 375. 

Tende (Claude de Savoie, comte 
de), gouverneur et amiral de 
Provence, 12, 361. 

Termes (maréchal de), 349. 

Thérouan?ie,ca.nton d'Aire-sur-la- 
Lys (Pas-de-Calais), 24, 25. 97. 

Terrasson, chef-lieu de canton 
(Dordogne). 32, 183. 

Tldonville, 130. 144, 157. 

Tignat (Jean), lieutenant du gou- 
verneur de Lyon, 194, 232, 245, 
265, 268. 

Torvéon (Néry de), juge lyon- 
nais, 232, 315. 

Toul, chef-lieu d'arrondissement 
(Meurthe-et-Moselle), 147. 

Toulouse, chef-lieu de départe- 
ment (Haute-Garonne), 36, 176, 
100. 

Toumoël, commune de Volvic, 
canton de Riom (Pas-de-Calais), 
183, 184, 227. 

Tournon (François, cardinal de), 
35, 44, 47, 182, 214, 314, 331, 
332, 344, 346. 

Tours, chef-lieu de département 
(Indre-et-Loire), 54, 304, 305. 



Trevolce (Pomponio de), 214. 

Trévoux, chef-lieu d'arrondisse- 
ment (Ain), 223. 

Troyes, chef-lieu de département 
(Aube), 182. 

Tunis (régence de), 343. 

Turenne (François de La Tour 
d'Auvergne, vicomte de), 111. 

Turin, chef-lieu du Piémont, 53, 
157. 



Usson, canton de Sauxillanges 
(Puy-de-Dôme), 238. 



Valentinois. V. Diane. 

Vallery, canton de Chéroy 
(Yonne), 177, 180, 182, 183, 184, 
186, 187, 190. 297, 340, 342. 

Vaucelles, canton de Bayeux 
(Calvados), 119, 120, 238, 245. 

Vendôme. V. Antoine de Bour- 
bon, 345. 

Verdun, chef-lieu d'arrondisse- 
ment (Meuse), 83, 84, 85, 86, 
87, 88, 89. 90, 91, 92, 03, 97, 
147. 

Vervins (Jacques de Coucy, sieur 
de), gendre du maréchal de 
Biez, 33. 

Viglius de Zuychem, chevalier, 
président et chef du conseil de 
Hainaut, 146. 

Vieilleville (François de Scépeaux 
de), maréchal de camp, lieute- 
nant général, puis maréchal 
de France, 49, 50, 92, 193. 

Villars (N. de), 310. 

Villeyneux, canton de Nogent-le- 
Roi (Eure-et-Loir), 195. 

Villeneuve -d'Asti (Piémont), 157. 

Villequier (N. de), 192. 



460 TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 



Villerêt, cmton de Roanne (Loire), 
183. 

Villers-Cotterels, chef- lieu de 
canton (Aisne), 150. 

Villethierry, canton de Pont-sur- 
Yonne (Yonne), 182, L83. 

Viterbe, nonce du pape, 338. 

Valladolid, (Espagne), 296. 



W 

Wateville, commune de - 
Georges, canton de L< 
(Pas-'. 

Wfissembourg i Alsace-Lorraine), 
80. 






TABLE DES CHAPITRES 



Avertissement 



PREMIERE PARTIE 
LES ORIGINES DE LA FORTUNE 

Chapitre I. — Origines et jeunesse. Saint-André à 
la cour des enfants de France (1512-1547) . . 3 

Chapitre II. — Saint- André favori royal. Les pre- 
mières années du règne de Henri II (1547- 
1551) 43 



DEUXIEME PARTIE 
LA CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE 

Chapitre I. — L'homme de guerre. Les campagnes 
à l'est et au nord du royaume (1551-1557) . . 77 

Chapitre II. — Les négociations du traité de Cateau- 
Cambrésis (1557-1559) 129 

TROISIÈME PARTIE 
LES PROFITS DE LA FAVEUR ROYALE 

Chapitre I. — L'homme de cour et l'homme privé . 163 



462 TABLE DES CHAPITRES 

Chapitre II. — Saint-André gouverneur et lieute- 
nant-général 210 



QUATRIÈME PARTIE 
LE TRIUMVIRAT CATHOLIQUE 

Chapitre I. — Origines et formation du Triumvirat 
catholique (1559-1561) 

Chapitre II. —Le Triumvirat militant 1561-1562. 330 

APPENDICES 

1. Généalogie de la maison «le Saint-André .... 

2. La compagnie <lu maréchal de Saint-André . . 

3. Note sur Saint-André dans la littérature .... 393 

Pièces justificatives, n I à XXVM (avec table spé- 
ciale EN TKTE) 

Table générale dfs noms de lieux et de p .441 



KVREl" \, IMPRJUERIE CE. H BRI SSCI KT KILS 



JBLNDING SECÏ. J l N 2 1975. 




DC Romier, Lucien 

112 Jacques d T Albon de Saint- 

S3R6 André